Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 7 décembre 2010

Y a plus d'saisons!

Hivers d'hier, hiver d'aujourd'hui

De la pluie et du beau temps

C'est toujours la même plainte, qu'il fasse froid ou chaud, que le temps soit anormalement pluvieux ou un peu trop sec: "Y’a plus de saison ma bonne dame !"



. Comme si les hommes n'avaient pas de mémoire et voulaient reporter sur la nature leur mauvaise humeur, les soucis du moment. Nos jugements sur le temps qu'il fait est un bon baromètre de notre état intérieur.
Mais croire qu'"
il n'y a plus de saison" est un leurre, car la notion de saison selon le calendrier est une notion arbitraire, une construction humaine, non un découpage naturel. Il y a plutôt deux périodes dans une année (en Europe): une (relativement) chaude, une (relativement) froide, avec des transitions graduelles, qui peuvent chacune connaître des variations surprenantes. Tout le monde, et depuis longtemps, a connu des hivers doux (totalement ou partiellement) et des étés "pourris", compromettant les récoltes.
Bref, le temps n'en fait qu'à sa tête e
t correspond rarement à nos attentes, malgré une certaine stabilité des cycles sur une durée correspondant aux observations notées par les hommes, c'est à dire un temps court, à l'échelle de l'histoire du climat. Ce sont des moyennes qu'il faut prendre en compte, même si les historiens et les climatologues ont noté des variations significatives sur des périodes données, dont parlent les archives.
__L'hiver plutôt préco
ce qui nous surprend cette année n'est pas exceptionnel, nous assurent les climatologues. Il fut des temps aux contrastes plus sévères et aux conséquences dramatiques pour nos ancêtres, moins équipés que nous pour se protéger des extrêmes. On retrouve des récits, au Moyen Age, d' hivers terribles et le "petit âge glaciaire", du 16°au 19°siècle, témoigne d'assez grandes modifications climatiques sur une longue période. L'histoire anecdotique révèle des variations étonnantes.
__"Le moine Raoul Glaber raconte ainsi une famine dans les années 1030 en Bourgogne : «Des pluies continuelles avaient imbibé la terre entière au point que pendant trois ans on ne put creuser de sillons capables de recevoir la semence. Au temps de la moisson, les mauvaises herbes et la triste ivraie avaient recouvert toute la surface des champs». Lorsque le froid s'y met, les horreurs dépassent l'imaginable : «Hélas ! chose rarement entendue au cours des âges, une faim enragée poussa les hommes à dévorer de la chair humaine. Des voyageurs étaient enlevés par de plus robustes qu'eux, leurs membres découpés, cuits au feu et dévorés. Bien des gens qui se rendaient d'un lieu à un autre pour fuir la famine, et avaient trouvé en chemin l'hospitalité, furent pendant la nuit égorgés, et servirent de nourriture à ceux qui les avaient accueillis. Beaucoup, en montrant un fruit ou un oeuf à des enfants, les attiraient dans des lieux écartés, les massacraient et les dévoraient. Les corps des morts furent en bien des endroits arrachés à la terre et servirent également à apaiser la faim...».
_____Des historiens comme Leroy Ladurie, un pionnier en la matière, ont montré les incidences du climat sur le cours de l'histoire des hommes, au niveau événementiel ou profond, sans que le climat soit considéré comme une cause mécanique, uniquement déterminante, mais comme une donnée incontournable pour comprendre certains changements de fond, par exemple au niveau de l'agriculture et des habitudes alimentaires, donc des progrès futurs, mais aussi des événements qui ont changé le cours des choses , comme le passage des Huns sur le Rhin gelé ou la défaite de l'armée allemande confrontée à l'hiver russe...
Le climat est donc une donnée comme une autre de l'histoire des hommes, même si ceux-ci peuvent, selon les époques, s'adapter, moduler leurs rapports aux aléas climatiques,
dans une certaine mesure. Les Inuits ne se sont jamais plaints du froid polaire, ni les Saharahouis de la chaleur...
___Que des changements climatiques importants soient en train de se produir
e à l'échelle de la planète, du moins dans certaines de ses parties, est un débat en cours, qui suscite divergences d'interprétation, débats passionnés et incertains. Il faudra encore beaucoup attendre pour y voir plus clair et surtout déterminer la part anthropique de certaines tendances actuelles. La transformation climatique du Groënland est un exemple bien connu, à partir duquel on ne peut extrapoler.
Demain, il fera beau...

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