Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

dimanche 15 février 2009

Crise: quelle sortie ?




Serions-nous au coeur d'un tournant historique majeur?


Analyse peu optimiste d'un auteur qui ne s'est guère trompé depuis deux ans dans son interprétation des grandes tendances économiques du moment

Mais, comme on dit, le pire n'est jamais sûr et l'on manque singulièrement de recul pour porter un jugement relativement objectif sur un phénomène qui pour l'instant n'en n'est qu'à ses débuts et dont nous ne percevons ni l'ampleur ni la durée possible

Il n’y a pas de porte de sortie ? | AgoraVox:
"...Cette crise est l’aboutissement d’une guerre civile qui s’achève, comme toutes les guerres civiles, sans vainqueurs. Cette guerre a opposé les riches aux pauvres et les vieux aux jeunes, fronts en partie convergents. C’est la faillite d’une société patricienne vieillissante, et la réalisation de ce qu’historiens et démographes ont décrit il y a 30 ans comme le suicide démographique de l’occident.
Le symptôme terminal est l’écroulement brutal de la demande de biens et services. Celle-ci vivait depuis quelque temps dans l’acharnement thérapeutique de perfusions monétaires croissantes. Son asphyxie finale entraîne l’écroulement d’un château de cartes financier de dettes dérivées de dettes dérivées de ... Mais comment se fait-il qu’une part importante de la population ne puisse tout simplement pas se loger ou se nourrir dans le pays le plus riche du monde à son apogée à une époque où la productivité n’a jamais été aussi élevée de toute l’histoire de l’humanité ? Cela provient de l’explosion des inégalités. En effet, la demande de biens n’est pas proportionnelle aux revenus. Les riches investissent, ils ne peuvent consommer tout leur avoir. Par contre, les pauvres épargnent peu ou pas. Une répartition inégale des richesses tue la demande. Une société avancée se caractérise par l’existence d’une classe moyenne.
Cette augmentation des inégalités s’est caractérisée par un déséquilibre entre rentes et salaires, i.e. entre capital et travail. Les salaires ont stagné ou diminué en termes réels depuis 15 ans là où le capital a eu dans le même temps une rentabilité exceptionnelle, souvent de 10%/an. Ceci a été mis en oeuvre, nous l’avions vu en 2008, grâce à la mondialisation qui a permis de transférer les coûts de main d’oeuvre vers des pays à salaires de plus en plus bas, et exercer ainsi une pression à la baisse sur les emplois restant. Côté pays consommateurs, par exemple aux Etats-Unis, cela a bénéficié à une petite noblesse d’affaires impliquée dans le processus, aux actionnaires en général, c’est à dire aux rentiers, et à leurs chargés de pouvoirs, une ingénierie financière disproportionnée, bouffie et suffisante, qui a prospéré dans le chaos naissant. Côté producteurs, par exemple en Chine, cela a bénéficié à une noblesse d’affaires cousine, qui s’est chargée de fouetter les esclaves pour le compte de tiers, et d’amasser des dollars aussitôt réinvestis aux Etats-Unis, à l’abri croyait-on. Mais pourquoi la rente patricienne a-t-elle pris une telle importance, au point d’y sacrifier franchement la plèbe, ce qui est quand même violent ? Parce que le monde vieillit. Ceci est une crise démographique d’un genre nouveau et d’une ampleur sans précédent. ...
Nous terminons une partie de Monopoly où les gagnants acceptaient de prêter aux perdants pour faire durer l’illusion de la richesse. Le crédit excessif des 15 dernières années a constitué une "avance sur consommation" qu’il va falloir rembourser. Le niveau de vie va fortement diminuer. Les actifs indexés sur l’économie réelle, c’est à dire in fine tous, vont perdre leur valeur, dans une proportion imprévisible. C’est pour cela que les banques ont tant de mal à évaluer et provisionner leurs créances douteuses : toutes les créances sont douteuses. Il n’existe aucun titre sûr. Il n’existe aucun bilan évaluable. Le tranchant de l’épée de Damoclès est constitué des produits dérivés. Les CDS (assurances sur la faillite d’une entreprise), produits tranquilles et juteux il y a 2 ans, sont devenus des bombes atomiques. Tout ce qui était gageable a déjà été gagé. Il est en fait nécessaire que les riches et les vieux réalisent qu’ils viennent de perdre leurs économies, et qu’ils l’acceptent pour laisser une chance à l’avenir....

-Crise sociale, regards sur une France «sidérée» | Mediapart:
"...«Nous sommes dans une espèce de trou, dit Bernard Gazier. Pris entre deux trains. Celui de la propagation à l'économie réelle, que l'on voit avec la multiplication des plans sociaux, et un autre convoi qui n'est pas encore parti, celui des mesures de relance dont on ne sent pas encore les conséquences.» Bernard Gazier a trouvé un nom à notre comportement collectif, à ce flottement général qui nous a tous saisis, à cette montée incontrôlée des angoisses, à cette demande «tous azimuts» de protection qui se manifeste tous les jours dans les usines, dans les rues, en France métropolitaine ou en Guadeloupe: la «sidération». Nous sommes «sidérés par l'ampleur du choc», dit-il.Demain, peut-être en tirerons-nous les conséquences. Par exemple, espère Bernard Gazier, en réglant le cas de ces centaines de milliers de chômeurs pas indemnisés à cause de l'architecture complexe, bancale et injuste de notre système d'assurance-chômage...
Serge Paugam, de l'EHESS, refuse lui de «jouer les prophètes». Mais il constate: la progression du chômage est affolante. Et il se contente de raconter, salutaire rappel, ce que sa discipline, la sociologie, a déjà dit du chômage. Terribles enseignements.
Au début des années 30, en pleine crise, déjà, le sociologue Paul Lazarsfeld dirigeait une grande étude sur une ville près de Vienne (Autriche), touchée de plein fouet par la fermeture de l'usine du coin. Près de 80 ans plus tard, Les Chômeurs de Marienthal reste une «monographie exemplaire», selon Paugam, pour comprendre les «effets collectifs du chômage». Des effets «catastrophiques»: la vie culturelle se délite, les associations perdent des adhérents, la participation politique chute... Dans les années 80, l'analyse sera poursuivie par Dominique Schnapper, une sociologue française, qui a raconté comment chez les ouvriers ou dans les milieux les plus défavorisées, le chômage est vécu comme un "chômage total", qui frustre, donne le sentiment d'être inutile socialement. Exactement ce que ressentent, aujourd'hui, les salariés en chômage partiel de Renault ou Peugeot que nous avons rencontrés au long de notre périple sur la route de la crise. Bien sûr, ils sont payés, en partie. Mais le plus difficile pour eux, c'est de rester à la maison.Ces trois chercheurs disent aussi des choses qui ne sont pas toujours rassurantes mais qu'il faut peut-être entendre faute de voir notre modèle social, ou ce qu'il en reste, sombrer corps et biens avec cette crise. Certes, on entend partout que les obstacles aux licenciements (plus importants en France que chez nos voisins) nous protègent. Bernard Gazier rappelle que les 35 heures et le Smic, si souvent critiqués, montrent finalement leur utilité en temps de crise, apportant quelques matelas bien nécessaires pour en amortir le choc. Certes, dit Serge Paugam. Mais il nuance.Citant une étude coécrite en 2000 à partir de données collectées dans tous les pays européens, il montre combien les chômeurs français sont finalement... moins bien protégés que les autres. En Europe du Sud, les privés d'emploi peuvent ainsi faire jouer les solidarités familiales. En Europe du Nord, ils sont davantage protégés grâce à un Etat social généreux. La France, elle, est au milieu du gué, culturellement hésitante entre ces deux pôles. Resterons-nous longtemps dans cet entre-deux, incarné à merveille selon Serge Paugam par le revenu de solidarité active (RSA) bientôt mis en place par le gouvernement?Quant à Stéphane Beaud, il a porté le regard sur un autre terrain trop souvent délaissé. «Il y a encore de la braise dans les banlieues», dit-il.Mercredi, à la fin du débat à l'EHESS, on n'était finalement pas beaucoup plus avancé. Impossible, vraiment, de prévoir les conséquences de la crise en cours. Impossible de prédire à l'avance si "ça va craquer", ou même exploser. Mais au moins, on sortait rasséréné: non, parler de "nouvelle crise sociale", comme nous le faisons depuis un mois sur Mediapart, n'est pas exagéréAprès tout, la plus grande erreur n'est-elle pas de la minimiser, comme si l'on refusait de la regarder en face? «J'ai tendance à penser que quand on croise un très gros chat noir avec des rayures orange sur le dos, il vaut mieux dire que c'est un tigre», s'est amusé Bernard Gazier pour tourner en dérision les pudeurs verbales de notre ministre de l'économie, Christine Lagarde, qui s'est longtemps refusée à parler de récession, préférant le néologisme de «croissance négative» – jusqu'à finalement lâcher le mot tabou, jeudi 12 février, vaincue par l'évidence."

-Crise de génération ou crise financière? | Mediapart:

"...Le poids du vieillissement sur les économies-Cette dernière tendance a eu de lourdes conséquences sur l'évolution économique de ces dernières année. Un tiers aujourd'hui des fonds gérés sont ceux des fonds de pension, un autre tiers celui des assurances. La majorité des capitaux financiers investis en bourse sont ceux des travailleurs et futurs retraités. Cette situation a incité les entreprises à courtiser ces immenses fortunes collectives, en réorientant leur stratégie sur le versement de dividendes, à préférer des logiques de valorisation rapide des cours de bourses, et in fine, des stratégies de court-terme, d'une meilleure transparence des comptes, etc. Une large part des évolutions des affaires de ces dernières années est la conséquence de cette évolution démographique : ceux-là même qui critiquent le système en sont en vérité les premiers responsables.Pour favoriser la croissance, tendance est à l'innovation, c'est-à-dire à la créativité et à la jeunesse. Il serait intéressant de voir combien les plus jeunes travailleurs contribuent aux efforts d'innovation, en particulier aux Etats-Unis. Sans que leur rémunération ne soit augmentée significativement. Dans quelle mesure l'évolution démographique fait pression sur l'économie pour l'orienter à son profit, quitte à demander plus à ceux qui sont les plus créateurs de valeur, difficile de le dire...."

Playlist Crise financière/Séminaire Stop finance
- Catastrophisme sollicité

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