Changeons de point de vue.__________Dans le cadre de la polémique le plus souvent simpliste sur la productivité, ravivée par le contexte de crise et de concurrence exacerbée à l'échelle mondiale autant qu'européenne (*), dont les sources sont surtout financières, la question du coût du travail revient de manière récurrente, parfois obsessionnelle, au premier plan des débats politiques et médiatiques.

"Nous avons le coût du travail le plus cher en Europe et nous produisons 44% de notre production en France", disent-ils. Et aussi les cadors de l'UMP, qui l'ont martelé en choeur sur les ondes : Fillon, Copé et encore Juppé lundi matin sur France Inter...
Or ce n'est pas vrai, LE COUT DU TRAVAIL EN FRANCE N'EST PAS LE PLUS CHER D'EUROPE ET N'EST PAS PLUS ELEVE QU'EN ALLEMAGNE.
Il est vrai de dire que les charges patronales sont plus chères en France (deux fois plus élevées qu'en Allemagne) mais le salaire brut et même net ainsi que le coût complet pour l'entreprise est plus élevé en Allemagne qu'en France, y compris dans l'industrie manufacturière. Le salarié allemand doit payer plus de cotisations salariales et d'assurances santé et retraite complémentaires pour assurer sa couverture sociale...( voir les chiffres de l'Insee et d'un rapport de la Sécurité sociale datant de juin 2010 extraits de ce rapport (pages 90 à 92). Voir également cette étude de l'Insee publiée en février 2012 qui démontre qu'un ouvrier français ne coûte pas plus cher qu'un ouvrier allemand.)
On ne craind pas le plus souvent de faire dans le simplisme, car le problème est bien plus complexe que ce qui est prétendu, si on regarde déjà de près les déterminants du coût du travail en France.
Cette notion recouvre bien des malentendus
Il circule beaucoup de mythes sur la prétendue chèreté de la main d'oeuvre française par rapport à l'ouvrier manufacturier allemand. Le problème n'est pas là, mais se situe au niveau de l'innovation et de la situation exportatrice privilégiée que l'euro actuel confère provisoirement à l'industrie de pointe de l'Allemagne (avantage comparatif), les salaires dans les services étant là-bas sacrifiés et le nombre de travailleurs pauvres ne cessant de se développer.
Si l'on voulait lier mécaniquement productivité et coûts salariaux, la palme reviendrait certainement à la Chine...
La notion de compétitivité sert souvent de prétexte et ne se réduit pas au coût du travail, n'en déplaise à Mr Barroso.
Elle se réduit souvent à une notion fétiche, polémique, faisant abstraction de nombreux paramètres.
Finalement, c'est le coût du non travail qui fait problème, et donc le manque d'emplois, surtout d'emplois pérennes et stables, ce que seules des entreprises innovantes, dégagées des intérêts à court terme des investisseurs financiers, peuvent développer à certaines conditions, mais certainement pas dans le contexte européen actuel de moins disant salarial et fiscal, où l'harmonisation et la solidarité n'ont jamais été que de vains mots.

Paresseux, les Français?..
Voilà une question révélatrice d'une presse marchande qui se pipolise à grande vitesse en abordant les questions économiques sous un angle psychologique, comme ne le ferait pas ma concierge, qui a juste un peu de bon sens. Il serait temps que le Point fasse le point...
Les économistes orientés devraient aussi revoir leur copie.
______________________(*)- Le coût horaire du travail en France est de 34 euros, contre 3,5 euros en Bulgarie ou 7,1 euros en Pologne.
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Publié dans Agoravox
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