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mardi 11 août 2026

Nouveau paradigme mondial?

     Horizons, projections et hypothèses                                                                                                                                             Choix énergétiques  en question

                      " Deux puissantes révolutions technologiques sont en cours. La première concerne l’intelligence artificielle et fait l’objet d’une attention particulièrement soutenue de la part de la presse. Elle est présentée par certains comme le signe avant-coureur de changements massifs, voire du remplacement des êtres humains par une « super-intelligence ». En 2018, Sundar Pichai, le directeur général de Google ne déclarait-il pas : « L’IA est plus profonde que le feu ou l’électricité » ?        _____La seconde, en revanche, suscite un intérêt bien moindre : il s’agit d’un ensemble interconnecté de technologies, comprenant l’énergie solaire, les batteries et les véhicules électriques. Nous appellerons cet ensemble la « triade des technologies propres » ou TTP. Sa diffusion et son adoption permettent aujourd’hui de remplacer les combustibles fossiles. C’est elle aussi qui deviendra le fondement énergétique de l’économie politique et qui aura l’impact le plus grand sur la vie des populations à l’échelle mondiale. En effet, la TTP répond directement à un grand nombre de défis. Elle est déjà une réalité et son adoption est motivée par des intérêts économiques de plus en plus évidents. À l’inverse, l’ampleur et l’impact de l’IA sont encore incertains.                                                      Les révolutions technologiques les plus cruciales pour la société sous-tendent ce que Carlota Perez appelle un nouveau paradigme techno-économique (PTE). Un PTE repose sur un facteur de production clef, dont la technologie doit réunir plusieurs propriétés : être bon marché et voir son prix baisser continûment ; elle doit être inépuisable dans un avenir prévisible ; elle doit avoir des applications variées ; enfin, elle doit augmenter la productivité tout en réduisant le coût du capital et de la main-d’œuvre .    À ces quatre critères, il faut en ajouter deux autres : elle doit répondre à des besoins fondamentaux existants ou en créer de nouveaux (par exemple, le téléphone mobile est désormais un besoin qu’on peut qualifier de « fondamental » dans la majeure partie du monde) et permettre à de nouvelles entreprises de se développer et de devenir incontournables.                                                                                  Les nouveaux paradigmes techno-économiques devraient avoir un impact sur tous les aspects de notre vie socio-économique. Les trois derniers PTE que nous avons connus sont : l’ère de l’acier et de l’électricité, l’ère du pétrole et des moteurs à combustion interne ; et, plus récemment, l’ère des technologies de l’information et de la communication (TIC). Dans ce dernier cas, c’est le semi-conducteur qui en a été le « moteur » principal, indispensable au bon fonctionnement des ordinateurs et des logiciels qui les rendent utiles.                                    Les États-Unis ont dominé ces trois périodes. Si des entreprises européennes et japonaises occupaient également des positions de premier plan lors des deux premiers, dans le domaine des TIC, les États-Unis ont néanmoins imposé leur hégémonie. En 2026, ils tentent toujours de préserver cette domination mondiale dans les deux premiers paradigmes en contrôlant l’énergie issue des combustibles fossiles et en repoussant la menace qui pèse désormais sur leur domination dans le troisième paradigme, en empêchant la Chine de se procurer des semi-conducteurs, des équipements de pointe et les logiciels nécessaires à leur production. L’objectif est de freiner son essor dans le domaine de l’informatique, et plus précisément de l’intelligence artificielle. La supériorité américaine dans l’économie pétrolière et dans les PTE liés aux semi-conducteurs est en effet remise en cause par la Chine : dans le premier cas, via la triade des technologies propres ; dans le second, via la mise en place d’une pile (stack) informatique parallèle.                                                                                                                     La technologie sous-jacente au prochain PTE pourrait ne pas être l’IA, mais la TTP, qui répond directement à certains des « grands défis » actuels : le changement climatique et la pollution liées aux transports et au chauffage, causées en grande partie par l’utilisation de combustibles fossiles ; l’accès à une énergie moins coûteuse et plus durable, afin de répondre à des besoins fondamentaux tels que l’accès à l’eau potable, la production alimentaire, les communications et les transports.                                                                                                    Face à cet engouement mondial et, apparemment, inépuisable, suscité par l’IA et ses grands modèles de langage, il est crucial de déterminer si elle est seulement un outil ou si elle représente quelque chose de plus puissant encore. Si elle est largement adoptée, l’IA pourrait-elle transformer l’économie politique mondiale et faire advenir un nouveau PTE ? Pour répondre à cette question, examinons la stratégie des États-Unis, pour l’heure dominante, puis celle de la Chine, dont les modes de développement de l’IA sont très différents...                                                                                                                                  Le premier critère d’un nouveau PTE est que la technologie qui le sous-tend doit devenir de moins en moins coûteuse au fil du temps. Le coût réel de l’IA reste opaque : les entreprises américaines ont d’abord commercialisé des services informatiques basés sur l’IA à des prix bien inférieurs à leur coût de production et n’ont augmenté le prix d’utilisation que récemment, afin de récupérer au moins une partie des sommes investies. La stratégie américaine en matière d’IA repose sur des investissements massifs dans des centres de données, qui nécessitent des quantités colossales d’électricité et, par conséquent, de nouvelles capacités de production, que les consommateurs actuels devraient subventionner...                                                                                              La rapidité, l’ampleur et la concentration des investissements dans l’IA sont sans doute sans précédent dans l’histoire mondiale et pourraient même dépasser celles observées lors de la bulle Internet de la fin des années 1990. Toutes les entreprises les plus valorisées au monde, à l’exception de Saudi Aramco, investissent actuellement dans l’IA. À titre d’exemple, au premier trimestre 2026, Google, Amazon, Microsoft et Meta ont déclaré avoir investi plus de 130 milliards de dollars dans la construction de centres de données 5 D’autres estimations prévoient que les entreprises américaines, notamment les géants de la technologie et d’autres acteurs, investiront environ 1 000 milliards de dollars en 2027 dans des installations et des équipements liés à l’IA 6. Toutes ces infrastructures nécessiteront une capacité massive de production d’électricité. Les géants américains de la technologie sont ainsi, de fait, en train de passer du statut d’entreprises de logiciels à faible intensité d’actifs à celui de propriétaires de centres de données à forte intensité d’actifs. Leur pari repose sur l’espoir d’une IA qui sera d’une productivité telle que tous ces investissements en capital dans les logiciels et les centres de données – des actifs dont l’obsolescence est pourtant rapide – généreront des rendements exceptionnels.                                                                                                                                                    Le phénomène est si important qu’il contribue de manière tangible à la croissance du produit intérieur brut américain. Par exemple, les économistes de la Banque fédérale de réserve de Saint-Louis ont calculé que les investissements dans l’IA avaient contribué à hauteur de 1,3 point de pourcentage à la croissance du PIB réel au premier trimestre 2025 et de 1,16 point de pourcentage au deuxième trimestre, avant de se stabiliser à 0,48 point de pourcentage au troisième trime8. Selon la Banque : « Cette contribution a permis d’éviter une contraction plus marquée au premier trimestre et a représenté 30 % de la croissance du PIB au deuxième trimestre et 11 % de celle du troisième trimestre. » 9 À l’heure où nous écrivons ces lignes, il semble que l’ampleur de cet investissement se soit maintenue en 2026. Ces chiffres sont clairs : l’avenir de l’économie américaine repose sur le succès de l’IA. Si l’on considère les dépenses d’investissement en pourcentage du PIB, il s’agit du plus grand boom d’investissement de l’histoire des États-Unis.                         Aucun autre pays, pas même la Chine, son principal concurrent dans le domaine de l’IA, n’investit à une telle échelle ni avec une telle intensité, concentrée sur un si petit nombre d’entreprises.     L’ampleur des montants n’est pas le seul élément stupéfiant : les pertes qui en découlent le sont tout autant. Par exemple, OpenAI affirme avoir réalisé un chiffre d’affaires de 13 milliards de dollars en 2025, mais avoir enregistré une perte de 8 milliards. Cette tendance n’est pas près de prendre fin, car l’entreprise continue de subventionner l’utilisation de l’IA tout en prévoyant de consacrer autour de 600 milliards de dollars aux infrastructures d’ici 2030 10. En mai 2026, Anthropic a déclaré que son chiffre d’affaires annualisé avait dépassé les 47 milliards de dollars . Cependant, à l’instar d’OpenAI, l’entreprise perd des milliards de dollars chaque année .                Bien que le coût unitaire d’utilisation de l’IA (par « token », c’est-à-dire l’incrément de puissance de calcul consommé) ait connu une baisse, la dynamique semble s’inverser en 2026 et son coût s’apprête à augmenter. Cela s’explique en partie par une nouvelle tendance : les fournisseurs d’IA modifient leur mode de facturation. Ils ont commencé à facturer un montant par « token », au lieu du forfait d’abonnement très bas, utilisé initialement comme produit d’appel. En réaction, bon nombre des plus importants utilisateurs ont réduit leur consommation. En juin 2026, Uber a ainsi annoncé limiter l’utilisation des outils d’IA par ses employés, alors même qu’il les avait auparavant encouragés à y recourir autant que possible 13.                                                                                           La vision actuellement défendue par la Silicon Valley est celle du remplacement prochain de tous les travailleurs par des IA. Si elle se concrétisait, le capital remplacerait les travailleurs. La promesse de l’IA est qu’elle rendra les travailleurs restants plus productifs. En ce qui concerne le capital, si les entreprises ne parviennent pas à fixer le prix de leurs offres à un niveau suffisamment élevé pour récupérer leurs coûts, les investissements massifs dans les centres de données pourraient ne pas rendre le capital plus productif. Ce problème est grave, car, contrairement à la bande passante et aux chemins de fer, les semi-conducteurs se déprécient rapidement en raison du rythme des améliorations technologiques. Enfin, en raison de la construction massive de centres de données, qui devrait se poursuivre dans les prochaines années, la demande en électricité devrait augmenter rapidement, ce qui nécessitera des investissements considérables.               Pour qu’une technologie puisse servir de base à un PTE, elle doit non seulement continuer à s’améliorer en termes de fonctionnalités, mais aussi en termes de coût. En 2026, on ignore si l’application de l’IA à une même tâche, comme le codage, permettra d’améliorer en continu la qualité du code, tout en réduisant les coûts. Permettra-t-elle d’améliorer la qualité de la production ou de réduire les coûts de manière économiquement significative ? En d’autres termes, les rendements ne devraient pas diminuer.                      Comme tout logiciel, l’IA n’est pas directement consommable. Son utilisation vise à créer de la valeur ajoutée ou à réduire des coûts en proposant de nombreux services qui n’étaient pas disponibles auparavant. À ce jour, l’IA ne semble pas répondre directement à des besoins fondamentaux identifiés. Cependant, l’application de l’IA à l’ingénierie, à la culture des plantes, à la médecine et à d’autres domaines pourrait apporter de nouvelles perspectives susceptibles de déboucher sur de nouveaux produits. À l’avenir, l’IA pourrait également répondre à des besoins fondamentaux, comme le désir d’avoir des « amis » ou des « partenaires », même s’ils sont numériques, grâce à des chatbots.                                                                      Dans le secteur émergent de l’IA, OpenAI et Anthropic font figure d’entreprises emblématiques. Cependant, contrairement aux entreprises phares des PTE précédents, ces deux sociétés sont totalement imbriquées aux géants des logiciels, des semi-conducteurs et désormais de l’IA — Amazon, Google, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla/SpaceX (xAI) — et en dépendent entièrement. Comme évoqué précédemment, ces deux entreprises sont dans une situation financière précaire, l’action SpaceX affichant des résultats décevants en juillet 2026, après son introduction en bourse le mois précédent.        Par conséquent, la croissance d’OpenAI et d’Anthropic semble bien accréditer la thèse d’une technologie capable de favoriser la montée en puissance de nouvelles entreprises, mais sans qu’elles soient à ce jour rentables. Il est par ailleurs possible que les géants technologiques existants finissent par absorber cette technologie. Cette éventualité montre que l’IA n’est peut-être pas suffisamment transformatrice pour constituer le fondement d’un nouveau PTE.                                                                         Ces éléments ne permettent pas de tirer de conclusions, mais ils suggèrent néanmoins qu’en 2026, l’IA pourrait continuer à avoir un coût relativement bas pour certains usages grâce aux subventions, et que les consommateurs commencent à réduire leur utilisation des modèles plus avancés et plus chers. La trajectoire reste ouverte...                                                                                                                La stratégie chinoise, très différente de celle des États-Unis 16, serait-elle plus à même de faire de l’IA le fondement d’un nouveau PTE ?  Le développement de l’IA en Chine a connu une accélération inattendue, propulsant ses modèles au niveau des innovations de pointe américaines 17. La Chine ne se contente toutefois pas de suivre l’exemple américain : les entreprises chinoises ont en effet adopté une stratégie open source qui consiste à mettre leurs modèles d’IA à la disposition de tous les utilisateurs. Ces derniers peuvent les télécharger, les modifier et les exécuter librement. En 2026, ces modèles se sont déployés à l’échelle mondiale en raison de leur faible coût, y compris dans des entreprises américaines, qui cherchent à réduire leurs dépenses, et qui se détournent des modèles propriétaires américains, très onéreux. Ce succès se généralise, alors même que l’administration américaine cherche à le freiner, voire à y mettre un terme, non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier                                                                                                     . Selon les analystes de Goldman Sachs, les développeurs chinois sont parvenus, en 2026, à créer des modèles de classe mondiale, tout en investissant bien moins de capitaux que les entreprises américaines. C’est là que réside l’avantage concurrentiel de la Chine : elle propose des modèles de haute qualité à moindre coût, dans le but de conquérir des parts de marché et ainsi de fidéliser les utilisateurs à l’échelle mondiale....                                                                                                               Comme aux États-Unis et en Europe, les entreprises chinoises appliquent l’IA à la recherche, à la publicité en ligne ou à la production de logiciels. En revanche, ce qui distingue la Chine, c’est le concept d’IA « incarnée », c’est-à-dire le fait d’intégrer l’IA à des agents physiques, tels que les robots ou les drones 19. Pékin déclare que ces outils ne sont pas conçus pour remplacer les travailleurs, mais plutôt pour les assister.    Si l’on en revient aux conditions nécessaires à l’avènement d’un nouveau PTE, le modèle de développement chinois est en mesure de réduire le coût de l’IA, permettant ainsi sa diffusion et sa généralisation à grande échelle. Le choix de l’open source permettra à un nombre et à une diversité bien plus grands d’utilisateurs d’innover, en créant de nouvelles applications et de nouveaux usages de l’IA, tout en réduisant le coût de son adoption et de son utilisation. Toutefois, les cas d’usage véritablement transformateurs restent à identifier, en Chine comme aux États-Unis.                               Intéressons-nous plus précisément à la « triade des technologies propres » ou TTP, certes bien moins médiatisée et à première vue moins séduisante, mais qui pourrait servir de manière plus plausible de fondement à la naissance d’un nouveau PTE.    Depuis deux cents ans, les combustibles fossiles, transformés en énergie par combustion, constituent la principale source d’énergie mondiale. Ils sont présents dans la plupart des aspects de nos vies, qu’il s’agisse du transport de marchandises, de la mobilité des personnes ou du chauffage. Le remplacement d’une telle ressource entraînera des changements profonds à plusieurs niveaux : dans la vie quotidienne, dans la circulation des flux d’énergie, dans les sources de pollution, mais aussi dans la répartition du pouvoir, à la fois politique et financier à l’échelle mondiale. En 2025, les investissements pour la transition énergétique s’élevaient à 2 300 milliards de dollars, et devraient encore croître compte tenu du climat géopolitique actuel et à mesure que la demande en véhicules électriques, en batteries et en installations solaires augmente   20.   Les promesses de cette énergie propre avaient d’abord suscité l’intérêt dans l’espoir de trouver une réponse à la pollution et au changement climatique, causés en partie par l’utilisation de véhicules thermiques. Jusqu’à très récemment, elle était toutefois coûteuse et peu efficace, en particulier dans le domaine des transports. Elle n’était économiquement viable que sur des marchés de niche ou grâce à d’importantes subventions. Cependant, les progrès réalisés au cours de la dernière décennie, tant sur le plan technologique que dans la production, ont non seulement permis une amélioration rapide des performances, mais aussi une baisse des prix. Une meilleure mise au point des batteries est le facteur clef qui explique le succès croissant des énergies propres et des véhicules électriques.  Le premier véritable progrès dans l’utilisation des batteries a été l’arrivée sur le marché au Japon, en 1997, de la Prius, un véhicule hybride de Toyota, resté pendant deux décennies la vitrine de l’électrification automobile. Cette innovation a considérablement stimulé la demande de batteries plus performantes, car la Prius dépendait encore des combustibles fossiles. La deuxième étape de cet essor a été l’utilisation de batteries au lithium, initialement employées dans l’électronique grand public, qui ont connu des progrès technologiques rapides et une baisse significative de leurs coûts.   Les progrès considérables réalisés dans ce domaine ont permis de remplacer les combustibles fossiles dans un nombre croissant d’applications. Les batteries présentent deux caractéristiques qui facilitent cette transition. Tout d’abord, elles rendent économiquement viable l’intervalle de temps entre la production et la consommation d’énergie électrique. C’était un point capital pour que l’énergie renouvelable puisse être exploitée, alors que les combustibles fossiles peuvent naturellement stocker de l’énergie. Deuxièmement, cette capacité à conserver suffisamment d’électricité sans perte économique permet d’exploiter l’énergie qu’elles contiennent sans se connecter à un réseau. Les batteries peuvent donc désormais servir à stocker de l’énergie et à la rendre disponible partout. C’est ce qui permet aujourd’hui aux véhicules électriques de s’imposer comme une alternative viable aux véhicules thermiques.                                                                               En 2026, l’électricité photovoltaïque associée à un stockage par batterie est la forme la moins coûteuse de production et d’approvisionnement en énergie dans la plupart des régions du monde. Les avantages de cette technologie ne cessent par ailleurs d’être mis en lumière, grâce aux progrès constants réalisés tant au niveau de la production photovoltaïque que de la rentabilité des batteries et des moteurs électriques. Ces avancées sont en passe de faire de la TTP la source d’énergie dominante, en remplacement des combustibles fossiles.                          L’électricité peut désormais remplacer l’essence et le diesel dans les transports, et le gaz naturel dans la cuisine et le chauffage, à des conditions économiques favorables. Cela est rendu possible par l’amélioration constante des batteries en termes de densité énergétique, de temps de charge et de sécurité, tandis que leur coût continue de baisser. Il devient donc de plus en plus rentable de décaler la production d’électricité dans le temps, ce qui permet de lisser la production intermittente, caractéristique des sources d’énergie renouvelables dépendantes des conditions météorologiques. Des batteries suffisamment légères et à haute densité énergétique permettent d’accéder à l’énergie sans connexion physique à une source. La capacité à produire de l’électricité partout, tant qu’il y a du soleil ou du vent, puis à la stocker pour une utilisation ultérieure, a des implications profondes : ces caractéristiques remettent en cause les fondements mêmes de l’économie du XXe siècle, centrée sur les combustibles fossiles.    En 2025, le cabinet de conseil en recherche énergétique Ember, spécialisé dans les TTP, observait que les énergies renouvelables étaient de plus en plus souvent privilégiées pour les nouveaux projets énergétiques . Ce sont leurs avantages en termes de coûts qui ont motivé ce choix. Par exemple, le coût de l’énergie pour un projet hybride solaire-batterie s’élève à 59 dollars par mégawattheure, contre 102 dollars par mégawattheure pour un projet combinant une turbine à gaz naturel. Même en prenant en compte le stockage, les énergies renouvelables constituent désormais l’option la moins coûteuse, et les prix continuent de baisser rapidement...... " (Merci à Le grand Continent -souligné par mes soins-)

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vendredi 17 juillet 2026

Point d'histoire

    Deux hommes, une carte, un empire à dépecer...

                   Et du pétrole.

                   Si, après la guerre de 14, qui a remis en question bien des empires, notamment la dissolution de l'empire ottoman,  cet accord (ou ce marchandage colonial) n'avait pas existé...la fin du Moyen-Orient eut été changé...  De grands effets peuvent suivre de petites causes, comme disait Pascal.  L'Orient "compliqué" (comme disait de Gaulle), comme le Levant, serait doute plus simple à comprendre, car certainement moins conflictuel, surtout depuis les dernières décennies.                                                                                                      Selon  Henry Laurens  Laurens: « Un certain nombre d’esprits romantiques du Caire, dont le plus célèbre sera T.E. Lawrence, le futur Lawrence d’Arabie, misent sur une renaissance arabe qui, fondée sur l’authenticité bédouine, se substituerait à la corruption ottomane et au levantinisme francophone.  Ces Bédouins, commandés par les fils de Hussein, les princes de la dynastie hachémite, accepteront naturellement une tutelle britannique “bienveillante”. Londres leur promet bien une “Arabie” indépendante, mais par rapport aux Ottomans.____De leur côté, les Français veulent étendre leur “France du Levant ‘ à l’intérieur des terres et construire ainsi une grande Syrie francophone, francophile et sous leur tutelle.’ Français et Britanniques ont un intérêt commun à rallier à leur camp les tribus arabes, pour les retourner contre les Ottomans. Mais tout en leur faisant de grandes promesses, ils négocient secrètement, derrière leur dos, leurs futurs zones d’influence.  Mark Sykes et François Georges-Picot s’y attellent pendant plusieurs mois de négociation difficile, pour aboutir en 1916 à la signature d’un accord signé par l’ambassadeur de France à Londres, Paul Cambon, et le secrétaire au Foreign Office, Edward Grey.                                                     Fin 1915, toutefois, comme le raconte Jeremy Wilson, auteur d’une formidable biographie de Lawrence d’Arabie (éd. Denoël, 1994), un négociateur britannique résume l’impasse dans un mémorandum : ‘Ainsi que vous le verrez, les choses ne démarrent pas très favorablement, ce qui n’est pas très surprenant avec Picot comme représentant français. Les prétentions de Picot sont absurdes et ses arguments valent pratiquement zéro’.” Dans ce choc des puissances coloniales, plus habituées à se combattre depuis des siècles qu’à coopérer, le personnage de François Georges-Picot cristallise les ambitions contradictoires. Le 10 décembre 1915, un négociateur britannique écrit à son ministère : “Le choix de Picot pour les représenter est une indication décourageante de l’attitude des Français. Sur la question syrienne, Picot est un fanatique notoire et il est absolument incapable de participer à un règlement mutuel sur la base du sens commun raisonnable qu’exige la situation actuelle.”  Les Britanniques redoutent que l’affichage des ambitions françaises sur la Syrie, incarnées par François Georges-Picot, ne rendent plus difficile le soulèvement des tribus arabes contre l’Empire ottoman auquel s’active Lawrence d’Arabie. Ils ont appris qu’un diplomate français en poste au Caire a déclaré à un notable arabe de Damas que le gouvernement français n’accepterait jamais que la Syrie fasse partie d’un empire arabe. Ce diplomate, selon Londres, aurait annoncé la couleur :“La Syrie sera sous le protectorat de la France et nous enverrons bientôt une armée pour l’occuper.”                                                                                                                                   Quelques mois plus tard, néanmoins, l’accord se fait entre Sykes et Georges-Picot, ratifié par les deux gouvernements qui font passer leur intérêt à gagner la guerre en Europe avant leurs rivalités au Moyen-Orient. D’autant que, selon Jeremy Wilson, les Britanniques se disent que cet accord a toutes les chances de ne pas être appliqué..."                            Avec l'accord secret franco-britannique Sykes et Picot, établi en 1916 sur un coin de table en fonction des intérêts géopolitiques et économiques franco-anglais, on a un des éléments importants pour comprendre les convulsions anciennes, récentes et actuelles du Moyen-Orient, sur fond d'enjeux pétroliers...

      Il y a bientôt 100 ans...Ce fut le dépeçage de l'empire ottoman, prélude à des bouleversements  profonds..  en attendant les interventions des néoconservateurs américains en quête d'un nouvel ordre, sur la base d'un désordre planifié (réputé créateur!) jouant sur les prétextes sécuritaires, les divisons internes, les connivences saoudiennes, les intérêts pétroliers... menant de proche en proche au chaos actuel, dont on voit qui en tire les marrons du feu, quel Frankenstein en est issu, reposant le problème des frontières dans les pires conditions.
        A la faveur de l'agonie d' un empire, homme malade de l'Europe, des frontières furent remises en question
                  La crise actuelle en Irak laisse à penser que les frontières actuelles du Moyen-Orient sont réellement menacées d’éclatement. "Il y a un risque réel de reformation dans la région dans les années qui viennent", reconnaît Didier Billion, qui estime que l'EIIL est le groupe djihadiste le plus puissant actuellement. 
                                 Au coeur d'un conflit mondial meurtrier, Paris et Londres refaisaient le Moyen-Orient sur le dos des Arabes. 
                 C’est une page d’histoire vieille d’un siècle qui est en train de se refermer progressivement, dans les fracas de la guerre. En 1916, en plein conflit mondial et dans le plus grand secret, Français et Britanniques redessinaient la carte du Moyen-Orient post-ottoman en s’attribuant des zones d’influence : ce sont les célèbres accords Sykes-Picot que les convulsions actuelles de l’Irak menacent, de facto, de détruire...
 ...L’état d’esprit concernant le futur Moyen-Orient est parfaitement résumé dans un article du Monde diplomatique de 2003, par Henry Laurens, professeur au Collège de France et grand connaisseur de l’histoire de cette région :
        « Un certain nombre d’esprits romantiques du Caire, dont le plus célèbre sera T.E. Lawrence, le futur Lawrence d’Arabie, misent sur une renaissance arabe qui, fondée sur l’authenticité bédouine, se substituerait à la corruption ottomane et au levantinisme francophone. Ces Bédouins, commandés par les fils de Hussein, les princes de la dynastie hachémite, accepteront naturellement une tutelle britannique “bienveillante”. Londres leur promet bien une “Arabie” indépendante, mais par rapport aux Ottomans. De leur côté, les Français veulent étendre leur “France du Levant ‘ à l’intérieur des terres et construire ainsi une grande Syrie francophone, francophile et sous leur tutelle.’  Français et Britanniques ont un intérêt commun à rallier à leur camp les tribus arabes, pour les retourner contre les Ottomans. Mais tout en leur faisant de grandes promesses, ils négocient secrètement, derrière leur dos, leurs futurs zones d’influence...
                   Selon H Laurens: ... En 1918, la question pétrolière devient dominante. Selon l’accord, la France devrait contrôler la région de Mossoul, où se trouvent d’importantes réserves potentielles, mais les Britanniques, eux, ont les droits de concession. Georges Clemenceau veut bien satisfaire le groupe de pression colonial, mais en se limitant à une « Syrie utile » ne comprenant pas la Terre sainte, mais permettant un accès aux ressources pétrolières......
        La division du Proche-Orient en plusieurs Etats n’était pas en soi condamnable : les Hachémites l’avaient envisagée dès le début en faveur des fils aînés de Hussein. Mais elle s’est opérée contre la volonté des populations et en utilisant une rhétorique libérale que l’utilisation de la force rendait vide de sens. Par rapport à l’évolution politique de la dernière décennie ottomane, où la cooptation des notables et l’établissement d’un système électoral, certes très imparfait, avaient tracé la voie à une vraie représentation politique, l’autoritarisme franco-anglais constitue une régression durable.
            En tant que découpage territorial, le partage a duré, essentiellement parce que les nouvelles capitales et leurs classes dirigeantes ont su imposer leur autorité sur le nouveau pays. Mais les événements de 1919-1920 furent ressentis comme une trahison des engagements pris (en premier lieu, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes). Ils dépossédèrent surtout les élites locales de leur destin. Quand le nationalisme arabe reviendra en force, il ne reconnaîtra pas la légitimité de ce découpage et appellera à la constitution d’un Etat unitaire, panacée à tous les maux de la région. Les Etats réels seront ainsi frappés d’illégitimité et durablement fragilisés. La constitution du Foyer national juif entraînera la région dans un cycle de conflits qui semble loin de se terminer....
                           ______  Il a fallu compter avec le double jeu anglais à l'égard de la Palestine.
        En annonçant, en juillet, la création d’un « califat islamique », après la prise de Mossoul, le chef de l’« État islamique », cette force islamiste radicale qui ravage l’Irak et la Syrie, proclamait son intention « d’effacer les frontières coloniales des accords Sykes-Picot ». Et il est vrai que les frontières entre les États du Moyen-Orient (Turquie, Irak, Syrie, Liban, Palestine et Jordanie) découlent du coup de crayon tracé le 16 mai 1916, en pleine guerre mondiale, par deux diplomates, l’Anglais Marc Sykes et le Français Henri-Georges Picot, sur la carte de l’Empire ottoman. Un empire en grande difficulté depuis quelques décennies déjà : ses sultans avaient du mal à contrôler les peuples disparates et remuant de territoires qui s’étendaient du Caucase à l’Algérie et que grignotaient avec appétit les puissances européennes. Les Français avaient déjà pris l’Algérie ; les Anglais l’Égypte, et les Italiens la Libye, tandis que la Russie tsariste s’était imposée dans le Caucase. Ils allaient profiter de la Première Guerre mondiale, où la Turquie s’était rangée du côté de l’Allemagne, pour lui porter le coup de grâce : la ligne tracée par les deux diplomates allait de Mossoul à Haïfa. Tout ce qui était au nord reviendrait à la France, ce qui était au sud, à l’Angleterre.
      Pour les combattants de l’État islamique, point n’est besoin de visa ni de passeport pour passer de la Syrie à l’Irak et vice versa. La kalachnikov suffit. « Nous ne croyons pas à l’accord Sykes-Picot », se vantent-ils...______
- La face cachée du pétrole -   Reconfiguration des conflits - Le vrai rôle de Lawrence d'Arabie

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samedi 14 mars 2026

Trump, chef de guerre

           C'est bien connu, puisqu'il l'affirme, Donald est un chef de guerre d'exception, même si c'est le prix Nobel qui  motive sa très modeste personne. Son expédition moyen-orientale risquée va-t-elle se solder par un succès sur l'intransigeance iranienne ou est-elle destinée à s'embourber, malgré la mise au pas de l'armée. Par manque d'anticipation, notamment. La simple opération punitive risque de tourner au cauchemar pour lui, dans cet affrontement non conventionnel, où une certaine cohésion se produit. Il n'a pas retenu la leçon les revers cinglants de Bush junior dans cet "Orient compliqué", comme disait de Gaulle déjà à son époque. Cela n'a rien à voir à l'opération vénézuélienne rondement menée. Il s'agissait déjà de pétrole. Depuis la fin de l'occupation ottomane, qui jouait le rôle de stabilisateur, c'est crise après crise, conflit après conflit, montée des extrêmes, alimentée par des courants islamistes extrêmes.    


                                                                                                                                          Officiellement, les USA ne veulent plus se mêler de ces conflits locaux. Dans les faits, leurs intérêts pétroliers qui les tiennent à l'Arabie saoudite, depuis 1945 notamment, les ramènent dans cette partie du monde et les conduisent  à trahir la doctrine Monroe, remise au goût du jour. Mais, " ...de la part d'un Président qui, dans son discours d’investiture, avait promis qu’on mesurerait son succès à l’aune des guerres dans lesquelles il ne se laisserait pas entraîner, l’année écoulée a comporté son lot de surprises. En revanche, la position de M. Graham n’a pas changé depuis trente ans. Un peu comme ceux qui vont répétant que l’Amérique décline, que ses coups de boutoir ne sont que convulsions et râles d’un empire agonisant, ou comme les européistes qui réagissent à l’avalanche de faillites de l’Union européenne en réclamant une organisation encore plus fédérale du continent, l’influent sénateur de Caroline du Sud ne possède qu’une clé à son trousseau : la guerre. Y compris quand il s’agit de débarrasser un allié — Israël, par exemple — d’un ennemi — au hasard, l’Iran. Dans l’avion présidentiel qui le ramène de Mar-a-Lago, M. Graham va donc demander à son ami et partenaire de golf — on prétend qu’il laisse gagner M. Trump pour entretenir leur amitié — de tuer l’ayatollah Ali Khamenei, « Hitler moderne » et « nazi religieux ». Au risque d’un embrasement régional ? Nullement, car, « si tout se passe bien, la paix intervient. Tout le terrorisme parrainé par un État s’arrête. Le Hezbollah, c’est terminé. Le Hamas, c’est terminé. Israël et les Saoudiens font la paix. Et c’est une nouvelle ère pour le Proche-Orient (1) ». Une opération militaire, et l’arrière-cour américaine est débarrassée des narcoterroristes ; une autre guerre, et le Proche-Orient s’éclaire..." La magie pourra s'opérer, prix Nobel à la clé!...                                                                                                                                                   C'est Pete qui est à la barre, alors cela risque d'être compromis, avec son projet de vengeance destructrice. Un piège, dans une guerre sans fin? On a connu cela en Afghanistan. Les risques d'embrasement se précisent, qui ferait le jeu de Téhéran...Les gros sabots de l'oncle Sam risquent de mener au pire. L'impasse politique joue contre le généralissime au discours fumeusement pacifiste, qui n'a toujours pas la moindre accord du Congrès...Pour s'engager dans la seconde guerre mondiale, Roosevelt dû déployer pas mal de moyens et de persuasion pour faire accepter l'entrée en guerre. Plus tard, Bush utilisa la ruse et le mensonge à l'ONU pour s'engager dans la piteuse et meurtrière aventure irakienne. On a vu ce qu'on a vu... Et quand Dieu est mêlé à l'affaire...          __ Questions en suspens ______