Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 28 octobre 2008

Rebatir la gauche ?


Que reste-t-il du P.S. ?
Qu'est devenue la "société des socialistes", l'espace nouveau promis du "vivre ensemble"?

La guerre des chapelles est d'autant plus vive que le débat d'idées fait défaut...
Comment en est-on arrivé là ?

-"En matière de privatisations, la gauche plurielle a réalisé en trois ans un programme plus important que n'importe quel autre gouvernement français" (Revue Socialiste 07/2000)

C’est la gauche du Vieux Monde qui ressemble de plus en plus à la gauche américaine », ( Lipset)

-« Le projet historique de la social-démocratie est définitivement achevé », ( Pierre Rosanvallon )

- Jean-Pierre Le Goff remarque les efforts pathétiques de la gauche pour « maintenir ensemble les morceaux d’une identité éclatée », oscillant sans cesse entre ses conceptions traditionnelles et « une fuite en avant moderniste » censée lui attirer les bonnes grâces des couches sociales montantes_______________________

"Sortir la gauche du coma":

"Et si le socialisme disparaissait de la surface de l’Europe ? En ce début de millénaire, son avenir n’est aucunement assuré. Cette question troublante vient à l’esprit à la lecture du livre des politologues américains Seymour Martin Lipset et Gary Marks qui explique « pourquoi le socialisme a échoué aux Etats-Unis » (1). « Les Etats-Unis sont la seule démocratie occidentale dominée par un système de deux partis favorables au capitalisme libéral », affirment-ils. S’il a toujours existé, ayant même pu gagner des positions de pouvoir locales ou syndicales, le « Parti socialiste » n’y est jamais sorti de sa marginalité. Les auteurs distinguent plusieurs facteurs explicatifs de cette impuissance. Le premier tient à la « culture américaine » caractérisée par un anti-étatisme et un individualisme générateurs d’hostilité à l’encontre de l’idéologie socialiste. D’autant plus que – second facteur – les socialistes américains n’ont pas fait preuve d’une grande souplesse politique, contrairement à leurs homologues dans plusieurs pays de tradition anglo-saxonne. Ils se sont dramatiquement coupés des organisations syndicales. La sociologie particulière de la classe ouvrière américaine ajoute une troisième explication majeure de leur faillite : « Les clivages ethniques, religieux et raciaux furent des sources d’identité politique plus fortes pour la plupart des travailleurs américains que leur communauté en tant que classe ». Le caractère très contraignant du système électoral favorisant le bipartisme n’était pas, en lui-même, un obstacle insurmontable. Si le socialisme américain avait suffisamment gagné en influence, il aurait pu devenir ou pénétrer un des deux grands partis en compétition pour le pouvoir.
Les causes structurelles dégagées par Lipset et Marks pour rendre compte de l’absence du socialisme américain rappellent étrangement les évolutions idéologiques et sociologiques qui remodèlent l’Europe dans la phase actuelle. L’individualisme et l’anti-étatisme ont fait des pas de géant sur le Vieux Continent. Les gauches social-démocrates se sont éloignées des organisations syndicales. L’ancienne « classe ouvrière » a laissé la place à une galaxie hétérogène de « salariés d’exécution » de plus en plus séparés par des clivages professionnels, de mode de vie, ou même ethniques – avec la constitution d’un fort prolétariat immigré ou d’origine étrangère. Si les mêmes causes produisent les mêmes effets, le socialisme disparaîtra en Europe pour les raisons précises qui lui ont interdit d’émerger aux Etats-Unis. C’est un constat banal que l’Europe s’américanise – dans ses manières de vivre comme de penser. Pourquoi sa spécificité social-démocrate échapperait-elle à ce mouvement général ? « C’est la gauche du Vieux Monde qui ressemble de plus en plus à la gauche américaine », observe Lipset . Comme si l’Europe, se dépouillant de son héritage féodal dont les classes sociales étaient issues, épousait désormais totalement le capitalisme. ..

-L’américanisation de la gauche européenne:
"Dans un livre publié en 1998, un brillant sociologue affirmait : « il n’y a plus aucune alternative au capitalisme. Le débat ne porte plus que sur la question de savoir jusqu’où et par quels moyens on doit régir et réguler le capitalisme. » Ces paroles sont tout particulièrement remarquables parce que l’homme qui les a écrites, Anthony Giddens, était aussi célèbre pour être le gourou intellectuel du Premier Ministre britannique et chef du Parti travailliste, Tony Blair. En se convertissant à la troisième voie (The Third Way, titre du livre de Giddens), qu’il faut clairement comprendre comme la voie médiane évitant à la fois l’anticapitalisme de gauche et le conservatisme de droite, Blair a contribué à mettre fin à une période d’un siècle pendant laquelle la gauche européenne a été dominée par les socialistes. En agissant ainsi, lui et ses homologues du continent ont également facilité un processus qui a eu pour effet de rapprocher davantage les divisions entre les partis politiques européens de celles existant aux États-Unis où le socialisme n’a jamais vraiment pris pied..."

-La crise durable de la gauche : la mondialisation :
"...La crise de la gauche tient à un épuisement idéologique sans précédent et probablement sans remède. Faute de voir encore un avenir au parti socialiste, ses figures les plus marquantes le quittent. ...
Cette globalisation suscite, qu'on le veuille ou non, un effet de vases communiquant, entraînant entre les grandes zones du monde une contagion des inégalités et parfois de la précarité. Qui ne voit que la tendance naturelle du libéralisme mondialisé est l'alignement par le haut des inégalités mondiales ? La globalisation du marché de l'immobilier en est un signe parmi d'autres. La course au moins disant fiscal ou au moins disant social entrave les régulations de l'Etat providence, dont les partis sociaux démocrates, même s'ils n'en avaient pas l'exclusivité, avaient fait leur fonds de commerce.
Encore cette globalisation n'aurait-elle pas eu tant d'effets si les grands partis de gauche avaient pu y faire obstacle. Or non seulement ils ne l'ont pas fait mais ils ont au contraire encouragé cette évolution, parti socialiste en tête. Ils l'ont fait d'abord parce que la gauche n'a jamais surmonté sa contradiction fondamentale : elle se veut à la fois le parti de la justice sociale et celui de l'universalisme, pour ne pas dire de l'internationalisme. C'est en raison de sa propension originelle à l'universalité qu'elle n'a pu s'opposer à un progrès des échanges de toutes sortes qui prenait le visage de l'ouverture au monde et du dépassement des frontières, sans mesurer que cette ouverture à un monde qui n'est pas encore, ni près, socialiste ne pouvait que compromettre son autre objectif, celui de la justice sociale..."

-Une gauche désintégrée par la tourmente financière:
"...La crise capitaliste actuelle ne laisse pas indemne le projet au nom duquel le social-libéralisme se voulait adaptation au défi de la modernité. Depuis une vingtaine d’années, l’ensemble de la social-démocratie s’accordait sur l’idée que le capitalisme était sorti vainqueur des affres du XX° siècle, que la mondialisation rendait inévitable l’acceptation de la doxa néolibérale, qu’il ne restait plus qu’à accompagner cette évolution en cherchant à en atténuer les effets les plus erratiques. Avant de devenir un penseur du sarkozysme gouvernemental, voilà des années que Jacques Attali théorise cette mutation des sociaux-démocrates en sociaux-libéraux. Il est vrai qu’il y contribua fortement en inspirant le « tournant de la rigueur » que la gauche gouvernante décréta en 1983, sous l’égide de François Mitterrand...
cette gauche sans ressorts laisse le terrain totalement libre à Nicolas Sarkozy. Celui-ci peut sans risque user d’une rhétorique qui se serait écroulée à peine formulée s’il existait une opposition digne de ce nom. Il lui est même loisible de paraître occuper simultanément l’espace de la droite et celui de la gauche. Promettre d’intensifier la révolution néoconservatrice dont il a fait son projet, et se revendiquer du volontarisme en politique. La rue de Solferino en reste muette…"
-La gauche est morte, vive la gauche !

-Le désarroi des socialistes d’en bas
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HORIZONS ET COUPS DE COEUR : Crise de la gauche

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