Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 19 janvier 2009

Crise: Que peut, que doit faire l'Etat ?

"À chaque phénomène, on trouve une explication technique, et surtout partielle, généralement a posteriori. Mais jamais, au grand jamais, on ne cherche à relier les problèmes les uns aux autres. Dans une société dominée par la globalisation, il ne faut surtout pas. globaliser les problèmes. Car ce serait reconnaître que la crise que le monde traverse, comme la paupérisation en marche de nos classes moyennes, ne tombe pas du ciel et qu'il s'agit bien d'une crise globale.
Elle est la conséquence des dérives d'un processus entamé, voilà près de trente ans, lorsque le capitalisme anglo-saxon a décidé de revenir aux sources du libéralisme et de s'imposer aux quatre coins du monde. Dans les années quatre-vingt-dix, l'alliance sinoaméricaine, Internet et la financiarisation de l'économie ont fait croire au triomphe définitif de la mondialisation. Trop rapide, trop forte, trop brutale, elle a débouché, après le 11 septembre 2001, sur une sorte de spirale infernale, une fuite en avant des pays occidentaux dans une économie de la dette.
Les Anglo-Saxons ont joué les apprentis sorciers..
."

-Que peut l’Etat face à une crise globale ?

"Se contenter de dénoncer les excès, les dérives du « capitalisme financier » ne veut rien dire. Le capitalisme financier est un moment du capitalisme Le problème n’est pas tant celui des dérives des financiers, sans parler des escroqueries, mais bien de tenter de comprendre que cela a été le fruit d’une autre dérive : celle d’un libre-échangisme effréné, totalement incontrôlé, qui a démarré en 1980 avec Reagan et qui s’est réellement envolé en 2001 avec l’entrée de la Chine dans l’OMC. Rien ne serait sans doute arrivé sans une alliance qu’on peut estimer contre-nature entre le parti communiste chinois et le Big business américain. Cette alliance remonte à 1978 quand Deng Xiaoping a choisi de faire entrer la Chine dans l’économie de marché. Cette longue marche s’est faite avec l’assentiment de la diaspora chinoise (qui a joué un rôle considérable), avec un lien entre le dollar et le yuan qui explique que jusqu’à aujourd’hui les multinationales, qu’elles soient japonaises puis américaines et ensuite européennes, ont eu tout intérêt à délocaliser leur production en Chine. Le dollar et le yuan étant liés, les coûts de production des multinationales baissaient au fur et à mesure qu’on s’installait en Chine. A partir de 2001, une explosion du commerce mondial et des exportations chinoises entraîna des délocalisations massives, des déficits commerciaux gigantesques, aux États-Unis, mais aussi en Europe, en Grande-Bretagne, en France (qui voit s’aggraver ses déficits commerciaux), en Espagne, aux Pays-Bas. Seule l’Allemagne échappait à la règle. On a masqué la paupérisation relative (car les déficits commerciaux sont une perte de richesse) des classes moyennes occidentales par du crédit aux États-Unis. La planche à billets a fonctionné à plein, on a fait du crédit sur des mortgages, sur les maisons, du crédit à la consommation. Le système financier a fait ses propres crédits avec le LBO (Leverage Buy-Out). On a donc construit une gigantesque bulle, alimentée par les surplus chinois et japonais et les pétrodollars qui sont venus compenser les déficits américains. C’est cette bulle qui est en train de crever aujourd’hui...
Je ne crois pas beaucoup à une véritable action régionale en Europe parce qu’il est pratiquement impossible de mettre d’accord vingt-sept pays sur un certain nombre de décisions. Même face à l’urgence climatique, alors qu’on sait que les centrales au charbon émettent massivement des gaz à effet de serre, on trouve des compromis boiteux avec les Polonais qui ne veulent absolument pas revoir leur politique énergétique. Les Allemands, toujours prêts à donner des leçons à tout le monde ne relancent pas le nucléaire et mènent leur propre politique.
Il n’y a pas d’Europe et c’est peut-être le drame de notre continent,
il n’y a pas de politique européenne et la crise le démontre. Alors on va en être réduits à mener une action nationale...
Nous avons fait un choix, nous sommes entrés dans l’Europe, parfois à reculons, avec réticence mais nous y sommes et, aujourd’hui, nous constatons que
nous n’avons plus d’outils de pilotage, le plan n’existe plus, la DATAR n’existe plus. Il y a pis : les grandes administrations ont subi une forte évolution, les hauts fonctionnaires en poste ont été nourris au biberon de l’idéologie dominante des vingt-cinq dernières années...
Si on veut mener une politique industrielle, quatre ingrédients sont nécessaires : des moyens financiers, des moyens structurels, des moyens humains et des moyens idéologiques c’est à dire avoir un discours cohérent, crédible et savoir le vendre aux opinions. Les moyens financiers. L’Etat est ruiné. François Fillon a raison de le dire, l’Etat est totalement paupérisé, il ne peut plus investir, il rogne des fonds de tiroirs vides. Il n’investit plus depuis des années. C’est aussi vrai de bien des grandes entreprises. Je pense à RFF (Réseau ferré de France), aux systèmes de distribution électrique.
Nous n’avons pas investi depuis quinze ou vingt ans, c’est la principale critique que l’on peut faire à ce capitalisme global financier. Nous avons collectivement négligé le long terme, Américains du nord et du sud, Européens... tous les pays ont négligé les investissements collectifs, les investissements de long terme, la recherche fondamentale..
La crise, en nous obligeant à passer à une vitesse supérieure sur un nouveau modèle de croissance, peut être une chance...
Rétablir les règles du jeu c’est essayer de rétablir un peu les équilibres. Aucune raison ne justifie que les classes moyennes occidentales soient les variables d’ajustement du profit des multinationales Avez vous remarqué que l’on ne parle jamais d’elles ? On parle des banquiers, des financiers, mais jamais du rôle des multinationales dans l’économie globalisée. Or ce sont elles qui ont piloté cette économie globalisée. Elle a été faite par et pour le Standard and Poor 500 et accessoirement par et pour le CAC 40. Les Chinois en ont profité, Wall Street en a profité mais les multinationales, leurs actionnaires et leurs patrons en ont aussi très bien profité. C’est ce rééquilibrage qui doit intervenir Il va falloir relocaliser les emplois en Europe..."
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Jean-Michel Quatrepoint: sortir du court-termisme
-Crise financière, Etats-Unis, mondialisation : ce que disait Jean-Pierre Chevènement
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-Retour à Keynes ?
-Un autre système financier
-Protectionnisme raisonnable ?

2 commentaires:

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Marcel Thiriet a dit…

Bonjour Laurent

Merci!
J'ai répondu sur votre site
Cordialement