Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mercredi 12 septembre 2007

La bière comme art de vivre

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(Récréation gustative ou halte épicurienne)-Découvertes nordiques-

Il m’a fallu le hasard d’une mutation dans le Nord de la France pour découvrir un monde jusque-là ignoré, celui de la bière, ou plutôt des bières. Car on ne parle de la bière qu’au pluriel.

Imbu des préjugés de buveur occasionnel de vin, j’avais la pire image des buveurs de bière : ceux qui en consomment par packs entiers pour tuer le temps, pour s’étourdir dans les stades, ceux qui ne savent pas s’attarder avec délice sur « la première gorgée de bière » (1) et pour qui la quantité prime sur la qualité, bref, je ne connaissais que la « petite bière », la bibine.

Il m’arrivait de boire de la bière, comme tout un chacun, essentiellement pour étancher ma soif , en période estivale.Une Kro faisait l’affaire. Mais jamais je n’avais dégusté UNE bière, n’avais fait l’expérience de la diversité des bières, de leurs qualités propres. Jamais je n’avais appris à boire avec ferveur un breuvage qui vous envoie des messages si divers et si subtils. Si je savais faire la différence entre un beaujolais et un pomerol, je n’avais aucune idée que l’on pû être réceptif à la fine différence entre une Goudale et une Janlain, une Trois-Monts et une Grain d’Orge. Les crus sont innombrables, pour ne parler que du Nord de la France, et beaucoup de bières anciennes renaissent. D’autres s’inventent régulièrement, avec l’expérience de brasseurs innovants. Si on sort de ce périmètre, le panorama des bières est impressionnant (2).

Peu à peu, par le biais des déplacements, des contacts, du bouche-à-oreille, mon épicurisme naturel s’est éveillé à cette « culture » si particulière, si développée en particulier dans la voisine Belgique, pays des mille bières (3), aussi variées que délicieuses (4).

Déguster une bière s’éduque, s’approfondit. Apprendre la lenteur, comme le fumeur de pipe. S’attarder sur les premiers arômes, les garder en bouche pour les différencier, apprécier leur palette, goûter l’instant sublime d’une bière d’exception. Les bières de fermentation haute, d’un volume d’alcool pouvant atteindre les 10 %, sont des bières que l’on déguste très lentement, en en appréciant toute la richesse. Ma préférence va aux bières ambrées, profondes et capiteuses, longues en bouche. Difficile de bien parler de la bière...

Les bières trappistes belges sont les plus recherchées, elles sont fabriquées et vendues par les moines de l’ordre de Saint-Benoît. Les plus réputées sont la Chimay, l’Orval, la Rochefort, la Westmalle... Les bières d’abbaye sont exploitées par des brasseurs privés utilisant les recettes ancestrales et reversant des royalties aux communautés monastiques : Leffe, Grimbergen, Maredsous, Floreffe... Ces dernières ont tendance à perdre leur spécificité originale, à se banaliser, conséquence d’une commercialisation un peu débridée.

Sans pouvoir affirmer que je suis maintenant expert en biérologie, loin de là, je peux maintenant faire la distinction entre une Leffe radieuse une Chimay rouge, les yeux fermés. Je ne suis pourtant qu’un explorateur débutant et curieux. Entre une bière de base, à faible teneur en bouche, et une bière de dégustation, il y a un monde. Il est des bières rares, à diffusion parfois presque confidentielle, que l’on découvre sur le tard et qui laissent des souvenirs gustatifs puissants, comme la Carolus Triple, par exemple.

Une petite initiation au vocabulaire du monde complexe de la bière n’est pas inutile, pour éviter de se perdre dans la forêt des variétés et les appellations, pour donner quelques repères essentiels (5). Un petit survol historique et technique peut aider à mieux cerner les différents aspects du divin breuvage (6).

Car la bière a une longue histoire. On en trouve des traces à Sumer (7). En Egypte, la zythum est appréciée (8) et, bien sûr, chez les Celtes, elle a une place de choix. C’était pour eux une boisson nationale. Il n’existait pas de brasserie, comme en Mésopotamie ou en Egypte. La bière était préparée par les femmes, dans l’espace domestique, et on la trouvait dans tous les foyers. La Cervoise (nom dérivée de la déesse Cérès) était obtenue à partir d’une infusion entre les grains d’orge germés, mélangés avec du blé germé, du seigle et de l’avoine.

Les anciens avaient remarqué que la bière avait des effets heureux sur la santé. Aujourd’hui, certains médecins et nutritionnistes reconnaissent que, prise de manière modérée, elle apporte des bienfaits à l’organisme (9). La question est encore discutée...

On évoquera enfin le rôle qu’elle peut jouer dans la gastronomie. Par exemple, en se référant ici (10).


C’est la fin de cette petite halte épicurienne sur un sujet léger et savoureux. Mais la somme des plaisirs minuscules ne contribue-t-elle pas à ensoleiller quelque peu l’existence ?... Qui mieux que le regretté Ronny Coutteure, artiste et biérologue confirmé, a pu célébrer ce divin breuvage ? (11)

A consommer avec modération...

Avant ma mise en bière, s’il vous plaît, une petite bière. ZEN




(1)Philippe Delerm : La Première gorgee de bière

"C’est la seule qui compte. Les autres, de plus en plus longues, de plus en plus anodines, ne donnent qu’un empâtement tiédasse, une abondance gâcheuse. La dernière, peut-être, retrouve avec la désillusion de finir un semblant de pouvoir...

Mais la première gorgée ! Gorgée ? Ça commence bien avant la gorge. Sur les lèvres déjà cet or mousseux, fraîcheur amplifiée par l’écume, puis lentement sur le palais bonheur tamisé d’amertume. Comme elle semble longue, la première gorgée ! On la boit tout de suite, avec une avidité faussement instinctive. En fait, tout est écrit : la quantité, ce ni trop ni trop peu qui fait l’amorce idéale ; le bien-être immédiat ponctué par un soupir, un claquement de langue, ou un silence qui les vaut ; la sensation trompeuse d’un plaisir qui s’ouvre à l’infini... En même temps, on sait déjà.

Tout le meilleur est pris. On repose son verre, et on l’éloigne même un peu sur le petit carré buvardeux. On savoure la couleur, faux miel, soleil froid. Par tout un rituel de sagesse et d’attente, on voudrait maîtriser le miracle qui vient à la fois de se produire et de s’échapper. On lit avec satisfaction sur la paroi du verre le nom précis de la bière que l’on avait commandée. Mais contenant et contenu peuvent s’interroger, se répondre en abîme, rien ne se multipliera plus. On aimerait garder le secret de l’or pur, et l’enfermer dans des formules. Mais devant sa petite table blanche éclaboussée de soleil, l’alchimiste déçu ne sauve que les apparences, et boit de plus en plus de bière avec de moins en moins de joie. C’est un bonheur amer : on boit pour oublier la première gorgée."

(2) http://www.biblebiere.com/index.ph

(3) http://www.belgourmet.be/fr/bieres/index.php

(4) http://www.geocities.com/napavalley/3372/

(5) http://perso.orange.fr/jean.balsalobre/bieres/glossairebeer.html

(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Bieren

(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Ninkasi

(8) http://www.egypte-antique.com/nourriture.php

(9) http://www.lachope.com/sante.html

(10) Goosto

(11) http://www.touteslesbieres.fr/dossiers/dossiers.php?id_dossier=19


http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=28926

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