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jeudi 30 octobre 2008

CRISE :  not under control...

Sous-estimation de la crise financière en Europe ?

"Quels sont les volumes de crédits « infectés », si l'on peut dire, par la crise ? Le problème, c'est qu'on ne le sait pas vraiment, car ce système financier, fondé sur l'autorégulation, faisait tout pour cacher la réalité des choses"


-"The situation is manifestly not coming under control."(Krugman)_________

-Daniel Lebègue, ancien patron de la Caisse des dépôts et consignations, qui dirige aujourd'hui un organisme de lutte contre la corruption : « Les hedge funds sont le trou noir de la finance mondiale. » ____________

-"Liquidant leurs actifs en vitesse, tant qu'ils le peuvent, pour rembourser l'argent emprunté, les "hedge funds", ou fonds spéculatifs, tentent de sauver leur peau en fuyant les marchés, ce qui alimente une chute aveugle des bourses mondiales" (AFP)____________


L’Europe au bord de la crise monétaire:
"Les mouvements massifs de capitaux qui fuient le risque provoquent une crise gravissime sur le front des devises, en une réédition de celle qui avait éprouvé l’Asie en 1996. Mais cette fois, le monde entier est concerné, de l’Amérique Latine à l’Europe de l’Est sans oublier l’Asie. A tel point que Krugman, reprenant l’expression forgée par feu Saddam Hussein, la qualifie aujourd’hui de « mère de toute les crises. » Dans cette nouvelle tourmente, contrairement à la première vague qui avait frappé le crédit, c’est l’Europe - et ses banques - qui sont en première ligne, avec une exposition aux pays émergents qui se chiffre en trillions de dollars. Au risque de voir exploser l’Union Monétaire ? ...
Stephen Jen, responsable du secteur des devises chez Morgan Stanley, affirme que le crash des marchés émergents est un risque largement sous-estimé. Il menace de devenir « le deuxième épicentre de la crise financière mondiale », qui concernerait cette fois-ci l’Europe et non plus les USA.L’exposition des banques autrichiennes sur les marchés émergents est égale à 85% du PIB - avec une forte concentration en Hongrie, en Ukraine et en Serbie - qui tous, avec la Biélorussie, se pressent à la porte du FMI pour obtenir des prêts pour leur sauvetage.Le montant de cette exposition au risque représente 50% du PIB en Suisse, 25% en Suède, 24% au Royaume-Uni, et 23% en Espagne. Aux États-Unis elle n’est que de 4%. L’Amérique restera spectatrice durant ce nouvel épisode.Les banques espagnoles ont prêté 316 milliards de dollars à l’Amérique latine, près de deux fois le montant accordé par l’ensemble des banques américaines ( 172 milliards) à ce qui était autrefois le pré carré des États-Unis. D’où les doutes croissants qui s’expriment sur la santé du système financier espagnol - déjà en situation de stress en raison de la crise de l’immobilier - au moment où l’Argentine se rapproche d’un nouveau défaut de paiement, et où la devise, les obligations et les actions Brésiliennes sont en chute libre...

-Krugman : A la dérive:
Après la crise du crédit qui a mis à genoux les banques, puis la liquidation des hedges funds qui plombe les bourses, voici qu’un troisième cavalier fait son entrée : les pays émergents sont à leur tour déstabilisés, et leur fort endettement présage de nouvelles épreuves. « La situation n’est toujours pas sous contrôle » s’inquiète Krugman, « elle continue à se dégrader. »

-Le mystère de l'étendue réelle de la crise:
"Quels sont les volumes de crédits « infectés », si l'on peut dire, par la crise ? Le problème, c'est qu'on ne le sait pas vraiment, car ce système financier, fondé sur l'autorégulation, faisait tout pour cacher la réalité des choses. On cachait les mauvais crédits en les mélangeant avec les bons, on dissimulait les mauvais résultats dans des structures hors-bilan, on sous-traitait des opérations à des hedge funds (mot à mot : des fonds de couverture). Ces hedge funds qui travaillent à découvert, sans capitaux propres, sont en vérité des petites banques d'affaires. Quel est leur état de santé ? Mystère. On se souvient de LTCM, sauvé il y a dix ans par des banques. Pourquoi sauvé ? Parce qu'on ne savait quels étaient les engagements de LTCM et que LTCM lui-même ne le savait sans doute pas.
Qui contrôle les hedge funds ? Personne. Personne ne contrôlait non plus les banques d'affaires, qui viennent de passer avec le plan de sauvetage d'Henry Paulson sous le contrôle de la Fed, mais les hedge funds, eux, ont la particularité d'être situés, presque tous, dans des paradis fiscaux. Pourquoi dans des paradis fiscaux ? Pour échapper au droit, à l'État, bien entendu et faire profiter les clients de l'absence de contrôle, notamment fiscal. Que représentent-t-il ces hedge funds ? 2500 milliards de dollars. C'est beaucoup. Ils n'ont pas de prêteur en dernier ressort, de banque fédérale pour les sauver, ils n'ont qu'une possibilité, en cas de coup dur : la faillite...."

-Une défaillance des Hedge Funds est à craindre :
"... Il y a une catégorie d’acteurs qui occupe une place importante dans le système financier mondial et qui opère depuis des centres offshore : ce sont les Hedge Funds. Les derniers chiffres dont on disposait fin juillet montraient qu’il y avait environ 2.000 Hedge Funds qui géraient à peu près 2.000 milliards de dollars d’actifs. Soit l’équivalent des subprimes. Ce sont des montants considérables. Dans cette crise financière, il y a un risque systémique qui n’a pas été discuté : c’est l’univers des Hedge Funds. L’an dernier, la chancelière allemande Angela Merkel avait demandé une régulation des Hedge Funds. Elle n’a pas été écoutée.
...
Il y a un risque systémique sérieux du fait du manque de transparence, du fait d’une absence de règles et de contrôle. Pour les banques, il y a un prêteur en dernier ressort et un garant qui est l’Etat. Pour les Hedge Funds, il n’y a ni prêteur en dernier ressort, ni garant. Or, un tiers des actifs des Hedge Funds sont détenus par des particuliers, un tiers par des investisseurs institutionnels et un tiers par des fonds de fonds qui via des OPCVM ont investi dans des Hedge Funds pour “booster” leur rentabilité. Une défaillance en chaîne des Hedge Funds peut avoir des conséquences extrêmement graves....Le risque est très réel qu’une défaillance en chaîne des Hedge Funds ouvre une nouvelle faille dans le système financier. D’autant qu’il règne un climat de défiance généralisé. Toute défaillance se traduit par une perte finale pour les investisseurs. La transmission des pertes se fait de façon directe. Les fonds de pension vont subir des pertes et cela pèsera sur les retraites versées à leurs adhérents. Les détenteurs d’OPCVM ayant une composante Hedge Fund risquent de perdre gros aussi...."____________

(JPG)

Troisième vague

Après le marché du crédit, la bourse, la tempête sur le marché des devises rend encore plus périlleuse une situation déjà extrêmement difficile.Le processus de deleveraging, de liquidation généralisée, en gagnant les marchés émergents a eu pour effet de distordre à l’extrême le canal par lequel circulent au niveau mondial les flux de capitaux : le marché des devises. Le rapatriement massif et généralisé des capitaux internationaux provoque simultanément une hausse du dollar et une chute libre de la plupart des monnaies à l’exception du yen qui bénéficie de la liquidation du carry trade.Avec des variations proche de 20% en l’espace d’une semaine, c’est la possibilité même du commerce mondial qui est remise en cause.Aucune entreprise ne peut supporter une telle volatilité, aucun contrat ne peut être signé ni exécuté dans un tel environnement.Mais cette bourrasque qui gagne les pays émergents porte en elle une autre conséquence. Les banques des pays développés y ont des créances pour un montant de 4 700 milliards. Voilà donc fragilisée une nouvelle classe d’actif du système financier international, avec de nouvelles pertes et dépréciations à l’horizon, largement supérieures à celles dues à l’immobilier américain.De fracture en fracture, des pans entiers du système sont en train de sombrer. Si aucun coup d’arrêt n’est donné rapidement à cette spirale dépressive, une chose est sûre : ce processus de destruction fort peu créatrice à l’oeuvre va laisser derrière lui un champ de ruine.Si rien n’est fait, les Etats, les économies, seront en faillite dans les mois qui viennent, tant les sommes en jeu dépassent de jour en jour les capacités de refinancement, sauf à laisser sortir, comme le suggère Jacques Sapir, le vieux démon de sa boite : l’inflation.

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