Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

dimanche 12 juillet 2009

Etre sans terre


Une réforme agraire qui attend toujours

Quand la violence et l'impunité prime

Le mouvement s'organise

-"Dans ce pays aux quatre millions de familles dépourvues de terre, de vastes étendues - presque 60 % des surfaces rurales - appartiennent à moins de 3 % des propriétaires.De façon continue, de la colonie à l’Empire en passant par les gouvernements républicains, les élites ont toujours été attentives face à la possibilité qu’une telle quantité de terres ne facilite la transformation rapide de l’esclave ou de l’ouvrier agricole en petit propriétaire rural. C’est ainsi que furent prises les mesures nécessaires pour empêcher leur accès à la terre, tout en favorisant une accumulation limitée aux cercles du pouvoir. Le travailleur agricole est, historiquement, le plus pénalisé de tous les travailleurs brésiliens."(Carla Ferreira)

- Le Brésil est le troisième exportateur de ressources naturelles dans le monde. En matière de ressources hydrauliques, le pays possède la plus grande biodiversité au monde et la plus grande réserve d’eau douce, avec le delta de l’Amazone. Selon le MST, le climat brésilien est propice à l’agriculture. Pourtant, plus de 40 des 170 millions d'habitants y souffrent de la faim.

-"Les terres qui devraient être utilisées pour la réforme agraire sont destinées aux entreprises étrangères pour la production d'eucaliptus, de soja, de bétail et d'agro-combustibles", a assuré le coordinateur national du MST.

-"Cette violence radicale des logiques mercantiles et inégalitaires dominantes est à la source de multiples autres violences, mais aussi de mouvements sociaux en plein essor, riches des métissages créateurs qui ont constamment façonné ce pays."(Pierre-Alain Baud, Frères des Hommes )
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Déçus par Lula, les sans-terre ne lâchent rien | Mediapart:
"...«Notre objectif était clair», se souvient João Pedro Stedile, principal porte-parole d'un mouvement qui se targue toutefois de n'avoir ni chef, ni hiérarchie : «Créer un mouvement de masse au niveau national, qui puisse se battre pour la réforme agraire, et pour une société plus juste et égalitaire.»
La revendication prend. Le Brésil est l'exemple le plus caricatural, en Amérique latine, de la concentration foncière. En 1985, date du dernier recensement agricole, 35.000 familles (1% de la population) détenaient 44% de la terre cultivable du pays. Ces «latifundios», sont le plus souvent acquis de façon illégale, confisqués par des puissants locaux qui falsifient les titres de propriété. On appelle ces faussaires les «grileiros», parce qu'à l'origine, ils contrefaisaient les documents en les plaçant un temps dans une boîte pleine de grillons. Le papier en sortait taché et grignoté, témoignage des décennies passées dans un coffre familial. Il se trouvait toujours un juge pour en reconnaître l'authenticité.Dans l'Etat du Pará, justement, un certain Carlos Medeiros (numéro de carte d'identité : 92093-Spp/PA) est ainsi propriétaire, depuis les années 1970, de 9 millions d'hectares – la surface du Portugal. Un héritage de deux cultivateurs portugais, prétendent ses avocats. L'ennui, c'est que Carlos Medeiros n'a jamais existé. C'est un prête-nom qui permet à une poignée de propriétaires locaux de s'approprier la terre publique.
C'est ce type de terres que cible le mouvement des sans-terre. «Ils choisissent toujours des terres, prétendues privées, mais qui sont en fait volées à l'Etat, avec la complicité des politiques et des magistrats locaux, eux-mêmes grands propriétaires», explique Jean-Pierre Leroy, un Français installé depuis trente ans au Brésil et qui travaille sur la préservation de l'Amazonie au sein de l'ONG Fase.
La méthode du MST est toujours la même. Investir une terre qui devrait faire l'objet d'expropriation par l'Etat, soit parce que son titre est falsifié, soit parce que la productivité est très basse, et l'occuper. Les familles montent alors un campement («acampamento», dans le vocabulaire du mouvement), qui, lorsqu'il n'est pas délogé, peut durer plusieurs années jusqu'à l'attribution d'un titre de propriété. Il se transforme alors en «assentamento», ensemble de terres cultivées de façon collective, par le biais de coopératives. Ils le payent cher. Tombés sous les balles de la police ou le plus souvent de tueurs à gage, plus de 1800 militants de la réforme agraire sont morts ces trente dernières années. Pratiquement aucun cas n'a été résolu par la justice.La principale originalité du mouvement est sa structure, ni parti, ni syndicat, fondé sur le noyau familial – c'est un couple qui apparaît sur le drapeau rouge – et sa capacité, contrairement aux autres collectifs paysans, à s'allier à des groupes progressistes citadins et ouvriers. Le Parti des travailleurs (PT) a ainsi fait de la réforme agraire, pourtant étrangère à sa nature, une de ses principales revendications. «L'élément le plus intéressant du MST, c'est son pari sur l'éducation, de l'alphabétisation à la prise de conscience d'une société de classes», estime Ariovaldo Umbelino, professeur à l'Université de São Paulo (USP) et spécialiste reconnu des questions de réforme agraire...
Le MST est devenu la principale référence sociale du continent sud-américain, à travers son bras international, Via Campesina. Il envoie des volontaires d'Equateur à Haïti, et il est le principal producteur de semences biologiques d'Amérique latine. «C'est qu'avec le temps, le combat pour la terre s'est transformé en combat contre l'agrobusiness», explique João Pedro Stedile.
En décidant de ne pas seulement tenir tête aux caciques locaux mais également aux Cargill et autres Monsanto, le mouvement a vu surgir d'autres ennemis. Au sein même du gouvernement Lula, pour lequel le groupe a fait campagne en 2002 puis en 2006, plusieurs ministres jugent la question de la réforme agraire «dépassée». Les grands groupes agricoles ne sont-ils pas les principaux exportateurs du pays ? «Malgré ses promesses, Lula a totalement gelé la réforme agraire», dénonce Ariovaldo Umbelino. En 2007, moins de 6000 familles ont bénéficié d'exploitations expropriées, un chiffre ridicule à l'échelle des 60 millions d'hectares de surface agricole du pays....
«L'inflation du prix des aliments, à la mi-2008, a démontré que la grande propriété agricole n'était pas la solution de la souveraineté alimentaire», assure João Pedro Stedile. Avec la crise mondiale, c'est, veut-il l'espérer, tout le système économique qui doit être repensé."

-Au pays des sans-terre
-Sans terre mais non sans voix
-La réforme agraire, la grande bataille du Brésil
- La réforme agraire brésilienne
-Brésil: les territoires de la question agraire
-Stedile : « la réforme agraire de Lula est une honte nationale »
-João Pedro Stedile (les «sans-terre»): «Lula ne veut pas affronter les grands propriétaires terriens»
-Posséder la terre: l'enjeu des nouveaux conflits avec le Sud | Mediapart
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