Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 27 avril 2015

Réfugiés: d'un sommet à l'autre

Mare nostrum ou mare mortale?
                                           L'urgence a mené de Mare Nostrum à Triton :
    Frontex constituait depuis dix ans une approche exclusivement sécuritaire et ...un échec
       Avec Frontex, l’Europe déploie (donc) des moyens disproportionnés pour combattre un ennemi qui n’en est pas un : le migrant. Une des caractéristiques principales de l’agence est le manque de transparence de ses activités. Peu de gens en ont d’ailleurs entendu parler… Quelles garanties l’agence présente-t-elle en termes de respect des droits des migrants lors de ses opérations ? Et qui est responsable en cas d’atteinte aux droits fondamentaux lors des opérations de Frontex: est-ce l’agence, l’État où se déroule l’opération, ou encore l’État dont relèvent les gardes-frontières impliqués ? Autant de questions fondamentales que soulève la campagne Frontexit.
            Bref, Frontex était plutôt un  tigre de papier
        Il fut un temps où un sommet n'était pas nécessaire pour une action humanitaire d'ampleur inégalée et où on ne rognait pas comme aujourd'hui sur l'aide au développement. Dans une autre contexte, certes. La France y a pris sa part.
   Fermer les frontières ne peut être qu'une illusion.  La fatalité  n'existe pas. Il n'y a pas de solution militaire au problème, réitère le Secrétaire de l'ONU.
     Le dernier sommet européen ne fait pas l'unanimité, loin de là. Triton  révèle ses limites.
Un stratégie tâtonnante et timorée, une inflation de termes "stratégiques", une attitude plus défensive que coopérative, une solidarité en berne.
Une presse parfois odieuse
    Si les gens qui meurent étaient blancs...
        Un sommet de détresse et un sommet de véllèités, d'aveuglement..Ce que reconnaît JC Junker.
           Finalement, ce fut  un sommet cache-misère (*)
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        (*) ...(Ces mesures, qui ), pour certaines constituent des avancées, ne sont-elles pas à la hauteur des événements et de l’émotion qu’ils ont suscitée ? Comme l’a rappelé son directeur général Fabrice Leggeri, Frontex, l’Agence européenne de surveillance des frontières extérieures, n'a pas pour mission de sauver des vies. Sa fonction est de contrôler et de repérer les entrées irrégulières sur le territoire. Les vies sauvées lors de patrouilles en mer l’ont été uniquement en application du droit de la mer qui impose de porter secours aux embarcations en péril. En s’abstenant de changer son mandat et son périmètre, les États membres empêchent toute évolution déterminante.
______Les « efforts » financiers consentis sont minimaux : le budget actuellement alloué à l’opération Triton intervenant au large de l’Italie est de 2,9 millions d’euros par mois. Il a d'abord été question de le porter à 5,8 millions d'euros par mois. En raison de l'insistance de Jean-Claude Juncker, il a été fixé à 9 millions d’euros par mois, ce qui correspond à peu près à ce que l’Italie seule consacrait à Mare Nostrum, l’opération humanitaro-humanitaire qui pendant une année, d’octobre 2013 à octobre 2014, a permis de sauver plusieurs dizaines de milliers de vies.
_____Au regard de la multiplication des décès, cette enveloppe, divisée en 28 alors que l'Italie la supportait seule, paraît limitée : 9 millions d’euros par mois, c’est moins d’un dixième du budget 2014 de Frontex. C’est une goutte d’eau en comparaison du budget 2015 de l’UE s’élevant à 161,8 milliards d’euros. Si la proposition d’accroître les équipements va dans le bon sens (chaque dirigeant a listé l'arsenal que son pays met au pot commun), l’expérience a montré que la question du nombre n’est pas seule en jeu. La taille des bateaux est également primordiale. Lors d’un naufrage intervenu début février, des rescapés sont décédés à bord d’un navire garde-côte trop petit pour tenir au chaud tous les migrants. Avec Mare Nostrum, des bâtiments militaires de grand gabarit venaient au secours des migrants en détresse, permettant d’abriter et de nourrir la totalité des survivants.
____Autre problème : la zone d’intervention de Triton se limite aux eaux territoriales des pays de l’UE, alors que Mare Nostrum était autorisée à déployer ses navires en haute mer jusqu’à la limite des eaux libyennes et tunisiennes. Les naufrages survenant tous ou presque dans la même zone, les bateaux de Mare Nostrum, plus gros et plus nombreux, arrivaient aussi beaucoup plus rapidement sur place, permettant de gagner des heures précieuses. Rien ne change à ce propos.
______« L'engagement de plusieurs pays européens à fournir des ressources, des navires et des avions pour les opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée est bienvenu sur le papier, mais le refus d’étendre la zone opérationnelle de Triton ruine totalement ces intentions », estime Amnesty International. « Avoir des navires en Méditerranée n’a d’intérêt que s’ils sont au bon endroit. L’opération Triton ne couvre pas les zones où ont lieu la plupart des naufrages. De nombreuses vies ont été perdues à cause de cela. Si les navires n’opèrent pas plus loin, les migrants et réfugiés continueront à se noyer », ajoute Jean-François Dubost, responsable du programme Personnes déracinées de l'ONG.
___Alors que l’urgence est de sauver des vies, les États membres profitent de l’occasion pour développer leurs outils répressifs. Piocher dans les caisses de l’aide au développement pour financer les retours forcés de sans-papiers par avion est à cet égard le comble du cynisme. Par « réadmission », il faut comprendre que les pays de l’UE entendent demander aux pays tiers de ré-accueillir sur leur territoire les étrangers qui seraient passés sur leur sol avant de rejoindre l'Europe.
___Par exemple, des Maliens ou des Camerounais arrivés en Italie (en ayant survécu au Sahara et à la Méditerranée) après avoir traversé le Niger se verraient renvoyés vers ce dernier pays. L’objectif de « prévenir les flux de migrations irrégulières » est tout aussi problématique. La Déclaration universelle des droits de l’homme autorise quiconque à quitter son pays et à chercher refuge ailleurs. Barrer la route à une personne susceptible de demander l’asile en Europe est juridiquement interdit par le droit international. Pour discuter de tout cela, un sommet UE-Afrique a été programmé à Malte dans les prochaines semaines.
___La chasse aux trafiquants part d’une intention louable, au regard des atrocités que les filières mafieuses font subir aux migrants, notamment en Libye. Mais agir dans cette direction suppose tout d’abord d’en avoir la volonté, ce qui paraît douteux. L’Italie, favorable à une intervention militaire générale en Libye, fait pression sur les autres États membres pour obtenir un mandat aussi large que possible pour détruire les bateaux des trafiquants. 
___Plusieurs pays, dont la France, mettent en garde contre les difficultés légales. Un mandat de l’ONU est indispensable. Sera-t-il obtenu ? Par ailleurs, agir dans ce sens n’est pas sans danger. La vie des migrants risquerait d’être mise en péril par des frappes mal calibrées. Enfin une telle opération serait-elle utile ? Les réseaux de passeurs savent s’adapter à la plupart des obstacles mis sur leur chemin par les dirigeants européens. Ils sont d’ailleurs là pour ça. Le coût de la traversée en dépend. Plus la route est longue et périlleuse, plus les tarifs sont élevés. Aussi, en cas de destruction des bateaux de pêche, les trafiquants se rabattraient vraisemblablement sur les Zodiacs, faciles à acheminer et à cacher, et plus difficiles à viser (étant donné leur petite taille). 
___L’existence des réseaux est directement liée au manque de possibilités d’accès légal dans l’UE, comme l’a rappelé François Crépeau, le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits humains des migrants, dans un entretien au Guardian. « L’inaction de l’Europe est en réalité ce qui crée le marché des trafiquants », insiste-t-il. 
___La « solidarité » enfin. Accueillir quelques milliers de Syriens, à Vingt-Huit, alors que le nombre de réfugiés atteint 4 millions, est indécent. Certains pays comme l’Allemagne ou la Suède participent de manière significative (respectivement 41 000 Syriens accueillis en 2014 et 32 000). Ce n’est pas le cas de la France (3 500). S’il est judicieux de renforcer les moyens mis à la disposition des pays ayant une façade méditerranéenne pour examiner les demandes d’asile, l’absence de remise en cause du dispositif de Dublin, qui fait du premier pays d’accueil l’État responsable de la procédure, est le signe de la persistance d'égoïsmes nationaux de la part d'États moins concernés. Des programmes de réinstallation à grande échelle, impliquant non seulement les pays de l’UE mais aussi les pays de l’OCDE, plus riches que les autres, sont indispensables. Il suffirait de prendre exemple sur ce qui a été fait il y a trente ans pour les boat people vietnamiens. Rien de tel n’est proposé. 
____Rien non plus sur les visas humanitaires, que les États, dans le cadre de relations bilatérales, peuvent délivrer dans leurs ambassades afin de permettre aux réfugiés de se rendre légalement (et donc en sécurité) dans le pays pour y demander l’asile. À l’échelon européen, le régime de la protection temporaire institué par la directive du 20 juillet 2001 n’est pas évoqué. Pourtant, ce dispositif, créé dans le sillage du conflit en ex-Yougoslavie et de la crise du Kosovo, avait permis d’offrir une protection immédiate et temporaire aux centaines de milliers de personnes déplacées et d’organiser le partage de l’accueil entre les États membres. Susceptible d'encadrer la situation actuelle, il serait aujourd’hui d’une grande utilité.
___Si certaines personnes fuient la guerre, d’autres fuient la misère. Pour elles, rien n’est prévu non plus, si ce n’est d'essayer de les arrêter le plus en amont possible de leur parcours migratoire. Malgré les appels de longue date de plusieurs ONG, et la requête de Jean-Claude Juncker, l'assouplissement des politiques des visas n'est pas envisagé. 
_____Ces quelques annonces reflètent, outre la difficulté d'obtenir un consensus à Vingt-Huit, la tétanie des dirigeants des États membres face à des opinions publiques jugées réfractaires sur les questions d'asile et d'immigration et face à la montée de l'extrême droite et des discours populistes un peu partout sur le continent. Les eurodéputés, y compris les membres du groupe populaire européen (PPE), ont exprimé quant à eux des positions moins conservatrices. Le PPE a ainsi préconisé la mise en place d'un dispositif de solidarité « contraignant » avec des quotas pour répartir les réfugiés entre les pays. Les Verts ont appelé à créer « plus de possibilités d'arriver légalement et en toute sécurité en Europe [pour les] personnes nécessitant une protection internationale », tandis que les socialistes, démocrates-chrétiens et libéraux (S&D, EPP et ALDE) ont préconisé d'aller bien au-delà en matière de sauvetage, de faciliter la délivrance de visas humanitaires et d'appliquer le régime de la protection temporaire." (Mediapart) 
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