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vendredi 15 juin 2012

Pour un protectionnisme éducateur?

 __Pour les dogmatiques de la mondialisation à tout prix et à tout va, qui est surtout devenue celle des capitaux depuis l'ère reaganienne, le protectionnisme est le péché  par excellence.

_______Mais ce dogme libéral , au vu des résultats, commence à être contesté même par des économistes de droite, dénonçant un  libéralisme de courte vue,  fonctionnant parfois comme un piège, et pas seulement par des courants d'inspiration gaulliste ou les nouveaux adeptes du patriotisme économique. Des appels à changer de logiciel se manifestent.
Maurice  Allais avait depuis longtemps montré les impasses d'un mondialisation non tempérée.
Les quelques réserves tardives de Pascal Lamy n'ont pas modifié la rigidité des principes de l'OMC.

________Pour l'économiste J.Luc Gréau: " le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine ait augmenté de 93 % depuis le début de cette année est bien le signe que quelque chose ne va pas. Aujourd’hui, l’Union européenne exporte 100 vers la Chine et importe 300 de produits made in China. Aux Etats-Unis, ce rapport est de 1à 6. Dans nos relations avec la Chine, nous ne profitons pas des supposés bénéfices du libre-échange. C’est pour cela que le retour d’un nouveau protectionnisme est inéluctable. Le vrai risque c’est d’attendre trop longtemps que les emplois industriels en Europe aient totalement disparu.
 D’où provient la croissance mondiale aujourd’hui ? Un peu des Etats-Unis, mais surtout de l’Asie et dans une moindre mesure de l’Amérique latine. En Chine et en Inde, elle a été alimentée grâce notamment à l’élargissement du processus capitaliste, qui permet à ces pays d’élever leur niveau de compétence et de savoir-faire. Dans ce contexte, les multinationales, en investissement localement, jouent un rôle déterminant dans ce processus de développement. Il ne s’agit pas de remettre cela en question. Le problème c’est que ces nouveaux pays ont choisi un mode de développement qui privilégie la croissance de leurs exportations au détriment de l’énorme potentiel de leur demande intérieure et donc d’un certain progrès social. Je considère que la Chine mène une politique économique impérialiste, dont ni l’Europe, ni les Etats-Unis, ni même l’Afrique ne bénéficient. Trois décisions majeures des autorités chinoises viennent d’illustrer cette ambition. D’abord, la création d’une société à capitaux publics pour être capable demain de construire un avion de ligne chinois concurrent de Boeing et d’Airbus. Ensuite la volonté d’utiliser une partie des immenses réserves de change de la Chine pour investir sur les marchés financiers occidentaux. Enfin la hausse de 30 % des droits de douane à l’importation de certains biens d’équipement pour protéger son industrie nationale. Et pendant ce temps, l’Europe reste inerte..."
Pourtant, l'idée d'un certain protectionnisme européen fait son chemin, mais un peu tard...Un protectionnisme sélectif et raisonné pour conserver une part essentielle de notre appareil industriel et éviter de plonger dans la déflation salariale.."
___Il est donc urgent de  repenser les délocalisations.
Aux Etats-Unis, qui ont toujours gardé un certain nombre de barrières douanières, et dans des pays émergents, le protectionnisme gagne du terrain . En matière de solaire, par exemple, l'Amérique se protège de la Chine, l'Europe compte les morts.
 __________________Il reste à repenser de nouvelles formes de  protectionnisme éducateur en Europe, comme F.List l'avait suggéré en son temps, selon lequel " une insertion internationale réussie suppose qu'un pays initialement spécialisé dans l'exploitation de ses ressources naturelles et possédant une main-d'oeuvre peu qualifiée, abondante et bon marché s'oriente progressivement vers la production de biens utilisant de la main-d'oeuvre qualifiée et bien payée. Or, ce changement de spécialisation nécessite le recours au protectionnisme : lorsqu'il y a des économies d'échelle, un nouvel entrant ne peut pas être immédiatement compétitif, sauf si sa maîtrise préalable d'un marché domestique large (Chine, Inde) ou une aide publique lui assurent un niveau de production suffisamment élevé. _Même en l'absence d'économies d'échelle, il faut tenir compte des effets d'apprentissage : avec le temps, l'expérience se traduit par l'accumulation de connaissances pratiques et d'une culture qui augmentent l'efficacité productive. Une industrie naissante est donc forcément moins efficace qu'une industrie mûre..., mais la première peut dépasser la seconde si on la laisse grandir à l'abri de la concurrence internationale ou si, au départ, elle est subventionnée. Cet argument, développé initialement par Friedrich List (1789-1846) et John Stuart Mill (1806-1873) sous le nom de " protection des industries naissantes ", demeure un fondement théorique essentiel du protectionnisme." (Alternativeséconomiques_Septembre 2002)
________________Mais la concurrence interne à l'Europe et à d'autres continents n'est-elle pas
un problème trop souvent éludé?
" "La Chine ne représente que 8 % des importations françaises. De fait, les principaux concurrents et partenaires de la France, ce sont les autres pays de l'UE, qui représentent environ 60 % de nos échanges commerciaux - Allemagne en tête, avec 17 %."
L'usine PSA de Trnava, Slovaquie, 3500 salariés
Salaire moyen : 450 € (wikipedia)
C'est pourquoi, pour M. Plane, "plutôt que d'envisager des barrières douanières aux frontières de l'UE" - comme propose de la faire notamment Nicolas Sarkozy avec un "Buy European Act" calqué sur le modèle américain -, "il serait préférable d'éviter les comportements non-coopératifs existant au sein de l'UE, comme la mise en place de la TVA sociale en France ou la compression des coûts salariaux en Allemagne, mesures qui ont pour objectif de gagner des parts de marché au détriment de ses voisins européens".
  Le consensus de Berlin en a été un moteur essentiel.
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- Deutsche Bank: privatisations dans toute l’Europe.
- Protectionnisme : la première initiative citoyenne lance le débat au niveau européen

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