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mardi 13 août 2013

Flexibilité institutionnalisée

Flexibility in employment
                                              Dans la série "on n'arrête pas le progrès"..
...Pourquoi payer les vendeurs à attendre les clients?
C'est vrai, non, en bonne logique commerciale?...
         Au pays de Dickens, au Royaume de la flexibilité absolue (même la Reine gère sa fonction de manière très flexible...), où plus rien ne finit par étonner, on ne cesse de progresser, depuis que  Cameron  a mis ses pas dans ceux de Maggie, dans un contexte de privatisation généralisée.
Pour fair baisser le chômage à 8%, disent-ils,  on a a institué une nouveauté:: le contrat zéro-heure.
 Il fallait l'inventer!
C'est le meilleur moyen de rendre le travail toujours plus flexible.
 Depuis le début de la crise financière, en dépit de son économie stagnante, la Grande-Bretagne se targue d’avoir maintenu un taux de chômage relativement bas (8 %) au regard de ses homologues européens. Mais, comme le montrent une série de révélations dans la presse britannique depuis une dizaine de jours, ce succès est en partie imputable à l’utilisation croissante de contrats de travail dits « zéro heure » (« zero-hours contracts »). Dans un pays qui possède déjà un marché du travail extrêmement flexible (lire ce billet de l’économiste Jacques Freyssinet), les contrats « zéro heure » représentent une nouvelle étape dans la dérégulation des rapports entre employeurs et employés, au détriment de ces derniers.
    Comme souvent l'UK a copié sur son cousin, car ce genre de contrat (?) existe aux Etats Unis depuis des lustres, ça s’appelle « to be on call », c’est surtout dans le secteur des services, le boss a une liste d’esclaves qu’il peut appeler par téléphone à n’importe quelle heure. il y a aussi « to be let off »,
                                    A vrai dire, les contrats « zéro heure » existent depuis longtemps en Grande-Bretagne. Leur mouture actuelle découle des lois sur l’emploi et les salaires de 1996 et 1998. Ils stipulent qu’un salarié est lié par un contrat à son employeur, mais que ce dernier ne lui fournit aucun horaire fixe ni aucune garantie quant au nombre d’heures travaillées. Dans le meilleur des cas, les entreprises fournissent à leurs employés une prévision de planning avec une ou deux semaines d'anticipation. Pour autant, ils ne sont pas à l’abri d’une modification de dernière minute ou d’être renvoyés chez eux – sans salaire – s’il n’y a pas assez de travail ce jour-là.
L’idée originelle de ces contrats était de permettre à des entreprises qui ont parfois des pics d’activité ou une demande ponctuelle d’y répondre sans avoir à embaucher des salariés permanents. D’ailleurs, l’exemple fourni sur le site officiel du gouvernement britannique est éclairant : il s’agit du recours à des traducteurs-interprètes. Mais, aujourd’hui, ces contrats sont utilisés par de nombreuses grandes entreprises – généralement des commerces – pour avoir sous la main une main-d’œuvre disponible et docile. Les chaînes de magasins de sport Sports Direct, de cinémas Cineworld, de pharmacies Boots, de restauration rapide McDonald’s, Burger King ou Subway, sont parmi les plus gros employeurs de contrats « zéro heure ».
                     La précarité n'est-elle pas en train de devenir la norme du futur ?
 En France sommes-nous à l'abri de ce "progrès", ou plutôt ce grand bond en arrière?
 Comme l’a résumé Larry Elliot, l’éditorialiste du Guardian, le recours massif à ces contrats précaires fleure bon le XIXe siècle : « De la pure exploitation – le genre de conditions de travail qui ont donné naissance aux syndicats (…) C’est comme si la Grande-Bretagne avait remonté le temps, retournant à un âge où l’employeur avait le fouet en main et où les droits dont jouissaient les travailleurs sous le système féodal avaient été supprimés. »
                           La précarité devrait être cotée en bourse... 
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(Paru dans Agoravox )
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jeudi 25 février 2016

Précarité montante

Précarité d'hier et d'aujourd'hui
             Au coeur de nos société industrielles dites "en crise" (financières et de surproduction surtout), mais où la répartition d'une richesse de plus en plus grande pose problème, s'incruste une tendance lourde liée à la rareté montante de l'emploi,sous le double effet de la délocalisation de pans entier de secteurs de production et d'une mécanisation-robotisation toujours plus poussée, pour abaisser les coûts de production, dans une concurrence devenue mondialisée, de guerre économique, de conquête de marchés, devenus l'alpha et l'omega des majors de la production de masse.
_____ Ce n'est plus le louage de la force de travail du début du 19° siècle, liée à la bonne volonté de l'employeur, au gré des circonstances.. Des luttes et des lois sociales sont passées par là. Même si aujourd'hui on cherche à les remettre du moins partiellement en question ou à les dénaturer. L'exemple le plus extrême est le "contrat zéro heure", développé aux Royaume-Uni, qui ne peut exister que dans le contexte d'un chômage de masse, que l'on veut ainsi masquer, malgré les excès et le mal vivre. Mieux vaut un emploi (très) mal payé que pas d'emploi du tout, comme on le proclame en Allemagne dans le cadre du système mis en place par les lois Schröder-Hartz.
__ Inévitablement, quand monte ces formes de précarité, plus nombreux dans les services, les salaires ont tendance à s'aligner sur les moins offrants. L'intérim existe depuis les années 70 et tend dans certains secteurs à se rapprocher des conditions notées plus haut.
________ Serions-nous condamnés à une précarité à vie?
A. Smith ne considérait pas ce processus comme inévitable. Mais il ne prévoyait pas l'évolution du capitalisme sous sa forme actuelle.
Sa réduction supposerait de profondes réformes économiques et financières.
_____ Le libéralisme nous conduit par essence à l'incertitude, comme le disait cyniquement Mme Parizot (La vie est faite d'incertitude, pourquoi le travail ne le serait-il pas?). Pierre Bourdieu constate que « La précarité affecte profondément celui ou celle qui la subit, en rendant tout l’avenir incertain, elle interdit toute anticipation rationnelle et, en particulier, ce minimum de croyance et d’espérance en l’avenir qu’il faut avoir pour se révolter, surtout collectivement, contre le présent, même le plus intolérable ».
_ Cette précarité n’est pas que le produit du mauvais fonctionnement du marché et de la répétition des crises du capitalisme. Il a été pensé comme une donnée inévitable dans le cadre du marché repensé par les ultra-libréraux de l'école de Chicago, dans l'héritage de Hayeck.
____ Si on se fie aux chiffres plus ou moins officiels et toujours mouvants, la précarité touche plus de 3 millions de travailleurs en France. Chez les jeunes elle concerne environ 50%. Dont 1 million de travailleurs pauvres.
En Allemagne, le nombre de travailleurs précaires-pauvres, c’est-à-dire gagnant moins des deux tiers du ­salaire horaire médian, a explosé : ils représentent désormais 22% du salariat, contre moins de 7% chez nous. Au total, près de 6,5 millions d’Allemands sont aujourd’hui payés moins de 8,50 euros l’heure, surtout dans la distribution et l’hôtellerie-restau­ration
En Espagne, la précarité explose. Aux USA, elle est devenue massive. .
                La précarité serait-elle en voie de devenir le régime normal?
____ On peut toujours aller plus loin: lois Hartz en Allemagne et contrat zéro heure en Grande-Bretagne...La menace permanente du déclassement et de l'extrême pauvreté entraine la résignation. Il n'y a pas d'alternative, leur répète-t-on...
___ La montée de l'incertitude au coeur de l'emploi, la précarité, devient un problème majeur au coeur de l'économie dérégulée, issue de l'application du néolibéralisme financier et de la concurrence mondiale sans frein.Le témoignage de l'expérience volontaire de Florence Aubenas (1) nous en donne un exemple limité mais vivant. .Il semble que la déstructuration de l'organisation du travail ne connaisse pas de limites, comme le montre l'étude suivante: L'auteur de cette recherche décrit un système.______ Etymologiquement,précaire vient du latin juridique precarius, désignant ce qui était "obtenu par la prière", supplique généralement adressée à celui dont on dépend, suzerain ou maître...La précarité implique un rapport social inégal, dans lequel le bénéficaire d'une faveur se soumet à celui à qui la lui accorde.
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____Certaines dispositions si contestées de notre projet de nouveau droit du travail "modernisé et allégé" macronisé, ne vont-elles pas dans cette direction régressive possible?

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samedi 21 mars 2026

Vers une précarité généralisée?

  Régime (devenu) "normal"?     

          La précarité ( au sens le plus large) semble un état normal de l'existence. Tout est précaire, la santé, la vie, l'amour même souvent... C'est la contingence fondamentale de toute vie humaine. C'est ce que disait Mme la ministre Parizot pour justifier cet aspect de la vie économique et sociale. Là, elle crée la confusion, car elle mélange deux plans. En ce qui concerne la vie de travail, par exemple, ce que l'on appelle la précarité est en fait déterminée socialement, liée essentiellement à des rapports de production à un moment donné, dans une situation donnée. On  voit clairement que ce peut être la conséquence de choix et d'effets de système., sur lequel on peut agir sur la base d'autres choix, souvent politiques. Pour prendre un exemple limite, le contrat "0 heures" anglo-saxon n'est pas le fait du hasard, mais de décisions politiques. En France, la précarité des jeunes surtout, a doublé depuis les années 80, ce qui n'est pas le cas dans d'autres pays comparables.                                                                                                  La précarité devient de plus en plus un régime normal dans l'espace européen. Ne parlons pas des USA. Mais pas seulement. Pas seulement pour les juniors. Les femmes sont le plus concernées. On peut toujours faire mieux. Précariser le travail, c'est précariser la vie sous ses différents aspects, de manière souvent irréversible. La flexibilité est une exigence de nos sociétés libérales et financiarisées, où se creusent comme jamais les inégalités de revenus 


  ___  Il ne faudrait pas avoir peur des minijobs.
Ils sont créateurs d'emplois, comme ils disent...
    Pas plus que de la précarité, qui permet souplesse et mobilité sur notre bonne planète ouverte à tous les vents du profit à court terme et des capitaux hautement volatiles...Faut pas contrarier  les marchés!
En matière de flexibilité, on peut toujours faire mieux.
    Comme disait Madame Parisot: « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »
Que répondre à une telle "évidence"? Presque un axiôme. CQFD!
   Donc, plus besoin de contrat. Ni CDI, ni CDD, qui sont d'anachroniques contraintes. La notion de contrat tend à disparaître, comme le poussiéreux Code du Travail. Des vieilleries..Des obstacles au business.
              Certains pionniers audacieux défendent le contrat de travail zéro heure, condition pour une embauche aléatoire...C'est déjà mieux.
    D'autres, plus visionnaires encore, prônent le travail gratuit. 
Ils poussent un peu le bouchon, mais il faut reconnaïtre qu'il y a vraiment des gens qui pensent...!!!
     Mme Merkel, sur les traces de Schröder, fait ce qu'elle peut..
         Du boulot à un euro , du « Kurzarbeit », on peut trouver...  Le système Schröder-Haartz se poursuit sous toutes ses formes, imprimant son innovation partout, inspirant même notre Président.
   Pourquoi même ne pas prendre Emmaus comme  modèle?
Ils sont en avance sur leur temps...
   Ce n'est au fond qu'un retour au bon vieux temps d'autrefois... et même à le bonne vieille antiquité.
                 ...Et dire qu'il y a encore des attardés qui affirment que la flexibilité nourrit le chômage!
Pff!
             Le travail durable et assuré ne devrait plus être de mise. Il génère monotonie, ennui et paresse, habitudes néfastes  des avantages zaquis? La vie, c'est le changement..
   Un ouvrier assuré de son poste devient vite, disent-ils, moins performant et s'installe dans le confort d'une vie qui devient vite routinière et terne. Il devient aussi plus exigeant, profitant de la solidarité crée avec ses homologues pour revendiquer plus d'avantages. Il est même prêt à cesser momentanément le travail pour ça afin d'augmenter ses gains, prenant l'entreprise en otage et mettant en péril la production. Il oublie vite que le travail, sans lequel il ne vivrait pas, lui a été accordé par pure générosité. Et puis, en vieillissant, au delà de quarante ans, il perd son efficacité et coûte trop cher....Il faut recycler!
  Le marché, c'est le mouvement, comme la vie, c'est aussi la rationalité, comme disaient Hayek et son disciple Friedman, l'expression de la main de Dieu...
                  Donc, il ne faut pas avoir peur des  mini-jobs
Et puis, l'argent n'est pas tout. Il ne fait pas le bonheur... 
 Il faudrait, comme les sages d'autrefois savoir se contenter de peu en renonçant aux surenchères salariales qui finissent par rendre perpétuellement insatisfait.
            Il importe donc de «détabouïser(sic!)le mot de "flexibilité"»comme ils disent...
.Déjà en Grèce ou en Espagne, par exemple, la précarité est devenue généralisée, au delà même des pratiques américaines. 
Nul doute que ces pays vont sortir ainsi plus vite de la crise, car  en matière de compétitivité, l'Espagne défie la France»On pourrait aussi dire que le Portugal défie l'Espagne, que la Chine défie le Portugal, que le Vietnam défie la Chine, et que le Bangladesh défie le Vietnam, vu que l'on peut toujours chercher un pays où l'on accepte de travailler plus en gagnant moins.."
            La précarité, c'est la norme du futur. C'est un dogme fondamental du néolibéralisme
La rigidité, la stabilité, voilà l'ennemi!
   ...C'est du moins ce qu'on dit dans les sphères généralement bien informées intéressées... 
 Jonathan Swift_n'aurait pas raisonné autrement...         _________________

mardi 4 mars 2014

Précarité: régime normal?

Minijobons
                     Non, il ne faut pas avoir peur des minijobs.
Ils sont créateurs d'emplois, comme ils disent...
    Pas plus que de la précarité, qui permet souplesse et mobilité sur notre bonne planète ouverte à tous les vents du profit à court terme et des capitaux hautement volatiles...Faut pas contrarier  les marchés!
En matière de flexibilité, on peut toujours faire mieux.
    Comme disait Mâme Parisot: « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »
Que répondre à une telle évidence? Presque un axiôme. CQFD!
   Donc, plus besoin de contrat.Ni CDI, ni CDD, qui sont d'anachroniques contraintes. La notion de contrat tend à disparaître, comme le poussiéreux Code du Travail. Des veilleries..Des obstacles au business.
              Certains pionniers audacieux défendent le contrat de travail zéro heure, condition pour une embauche aléatoire...C'est déjà mieux.
    D'autres, plus visionnaires encore, prônent le travail gratuit. 
Ils poussent un peu le bouchon, mais il faut reconnaïtre qu'il y a vraiment des gens qui pensent...
     Mme Merkel, sur les traces de Schröder, fait ce qu'elle peut..
Du boulot à un euro , du « Kurzarbeit », on peut trouver...  Le système Schröder-Haartz se poursuit sous toutes ses formes, imprimant son innovation partout, inspirant même notre Président.
   Pourquoi même ne pas prendre Emmaus comme  modèle?
Ils sont en avance sur leur temps...
   Ce n'est au fond qu'un retour au bon vieux temps d'autrefois... et même à le bonne vieille antiquité.
                 ...Et dire qu'il y a encore des attardés qui affirment que la flexibilité nourrit le chômage!
Pff!
             Le travail durable et assuré ne devrait plus être de mise. Il génère monotonie, ennui et paresse, habitudes néfastes  des avantages zaquis? La vie, c'est le changement..
   Un ouvrier assuré de son poste devient vite moins performant et s'installe dans le confort d'une vie qui devient vite routinière et terne. Il devient aussi plus exigeant, profitant de la solidarité crée avec ses homologues pour revendiquer plus d'avantages. Il est même prêt à cesser momentanément le travail pour ça afin d'augmenter ses gains, prenant l'entreprise en otage et mettant en péril la production. Il oublie vite que le travail, sans lequel il ne vivrait pas, lui a été accordé par pure générosité. Et puis, en vieillissant, au delà de quarante ans, il perd son efficacité et coûte trop cher....Il faut recycler!
  Le marché, c'est le mouvement, comme la vie, c'est aussi la rationalité, comme disaient Hayek et son disciple Friedman, l'expression de la main de Dieu...
                  Donc, il ne faut pas avoir peur des  mini-jobs
Et puis, l'argent n'est pas tout. Il ne fait pas le bonheur... 
 Il faudrait, comme les sages d'autrefois savoir se contenter de peu en renonçant aux surenchères salariales qui finissent par rendre perpétuellement insatisfait.
            Il importe donc de «détabouïser(sic!)le mot de "flexibilité"», comme ils disent...
.Déjà en Grèce ou en Espagne, par exemple, la précarité est devenue généralisée, au delà même des pratiques américaines. 
Nul doute que ces pays vont sortir ainsi plus vite de la crise, car  en matière de compétitivité, l'Espagne défie la France». On pourrait aussi dire que le Portugal défie l'Espagne, que la Chine défie le Portugal, que le Vietnam défie la Chine, et que le Bangladesh défie le Vietnam, vu que l'on peut toujours chercher un pays où l'on accepte de travailler plus en gagnant moins.."
            La précarité, c'est la norme du futur
La rigidité, la stabilité, voilà l'ennemi!
   C'est du moins ce qu'on dit dans les sphères généralement bien informées intéressées... 
 Jonathan Swift_n'aurait pas raisonné autrement... 
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-Relayé par Agoravox
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mercredi 14 août 2024

Vers une précarité généralisée?

 Régime (devenu) "normal"?

            La précarité devient de plus en plus un régime normal dans l'espace européen. Mais pas seulement. Pas seulement pour les juniors. Les femmes sont le plus concernées. On peut toujours faire mieux. Précariser le travail, c'est précariser la vie sous ses différents aspects, de manière souvent irréversible. La flexibilité est une exigence de nos sociétés libérales et financiarisées, où se creusent comme jamais les inégalités de revenus 


  ___  Non, il ne faut pas avoir peur des minijobs.
Ils sont créateurs d'emplois, comme ils disent...
    Pas plus que de la précarité, qui permet souplesse et mobilité sur notre bonne planète ouverte à tous les vents du profit à court terme et des capitaux hautement volatiles...Faut pas contrarier  les marchés!
En matière de flexibilité, on peut toujours faire mieux.
    Comme disait Madame Parisot: « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »
Que répondre à une telle évidence? Presque un axiôme. CQFD!
   Donc, plus besoin de contrat.Ni CDI, ni CDD, qui sont d'anachroniques contraintes. La notion de contrat tend à disparaître, comme le poussiéreux Code du Travail. Des vieilleries..Des obstacles au business.
              Certains pionniers audacieux défendent le contrat de travail zéro heure, condition pour une embauche aléatoire...C'est déjà mieux.
    D'autres, plus visionnaires encore, prônent le travail gratuit. 
Ils poussent un peu le bouchon, mais il faut reconnaïtre qu'il y a vraiment des gens qui pensent...
     Mme Merkel, sur les traces de Schröder, fait ce qu'elle peut..
Du boulot à un euro , du « Kurzarbeit », on peut trouver...  Le système Schröder-Haartz se poursuit sous toutes ses formes, imprimant son innovation partout, inspirant même notre Président.
   Pourquoi même ne pas prendre Emmaus comme  modèle?
Ils sont en avance sur leur temps...
   Ce n'est au fond qu'un retour au bon vieux temps d'autrefois... et même à le bonne vieille antiquité.
                 ...Et dire qu'il y a encore des attardés qui affirment que la flexibilité nourrit le chômage!
Pff!
             Le travail durable et assuré ne devrait plus être de mise. Il génère monotonie, ennui et paresse, habitudes néfastes  des avantages zaquis? La vie, c'est le changement..
   Un ouvrier assuré de son poste devient vite moins performant et s'installe dans le confort d'une vie qui devient vite routinière et terne. Il devient aussi plus exigeant, profitant de la solidarité crée avec ses homologues pour revendiquer plus d'avantages. Il est même prêt à cesser momentanément le travail pour ça afin d'augmenter ses gains, prenant l'entreprise en otage et mettant en péril la production. Il oublie vite que le travail, sans lequel il ne vivrait pas, lui a été accordé par pure générosité. Et puis, en vieillissant, au delà de quarante ans, il perd son efficacité et coûte trop cher....Il faut recycler!
  Le marché, c'est le mouvement, comme la vie, c'est aussi la rationalité, comme disaient Hayek et son disciple Friedman, l'expression de la main de Dieu...
                  Donc, il ne faut pas avoir peur des  mini-jobs
Et puis, l'argent n'est pas tout. Il ne fait pas le bonheur... 
 Il faudrait, comme les sages d'autrefois savoir se contenter de peu en renonçant aux surenchères salariales qui finissent par rendre perpétuellement insatisfait.
            Il importe donc de «détabouïser(sic!)le mot de "flexibilité"»comme ils disent...
.Déjà en Grèce ou en Espagne, par exemple, la précarité est devenue généralisée, au delà même des pratiques américaines. 
Nul doute que ces pays vont sortir ainsi plus vite de la crise, car  en matière de compétitivité, l'Espagne défie la France»On pourrait aussi dire que le Portugal défie l'Espagne, que la Chine défie le Portugal, que le Vietnam défie la Chine, et que le Bangladesh défie le Vietnam, vu que l'on peut toujours chercher un pays où l'on accepte de travailler plus en gagnant moins.."
            La précarité, c'est la norme du futur
La rigidité, la stabilité, voilà l'ennemi!
   ...C'est du moins ce qu'on dit dans les sphères généralement bien informées intéressées... 
 Jonathan Swift_n'aurait pas raisonné autrement... 
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lundi 11 mai 2015

Vrais chiffres du chômage

De quoi parle-t-on?
                                Et peut-il y avoir une vérité?
     Entre les chiffres officiels, régulièrement égrenés, et la réalité du terrain, il y a plus qu'un décalage: parfois un gouffre.
   C'est ce qui explique les discussions parfois sans fin, les polémiques, dont la tournure est assez vite politique, car les enjeux le sont.
   Le calcul du sujet est complexe et sujet à de nombreux présupposés,à  un certain nombre de conventions à partir desquelles les calculs sont faits, dans un pays donné, à un moment donné.
   On peut en tout cas discuter sur les méthodes des systèmes administratifs mis en place pour mesurer un phénomène qui n'est pas que quantitatif et déclaratif.
    C'est que la notion de chômage n'est considérée par les organismes officiels que sous l'angle comptable et statistique, à un moment donné, selon des normes paraissant indiscutables.
          On ne tient pas compte du chômage invisible, qui, lui, existe bien, pas toujours simple à évaluer, qui n'entre pas dans les calculettes officielles.
    Près d'un Français sur dix se déclare demandeur d'emploi, et un Français sur dix-neuf est indemnisé.
   Non seulement le chômage gagne du terrain, mais il comporte un effet cliquet: quand on y entre, on en sort de moins en moins facilement. surtout dans certaines branches.
Ce sombre tableau, qui n'en finit pas de s'assombrir depuis plusieurs années, ne peut être dressé sans souligner l'effondrement dramatique des offres d'emploi collectées par Pôle Emploi. En 2011, Pôle Emploi collectait mensuellement environ 280.000 offres nouvelles. Aujourd'hui, notre agence nationale en collecte moins de 215.000 mensuellement.  C'est peut-être cette désespérance-là qui est la plus critique: rien n'annonce une reprise de l'activité.
      Les chiffres présentés officiellement ne sont donc que partiellement fiables,  sont loin de rendre compte d'une réalité beaucoup plus complexe et beaucoup plus sombre.. On ne compte pas les jeunes non indemnisés, les vieux dispensés de recherche d'emploi, les RMistes non inscrits ou encore ceux qui, par lassitude, abandonnent le pointage : un bon million de personnes en plus, selon Fabienne Brutus à une époque. Total estimé : 5 millions de chômeurs en France. 19 % de la population active.
 .Le non emploi ou la précarité généralisée tend à devenir de plus en plus le régime normal, surtout chez nombre de femmes.
 L'Allemagne fait officiellement mieux que nous, mais dans un contexte social et démographique très différent, avec une précarité supérieure.
   Le Royaume Uni a même inventé le contrat zéro heure. Chômage masqué.
             Le ministre des Finances, Michel Sapin, a précisé ce jeudi que, pour retrouver une croissance durable - et faire reculer le chômage - il faut «de l'investissement, de l'investissement, de l'investissement», ce qui nécessite de donner confiance aux entreprises.
    Mais cela ne se décrète pas
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mercredi 15 avril 2015

Reprise, es-tu là?

 Notion en question
                           On ne parle que d'elle, on n'a d'yeux que pour elle
Comme l'arlésienne. On ne jure que par elle.
     La reprise serait à nos portes. Ce serait le succès politique assuré.
Mot magique tant répété. Comme si elle était évidente. Comme si elle était l'alpha et l'oméga de la vie sociale.
     Or, on a toutes les raisons d'être sceptique.
Si oui, la reprise pour quoi, la reprise pour qui?
Aux USA, par ex, les rumeurs sont contradictoires
En UK, la reprise économique se révèle très sélective:
 « Dans le quartier de la gare de Waterloo, à quelques kilomètres de là, une autre food bank reçoit des victimes urbaines de la faim. La plupart de ceux qui y viennent travaillent, mais ne gagnent pas assez pour vivre correctement. Patrick, lui, a bénéficié de l’aide prodiguée par la banque alimentaire il y a six mois, et revient donner des coups de main. Ce jeune homme qui travaille dans la grande distribution a signé un « contrat zéro heure », qui impose une flexibilité extrême au salarié : l’entreprise décide du nombre d’heures que doit travailler le salarié, et seules les heures effectuées sont rémunérées. Certains mois, Patrick n’a rien touché. Alors la banque alimentaire est devenue une nécessité… »
   En Espagne, comme on part de très loin, le moindre décollement donne des signes optimistes
Bercy tangue  et revoie ses pronostics à la baisse.
     La bourse s'agite, mais n'a plus guère de signification.
Le pacte de compétitivité est une incantation pour normaliser/libéraliser le code du travail.
   Dans une économie de plus en plus hyper-mondialisée, où les décideurs locaux n'ont plus qu'un pouvoir marginal, n'assiste-t-on pas plutôt  souvent à la course à une compétivité destructrice?
    Le Fmi, tout aussi impuissant, propose ses recettes.
Le cul de sac européen, qui n'investit plus, est un frein à toute innovation de grande ampleur. Le trop plein financier n'est pas un moteur.
      Comme le reconnaît  Hans-Jörg Vetter, le président de la banque allemande LBBW (Landesbank Baden-Württemberg), « Les risques ne sont plus pris en compte dans les cotations. Et ces investisseurs ne sont pas payés pour les risques qu’ils prennent. Cela s’applique à toutes les classes d’investissements. Les marchés boursiers et obligataires se trouvent maintenant dans la mère des bulles. Cela ne durera pas toujours. Et pas pendant très longtemps. Je ne peux pas dire quand cela va commencer à se déliter, mais à un moment donné, cela va se déliter à nouveau. »  Avec 266 milliards d’euros d’actifs en gestion et 11 000 employés, c’est la plus grande « Landesbank » d’Allemagne dont le siège est à Stuttgart. Vetter a été nommé en 2009 pour ni plus ni moins sauver cette banque qui était en faillite virtuelle et bénéficiera de fonds publics pour assurer son redémarrage dans le cadre d’une nationalisation pure et simple..."
    La faillite bancaire n'est donc pas écartée et un environnement de taux zero ne peut que conduire à des prises de risques excessives.
    Les prévisions de croissance ont de quoi faire sourire, tant qu'on ne s'attaque pas notamment aux urgences énergétiques. Il suffit de comparer entre eux les pronostics...
 On peut toujours se leurrer sur la base de données ponctuelles.
La reprise ne se décrète pas....
    Dans les mêmes schémas économiques, au coeur d'une Europe qui se fait concurrence, sans nouveaux investissements d'avenir collectif pour sortit de la spéculation et de la rente, on ne voit pas ce que le mot reprise voudrait dire.
    Il ne s'agit d'ailleurs pas de reprendre, mais de faire du neuf, économiquement et socialement.
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mercredi 13 mai 2015

C'est (encore) Cameron

 He won! 
                Il a gagné! Les travaillistes sont  laminés...
 Bonne nouvelle: les sondages ont eu tout faux.
      Cameron donc, homme de génie, ou d'engineering social, inventeur du contrat zéro heure, par exemple, l'a emporté. 
  Le champion du darwinisme social, partisan de la big society, continuera à aller de l'avant, non sans brutalité, sous ses aspects de gentleman...
 Ce n'est pas une bonne nouvelle ni pour nous, ni pour l'Europe.  Sarkozy s'est empressé d'applaudir..
  Le référendum promis aboutira-t-il à un divorce à l'anglaise, même si les milieux d'affaires ont trop à  perdre d'un isolationnisme? Business first!
Eurosceptique modéré, Cameron l'a bien compris.Sans trop s'engager.
       C'est le triomphe de David au Royaume Désuni, celui du Desunion Jack
Il est certain que les  plus pauvres n'ont pas apprécié. Certains regrettent peut-être la reine Victoria.
  Car pauvreté et précarité ont été multiplié par sept en deux ans.
La  révolution  tatchérienne continue à produire ses effets. La pensée de Hayek et de Milton Friedman  continue à faire des petits.
              On ne touchera évidemment pas à la City, qui fait une bonne partie de la fortune du pays, constituant un empire dans le royaume:
               Cette domination de la City est ahurissante, même par rapport aux années 1980. A cet égard, Margaret Thatcher fait pâle figure comparée à Blair, Brown et Cameron. La gauche anglaise est confrontée à un vrai problème, car ces institutions financières ont acquis un pouvoir phénoménal. Elles sont devenues presque inattaquables. Il faut donc faire un choix : les ménager ou les combattre. Et jusqu'à présent la gauche s'est refusée à choisir. La fameuse troisième voie de Blair était une maniére d'éluder ces choix.
Comme le souligne P. Jorion
   Au-delà des conditions qui entourent ce soi-disant miracle économique, il est un autre facteur volontairement ignoré par le monde politique, celui de la prédation exercée par ces pays sur le reste de l’Europe. Au Royaume-Uni, la City est l’une des toutes premières places financières mondiales, elle capte un nombre important des transactions financières dans l’Union européenne, on n’est pas seulement dans un modèle de paradis fiscal façon luxembourgeoise, c’est la financiarisation de l’économie qui se construit au Royaume-Uni. La City représente plus de 6 % des emplois directs en Grande Bretagne auquel il faut probablement ajouter de nombreux emplois indirects. Dans un autre domaine, celui du marketing, de la communication et des nouveaux concepts commerciaux, la Grande-Bretagne occupe aussi une place de choix au détriment de la plupart des autres pays européens : c’est elle qui donne le la en matière de concept de vente et de marketing.
             Mais l'ivresse bancaire pourrait menacer ce beau système.
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vendredi 4 septembre 2015

Travail : le droit ou le contrat

 Droit du travail: où va-t-on?
                                              Que le code du travail soit à simplifier, à clarifier, à rénover, à adapter, c'est sans doute nécessaire.
    Du moins sur certains points. Il est dans la nature du droit de s'adapter au cours du temps, qui changent les situations.
      Mais que, dans la hâte et la fébrilité médiatique, sous prétexte de "modernisation", de flexibilité, ce soit l'occasion de donner un coup de balai sur des principes qui ont fait leur preuve au cours de l'histoire contre les risque toujours présents d'arbitraire patronal, voilà un risque majeur, surtout à l'heure où la dérégulation tend à s'imposer partout, au nom d'une liberté d'entreprendre aux présupposés souvent discutables.
On connaît toute l'importance du droit du travail dans l'histoire du mouvement ouvrier depuis le 19° siècle.
      A l'heure où la précarité sous toutes ses formes connaît une avancée inédite.
Au moment où les normes (ou l'absence de normes) de type libéral tendent à gagner de nombreux pays voisins ou de nouveaux secteurs d'activité, il importe d'être vigilant.
  Faudrait-il imiter l'Allemagne et ses lois Hartz, impulsées par Schröder, mais demandées par le patronat libéral pour réglementer le chômage?
        Faudrait-il suivre la pente anglaise de libéralisation depuis l'ère thatcherienne, débouchant aujourd'hui sur l'invention cameronienne du "contrat zéro heure"?...
     Le traité de libres échange transatlantique risque de nous entraîner vers de plus graves menaces pour le droit du travail et l'action syndicale.
     On a tout lieu de craindre que sous des dehors novateurs et progressistes se cachent des tentatives pour gommer de plus en plus de règles considérées comme désuètes.       Vouloir passer du droit au contrat n'est pas anodin, même si c'est au nom d'une prétendue défense des intérêts des travailleurs...surtout dans les unités productives de faible dimension.
    La réforme en cours, qui jusqu'ici s'est déroulée de manière brouillonne (loi Macron), où la question du travail du dimanche côtoie d'autres mesures sans rapport, ouvre déjà une boîte de Pandore.  On veut aller vite sous prétexte de modernisation et de productivité.
       Certes, le débat est encore ouvert et il y a pas accord total sur tous les points, mais il est à craindre que de glissements en ambigüités, on ne détricote le code pour le rendre plus light et attractif, pour le plus grand plaisir de Mr Gattaz...A force de pencher..
     Entre le rapport Terra Nova et les propositions lourdes de dérives de l'institut Montaigne, c'est la valse hésitation, malgré les points communs. (*)
    ...Malgré ces parcours différents, les lois Macron et Rebsamen ont bien des points communs. Elles traitent toutes les deux principalement du travail et de l’emploi, parmi une kyrielle d’articles qui relèvent davantage de la liste d’épicerie que d’une véritable orientation politique. Ainsi la loi Macron place, dans le même texte, le fait d’élargir considérablement le travail dominical et la manière dont une copropriété décide de raccorder son immeuble à la fibre optique…
Ce faisant, le gouvernement a considérablement dévoyé l’exercice législatif, mais surtout noyé les acteurs. À ce jeu-là, c’est souvent les moins armés qui perdent, comme l’illustrent la faible ou trop tardive mobilisation des salariés et l’offensive payante des professions réglementées.
Ces lois fourre-tout, comment seront-elles appliquées ?..
......Un dernier article inquiète beaucoup l’aile gauche du Parlement : le gouvernement est autorisé à prendre par ordonnance (c’est-à-dire sans passer par une autre loi) une série de mesures pour notamment « abroger les dispositions devenues sans objet et assurer la cohérence rédactionnelle dans le code du travail et entre le code du travail et les autres codes ». Cet article, introduit dans un contexte lancinant de remise en cause du code du travail – ce livre « obèse et indigeste », selon Robert Badinter –, félicité par p. Gattaz, laisse augurer encore de nombreux changements d’ici la fin de l’année...
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(*) ..Mis en orbite en juin avec la sortie du livre de Robert Badinter et d’Antoine Lyon-Caen, Le Travail et la loi, la réforme du code du travail s’impose comme le sujet politique de cette rentrée. À La Rochelle, lors de l’université d’été du PS, le premier ministre Manuel Valls a martelé sa volonté de bousculer le code, quitte à essuyer quelques sifflets des militants les plus frondeurs. La publication en cascade de rapports cette semaine, prélude à une loi probablement pour le premier semestre 2016, conforte cette direction.
    C’est l’Institut Montaigne, think tank classé à droite, qui a dégainé le premier, avec plusieurs propositions chocs censées simplifier considérablement le code du travail et fluidifier le marché de l’emploi. Moins sulfureux sur la forme, mais vraisemblablement lu avec davantage d'attention par l'exécutif, le rapport commis par le juriste Jacques Barthélémy et l'économiste Gilbert Cette pour la fondation Terra Nova va grosso modo dans le même sens.
     Sur le constat de départ, d’abord : c’est le code du travail qui bride le « dynamisme économique » et explique le taux de chômage massif en France, tout élément de conjoncture mis à part. Tous ceux qui « persistent à attribuer le chômage massif à une insuffisance de la demande et recommandent en conséquence une augmentation de la dépense publique » sont des simplistes, qui « nient les aspects factuels ». Autre gros défaut du code à la française, il ne serait pas suffisamment protecteur pour le salarié, et même bien trop complexe pour ceux censés les défendre. « Je défie quiconque, universitaire, syndicaliste ou inspecteur du travail, de me dire qu’il connaît ne serait-ce qu’un quart du code du travail », a lancé Jacques Barthélémy, taclant au passage le pétulant Gérard Filoche, l’un de ses adversaires les plus farouches. Il faut donc « changer de modèle », et tant pis si les syndicalistes eux-mêmes sont globalement unanimes pour dire que la réforme du code du travail est loin de constituer une priorité.
     Tout revoir, donc, et en premier lieu la primauté de la loi sur le contrat.  
          La France a effectivement pour tradition d’accorder à la règle nationale (le code du travail) un statut prépondérant sur les accords signés aux niveaux de la branche professionnelle, voire de l’entreprise. Les rapports Terra Nova comme Montaigne sont sur ce point unanimes. Ils veulent que les accords d’entreprise ou de branches constituent désormais les échelons prioritaires. L’Institut Montaigne va très loin en demandant une diminution drastique du nombre de branches et en s’appuyant quasi essentiellement sur la négociation au niveau de l’entreprise. Les experts mandatés par Terra Nova se veulent plus rassurants : il n’est pas question de faire table rase du passé, et de créer un vide juridique où tout serait à reconstruire. « Là où il n’y aura pas d’accord collectif, le droit général s’appliquera », rappelle Gilbert Cette. Mais dans leur ouvrage, la bascule est décrite noir sur blanc. « La logique proposée, dans un premier temps, est de faire de la dérogation conventionnelle la règle. Et dans un second temps, le droit réglementaire deviendrait supplétif du droit conventionnel. »
La possibilité de déroger au code du travail n’est pas nouvelle. En effet, depuis les lois Auroux en 1982 et Fillon en 2004, il est déjà possible de passer par-dessus le code dans un certain nombre de cas, par le biais d’un accord de branche ou d’un accord d’entreprise. Les lois Aubry sur les 35 heures ont également consacré le principe de négociation locale sur le temps de travail. Ces textes n’ont pour autant jamais renversé à ce point la « hiérarchie des normes », un principe hexagonal qui veut que la dérogation locale ne peut exister que si elle est davantage favorable au salarié.
     La première réelle anicroche à ce postulat de base date de la création des accords de maintien dans l’emploi (AME) par le biais de l’ANI (une réflexion à laquelle ont participé Gilbert Cette et Jacques Barthélémy). Ils sont censés permettre, en cas de grosses difficultés économiques, à une entreprise de négocier à la baisse un accord sur la durée du travail et la rémunération en échange d’un maintien de l’emploi. Mais ces accords sont limités à deux ans, et n’ont d’ailleurs pas trouvé beaucoup d’entreprises prêtes à tenter l’expérience (une petite dizaine seulement ont été signés depuis leur création en 2013). C’est pourtant bien le modèle défendu par les deux auteurs, une fois les « rigidités » levées. Ce type d’accord pourrait intervenir à tout moment, devrait n'avoir aucune durée limitée, et pouvoir se passer d'un engagement formel sur le maintien de l’emploi. Les deux auteurs vont même plus loin, ouvrant la brèche d’une intense polémique : impossible pour le salarié de refuser de signer un AME, ou alors au risque d’un licenciement sec (et non plus économique, plus favorable sur le plan des indemnités, comme aujourd’hui).
     Pour se prémunir contre les accusations d’ultra-libéralisme, Cette et Barthélémy ont sorti l’artillerie lourde, en s’appuyant de manière assez classique sur le modèle allemand : il s’agit de créer un climat propice à la conclusion de tels accords, de se battre à la loyale en donnant des armes aux deux parties. Tout accord signé devra être porté par un syndicat bénéficiaire de plus de 50 % d’audience dans l’entreprise (au lieu de 30 % aujourd’hui), le syndicalisme doit globalement se renforcer (éventuellement par le biais d'un chèque syndical comme en Belgique), les salariés être mieux informés et leurs élus plus formés. Par ailleurs, Jacques Barthélémy a rappelé que tout cela ne serait possible qu’accompagné d’une refonte de la protection sociale, dans la veine de la flexisécurité promise par le gouvernement.
      Mais la France n’est ni l’Allemagne, ni le Danemark. « Une contractualisation accrue est un jeu dangereux, vu l’état des forces syndicales et du rapport de force dans les entreprises aujourd’hui », met en garde Gilles Auzero, professeur de droit à l’université de Bordeaux. « Renforcer le pouvoir des syndicats dans la négociation ne se décrète pas. Ils ne vont pas devenir forts comme par miracle, complète l’économiste Jacques Freyssinet. La question des moyens est essentielle. Cette et Barthélémy sont assez intelligents pour le dire mais c’est souvent un point qu’évacue au final le gouvernement. Dans les faits, en cas de réforme, qu’en restera-t-il ? »
« L'idée que l'on puisse simplifier le droit du travail en simplifiant le code du travail est un mythe absurde. La complexité du droit reflète la complexité des rapports de travail avec de multiples statuts soumis à des règles différentes, poursuit Jacques Freyssinet. Si on sabre dans le code du travail, on va transposer cette complexité dans les accords collectifs. Aux États-Unis, vous avez des conventions collectives qui font des centaines de pages car justement, il n’y a pas de code du travail. L’autre possibilité, c’est un développement exponentiel des jurisprudences. »...
    ....À terme, sera-t-il possible de tout décider au sein de l’entreprise ? Là où les experts de Montaigne taillent dans le vif (tout ou presque est négociable), ceux de Terra Nova font dans la dentelle : « Il y aura bien sûr des limites à la négociation locale, celles relatives à l’ordre public, aux droits de l’homme, aux règles supra-nationales », liste Gilbert Cette. Mais l’obligation de santé et de sécurité, les discriminations, l’obligation de réduire les inégalités hommes-femmes, pour ne citer que quelques exemples, seront-elles sanctuarisées, une fois la boîte de Pandore ouverte ? Le juriste et l'économiste bottent en touche : aux politiques d'en décider, si la réforme a lieu. L’exemple du salaire minimum est révélateur de cette ambiguïté : alors qu’il propose carrément une possible dérogation au Smic par « accord de branche étendu » ainsi qu’une modification des règles de revalorisation, le rapport insiste dans le même temps sur une « meilleure articulation avec les dispositifs type revenu minimum, plus adaptés pour lutter contre la pauvreté ».
« Le monde du travail, avec l’introduction des nouvelles technologies et du numérique, pousse vers une autonomie de plus en plus grande des travailleurs, conclut Jacques Barthélémy. Les frontières entre salariés et indépendants vont peu à peu s’estomper. Le code actuel, conçu pour réglementer le travail à l’usine, crèvera avec elle, qu’on le veuille ou non. » Cette impérieuse nécessité de réforme est un discours que l’on retrouve dans la bouche des dirigeants socialistes, depuis le début du quinquennat. La proximité idéologique est d'ailleurs manifeste entre les deux experts et le gouvernement. Gilbert Cette, exerçant à la Banque de France, a conseillé François Hollande pendant les présidentielles et co-préside un séminaire pour les ministères du travail et du trésor. Il a été sollicité, tout comme Jacques Barthélémy, à plusieurs reprises sur la refonte du droit du travail ou la question du salaire minimum. Jacques Barthélémy est d’ailleurs, par le biais de son cabinet d’avocats, un conseiller assidu des milieux patronaux, proche de la CGPME pour laquelle il assure des formations. Quant à Terra Nova, la fondation joue avec constance son rôle de boîte à idées d’un PS réformé.
      Ce rapport est donc le prélude logique de la mission confiée au mois d’avril par le premier ministre à Jean-Denis Combrexelle sur la place de la négociation collective vis-à-vis du code du travail. Ses conclusions, attendues comme le messie par le gouvernement, devraient servir de base à une nouvelle loi sur le travail. Jacques Barthélémy, avec gourmandise, a d’ailleurs glissé ici et là que Jean-Denis Combrexelle, conseiller d’État et ancien directeur général du travail, « pourrait aller plus loin sur un certain nombre de points »... (Merci à Mediapart)
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