Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

samedi 10 septembre 2011

Genre: polémique orchestrée


Masculin/féminin: faux problèmes?

Le sexe n'est pas que construction, mais l'anatomie n'est pas un destin

"Et Dieu créa la femme..."

_L'épiscopat français, Mme Boutin , l'UMP et nombre d'associations catholiques ne peuvent supporter une autre vision du monde que celle qui s'est imposée à travers les siècles de christianisme.
Le débat sur la "
théorie du genre" ( mais un tel débat a-t-il lieu d'être?), qui refait surface à l'occasion de nouveaux programmes en SVT au lycée, dérange beaucoup leur vision créationniste de l'image et des rapports hommes/femmes et d'une sexualité conforme à la morale dominante. Comme si un programme scolaire en ce domaine comportait des jugements de valeur, notamment en matière de préférence sexuelle.... Ils veulent de la biologie et surtout de la biologie, pour restaurer une vision conservatrice de la société. La biologie, c'est rassurant, mais l'homme n'est pas un animal comme les autres...
___"On ne naît pas femme , on le devient", disait Simone de Bauvoir, voulant dire par là que les caractéristiques de la féminité sont , dans une large mesure, les produits d'une éducation particulière, à une époque donnée. Elena Belotti l'a largement démontré dans son étude Du côté des petites filles. L'histoire et l'ethnologie le confirment abondamment.
"...
L'éthologie, l'anthropologie et la sociologie nous confirment qu'il n'y a là aucune dérive, et encore moins de dégénérescence. Combien de grands personnages de l'histoire - pour ne parler que de la société occidentale - sont connus par la diversité de leurs préférences sexuelles ? Et puis il y a la grande diversité des pratiques sexuelles, plus ou moins contrôlées, ritualisées, participant aux initiations parmi les centaines de cultures étudiées par les ethnologues. L'anthropologie culturelle a bien établi l'importance de la construction du genre, et il s'agit bien d'une théorie scientifique, comme celle de l'évolution, avec des concepts et des paradigmes confrontés aux observations, autrement dit aux faits sociaux ..." (P.Picq)
On pourrait dire tout aussi bien qu'on ne naît pas homme, avec toutes les caractéristiques masculines attribuées traditionnellement à l'homme et à ses fonctions, dans telle culture donnée, on le devient.
_Les stéréotypes, représentations explicites ou implicites des deux sexes sont d'ailleurs toujours en miroir, même dans leur opposition supposée, même au niveau des préjugés, des croyances, des dogmes, et renvoient à un certain type d'organisation sociale, de pouvoir, patriarcal, par exemple.
Ceux-ci sont en voie d'effritement, à l'heure où la masculinité, sous sa forme traditionnelle, vacille, où la femme revendique une autre image, d'autres droits. Les mutations sociales et économiques ont engendré des remises en question profondes en cette matière, notamment en matière de maternité et de prises de responsabilités.
Aux USA surtout, cette question a pris une tournure souvent compliquée et polémique, dans le cadre des mouvements féministes dès les annnées 70.
En France, ce problème prend aussi une tournure légitimement politique, dans la revendication de l'égalité féminine, qui ne reste bien souvent que formelle, même après des décennies de prise de conscience et de luttes. La notion d'identité sexuelle a été approfondie.
___Une certaine droite s'est donc emparée de cette question, projetant dans les questions d'ordre purement scolaire ses propres obsessions (homophobes?)et s'engage dans une bataille d'un autre âge, malmenant les principes de la laïcité.

"...Aujourd’hui, refuser qu’un manuel consacre une page au « genre, construction sociale », c’est faire de l’ordre sexuel un ordre purement naturel. « Devenir homme ou femme » : le programme de SVT fait écho à une phrase célèbre de Simone de Beauvoir : « on ne naît pas femme, on le devient. » Jacques Myard, député des Yvelines, répond au nom de la Droite populaire : « on naît homme, on naît femme. » Autrement dit, l’anatomie est un destin."
La droite conservatrice et traditionaliste fait donc chorus avec la hiérarchie catholique, en faisant intrusion dans le programme de SVT des lycées, en défendant un naturalisme dépassé et en mélangeant tout, confondant
genre et sexualité.
"Contrairement à ce que la cathosphère veut faire croire, les études du Genre ne nient pas les différences biologiques. Elle distingue le sexe biologique du « sexe social ». Inspirées de penseurs français comme Deleuze, Foucault ou Derrida, les « gender studies » se sont développées aux Etats-Unis. En résumé, elle cherche à démontrer que c'est l'éducation au sens large, dans le contexte historique et social, qui construit le «genre» de l'individu."
Mais il n'y pas unanimité sur cette question dans le monde des croyants
Beaucoup de confusions et de mauvais procès donc dans cette polémique,
qui n'est pas sans arrière-pensées, dans le contexte d'ordre moral inaugurée par le Chanoine de Latran, valorisant le prêtre contre l'instituteur, et dans l'offensive des églises contre les principes républicains.

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