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lundi 16 juillet 2018

BREXIT (suite)

Fog and Mess in London 
                                                     Crazy Week!  
                                                                              No Brexit, Brexit No Brexit?..On verra. 
          Theresa, critiquée et/ou louangée, brave une tempête hors catégorie...
   Que celui qui a compris le sens de ce qui se joue à Londres lève le doigt...à l'heure où les échéances approchent.
   L'émission C'est dans l'air de jeudi dernier ajoutait encore un peu plus à la confusion.
     Mais y voit-on clair au 10 Downing Street et à Bruxelles? Même madame Soleil y perdrait sa boule (de cristal).
    Et pourtant, mars 2019 c'est pour bientôt.
          Deux ans après, la situation s'exacerbe encore, renforcée par les interventions secessionnistes de Trump, maniant la hache et le double langage.
   La City ne sait à quel saint se vouer. Les marchés ont horreur de l'incertitude. La France fait des oeillades en sa direction en vue de devenir nouvelle citadelle financière. Macron a de l'ambition.

     Theresa semble naviguer à vue dans un rafiot qui prend eau, dans un brouillard so british!

    Dans le contexte d'une Europe à la carte, qui rend muet Juncker et son équipe, le Royaume-en-voie -de-désunion semble vouloir l'argent et l'argent du beurre, lui qui donnait autrefois le ton en matière de libéralisation, de l'ouverture vers un grand marché et qui y est parvenu...
   Aujourd'hui c'est bye bye! Un préférence au grand large, comme disait Churchill. Reprendre le contrôle devint un pari impossible, tant la paralysie  est totale et les contradictions manifestes.
   Brexit hard or soft? Encore faut-il savoir ce que l'on met sous les mots.
     Que celui qui a tout compris lève le doigt.
                   La nouvelle dame de Londres y met du sien. Mais y croit-elle? A-t-elle seulement une boussolle? On ne sait pas où elle va mais elle y va...
  Elle y May du sien et  a beau afficher en permanence un sourire inoxydable et de circonstance, elle part à la dérive.
     Comme le pays, qui navigue à vue, dans le fog le plus complet.
          La scission va coûter cher, très cher, dit-on. What a pity!
   C'est l'improvisation la plus improbable dans le discussion de marchands de tapis à Bruxelles.
    On s'aperçoit après coup qu' il n'y avait pas de plan, pas d'étude d'impact. Theresa avale son chapeau (qu'elle n'a pas, contrairement à la Queen) tous les jours, louvoyant entre les récifs dans cette dérive inédite, sans horizon.
    Peut-on encore faire confiance au fameux britisch pragmatisme pour tirer bénéfice de ce divorce non préparé. Devant le notaire , on tergiverse et on louvoie. On commence à en douter, même au 10 Downing Street.
  De concessions en concessions, la locataire plie le genou avec le plus grand flegme, dans une  certaine "ambiguïté constructive" (sic),sourire aux lèvres. Une duplicité ambiguïté  albione qui atteint des sommets.
   Elle lâche une partie de la cargaison par dessus bord pour sauver le canot en péril.
         Mais tout n'est pas perdu, selon elle, malgré l'ambiance toxique et les humiliations.
   L'ancienne banquière, fille de vicaire anglican, continue à ramer avec obstination dans les eaux tumultueuses de la Tamise, là où elle s'est mise.
   Mais pour combien de temps? Aucun gage de succès.
  Elle s'efforce, dans sa générosité, de retenir par la manche les ci-devant invités qui veulent aller voir ailleurs. L'herbe n'est plus si verte dans les compagnes anglaises.
     De toutes manières, il va falloir passer à la caisse et peut-être subir une petite saignée dans l'industrie nationale qu'était devenue la finance depuis Marggie surtout.
. Mais Theresa n'est pas écossaise.    Un certain Macron lorgne sur la City, dit-on.
    Le feuilleton continue...
  Certains broient du noir. Mais noir n'est pas toujours noir...même si certains parlent de dislocation des lambeaux de l'empire. A Buckingham Palace, le silence est de rigueur. Wait and See.
  Le  désarroi est à son comble, palpable, angoissant pour beaucoup de sujets de la Couronne. La paralysie guette.
       __L'Europe s'en remettra-t-elle, alors que le royaume a largement contribué à son ouverture néolibérale, tout en étant un petit contributeur mais un grand bénéficaire. Même Elisabeth, dans "le besoin", en a profité. Mais que vont devenir ses chevaux?
     Junker fait le gros dos dans les tractations byzantines en cours et se demande (peut-être) si la machine (le machin, aurait dit un certain général) va pouvoir repartir. On ne trouve pas de bon mécano...
  Pendant ce temps là on rabiboche:
              ...Selon une analyse du Centre for European Reform, depuis le vote fatidique du 23 juin 2016 où le Brexit l’emporta par 51,9%, l’économie britannique s’est réduite de 2,1% Le syndicat patronal du secteur automobile cite le chiffre de 860.000 emplois menacés, dont plusieurs milliers chez Airbus en raison des casse-tête douaniers à venir.
Les fonds ministériels dédiés à l’innovation numérique sont réaffectés à une reconstitution du système qui précéda l’adhésion à l’Union européenne.     
      Selon les partisans du désengagement, un « dividende Brexit » d’un montant de 350 millions de livres (400M €) serait libéré chaque semaine, somme qui viendrait alimenter le financement du NHS, le service national de santé. C’est au contraire 440 millions (500M €) que le Brexit coûte chaque semaine à l’État. Theresa May, Premier ministre, n’en a pas moins annoncé qu’une rallonge de 20 milliards (23MM €) au financement du NHS serait « partiellement financée par le dividende Brexit », provoquant un tollé. Le chiffre gouvernemental est d’une perte post-Brexit annuelle de 15 milliards de livres (17MM €).
     Rien d’étonnant alors qu’une manifestation à Londres le 23 juin, réclamant un nouveau referendum, ait rassemblé 100.000 manifestants. Un sondage relatif à l’opportunité d’un second referendum donne 48% en sa faveur, 25% contre, 18% d’indécis et 9% d’abstentions. Les suffrages qui seraient recueillis seraient de 47% en faveur du Brexit contre 53% pour un maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne.
      Devient aussi de jour en jour plus évident que le Brexit débouchera sur une reconfiguration du Royaume-Uni. Une clause, rarement évoquée, du Good Friday Agreement qui mit fin à la guerre civile en Irlande du Nord en 1998 prévoit en effet que le ministre en charge de la région peut appeler à un vote de réunification « s’il lui paraît probable » qu’une majorité se dégage en faveur d’une Irlande unifiée. Or plusieurs facteurs poussent désormais en ce sens. Ainsi, l’évolution démographique qui fait qu’à partir de 2021, la population « catholique » de l’Ulster sera plus importante que sa population « protestante ». Renversement de la situation historique, le PIB par habitant est désormais double en République d’Irlande de ce qu’il est dans le Nord. Autre renversement : le Nord qui apparaissait plus progressiste que la République d’Irlande en permettant le divorce et l’avortement, est désormais à la traîne du fait de l’interdiction toujours en vigueur du mariage pour tous.
      Paradoxalement, deux ans après le vote du Brexit, le Royaume-Uni n’a jamais été un partenaire aussi fiable de l’Union européenne et s’en rapproche plutôt qu’il ne s’en écarte, mais c’est dans le cadre du front uni qui s’est constitué pour contrer les effets déstructurants de la déliquescence d’États-Unis en proie à un cauchemar et d’un Royaume-Uni victime d’un effondrement majeur....
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mercredi 14 août 2019

Un certain Boris

Johnson, le bad boy
                         Funambule de la Tamise. 
                                 Après un feuilleton déjà agité, une histoire anglaise atypique, l'avenir est surtout fait d'incertitudes, d'anticipations pas toujours rassurantes, d'un côté comme de l'autre du Channel. Cameron, qui a tendu le liège, se planque.
   Difficile de dire ce qui va se passer, mais on n'arrête pas sur sa lancée un camion sans frein.
      Pour le meilleur et pour le pitre?
               Voici un diagnostic du moment sans concession qui ne manque pas de pertinence sur plus d'un point:

         " Décidément, la perfide Albion mérite amplement son qualificatif. Souvenons-nous des déclarations viriles du négociateur européen, l’idiot inutile qui n’envisageait pas un seul instant que sa géniale stratégie (est-ce le mot idoine ?) puisse être contournée comme les Allemands le firent de la ligne Maginot en 1940. Preuve en est qu’il (lui et surtout sa cohorte de conseillers) n’avait pas prévu le moindre plan B en cas de tergiversations britanniques. Manifestement, ce grand escogriffe ne comprend toujours rien à l’âme britannique (il ahane la langue de Shakespeare)1 et aux fondamentaux de la négociation (ils lui sont toujours aussi inconnues) avec un peuple aussi retors. Faute d’options alternatives, Michel Barnier se retrouve nu comme le roi. Pour l’Union européenne comme pour les Britanniques, le « Brexit » constitue un saut dans l’inconnu qui risque de traduire pendant des mois et des années par une sorte de nuits et brouillard auquel il faudra bien s’habituer et se préparer.
Au moins de juin dernier, nous nous interrogions sur le déroulement du long chemin de Damas du Premier ministre britannique, Theresa May alors que son navire se fracassait sur l’écueil qui a pour nom « Brexit ». Nous résumions son calvaire autour de quatre mots : humiliation, confusion, sidération et prévision. Pour ce qui est de la prévision, nous écrivions :
  « L’avenir n’appartient à personne. Il n’y a pas de précurseurs, il n’y a que des retardataires ». (Jean Cocteau). Parmi les chefs d’État et de gouvernement des 27 pays membres de l’Union européenne, combien seront-ils à faire preuve de prescience pour tenter d’anticiper l’avenir et ne pas être prisonnier d’un présent qu’ils ne parviennent pas à maîtriser ? À quand, la réunion d’un Conseil européen (en l’absence du crétin des Alpes qui a pour nom Michel Barnier qui a amplement démontré ses limites diplomatiques) uniquement consacré à une séance de remue-méninges (« brainstroming ») à la définition d’une stratégie cohérente et pérenne pour les prochains mois en lieu et place d’une diplomatie classique à Bruxelles du chien crevé au fil de l’eau ? Faute de quoi, il y a de fortes chances que Londres mène le branle et impose ses conditions léonines à ses ex-partenaires las et désabusés. La suite au prochain numéro2.
   Les semaines passées démontrent, s’il en était encore besoin, que les Européens ne pensent jamais stratégie et prévision. Ils excellent dans le court-termisme et le présentisme. Il est vrai que les dirigeants européens sont des hommes politiques et de non des hommes d’État qui parlent de procédure et non de vision. Ils improvisent au rythme médiatique, des sondages d’opinion, de leurs humeurs changeantes. La cohérence et la continuité ne font plus partie de leur langage, de leur mode de fonctionnement. Aujourd’hui, Europe et Grande-Bretagne ne forment plus qu’une communauté réduite aux inquiets3.
       Un homme déterminé. Or, depuis deux mois, le moins que l’on puisse dire est que la situation est des plus confuse tant de l’autre côté du Channel avec la nomination, par le Parti conservateur, de l’ancien maire de Londres, le bouillonnant et europhobe, Boris Johnson comme successeur de Theresa May et donc comme Premier ministre qu’à Bruxelles. L’homme à la chevelure hirsute se rêve en un nouveau Winston Churchill. Nous y sommes. Boris Johnson a pris possession du 10 Downing Street et n’entend pas, semble-t-il, se laisser dicter sa conduite par les Vingt-Sept. Il prétend travailler à un « no deal » (sortie de l’Union européenne sans accord) à la date du 31 octobre 20194. Pour prouver sa détermination à aller à la rupture, il décline les invitations à se rendre à Paris et à Berlin qui lui ont été lancées par Emmanuel Macron et Angela Merkel. Il explique que l’accord négocié par son prédécesseur est inacceptable pour lui. Sans de substantifique concessions (lesquelles ?), il n’envisage pas de revenir à la table de négociation5. Il proclame qu’il n’est pas décidé à payer le premier euro des cinquante milliards que devrait lui coûter son divorce. Il veut un plan de dérégulation et de relance, autoriser les OGM et créer des ports francs6. Son regard se tourne désormais vers le grand large où son meilleur soutien n’est autre que le président de la République, Donald Trump. Les deux hommes proposent de sa rapprocher par la conclusion d’un accord de libre-échange profitable aux deux parties. Une sorte de nouvelle idylle américano-britannique qui renoue avec la tradition de l’appel du grand large.
      Une meute incontrôlable. Manifestement, l’homme n’est pas facile. Il risque de donner du fil à retordre à ses Vingt-Sept homologues tant il pratique la diplomatie de l’invective, de l’humiliation, de l’imprévisibilité. En apparence, du moins, il semble savoir ce qu’il veut et surtout ce qu’il ne veut pas. En l’absence d’une stratégie commune claire (y compris sur un « no deal »7), les Européens se contentent de s’époumoner à dire qu’ils ne renégocieront pas la moindre virgule du dernier texte proposé aux Britanniques. Trop c’est trop. Mais, à lire entre les lignes, il apparaît très clairement que les Vingt-Sept sont loin d’être sur la même ligne sur la tactique à adopter dans les négociations à venir quoi que l’on nous dise8. Nous en avons eu un excellent exemple lors de la négociation de la date butoir de fin de la négociation du « Brexit ». La voie de la chancelière l’avait emporté sur celle du président français. Au-delà, nul ne sait ce qu’il adviendrait de l’unité de façade si Boris Johnson pratiquait la politique de la division pour arracher le maximum de concessions à ses homologues. Croire qu’il faille mettre en exergue les difficultés internes (Irlande, Écosse9 où la perspective du « Brexit » renforce les indépendantistes10), économie11, étroitesse de la majorité au Parlement après les dernières élections partielles12) de l’homme à la mèche blonde pour l’amener à résipiscence, c’est faire fausse route13. Croire qu’il faille mettre en exergue les inconvénients du « Brexit » pour l’économie britannique, c’est également faire fausse route parce que le peuple en a décidé ainsi14. Surtout lorsque nous apprenons que la croissance de la zone euro marque nettement le pas au deuxième trimestre de l’année 201915. L’Union européenne n’est pas à l’abri de coups de Jarnac de la perfide Albion et de sa place financière et d’éventuels ports francs susceptibles de faire une concurrence déloyale aux crédules élèves européens. Bruxelles, croyant toujours avoir affaire à des gentlemen, entend négocier, comme si de rien n’était. Le gang qui a pris le pouvoir à Londres, aussi select ou érudit soit-il (Boris Johnson et son âme damnée Jacob Rees-Mogg échangent volontiers en latin), ne va pas prendre de gants : l’Europe éparpillée par petits bouts, façon puzzle ! Angela Merkel et Emmanuel Macron se retrouvent déjà Gros-Jean comme devant, attendant Godot-Johnson qui ne viendra pas16.
  « La prospective est un art difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » (Pierre Dac). Bien malin celui qui peut prédire le cours que vont prendre les choses au cours des prochains mois ? Bien malin celui qui peut prédire l’échéance de ce marathon diplomatico-politique ? Bien malin celui qui peut prédire l’épilogue de ce feuilleton à rebondissements, « deal or no deal » ? C’est que « L’avenir n’appartient à personne. Il n’y a pas de précurseurs, il n’y a que des retardataires ». (Jean Cocteau). Une seule chose est certaine, nous ne devons pas douter un seul instant de la résilience du peuple britannique (Cf. sa conduite lors de la Seconde Guerre mondiale). Moins certaine mais encore que… Boris Johnson semble reprendre à son compte le mot – venu de l’empire du Soleil-Levant – que Proust, dans La Recherche, met dans la bouche de M. de Norpois, mot que devait, de son côté, abondamment citer Clemenceau, le « Tigre », notre proto-Churchill, durant la Grande Guerre : « La victoire est à celui qui est capable de souffrir un quart d’heure de plus que son adversaire »17. Boris Johnson mène le branle face à une Union européenne qui a tout de la désunion européenne."
Guillaume Berlat
12 août 2019
1 Raphaëlle Leyris (propos recueillis par), Jonathan Coe : « Ce que signifie être anglais est devenu une obsession pour moi », Le Monde, 2 août 2019, pp. 16-17.
2 Guillaume Berlat, Brexit pour Theresa ou le joli mois de May, www.prochetmoyen-orient.ch , 3 juin 2019.
3 Hervé Martin, Les gaietés du Brexit dure vues de la France. Au bord du divorce par lassitude, Europe et Grande-Bretagne ne forment plus qu’une communauté réduite aux inquiets. Exemples…, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 4.
4 Éric Albert/Jean-Baptiste Chastand, Boris Johnson en route vers le « no deal », Le Monde, 31 juillet 2019, p. 2.
5 Éric Albert, Le père de Boris Johnson supplie l’UE de faire un geste, Le Monde, 1er août 2019, p. 4.
6 Éric Albert, Brexit : la recette économique « trumpienne » de Boris Johnson, Le Monde, 30 juillet 2019, p. 3.
7 Jean Pisani-Ferry, Brexit : l’Europe doit se préparer au « no deal », Le Monde, 4-5 août 2019, p. 27.
8 Sophie Petitjean/Jean-Pierre Stroobants, Brexit : Bruxelles inflexible après la visite du négociateur britannique, Le Monde, 3 août 2019, p. 3.
9 Brexit : l’Ecosse et l’Irlande s’angoissent. Johnson : « Rassurez-vous nous resterons unis pour le meilleur et pour le pitre ! », Le Canard enchaîné, 31 juillet 2019, p. 1.
10 Assa Samaké-Roman, En Ecosse, la perspective du Brexit renforce les indépendantistes, www.mediapart.fr , 3 août 2019.
11 Éric Albert, Les entreprises exaspérées par le Brexit, Le Monde, 1er aout 2019, p. 11.
12 Éric Albert, Premier revers électoral pour Boris Johnson, Le Monde, 3 août 2019, p. 3.
13 Éric Albert, Brexit : Boris Johnson dans l’impasse de l’Irlande du Nord, Le Monde, 2 août 2019, p. 4.
14 Éditorial, Brexit : une illusoire « libération », Le Monde, 1er août 2019, p. 24.
15 Marie Charrel, La croissance de la zone euro marque clairement le pas, Le Monde, Économie & Entreprise, 2 août 2019, p. 12.
16 Antoine Perraud, Le premier ministre Boris Johnson se rêve vainement en Churchill, www.mediapart.fr , 3 août 2019.
17 Antoine Perraud, précité.
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mardi 21 juin 2016

Brexit (suite)

  Dernière ligne droite. Incertitudes.            Points de vue
                     Le jour J approche.
                    Les contradictions s'exacerbent.
                                 Les issues sont problématiques.
                     Dans un contexte de dramatisation à outrance.
        "....N’en déplaise au premier ministre britannique, un vote « Leave » lors du référendum risque d’entraîner en priorité la dislocation du Royaume-Uni avant celle de l’Union européenne. Elle pourrait être à la fois politique, mais également d’ordre territorial.





Boris Johnson en marche vers le 10 Downing Street ? BackBoris2012 Campaign Team/Flickr, CC BY-ND

Sur le plan politique, il semble bien que, sous couvert d’Union européenne et d’immigration au Royaume-Uni, le référendum apparaisse comme un combat entre David Cameron et Boris Johnson, un duel fratricide entre un eurosceptique pur et dur et un eurosceptique modéré ou « contrarié ». Le référendum sur le « Brexit » dérive donc en un plébiscite portant sur le futur titulaire du poste de premier ministre, la crise politique en découlant ayant pour victime Cameron s’il perd cette élection.
Si le parti conservateur risque d’accentuer sa scission, le parti travailliste est déjà divisé, car il est également traversé par un clivage pro et anti-Brexit, le leader du Labour, Jeremy Corbin, qui a voté « non » lors du référendum du 5 juin 1975 alors que le « oui » l’a largement emporté, se retrouvant piégé face à ses propres contradictions.
Sur le plan territorial, la question posée aux Britanniques soulève celle du devenir du Royaume-Uni dans l’hypothèse d’un « Brexit ». Le pays restera un territoire insulaire, mais le tropisme – pour ne pas dire le nationalisme – anglais incarné par le « Brexit » est susceptible de reposer avec davantage d’acuité la question de l’indépendance de l’Écosse. Les Écossais sont nettement favorables au maintien du Royaume-Uni dans l’UE ; ils avaient même demandé à ce que le résultat du référendum soit calculé en appliquant une double majorité, ce qui leur a été refusé par le gouvernement britannique....
Comme promis le 13 mars 2016 par Nicola Sturgeon, chef du gouvernement écossais, un second référendum sur l’appartenance de l’Ecosse au Royaume-Uni n’est pas à exclure. Les institutions de l’Union seraient alors amenées à prendre position sur l’appartenance d’une région d’un État membre ou ancien État membre à l’Union… Ce qu’attend vraisemblablement la Catalogne !
Le « Brexit » aura également des répercussions en Irlande du Nord, qui ne serait alors plus membre de l’Union, ce qui n’irait pas sans rappeler les nombreuses années d’affrontements et de tensions en Ulster entre l’IRA et l’armée britannique. La réapparition d’une frontière extérieure de l’Union et d’une partition de l’Irlande ne seront pas sans conséquences, les Irlandais du Nord se demandant logiquement s’ils n’auraient pas alors intérêt à s’unir à l’Eire. Ainsi, non seulement le Royaume-Uni risque l’amputation de son territoire, mais également de contraindre l’Union à un saut dans l’inconnu.....« La réponse est non. Rappelez-moi la question ? »...
...L' élargissement, complété par le marché unique, répondait à une constante de la diplomatie britannique visant à substituer à l’union douanière originelle des Six une grande zone de libre-échange dont l’hétérogénéité économique en ferait un nain politique. On voit la contradiction entre la vision des promoteurs de la Communauté qui aspiraient à une « union toujours plus étroite » par approfondissement des liens politiques, avec en ligne de mire un certain degré de supranationalité, et celle de la Grande-Bretagne : liberté des échanges, élargissement, donc risque assumé de dilution politique. On pouvait ainsi considérer qu’après l’élargissement de 1986, la Communauté commençait à évoluer dans le sens voulu par les Britanniques...
        ________       L'Europe de J.Delors a-t-elle encore un avenir?
         -Questions sur la sortie._____- Dossier sur le Brexit
Le Royaume-Uni? Jamais vraiment entré et déjà prêt à sortir 
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mercredi 19 décembre 2018

Theresa-met le paquet

Le feuilleton (le plus improbable) continue...
                                      Certains y voient la meilleure série britannique de l'année.
            D'autres prédisent la fin du royaume. Rien que ça!
  My God! Where are we going to? 

    May comment fait-elle pour tenir la barre d'un bateau ivre, perdu dans les brumes de la Manche?
   On peine à suivre le fil des événements, de l'aventure pleine de suspens et de rebondissements, engagée par Boris and Co.
     On y perd son anglais, même dans la presse britannique.
  The Queen, impavide, suit cela de très loin, perplexe comme plus d'un de ses sujets, téténisés par l'allure presque surréaliste que prennent les événements.
      Même Tony a sorti son couteau.
  On n'a pas fini de suivre les épisodes du divorce, dans cette Europe improbable, à géométrie variable et aux règles si protéiformes.
    Le pays va-t-il s'en remettre, malgré son pragmatisme légendaire, et ne va-t-il pas entraîner dans sa chute la cohorte bruxelloise? On est à l'heure où tous les scénarios semblent possibles. Rien n'est sûr. Ce qui l'est, par contre, c'est que l'Angleterre restera une île, qui, comme disait Churchill, préféra toujours le large. A moins que la montée des eaux la réunissent de nouveau un jour au continent, mettant Calais à une heure en vélo de Douvres.
   En tout cas le séisme est profond. La perte de contrôle est évidente. La psychose même, peut-être...
   How to create Havoc? On a trouvé la solution au bord de la Tamise.
    Il devient impossible maintenant de ne pas s'en aller, de ne pas rompre les amarres, souverainement...
    Le pays n'était que pacsé, mais un divorce est tout de même bien là.
 On y voit de moins en moins clair dans le brouillard londonien....Chacun attend avec inquiétude ou avec délectation (c'est selon) l'heure de la séparation  consommée. 
  Pas facile de refaire sa vie, même si on ne manque pas d'atout. Et le parrain d'Outre-Atlantique n'est plus dans les mêmes dispositions.
  Les issues sont réduites, comme dans un drame  shakespearien.

  Les regrets ne servent à rien dans cette aventure hier imprévisible, aujourd'hui irréversible. Et l'Europe, telle qu'elle marche (mal), n'y est pas pour rien, qui a laissé Londres faire ce qu'il voulait, imposer à tous ses règles ultra-libérales, puis tirer sa révérence.(*)
     God save the Queen! quand même...
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(*)   L’état de crise politique permanente dans lequel le Royaume-Uni s’est installé depuis l’été 2016 démontre à quel point il est difficile, pour un État membre, de quitter l’Union. À ce stade, après 18 mois de négociations, rien ne dit encore que cette sortie est techniquement possible (revoir notre débat en mai dernier : le Brexit aura-t-il lieu?).
   Au-delà des guéguerres de pouvoir chez les conservateurs, deux souverainetés s’opposent sur l’île, difficiles à concilier : celle du référendum de juin 2016, où une majorité nette s’est dégagée pour un Brexit, et celle des 650 députés de Westminster, eux-mêmes partagés, non seulement sur l’opportunité du Brexit, mais aussi sur le degré de radicalité du Brexit qu’il faut mettre en œuvre pour l'avenir du pays.
  Au milieu du chaos survit Theresa May, chaque semaine plus affaiblie, et que les journaux ont déjà donnée sur le départ des dizaines de fois. Combien de temps encore va-t-elle pouvoir s’accrocher ? Résumé de la semaine passée, épique : après avoir reporté le vote sur les 585 pages d’accord de divorce au Parlement, faute de majorité sous la main, elle s’est sortie d’un vote de défiance convoqué dans la précipitation, mercredi soir, par des élus de son propre camp. Avant de se rendre à un sommet européen où elle n’a obtenu aucune concession majeure de la part des 27…
   Les partisans d’un second référendum haussent le ton, mais le calendrier ne joue pas en leur faveur. À moins d’obtenir, auprès de Bruxelles, un report de la date butoir du 30 mars 2019. Dans l’opposition, le travailliste Jeremy Corbyn, qui rêve d’élections anticipées, la presse d’organiser un vote sur l’accord à Westminster, qu’elle est quasiment sûre de perdre. L'impasse semble totale.
    Des partisans de l'UE, sur le continent, y voient matière à se réjouir : le chaos britannique devrait dissuader bien d'autres populations tentées à leur tour de « déserter », selon le mot de Jean-Claude Juncker en 2016. Mais c'est oublier les risques majeurs d'un « no deal », l'absence d'accord d'ici à mars, pour Londres comme pour ses ex-partenaires....
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lundi 3 février 2020

Brexit: enfin libres!?

Après toute une aventure...qui risque de durer sous d'autres formes, imprévisibles.
       Au début, on avait tendance à dire: Bon débarras! ou au revoir et merci!

    Puis la marche improbable et erratique du processus s'est poursuivi.
   L'enfant terrible de Cameron est enfin né, après une gestation difficile et au milieu d'un enthousiasme relatif et largement formaté.
  Certains envisagent une prime enfance difficile, malgré l'enthousiasme de Bo-Jo, le géniteur bad boy, l'inventeur d'un OPNI (objet politique non identifié), le social-libéralisme, bizarre oxymore.
  Le premier jour fait toujours illusion. Wait and see.
     Clamer victoire est plus que prématuré, alors que le chemin n'est pas encore tracé. que les objectifs ne sont pas définis, que les méthodes sont incertaines, que les alliances vont poser problème dans ce rassemblement hétéroclite malgré l'apparence.
  Certaines grosses fortunes se frottent les mains, voyant peut-être déjà un Singapour-sur-Tamise étoffer le site de la City.
   Et pourquoi pas un retour à l'Empire commercial de papa, revu et adapté?
    On verra ce qu'on verra. Rendez-vous dans dix ans...
  Le destin d'un enfant échappe souvent aux désirs et aux plans élaborés par les parents.
    Un divorce a toujours un coté obscur qui laisse encore masquées de grandes zônes d'ombre:
                        "    .....C’est au milieu de l’année 2015 que la campagne du Leave commence à s’organiser. À cette époque, peu imaginent le Brexit possible. Dès le départ, une première difficulté apparaît : la division de ceux qui prônent une sortie de l’Union européenne.
    D’un côté, on trouve les eurosceptiques conservateurs, qui œuvrent au sein de « Vote Leave » ; de l’autre, les activistes anti-UE et anti-immigration de la formation d’extrême droite Ukip, dirigée par Nigel Farage, en lice sous la bannière « Leave.EU ». Pas question alors de collaborer.
   Comme le prévoit la loi électorale britannique, chacune de ces campagnes peut exister séparément à condition de respecter le plafond de dépenses, soit 7 millions de livres sur l’ensemble de la campagne (9,5 millions d’euros), et de ne pas se coordonner.
    Chacun joue sa propre partition : la campagne « Vote Leave », dirigée par Dominic Cummings, frise avec les arguments populistes mais se garde bien de s’aventurer sur certains thèmes, comme l’immigration ou la peur de l’islam. Ça, c’est le jeu du Ukip, dont le bailleur de fonds s’appelle Arron Banks, un entrepreneur ayant fait fortune dans les assurances.
     Depuis 2014, d’après les estimations des médias britanniques, ce dernier aurait injecté près de 10 millions d’euros – un investissement politique considérable. Et comme le relève le journaliste anglais Peter Geoghegan, « la campagne menée par Arron Banks a été extrêmement efficace sur un point : faire de l’immigration un thème central du débat autour du référendum ».
    Ces deux campagnes travaillent avec un prestataire assurant leur communication numérique : Aggregate IQ pour Vote Leave, et Cambridge Analytica pour Leave.EU. Cependant, derrière Aggregate IQ et Cambridge Analytica, se trouve une seule et même personne : le milliardaire américain Robert Mercer.
   « C’est le mathématicien le plus brillant de sa génération, expliquait en mars 2017 Sebastian Mallaby, seul journaliste à avoir réussi à interviewer cet homme reclus et secret. Après avoir été chez IBM l’un des chercheurs pionniers dans l’intelligence artificielle et avoir créé la science qui permet de traduire le langage informatique dans les années 1960, il va être un pionnier dans l’invention d’une autre discipline : la spéculation algorithmique. Il va le faire chez Renaissance Technologies, un fonds d’investissement créé à New York à la fin des années 1980. »
    En quelques années, le fonds devient l’un des plus rentables au monde (plus de 70 % de retour sur investissement par an), et Mercer, qui y a placé ses économies, un homme très riche.
   Début 2010, Mercer a une autre intuition : l’avènement des réseaux sociaux, et avec eux, la quantité inestimable de données personnelles disponibles sur les individus, va permettre à celui qui saura exploiter ces informations de comprendre les comportements humains. Peut-être même, qui sait, de les influencer.
    Selon lui, il doit être possible de créer une réplique numérique des sociétés humaines pour pouvoir prévoir ce qui va s’y passer. En économie, mais aussi en politique. Il investit ensuite dans Cambridge Analytica. Dans le même temps, Mercer participe avec son financement à la création d’une autre start-up, Aggregate IQ, basée au Canada.
   Cette deuxième entreprise sera chargée de la création de la plateforme « Ripon », la machine à cibler en temps réel des citoyens avec un message politique. Selon les révélations de plusieurs anciens de Cambridge Analytica, Aggregate IQ était la branche canadienne de la firme. Les deux entités utilisaient les mêmes outils et les mêmes bases de données. Du point de vue de la loi électorale britannique, cela pose problème.
    À la suite des révélations du Guardian et du New York Times en mars 2018 montrant que Cambridge Analytica avait volé les données personnelles de 87 millions de personnes aux États-unis et au Royaume-Uni principalement, tous ceux qui ont approché à un moment ou à un autre la firme prennent ainsi leur distance. La campagne Leave.EU jure désormais ne pas avoir travaillé avec elle.
     Arron Banks a même expliqué : « Leave.EU n’a pas reçu de data, ni de travail de la part de Cambridge Analytica. Ukip a fourni des données à Cambridge Analytica et ils en ont fait une analyse. Mais nous ne nous en sommes pas servis pendant la campagne du Brexit. Ils ont essayé de me faire payer pour ce travail mais j’ai refusé. Cela n’avait rien à voir avec nous ! »
    Lors de son audition au Parlement britannique en mai 2018, quelques semaines à peine après que le scandale a éclaté, Alexander Nix, le patron de Cambridge Analytica, s’en tient aussi à cette position : « Je ne sais pas comment vous le dire d’une autre manière, et je tiens à être clair, nous n’avons pas travaillé pour Leave.EU, nous n’avons fait ni travail rémunéré ni travail bénévole pour cette campagne. »
     Tout cela ne serait que des « conneries » colportées par ceux qui ne supportent pas que l’Angleterre quitte l’Union européenne, jure Arron Banks sur Twitter.
« Un moment fantastique pour notre pays. » Voilà comment le premier ministre anglais Boris Johnson a qualifié le Brexit la semaine dernière en signant les papiers officialisant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.    Pourtant, depuis la victoire du camp du Leave en juin 2016, de nombreux témoignages donnent une image beaucoup moins reluisante des coulisses de ce « moment fantastique », avec des soupçons de fraude soulevés par l’action d’une entreprise qui défraie la chronique depuis deux ans : Cambridge Analytica, également mise en cause pour son rôle dans l’élection américaine de 2016.         Aujourd’hui, tout porte à croire qu’avant d’avoir œuvré à l’élection de Donald Trump, elle a fait ses gammes lors du référendum britannique, comme si le Brexit avait servi de répétition grandeur nature. L’efficacité des techniques qu’elle a mises en œuvre fait encore l’objet de débats passionnésMais un faisceau d’indices indique qu’elle a été un des rouages ayant permis d’organiser une fraude électorale massive, qui a depuis entraîné des enquêtes de la commission électorale, de Scotland Yard, de l’Agence nationale du crime et de la police métropolitaine de Londres     C’est au milieu de l’année 2015 que la campagne du Leave commence à s’organiser. À cette époque, peu imaginent le Brexit possible. Dès le départ, une première difficulté apparaît : la division de ceux qui prônent une sortie de l’Union européenne.        D’un côté, on trouve les eurosceptiques conservateurs, qui œuvrent au sein de « Vote Leave » ; de l’autre, les activistes anti-UE et anti-immigration de la formation d’extrême droite Ukip, dirigée par Nigel Farage, en lice sous la bannière « Leave.EU ». Pas question alors de collaborer.       Comme le prévoit la loi électorale britannique, chacune de ces campagnes peut exister séparément à condition de respecter le plafond de dépenses, soit 7 millions de livres sur l’ensemble de la campagne (9,5 millions d’euros), et de ne pas se coordonner.  Chacun joue sa propre partition : la campagne « Vote Leave », dirigée par Dominic Cummings, frise avec les arguments populistes mais se garde bien de s’aventurer sur certains thèmes, comme l’immigration ou la peur de l’islam. Ça, c’est le jeu du Ukip, dont le bailleur de fonds s’appelle Arron Banks, un entrepreneur ayant fait fortune dans les assurances.      Depuis 2014, d’après les estimations des médias britanniques, ce dernier aurait injecté près de 10 millions d’euros – un investissement politique considérable. Et comme le relève le journaliste anglais Peter Geoghegan, « la campagne menée par Arron Banks a été extrêmement efficace sur un point : faire de l’immigration un thème central du débat autour du référendum ».           Ces deux campagnes travaillent avec un prestataire assurant leur communication numérique : Aggregate IQ pour Vote Leave, et Cambridge Analytica pour Leave.EU. Cependant, derrière Aggregate IQ et Cambridge Analytica, se trouve une seule et même personne : le milliardaire américain Robert Mercer.        « C’est le mathématicien le plus brillant de sa génération, expliquait en mars 2017 Sebastian Mallaby, seul journaliste à avoir réussi à interviewer cet homme reclus et secret. Après avoir été chez IBM l’un des chercheurs pionniers dans l’intelligence artificielle et avoir créé la science qui permet de traduire le langage informatique dans les années 1960, il va être un pionnier dans l’invention d’une autre discipline : la spéculation algorithmique. Il va le faire chez Renaissance Technologies, un fonds d’investissement créé à New York à la fin des années 1980. »       En quelques années, le fonds devient l’un des plus rentables au monde (plus de 70 % de retour sur investissement par an), et Mercer, qui y a placé ses économies, un homme très riche.      Début 2010, Mercer a une autre intuition : l’avènement des réseaux sociaux, et avec eux, la quantité inestimable de données personnelles disponibles sur les individus, va permettre à celui qui saura exploiter ces informations de comprendre les comportements humains. Peut-être même, qui sait, de les influencer.      Selon lui, il doit être possible de créer une réplique numérique des sociétés humaines pour pouvoir prévoir ce qui va s’y passer. En économie, mais aussi en politique. Il investit ensuite dans Cambridge Analytica. Dans le même temps, Mercer participe avec son financement à la création d’une autre start-up, Aggregate IQ, basée au Canada.       Cette deuxième entreprise sera chargée de la création de la plateforme « Ripon », la machine à cibler en temps réel des citoyens avec un message politique. Selon les révélations de plusieurs anciens de Cambridge Analytica, Aggregate IQ était la branche canadienne de la firme. Les deux entités utilisaient les mêmes outils et les mêmes bases de données. Du point de vue de la loi électorale britannique, cela pose problème.     À la suite des révélations du Guardian et du New York Times en mars 2018 montrant que Cambridge Analytica avait volé les données personnelles de 87 millions de personnes aux États-unis et au Royaume-Uni principalement, tous ceux qui ont approché à un moment ou à un autre la firme prennent ainsi leur distance. La campagne Leave.EU jure désormais ne pas avoir travaillé avec elle.      Arron Banks a même expliqué : « Leave.EU n’a pas reçu de data, ni de travail de la part de Cambridge Analytica. Ukip a fourni des données à Cambridge Analytica et ils en ont fait une analyse. Mais nous ne nous en sommes pas servis pendant la campagne du Brexit. Ils ont essayé de me faire payer pour ce travail mais j’ai refusé. Cela n’avait rien à voir avec nous ! »     Lors de son audition au Parlement britannique en mai 2018, quelques semaines à peine après que le scandale a éclaté, Alexander Nix, le patron de Cambridge Analytica, s’en tient aussi à cette position : « Je ne sais pas comment vous le dire d’une autre manière, et je tiens à être clair, nous n’avons pas travaillé pour Leave.EU, nous n’avons fait ni travail rémunéré ni travail bénévole pour cette campagne. »     Tout cela ne serait que des « conneries » colportées par ceux qui ne supportent pas que l’Angleterre quitte l’Union européenne, jure Arron Banks sur Twitter.    Pourtant, de nombreux éléments remettent en cause les dires d’Arron Banks et Alexander Nix. Lors de la conférence de presse de présentation de la campagne Leave.EU, en novembre 2015, personne ne fait mystère de cette collaboration. On se vante même de travailler avec « les leaders mondiaux du ciblage électoral » ! Un communiqué de presse mis en ligne en novembre 2015 a été supprimé du site officiel de Leave.EU durant le courant de l’année 2017. Mais une recherche sur archive.org permet de le retrouver.    Intitulé : « La science derrière notre stratégie », il précise : « Cambridge Analytica est le leader mondial du ciblage électoral. Il va nous aider à cartographier l’électorat britannique, et ce qu’il pense, tout ça pour nous permettre de mieux toucher les électeurs. La méthode psychographique de Cambridge Analytica apporte un nouveau degré de sophistication. » _________________