Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 20 février 2009

GUADELOUPE , côté ombre



Loin des clichés et des pages glacées des dépliants touristiques...
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"Avec Nicolas Sarkozy, il vaut mieux être un Pitbull qu’un Guadeloupéen. Si un Pitbull te mord en Guadeloupe, le lendemain, Sarkozy fait une loi sur les Pitbull. Alors que nous, cela fait des semaines que nous marchons, et nous n’avons toujours rien obtenu." (E.Domota)
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Willy Angèle, président du Medef-Guadeloupe, estime que le silence du chef de l'État a été « pesant ».

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Mediapart> Guadeloupe: crainte du chaos:

"...Dans les deux pays(Guadeloupe et Martinique), il existe, de tout temps, avec le pouvoir au sens large, un rapport complexe entre acceptation et refus. Dans l’économie de plantation classique qui s’est maintenue bien au-delà de la loi de départementalisation, le mouvement prolétarien était organisé et puissant. La première grande grève des ouvriers agricoles a eu lieu à la Martinique, en février 1900. La répression très brutale a suscité l’émotion des démocrates français. Depuis, chaque année, au moment de la récolte de la canne, c’est-à-dire en février, les ouvriers contestaient la rémunération qui leur était proposée et se mettaient en grève. Avec la particularité que les travailleurs qui, sur une habitation, décidaient de ne pas couper la canne allaient d’habitations en habitations et de communes en communes convaincre les autres ouvriers de se joindre à eux. D’où le nom de «grèves marchantes», toujours brutalement réprimées.
Les dockers et les ouvriers du bâtiment ont longtemps été très actifs autour de la CGT dirigée par de grands leaders prolétariens. Le dernier grand mouvement de ce type remonte, pour la Martinique, à février 1974 avec une mobilisation populaire très importante à la suite d’une grève marquée par deux morts du côté des travailleurs. Ce mouvement de 1974 marque, de manière symbolique, la fin de l’économie coloniale classique. Pour faire bref, la néantisation de la production, la «bétonisation» des champs de canne et la reconversion des békés qui, soit vont investir à l’extérieur soit se reconvertir dans l’import-export. Nous sommes alors dans une société caractérisée par le paradoxe de la non-production et de la surconsommation. L’économie repose, pour l’essentiel, sur les transferts publics en provenance de la France. Les économistes peinent à la caractériser. L’un d’entre eux, il y a plus de vingt ans proposait la notion d’«économie de transfert». Le phénomène a commencé avec le gaullisme, dans la décennie soixante.---La trajectoire de la Guadeloupe est largement comparable. A ceci près que le mouvement fondateur est celui de 1967, dont il est beaucoup question en ce moment. Et surtout, fait essentiel, l’économie agricole n’est pas entièrement liquidée avec, évidemment, des conséquences sur les pratiques culturelles et la conscience identitaire.
Dans la dernière période, la contestation est née de mouvements plus manifestement politiques.Cela dit, si on comprend que les revendications principales portant sur la cherté de la vie et l’emploi traduisent le malaise profond de sociétés déjà inquiètes, sans perspectives. Elles marquent aussi l’existence de peuples dont on a longtemps douté de la réalité –surtout s’agissant de la Martinique- et qui veulent entrer dans la voie de la responsabilité. Il y a un autre aspect inédit dans cette grève, du fait de l’exceptionnelle mobilisation et de la détermination à voir satisfaites les revendications malgré l’inconfort du quotidien, après quasiment un mois de grève générale dans un cas, dix jours dans l’autre...
Le mouvement actuel a été préparé de longue date et a pour leader une personnalité au charisme incontestable, Elie Domota. Il n’a pas été assez souligné que la plate-forme revendicative du LKP est précédée d’un Préambule précisant que l’objectif, au-delà des revendications immédiates et légitimes, est l’avènement d’une «société nouvelle». S’agissant des partis politiques, leur légitimité n’est pas remise en cause par leur participation à des Exécutifs locaux. La population, jusqu’à la crise, en était plutôt satisfaite. Aujourd’hui, ils sont critiqués parce qu’ils n’ont rien vu venir et proposent des solutions ressenties comme relevant du bricolage.La Martinique dont le tissu économique et social est encore plus dépendant de la métropole que celui de la Guadeloupe connaît une situation bien différente. D’autant que la conscience identitaire, que la crise renforce, a beaucoup évolué en peu de temps et est bien moins ancrée que dans l’île voisine. Le mouvement syndical qui a connu de belles heures avec la CGT puis plus récemment avec un syndicat clairement nationaliste, la CSTM (Confédération Syndicale des Travailleurs Martiniquais), bien implanté au sein des collectivités et auprès des employés de commerce est aujourd’hui très faible. Le «Collectif du 5 février», nom donné au regroupement d’organisations qui anime le mouvement est un rassemblement fait de bric et de broc et parmi lesquelles se trouvent des groupes dépourvus de représentativité. Dans ce contexte, le succès du mouvement est le signe du ras-le bol et de l’inquiétude des Martiniquais...."-JCWilliam(Mediapart)
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-Du code Noir à la “pwofitasyon” ou les résurgences de l’Histoire :

"Promulgué Par Louis XIV en mars 1685, et considérablement aggravé en 1742, le Code Noir est un corpus de règles qui régissait le sort des esclaves Noirs aux Antilles, aux Mascareignes, en Louisiane, à la Guyane jusqu’à son abolition en 1848. Texte méconnu, longtemps enterré au plus profond de la mémoire collective, c’est pourtant, en partie du moins, à sa lumière qu’il faut éclairer le conflit social qui frappe la Guadeloupe depuis maintenant plus d’un mois dont le maître mot « pwofitasyon » (l’exploitation outrancière) résonne comme un grondement survenu du plus lointain passé qui resurgit aujourd’hui sous les traits d’un profond mécontentement compréhensible et prévisible______.Avant de remonter le temps jusqu’aux heures les plus sombres de l’ancien régime,il faut se souvenir qu’au cours du XXe siècle, la République française aura réprimé par deux fois dans le sang les velléités du monde ouvrier de la Guadeloupe d’améliorer leur sort qui faisait déjà bien peu d’envieux. Le 14 février 1952 quatre manifestants payèrent de leur vie leur révolte, alors qu’en « mé » [11967 se furent plus de 100 manifestants qui tombèrent sous les balles d’un État inflexible. C’est à l’ombre de ces évènements proches que le conflit social d’aujourd’hui, initié par le collectif « contre la vie chère », s’amplifie et se durcit faisant craindre de nouveaux dérapages répressifs au prétexte que force doit rester à la loi. Les rues de la Guadeloupe s’enflamment sous les feux de la colère d’une jeunesse oubliée, sans avenir et contenue à la périphérie de la société insulaire. Ce peuple jeune risque de doubler sur sa gauche le mouvement social mené par le LKP , faisant écho à une histoire toujours latente, dont les souffrances s’expriment au travers des différents indicateurs socio-économiques sans ambigüité aucune quant à l’état de délabrement de la société antillaise en général. Le peuple de France a pu en prendre connaissance ces derniers jours, l’ensemble des médias n’ayant pas fait l’économie de rappeler combien les disparités avec la métropoles sont criantes Tous les chiffres sont dans le rouge, largement évocateurs d’une situation sociale enkystée dans une précarité livrée aux affres d’un capitalisme véritable fabrique à injustices, bâti sur une histoire si douloureuse que même les siècles écoulés n’ont pu suturer les cicatrices encore béantes ....
les cicatrices demeurent gravées dans l’inconscient collectif du peuple antillais.-C’est cela qui remonte maintenant à la surface des mémoires, travesti sous les habits du conflit social, et il ne peut plus être proclamé « ne regardez pas les terres françaises du Couchant : il ne s’y passe rien, il n’y a rien à voir ». Bien au contraire, il nous faut creuser cette histoire [7], en extirper les souffrances engendrées et transmises au fil des générations, comme un conte morbide qui hante les entrailles d’un peuple encore sous le joug du tortionnaire. Qu’on le veuille ou non, le crime non expié et non réparé demeure ancré au plus profond de la descendance laissée par les victimes. La Caraïbe toute entière respire cette histoire épouvantable, alors que la mère patrie semble avoir oublié les exactions commises des siècles durant, vantant sur papier glacé les mérites anxiolytiques des plages de sable blanc, passant par pertes et profits toutes les larmes et tout le sang qui un temps s’y sont pourtant largement répandus.-C’est cela qui aujourd’hui resurgit à la face de la nation, même si le prétexte de la vie trop chère fait illusion parfaite, force est de reconnaître que ce n’est pas l’augmentation du pouvoir d’achat qui pansera pareilles plaies béantes. Il faut que les îliens se saisissent de l’occasion afin d’expurger la douleur qui les habite pour bâtir enfin une société nouvelle et différente, débarrassée des excroissances de ce capitalisme en grande partie héritier du monde passé...."

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-LETTRE OUVERTE D'HARRY JAWAD DURIMEL AUX ELUS
-Les précédentes émeutes en Guadeloupe (1952 et 1967)
-«L'Etat a abandonné la Guadeloupe»
-Recherche Google : Guadeloupe
-Guadeloupe - Wikipédia>>Les îles de Guadeloupe
-Schwarz-Bart, Simone - île en île

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