Règles du commerce en question
La vieille intuition de Montesquieu, souvent reprise après lui, depuis la pensée mercantiliste jusque dans la période capitaliste libre-échangiste d'après-guerre. Echanger librement, en vue de la prospérité commune serait facteur de paix. "L’idée selon laquelle le commerce posséderait des vertus pacificatrices remonte à Montesquieu. Au chapitre XX de son traité De l’esprit des lois (1748), il écrit que « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix », car « deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes ». D’où la théorie du « doux commerce » qui lui est attribuée. Un concept économique, mais aussi politique et philosophique libéral, qui préconise de laisser le plus possible les acteurs économiques commercer librement entre eux, sans contrôle de l’Etat...."
Commercer, au lieu de s' affronter... Echanger des biens librement aurait donc des vertus pacificatrices en rapprochant les peuples, par le biais de leurs intérêts bien compris. Un point de vue très théorique et largement idéaliste, qui fait fi des nombreux affrontements entre groupes humains, qui eurent lieu au cours de l'histoire dans leurs courses aux matières premières, aux biens vitaux ou de luxe, depuis notamment la circumnavigation, entamée par Venise, accomplie par le conquête des nouvelles terres, soumises à la loi du plus fort. Loin des règles anciennes du potlatch, du don et du contre-don. La notion du commerce en lui-même pacificateur est largement un leurre, même s'il fut porteur de progrès matériel. Même à l'époque récente de la mondialisation heureuse Serions-nous aujourd'hui entrés dans un état de guerre permanente, une guerre commerciale sans merci, pour une hégémonie sans partage? La montée en puissance inédite de la Chine sur les marchés mondiaux, associée aux nouvelles pratiques commerciales de Trump, faisant fi des pratiques de la libre concurrence, telles que pratiquées depuis la seconde guerre mondiale, porte à le croire. L'épisode ubuesque du conflit d'Ormuz en est une illustration, dans l'affrontement pour l'énergie, plus que pour les territoires. La guerre commerciale semble bien devenir la norme. "...Si l’on repense à l’ancien système commercial, nous nous étions mis d’accord sur un ensemble de règles. Dans une certaine mesure, lorsque nous disposions de cet ensemble de règles, nous pouvions nous y référer et les suivre. La question se résumait à : « Est-ce conforme aux règles ou non ? » Ainsi, pour des questions telles que « devons-nous appliquer des droits de douane ? » ou « devons-nous discriminer les autres ? », nous n’avions pas besoin d’examiner les détails : nous disposions de principes à suivre. Ces règles se sont effondrées et nous nous retrouvons donc dans un monde moins prévisible, confrontés à des problèmes auxquels nous n’avions pas eu à faire face auparavant.." ____ L'intrication de fait des économies augmente le coût humain de la guerre, comme on peut le voir en Ukraine. On a pu parler de keynésianisme de guerre pour contrer les assauts d'une économie sans principes, mettant en péril celle des plus faibles. Dure réalité du "doux commerce"!... "! ..En contestant l’hégémonie américaine, Pékin défend ainsi la continuité d’un ordre libre-échangiste dont Washington a longtemps fixé les contours. Il en reprend la logique : dans le commerce mondial, les règles comptent moins que la puissance de ceux qui les imposent..." ______
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