_____________________________________Dans ce pays en voie de rapide développement économique, le pouvoir se trouve brutalement soumis à l'épreuve de la place publique. (1)

Mais une nouvelle génération se lève.
La "victoire" d''Erdogan semble fragile, au sein d'un modèle social et politique lui-même fragilisé.
___La Turquie est la première prison au monde pour les journalistes (2)
Au pays qui a connu la première révolution laïque des pays musulmans, Erdogan avance ses pions contre la laïcité et l'islam est plus favorisé que les écoles ou les hopitaux.

Un kémalisme cependant menacé et une ouverture économique de plus en plus tournée vers l'Est.
______Paradoxes d'un pays, entre conservatisme et mutations profondes.
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Le mouvement Gezi était une opportunité pour une démocratie plus pluraliste et pour une société réconciliée avec elle-même.
Le gouvernement a raté cette occasion. L’intervention violente de la police, son usage sans distinction de la violence contre les jeunes, les femmes, les enfants, les médecins, les avocats, et la chasse ouverte aux manifestants jusqu'à l’intérieur même des hôtels qui accueillaient les blessés montrent que le pouvoir est entré dans une spirale du déni. L’aveuglement, la surdité et la cruauté du pouvoir ne fait qu’accentuer le sentiment d’injustice. Contre le mouvement de citoyens minoritaires de la place publique de Gezi, le gouvernement organise des meetings avec ses partisans pour démontrer sa popularité. Il s’agit d’une démonstration de force et de nombre où Erdogan affiche son leadership auprès de ses électeurs.
Ce qui se joue actuellement en Turquie, c’est la dispute sur le sens à donner à la démocratie. Le pouvoir AKP reste campé sur la notion de la démocratie qui tire sa légitimité par la majorité des urnes. La contestation de Gezi fait primer le rôle de la place publique comme un des piliers de la démocratie pluraliste...
Le pouvoir a été mis à l’épreuve par le mouvement de la place publique. Il a échoué. Depuis, il ne cesse de durcir sa réaction. Il ressuscite les anciens clivages du passé pour légitimer sa ligne de conduite autoritaire et répressive. Il recule dans le temps. La tradition de l’Etat républicain laïque et autoritaire est blâmée comme si l’AKP n’était pas au pouvoir depuis une décennie. Il reprend à son compte un discours de l’opprimé, il désigne du doigt tout opposant comme potentiel instigateur d’un coup d’Etat contre un pouvoir démocratiquement élu...
L’AKP, soucieux de se définir comme un mouvement « conservateur démocrate », avait amené les nouvelles classes à s’intégrer dans les expériences de la modernité. Sa politique moralisante nie non seulement l’existence de ces classes moyennes urbaines, mais risque surtout de faire de l’islam une politique intrusive dans la vie publique.
Les mouvements de protestations autour du parc Gezi demandent depuis le début le respect pour la pluralité des modes de vie. Certaines plumes de la mouvance islamique ont donné leur soutien. Ils ont publié un texte s’adressant aux musulmans « ô vous musulmans », où l’on compte parmi les signataires des intellectuels islamiques de renom. Ce texte est un véritable « manifesto ». Voici les grandes lignes de sa lecture du mouvement Gezi. Il commence en condamnant la violence : « Ceux qui voulaient protéger les arbres des pauvres se sont heurtés à la face la plus dure de l’arrogance…. La morale musulmane n’accepte pas de tout réduire à l’argent et au pouvoir ». Il réfute la thèse du complot laïc : « Nous condamnons le ravivement de la confrontation entre laïques et religieux….Etre les opprimés d’antan ne justifie pas d’être aujourd’hui du côté de l’oppresseur ». Ils font appel au sens intime de la foi et au sentiment personnel de justice: « Ce n’est pas parce que nous avons peur que l’on intervienne contre nos foulards, nos mosquées, notre culte que l’on doit donner raison à tout prix à un pouvoir qui s’éloigne du sens de la justice. » Pour eux, ce n’est pas à l’Etat ou à un parti de protéger la religion.
Ce sont les intellectuels musulmans croyants qui forment les premiers rangs des sceptiques de la politisation de l'islam et de son instrumentalisation dans la polarisation de la société. Ce manifeste témoigne de l’existence des rencontres transversales et de la solidarité éthique entre musulmans et séculiers dans ce nouveau seuil à franchir pour la démocratie turque. Dans cette étape, le parti AKP est mis à l’épreuve dans sa notion de la démocratie majoritaire mais également dans sa conception d’être musulman..."
(2)__A l’occasion de la publication de son bilan annuel, Reporters sans frontières rend publiques les conclusions d’une enquête de plusieurs mois sur les journalistes emprisonnés en Turquie.
« Avec 72 professionnels des médias actuellement emprisonnés, dont au moins 42 journalistes et 4 collaborateurs le sont en lien avec leur activité professionnelle, la Turquie est la plus grande prison du monde pour les journalistes. Un triste paradoxe pour un pays qui se présente comme un modèle régional de démocratie. Cet état de fait, inédit depuis la fin du régime militaire, n’a pourtant rien d’étonnant, au regard des problèmes structurels de la justice turque : un cadre législatif encore largement répressif, aux dispositions si larges et floues qu’elles autorisent tous les excès ; une culture judiciaire volontiers paranoïaque, arc-boutée sur des objectifs sécuritaires au mépris des droits de la défense et de la liberté de l’information. La grande majorité des journalistes emprisonnés sont des représentants de médias pro-kurdes, ce qui souligne une nouvelle fois le caractère indissociable de la liberté de l’information et de la recherche d’une solution pacifique à la question kurde », a rappelé l’organisation...."
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