Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 2 juin 2009

Dérives allemandes

L'Allemagne n'est plus ce qu'elle était...

Elle découvre ses pauvres

-14,3% des Allemands étaient menacés de pauvreté en 2007. Ce chiffre cache de grandes disparités. Alors que ce taux était de 11% dans le sud du pays et de 15% dans le nord-ouest, il s'élevait à 20% dans les provinces de l'ancienne Allemagne de l'est. - (AFP)...
Depuis, ça a plutôt empiré
Le Plan Hartz produit ses effets...
(Martin Kronauer: Exklusion)

-Au pays de l'abondance, trop de personnes peinent à survivre:
"In Deutschland gibt es Lebensmittel im Überfluss, und dennoch haben nicht alle Menschen ihr täglich Brot."(Tafel )
(Hartz-Konzept)

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-Dans la Ruhr, pour une poignée d'euros par jour... | Mediapart:
"...A Wattenscheid , un habitant sur cinq – ils sont 75.000 – vit d'«Hartz IV»: l'allocation universelle que touchent les chômeurs comme les nécessiteux, 351 euros, somme modulée en fonction des revenus du couple, de son patrimoine et du nombre d'enfants — le loyer et le chauffage sont remboursés par l'agence pour l'emploi. «Hartz IV» est devenu synonyme de pauvreté. L'allocation tire son nom de son inventeur: Peter Hartz, ancien DRH de Volkswagen.-Peter Hartz était un ami du chancelier d'alors, le social-démocrate (centre gauche) Gerhard Schröder. C'est lui qui a imaginé la réforme de l'agence pour l'emploi, entrée en vigueur le 1er janvier 2005. L'économie mondiale prospérait, la crise n'était pas encore là. Dans la compétition mondiale, le modèle social allemand devait être adapté, professaient alors les politiques.La réforme devait réduire le chômage de longue durée, encourager les moins qualifiés à reprendre un travail. Peter Hartz avait avancé des mesures radicales : fusion de l'aide sociale et de l'allocation-chômage, restriction des conditions d'indemnisation. En échange, il proposait de mieux suivre les chômeurs, de les aider à retrouver un emploi, même mal payé. C'est à cette époque qu'ont fleuri les "jobs à 1 euro" comme celui d'Andreas. A cette époque qu'ont fleuri les petits boulots...
En Allemagne, il n'y a pas de salaire minimum. Les rémunérations sont négociées dans les branches professionnelles, entre patrons et syndicats. Ce modèle typique était au cœur du pacte social forgé dans l'immédiat après-guerre. Une économie industrielle robuste, des amortisseurs sociaux généreux: le diptyque avait soutenu le miracle économique, divine surprise qui avait permis de redresser un pays ruiné et dévasté.
Soixante-quatre ans après la guerre, ce consensus social se délite. De plus en plus d'entrepreneurs ne s'affilient pas aux fédérations patronales ou alors comme membres associés, ce qui leur permet de ne pas appliquer les salaires négociés. En 2007, 52% des salariés étaient payés selon les conditions négociées dans leur branche: c'était encore 66% en 1996 rappelle la chercheuse Odile Chagny dans la revue de l'Ires. Résultat, une «dualisation de l'économie» toujours plus grande. D'un côté, ceux qui bénéficient encore des tarifs négociés – de moins en moins. Derrière la vitre de l'aquarium, les salariés à temps partiel, les CDD, les intérimaires, les travailleurs à leur compte...Dans un même secteur, d'une entreprise à l'autre, les disparités de salaire sont énormes. La caissière d'un supermarché peut être payée 12 euros parce que son entreprise applique le tarif négocié, sa collègue de la chaîne concurrente moitié moins. Dans Allemagne de troisième classe, une enquête sur la pauvreté tout juste publiée, le lecteur français découvre avec stupéfaction les salaires horaires d'employés de l'Est: l'abatteur de viande de Saxe (4,50 euros), le jardinier de Thuringe (3,22 euros), la coiffeuse du Brandebourg (3,05 euros)... «Les rangs des pauvres grossissent. Ceux qui ont un travail vivent avec la peur, car ils ne sont qu'à quelques mois de la dégringolade. Du jour au lendemain, ils peuvent se retrouvent avec rien, ou presque"...
Les sanctions pleuvent: l'administration ponctionne une partie des 351 euros si elle estime que la recherche d'emploi n'est pas assez active, demande aux chômeurs de changer d'appartement parce que le leur est trop cher. «La moitié de mes mandants sont malades psychiquement, un quart souffre de troubles graves. Imaginez leur schizophrénie: ils doivent se comporter comme s'il y avait un marché du travail, alors qu'il n'y a pas d'offres!»...

Dans Allemagne de troisième classe , les auteurs, trois journalistes qui ont découvert cette «nouvelle pauvreté» en tournant des reportages pour la télévision, décrivent des constellations encore ignorées par beaucoup. Ils défrichent le champ quasi inexploré de la pauvreté extrême, des familles dont tous les membres vivent d'Hartz IV, des journées passées à allumer des cigarettes, l'abrutissement devant la télé. D'après eux, l'Allemagne a changé de visage le 9 août 2002. Ce jour-là, Peter Hartz remettait au chancelier Schröder son rapport, prélude à la «plus grande réforme sociale de la République fédérale». «Ce fut le jour où progressivement une nouvelle classe sociale est née: la classe des précaires, des gens d'en dessous, des gens en trop.»On bascule vite dans Hartz IV, le chômage n'est indemnisé qu'un an, deux pour les plus de 50 ans. Les 660 euros que touchent en moyenne les 6,7 millions d'allocataires d'Hartz IV sont inférieurs au seuil de pauvreté (880 euros). Selon une étude récente de l'IAB qui dépend de l'agence fédérale pour l'emploi, un Allemand sur cinq a eu recours à Hartz IV au moins un mois depuis 2005. Le dispositif ressemble à une trappe à pauvreté: 40% des bénéficiaires sortis du système y ont eu recours un an après.Les économistes disent que les réformes Schröder du marché du travail ont fait émerger la «pauvreté cachée». Ces pauvres à découvert atterrissent chez Manfred Baasner. Gentil papy à moustache, ancien chef d'entreprise, il dirige en homme d'affaires les Tafel de Wattenscheid. Les Tafel («table») sont l'équivalent de nos Restos du cœur...-Le 19 mai, une fédération d'associations sociales, le Paritätische Wohlfahrtsverband (PW), publiait une étude sur la pauvreté... Grande première, les chiffres étaient détaillés Etat par Etat, ville par ville. Le lendemain, cet «atlas de la pauvreté» faisait la une de la presse. «Quand vais-je devenir pauvre? Un Allemand sur 7 menacé», annonçait en énormes lettres blanches sur fond noir le quotidien populaire Bild. «Des territoires entiers risquent de dépérir, l'Ouest n'est pas épargné», renchérissait la Tageszeitung, le Libé allemand. Que la carte ait mis en avant la désolation économique de certaines zones de l'Est, notamment près de la frontière polonaise, passe encore. Mais que l'Ouest, lui aussi, ait ses ghettos de pauvres! Inimaginable il y a encore quelques années...

«L'Allemagne risque d'imploser», affirment les responsables du PW. Les inégalités de revenus sont devenues béantes. «L'évolution est effrayante», affirmait l'an dernier l'économiste Markus Grabka dans l'hebdomadaire Der Spiegel. Le chercheur de l'institut DIW de Berlin a calculé qu'entre 1992 et 2006, le revenu des 10% les plus pauvres a baissé de 13%, tandis que celui des plus riches s'est accru d'un tiers....(M.Magnaudeix)

-Pauvre pays riche ? La richesse et la pauvreté : un défi pour les Eglises:
"..."J'ai toujours cru que l'Allemagne et d'autres pays d'Europe occidentale, c'était le paradis, dit M. P. T. Basele, pasteur originaire du Botswana. Pour nous, il est très important de découvrir que la pauvreté existe aussi en Allemagne, et ce que représente la pauvreté en Europe occidentale. "Dans le cadre d'un séminaire qui s'est tenu à l'Institut oecuménique de Bossey, ce pasteur africain et 11 autres participants originaires d'Afrique, d'Asie et des Etats-Unis se sont penchés sur le thème : La richesse et la pauvreté : un défi pour les Eglises.En Allemagne, quelque 8 millions de personnes vivent en dessous de ce qu'on appelle le "seuil de pauvreté relative". On y compte des enfants et des vieillards, des travailleurs et des chômeurs, des familles et des parents célibataires ; pour vivre, ils disposent de moins de la moitié du revenu moyen net des ménages. Toujours en Allemagne, 2.8 millions de ménages sont surendettés. Pourtant, avec un produit national brut d'environ 515 milliards d'euros, l'Allemagne est, comparativement, l'un des pays les plus riches du monde...."

-Observatoire des inégalités : inégalités dans les pays riches
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- Fractures allemandes

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