Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 23 janvier 2012

Boucs émissaires


Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi ! » avait prédit en 1989 Alexandre Arbatov, conseiller diplomatique de Mikhaïl Gorbatchev, à l'adresse des USA
_"Qui vit de combattre un ennemi a tout intérêt de le laisser en vie" (Nietzsche)
_"L'ennemi est un choix, pas une donnée" (P.Canesa)
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__Comment fabriquer l'ennemi, le diaboliser , et donc le combattre en toute bonne conscience?
Pierre Canesa aborde ce problème universel, partiellement, mais avec clarté, dans le but de démystifier les raisons officielles ou masquées des guerres déclarées et des conflits larvés.
"Il ne faut pas, sans examen critique, adhérer à la propagande de son propre camp. Celle-ci étant masquée, drapée
de sentiments vertueux et vouant l’autre aux gémonies. C’est ce processus de diabolisation de l’ennemi que ce livre analyse. Constat rigoureux, écrit avec un talent pamphlétaire chargé d’humour, il force parfois le ton, mais comment être autrement entendu ? Sans ménager, ce qui va de soi, les dictatures, Pierre Conesa examine sans indulgence les « deux poids deux mesures » si souvent utilisés par les démocraties qui se prétendent les plus moralement respectables. En chemin, il rappelle que l’idée reçue, d’ailleurs fort récente, selon laquelle celles-ci seraient, par nature, pacifiques, est largement détrompée par les faits. Les démocraties peuvent aussi se faire la guerre, il suffit, à cet égard, que leurs intérêts soient suffisamment antagoniques.
Pierre Conesa ne manque pas de signaler la capacité des anciennes victimes à devenir des bourreaux, ce dont témoigne, dans la plupart des pays nouvellement indépendants, l’oppression des minorités ethniques ou religieuses..."

__L'ennemi, c'est l'autre, ce bouc émissaire, comme l'a assez bien analysé A.Girard, théoricien de la violence contagieuse, dont la menace est souvent très exagérée ou totalement inventée.
Par exemple
," l’Allemagne nazie s’est construite sur l’idée que toutes les souffrances que son peuple devait endurer depuis la fin de la première guerre mondiale étaient dues à un complot planétaire dont les Juifs étaient les principaux instigateurs".
Dans un climat de peur d'anxiété, de crise, se construire un ennemi fait fonction d'anxiolytique et fédèrent les masses en cristallisant leur pulsions destructrices sur un unique objectif.
"L’ennemi est très utile... pour souder une nation, asseoir sa puissance et occuper son secteur militaro-industriel. On peut dresser une typologie des ennemis de ces vingt dernières années : ennemi proche (conflits frontaliers : Inde-Pakistan, Grèce-Turquie, Pérou-Équateur), rival planétaire (Chine), ennemi intime (guerres civiles : Yougoslavie, Rwanda), ennemi caché (théorie du complot : juifs, communistes), Mal absolu (extrémisme religieux), ennemi conceptuel, médiatique…
Pierre Conesa explique de quelle manière se crée le rapport d'hostilité, comment la belligérance trouve ses racines dans des réalités, mais aussi dans des constructions idéologiques, des perceptions ou des incompréhensions. Car si certains ennemis sont bien réels, d’autres, analysés avec le recul du temps, se révèlent étonnamment artificiels.
Quelle conséquence tirer de tout cela ? Si l’ennemi est une construction, pour le vaincre, il faut non pas le battre, mais le déconstruire. Il s'agit moins au final d'une affaire militaire que d'une cause politique. Moins d'une affaire de calibre que d'une question d'hommes.
.."
_"Perfide Albion", ex-ennemis héréditaires d'Outre-Rhin, péril jaune, conflit serbo-croate, fantasme d' invasion islamique en Europe, démonisation des Palestiniens, rivalités entre sunnites et chiites, menaces iraniennes instrumentalisées parfois, comme le pense l'auteur, catholiques contre protestants en Irlande...Narcissisme-haine des petites différences, selon Freud. La désinformation et le mythe fonctionnent conjointement pour créer ou entretenir des relations d'hostilité parfois imaginaires. L'ignorance, l'intérêt et la propagande font le reste.
"L’ennemi soviétique avait toutes les qualités d’un « bon » ennemi : solide, constant, cohérent. Sa disparition a en effet entamé la cohésion de l’Occident et rendu plus vaine sa puissance. Pour contrer le chômage technique qui a suivi la chute du Mur, les Etats (démocratiques ou pas), les think tanks stratégiques, les services de renseignements et autres faiseurs d’opinion ont consciencieusement « fabriqué de l’ennemi » et décrit un monde principalement constitué de menaces, de risques et de défis. L’ennemi est-il une nécessité ? Il est très utile en tout cas pour souder une nation, asseoir sa puissance et occuper son secteur militaro-industriel..."
En 2001, G.Bush, profitant le l'ébranlement psychologique du peuple américain, désigna l'ennemi, en utilisant tous les subterfuges et toutes les contre-vérités pour accomplir un projet déjà bien ficelé. L'Irak, ancien partenaire, était tout désigné, sur fond de guerre permanente.

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