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mercredi 26 décembre 2018

Urgence

Il y a urgence
                 Dans les urgences.
                 Mais pas seulement. C'est un ensemble. Le problème n'est pas nouveau, mais il s'aggrave avec les dérives du système hospitalier et les déficiences de la médecine de ville.
       Dans leurs critiques de ce que le système des urgences est souvent devenu, et qui aurait pu être évité, certains ne mâchent pas leurs mots.

  Le Sénat lui-même pointe les dysfonctionnements et souligne l'urgence de réformes de fond.
 L'hôpital, ce n'est pas nouveau, est en crise
Il ne tiendrait que par des bouts de ficelles même s'il garde encore de beaux restes, par rapport à d'autres pays comparables.
  Le Hirsch-management continue, sous la houlette purement comptable de Bercy.
    L'asphyxie guette.
      Qui se penchera enfin sur ce grand corps malade? 

  •     Une question de priorité....Et d'humanité.  On parle d' investir massivement dans la défense nationale, mais qu'en est-il de la justice en déshérence ou de la santé publique, qui n'a pas de prix, même si elle a un coût.   Voudrions-nous suivre les pas de nos voisins anglais?
     
  Quel praticien se penchera sur le lit du malade, qui a besoin d'un traitement de fond, comme l'affirment mille médecins, certains depuis des années, comme le clame régulièrement le Pr Grimaldi, depuis qu'un remède inadapté lui a été administré par des gestionnaires à courte vue?
   La pression sur l’hôpital public est devenue intolérable, pour le personnel et forcément pour les patients. Le gouvernement rabote sur les sommes qu’il doit verser aux hôpitaux au titre des missions d’intérêt général, et il met toujours plus haut la barre des économies requises : 1,1 milliard d’euros en 2017, 1,6 milliard en 2018. Ces objectifs concourent à la dégradation des conditions de travail des personnels soignants, soumis à des cadences infernales et mal rémunérés. Résultat : l’hôpital public est fragilisé, à bout de souffle."
    Le client patient devra-t-il bientôt venir pour une hospitalisation avec ses compresses, comme en Grèce, ou avec ses gants de soins, comme cela s'est déjà produit chez nous.
   Le système est à bout de souffle, comme en psychiatrie, comme dans les Ehpad, comme on l'a vu récemment.
   Le rabot budgétaire dénature les système, hanté par la performance, dans l'esprit du new public management, emprunté au monde de l'entreprise, qui aboutit à un esprit d'autofinancement impossible et finalement ruineux par multiplication des actes.
   On dérive vers un management sans ménagement pour les valeurs humaines qui doivent être au coeur du système hospitalier. Un chirurgien qui enchaîne de plus en plus d'interventions sans temps de repos, l'infirmière qui court d'un service à l'autre sans pouvoir parler avec ses patients, une concertation de plus en plus rare au coeur du personnel ne peut que créer frustrations et pire. La négation même de la fonction de soignant.
     La réforme de l'hôpital public menée depuis trente ans s’inscrit dans la lignée du nouveau management public qui vise à faire de lui une entreprise comme les autres, au mépris de son histoire et des valeurs portées par ses agents....Depuis le début des années 1980, les réformes mises en œuvre ont contribué à la dégradation des conditions de travail des personnels (chronométrage, standardisation des tâches, etc.) et a suscité leur opposition. Mais, les pouvoirs publics sont restés sourds à leur colère, préférant maintenir le cap plutôt que de tenter de réformer autrement. La dernière loi dite HPST du 21 juillet 2009 en constitue un exemple éloquent. Cette logique gestionnaire n’a fait qu’accentuer le malaise hospitalier...; 
  Certes, nous ne pratiquons pas chez nous de la discrimination hospitalière à l'israëlienne. 
   Mais on arrive à un point de rupture, que dénoncent maints personnels et même des chefs de service.
Les clignotants sont là depuis des années. 
   Ce n'est pas d'hier que l'hôpital fonctionne avec des bouts de ficelles.
       Le new public management est passé par là.
  Le management nouveau est arrivé. Une sorte de quantophrénie, qui fait oublier l'intérêt du "client" aux soins.
   Une gestion de plus en plus technocratique, comme dans une entreprise, où le malade n'est plus au centre du système.
   Une 
médecine de plus en plus standardisée, du fait notamment de l'hyper-informatisation des données et des objectifs économiques visés. L'ordinateur est partout, l' humanité se raréfie.

  Le glissement vers l'introduction du secteur privé, rend le système plus sélectif et plus onéreux, sous prétexte d'économie. Le privé devient la référence.
  Les lois du marché s'imposent de plus en plus, là où le service à la personne concrète, avec ses maux propres, devrait s'imposer. Cela demanderait du temps, qui manque de plus en plus, comme le note Véronique Vasseur.
 On assiste à des situations parfois ubuesques, avec des injonctions contradictoires. 
  Le premier malade, c'est l'hopital. Malade du marché.
Un grand corps malade de plus en plus en danger
   La fatigue parfois extrême des personnels, souvent démoralisés,  met les patients en danger. Le système ultra-complexe de la  tarification à l'activité entraîne des surcoûts que l'on prétend vouloir éviter. 
        Le financement appelé "tarification à l’activité" (T2A), dont le but déclaré est de diminuer le coût des hôpitaux. Et l’objectif, inavoué, d’augmenter le financement des cliniques.La T2A est faite pour mesurer la quantité, pas la qualité ; les gestes techniques, pas l’acte intellectuel.Elle ne prend en compte ni la gravité, ni l’activité des services hautement spécialisés, ni la précarité, ni les problèmes psychologiques, ni l’éducation du patient… Elle se révèle complètement inadaptée aux services de médecine des hôpitaux publics.Conçue à l’évidence en faveur des cliniques, la mise en place de la  Tarification à l'activité, comme attendu, entraîne le déficit voire la faillite de 90% des hôpitaux publics.Ce déficit permet aujourd’hui de justifier l’abandon de certaines activités, la restructuration d’autres, voire la fermeture pure et simple de nombreux hôpitaux de proximité. Certains seront vendus au privé…Le patient qui se fait alors opérer en clinique est obligé de payer des dépassements d’honoraires devenus exorbitants. Il est commun de devoir payer des dépassements de l’ordre de 1 000 euros pour une cataracte ; pour une prothèse de hanche, 3 000 euros pour le chirurgien et 1 000 euros pour l’anesthésiste..."(C.Perron)
_____
- La France ne dépense pas « beaucoup plus que les autres » pour sa santé, contrairement à ce que dit Agnès Buzyn: ...Ce n’est pas « beaucoup plus que tous les pays de l’OCDE », puisque quatre d’entre eux dépensent autant ou plus : la Suède (11 % du PIB également), l’Allemagne (11,3 %), la Suisse (12,4 %) et… les Etats-Unis qui, eux, sont hors de la tendance, avec 17,2 % de leur PIB....
___________________________ 
- Malaise à l’hôpital public : il y a urgence 
- Hôpitaux, Ehpad : le soin saccagé

jeudi 7 avril 2016

Hopital: danger!

Un management sans ménagement
                                                              La réforme de l'hôpital public menée depuis trente ans s’inscrit dans la lignée du nouveau management public qui vise à faire de lui une entreprise comme les autres, au mépris de son histoire et des valeurs portées par ses agents....Depuis le début des années 1980, les réformes mises en œuvre ont contribué à la dégradation des conditions de travail des personnels (chronométrage, standardisation des tâches, etc.) et a suscité leur opposition. Mais, les pouvoirs publics sont restés sourds à leur colère, préférant maintenir le cap plutôt que de tenter de réformer autrement. La dernière loi dite HPST du 21 juillet 2009 en constitue un exemple éloquent. Cette logique gestionnaire n’a fait qu’accentuer le malaise hospitalier...;
  Certes, nous ne pratiquons pas chez nous de la discrimination hospitalière à l'israëlienne
   Mais on arrive à un point de rupture, que dénoncent certains personnels et même des chefs de service.
Les clignotants sont là depuis des années.
   Ce n'est pas d'hier que l'hôpital fonctionne avec des bouts de ficelles.
       Le new public management est passé par là.
  Le management nouveau est arrivé. Une sorte de quantophrénie, qui fait oublier l'intérêt du "client" aux soins.
   Une gestion de plus en plus technocratique, comme dans une entreprise, où le malade n'est plus au centre du système.
   Une
médecine de plus en plus standardisée, du fait notamment de l'hyper-informatisation des données et des objectifs économiques visés.

 Le glissement vers l'introduction du secteur privé, rend le système plus sélectif et plus onéreux, sous prétexte d'économie. Le privé devient la référence.
  Les lois du marché s'imposent de plus en plus, là où le service à la personne concrète, avec ses maux propres, devrait s'imposer. Cela demanderait du temps, qui manque de plus en plus, comme le note Véronique Vasseur.
 On assiste à des situations parfois ubuesques, avec des injonctions contradictoires.
  Le premier malade, c'est l'hopital. Malade du marché.
Un grand corps malade de plus en plus en danger
   La fatigue parfois extrême des personnels, souvent démoralisés,  met les patients en danger. Le système ultra-complexe de la  tarification à l'activité entraîne des surcoûts que l'on prétend vouloir éviter.
        Le financement appelé "tarification à l’activité" (T2A), dont le but déclaré est de diminuer le coût des hôpitaux. Et l’objectif, inavoué, d’augmenter le financement des cliniques.La T2A est faite pour mesurer la quantité, pas la qualité ; les gestes techniques, pas l’acte intellectuel. Elle ne prend en compte ni la gravité, ni l’activité des services hautement spécialisés, ni la précarité, ni les problèmes psychologiques, ni l’éducation du patient… Elle se révèle complètement inadaptée aux services de médecine des hôpitaux publics.Conçue à l’évidence en faveur des cliniques, la mise en place de la  Tarification à l'activité, comme attendu, entraîne le déficit voire la faillite de 90% des hôpitaux publics.Ce déficit permet aujourd’hui de justifier l’abandon de certaines activités, la restructuration d’autres, voire la fermeture pure et simple de nombreux hôpitaux de proximité. Certains seront vendus au privé…Le patient qui se fait alors opérer en clinique est obligé de payer des dépassements d’honoraires devenus exorbitants. Il est commun de devoir payer des dépassements de l’ordre de 1 000 euros pour une cataracte ; pour une prothèse de hanche, 3 000 euros pour le chirurgien et 1 000 euros pour l’anesthésiste..."(C.Perron)
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vendredi 9 février 2018

Soigner l'hôpital

Question de priorité....Et d'humanité.
                                                On parle d' investir massivement dans la défense nationale, mais qu'en est-il de la justice en déshérence ou de la santé publique, qui n'a pas de prix, même si elle a un coût.
  Voudrions-nous suivre les pas de nos voisins anglais?
       Quelle priorité?
  Quel praticien se penchera sur le lit du malade, qui a besoin d'un traitement de fond, comme l'affirment mille médecins, certains depuis des années, comme le clame régulièrement le Pr Grimaldi, depuis qu'un remède inadapté lui a été administré par des gestionnaires à courte vue?
   La pression sur l’hôpital public est devenue intolérable, pour le personnel et forcément pour les patients. Le gouvernement rabote sur les sommes qu’il doit verser aux hôpitaux au titre des missions d’intérêt général, et il met toujours plus haut la barre des économies requises : 1,1 milliard d’euros en 2017, 1,6 milliard en 2018. Ces objectifs concourent à la dégradation des conditions de travail des personnels soignants, soumis à des cadences infernales et mal rémunérés. Résultat : l’hôpital public est fragilisé, à bout de souffle."
    Le client patient devra-t-il bientôt venir pour une hospitalisation avec ses compresses, comme en Grèce, ou avec ses gants de soins, comme cela s'est déjà produit chez nous.
   Le système est à bout de souffle, comme en psychiatrie, comme dans les Ehpad, comme on l'a vu récemment.
   Le rabot budgétaire dénature les système, hanté par la performance, dans l'esprit du new public management, emprunté au monde de l'entreprise, qui aboutit à un esprit d'autofinancement impossible et finalement ruineux par multiplication des actes.
   On dérive vers un management sans ménagement pour les valeurs humaines qui doivent être au coeur du système hospitalier. Un chirurgien qui enchaîne de plus en plus d'interventions sans temps de repos, l'infirmière qui court d'un service à l'autre sans pouvoir parler avec ses patients, une concertation de plus en plus rare au coeur du personnel ne peut que créer frustrations et pire. La négation même de la fonction de soignant.
     La réforme de l'hôpital public menée depuis trente ans s’inscrit dans la lignée du nouveau management public qui vise à faire de lui une entreprise comme les autres, au mépris de son histoire et des valeurs portées par ses agents....Depuis le début des années 1980, les réformes mises en œuvre ont contribué à la dégradation des conditions de travail des personnels (chronométrage, standardisation des tâches, etc.) et a suscité leur opposition. Mais, les pouvoirs publics sont restés sourds à leur colère, préférant maintenir le cap plutôt que de tenter de réformer autrement. La dernière loi dite HPST du 21 juillet 2009 en constitue un exemple éloquent. Cette logique gestionnaire n’a fait qu’accentuer le malaise hospitalier...; 
  Certes, nous ne pratiquons pas chez nous de la discrimination hospitalière à l'israëlienne 
   Mais on arrive à un point de rupture, que dénoncent maints personnels et même des chefs de service.
Les clignotants sont là depuis des années. 
   Ce n'est pas d'hier que l'hôpital fonctionne avec des bouts de ficelles.
       Le new public management est passé par là.
  Le management nouveau est arrivé. Une sorte de quantophrénie, qui fait oublier l'intérêt du "client" aux soins.
   Une gestion de plus en plus technocratique, comme dans une entreprise, où le malade n'est plus au centre du système.
   Une 
médecine de plus en plus standardisée, du fait notamment de l'hyper-informatisation des données et des objectifs économiques visés. L'ordinateur est partout, l' humanité se raréfie.

  Le glissement vers l'introduction du secteur privé, rend le système plus sélectif et plus onéreux, sous prétexte d'économie. Le privé devient la référence.
  Les lois du marché s'imposent de plus en plus, là où le service à la personne concrète, avec ses maux propres, devrait s'imposer. Cela demanderait du temps, qui manque de plus en plus, comme le note Véronique Vasseur.
 On assiste à des situations parfois ubuesques, avec des injonctions contradictoires. 
  Le premier malade, c'est l'hopital. Malade du marché.
Un grand corps malade de plus en plus en danger
   La fatigue parfois extrême des personnels, souvent démoralisés,  met les patients en danger. Le système ultra-complexe de la  tarification à l'activité entraîne des surcoûts que l'on prétend vouloir éviter. 
        Le financement appelé "tarification à l’activité" (T2A), dont le but déclaré est de diminuer le coût des hôpitaux. Et l’objectif, inavoué, d’augmenter le financement des cliniques.La T2A est faite pour mesurer la quantité, pas la qualité ; les gestes techniques, pas l’acte intellectuel.Elle ne prend en compte ni la gravité, ni l’activité des services hautement spécialisés, ni la précarité, ni les problèmes psychologiques, ni l’éducation du patient… Elle se révèle complètement inadaptée aux services de médecine des hôpitaux publics.Conçue à l’évidence en faveur des cliniques, la mise en place de la  Tarification à l'activité, comme attendu, entraîne le déficit voire la faillite de 90% des hôpitaux publics.Ce déficit permet aujourd’hui de justifier l’abandon de certaines activités, la restructuration d’autres, voire la fermeture pure et simple de nombreux hôpitaux de proximité. Certains seront vendus au privé…Le patient qui se fait alors opérer en clinique est obligé de payer des dépassements d’honoraires devenus exorbitants. Il est commun de devoir payer des dépassements de l’ordre de 1 000 euros pour une cataracte ; pour une prothèse de hanche, 3 000 euros pour le chirurgien et 1 000 euros pour l’anesthésiste..."(C.Perron)
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- La France ne dépense pas « beaucoup plus que les autres » pour sa santé, contrairement à ce que dit Agnès Buzyn: ...Ce n’est pas « beaucoup plus que tous les pays de l’OCDE », puisque quatre d’entre eux dépensent autant ou plus : la Suède (11 % du PIB également), l’Allemagne (11,3 %), la Suisse (12,4 %) et… les Etats-Unis qui, eux, sont hors de la tendance, avec 17,2 % de leur PIB....
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- Malaise à l’hôpital public : il y a urgence 
- Hôpitaux, Ehpad : le soin saccagé
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mercredi 21 décembre 2011

Hopital: bouts de ficelles

Alertez les malades!
________________L'hôpital public file un mauvais coton

__Tombé sur un article hier de Médiapart, qui n'a pas l'habitude de faire dans la fiction.
Tombé de haut...De quoi plonger dans la stupeur et la colère.

C'est d'abord l'incrédulité qui domine, tant la dégradation de la gestion, des conditions de vie, de travail dans l'hôpital public paraît kafkaïenne. On espère seulement qu' il y a de nombreuses exceptions au tableau décrit, que l'auteur n'évoque que quelques cas criants, mais les commentaires de professionnels et de patients qui s'expriment à la suite de l'article enlèvent toute illusion et ne rendent pas optimiste.
Depuis des années déjà
, des médecins hospitaliers expriment aussi leur inquiétude. Veut-on la mort de l'hopital public?
En tous cas, les dégradations s'accélèrent, mettant à bout un personnel souvent débordé et stressé, ne se sentant plus toujours capable d'accomplir correctement sa mission, au service du malade.

__Les hôpitaux fonctionnent de plus en plus avec des bouts de ficelles (à lire ici ou Là)
___________________Ce n'est pas le personnel, souvent trop réduit, dévoué et découragé, qui est en cause, mais la gestion technocratique, les restrictions budgétaires qui sont en train de dénaturer la vocation hospitalière et même d'entamer ses exigences minimales de soins, de suivi, d'hygiène même, et de placer les soignants dans des situations ingérables.
On savait que la dégradation s'installait, que la logique purement comptable qui prévaut produisait des situations insupportables, que la logique mercantile finissait par s'imposer (sans parler de l'état lamentabl
e du secteur psychiatrique), mais à ce point!...
L'hôpital public est bien malade, oui, mais de la rentabilité
, comme on s'en rend compte ici ou là.
________________
Comment créer un marché qui n’existe pas ?
________D’abord, en mettant en place un financement par un pseudo prix de marché administré (la tarification par pathologie dite à l’activité ou T2A (*), et surtout en imposant une convergence des tarifs (sorte de prix uniques), d’abord intra-sectorielle (entre tous les hôpitaux confondus), puis inter-sectorielle (public-privé), comme le réclame à corps et à cris la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) (lire «
Traitement de choc pour tuer l’hôpital public », Le Monde diplomatique, février 2008). Cette convergence intersectorielle avait été reportée à 2018 sous la pression du mouvement des personnels soignants médicaux et paramédicaux des hôpitaux publics en avril dernier.
Mais, cédant au lobbying des cliniques privées commerciales et revenant sur la parole donnée, Mme Roselyne Bachelot a décidé de la mettre en place progressivement, dès 2010.
« A titre expérimental », bien sûr. Ensuite, en supprimant, dans la loi « hôpital, patients, santé et territoires » (HPST) adoptée en juillet 2009, les trois secteurs — hôpitaux publics, hôpitaux privés à but non lucratif participant au service public PSPH, et cliniques privées commerciales ; ils sont rassemblés sous le joli nom d’« établissements de santé », ce qui permet ensuite à la ministre de prétendre constituer, sous la houlette des agences régionales de santé (ARS), « un grand service public unifié de santé ». Tout l’art de la communication est dans l’« unifié », qu’il faudrait traduire par « vente à la découpe des missions de service public »

________[(*)La Tarification à l'activité constitue un mode de financement qui vise à la mise en place d'un cadre unique de facturation et de paiement des activités hospitalières des établissements de santé publics et privés, quels que soient leur statut et leur spécialité, dans lequel l'allocation des ressources est fondée à la fois sur la nature et le volume de leurs activités. La logique de moyens qui prévalait jusque-là cède la place à une logique de résultats conforme à l'esprit de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF). La T2A est un élément central de la « Nouvelle gouvernance hospitalière » mise en place par les ordonnances de mai et septembre 2005, dans la mesure où ce sont désormais les recettes issues des activités hospitalières qui vont déterminer les dépenses et non l'inverse. -Wiki-]
___________
_-__L'Hôpital sous pression : enquête sur le « nouveau management public »
______________
_L'hôpital mis à mal par le management

-Hopital_en_reanimation
- Personnel débordé, patients négligés : à Poissy
- L'hôpital sud-francilien taille dans les budgets pour financer la privatisation
____________
Merci à Cabu

mardi 3 novembre 2009

Hopital: malade du marché

La politique des petits pas vers la privatisation (presque) complète










Un rêve pour les assureurs

Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf) : " C’est la privatisation pure et simple de l’hôpital public. La loi hôpital 2007 avait déjà conduit les hôpitaux dans une impasse, créant des dysfonctionnements majeurs. Dans ce nouveau schéma, on rentre complètement dans la course à la rentabilité, où le malade n’est plus qu’une donnée économique. C’est le faire part de décès définitif du service public hospitalier. "
-André Grimaldi. « Le but réel de la loi Bachelot, c'est de démanteler le service public » -
___________________

Hôpital : comment créer un marché qui n'existe pas:
" Le système de santé français hybride (financement public, distribution publique et privée) a longtemps montré sa supériorité sur le système anglais, pour l’essentiel étatique, et sur le système américain, majoritairement privé. Cependant, l’augmentation annuelle régulière du coût de la santé, atteignant 11 % du produit intérieur brut (PIB), contre 9 % en Angleterre et 16 % aux USA, impose une régulation. Le tout est de savoir laquelle.
De façon surprenante par ces temps de crise, c’est la régulation par le marché, à l’américaine, transférant une partie des coûts de la collectivité vers les ménages, qu’ont choisie nos dirigeants. En effet, pour les néolibéraux qui inspirent le gouvernement, seul le marché libre où chacun achète selon ses moyens permet d’assurer l’adéquation entre l’offre et la demande solvable, et seule la concurrence permet d’obtenir la qualité au moindre coût. Quant à la productivité des professionnels, elle ne peut être stimulée que par l’intéressement financier et la précarisation de l’emploi. Le « new management » industriel, associant recentrage de l’activité sur le « cœur de métier », rotation des tâches et mobilité des agents, permet la souplesse nécessaire à l’adaptation. Bref, le merveilleux modèle France Télécom ! Qu’importe que le marché ne puisse pas répondre au cahier des charges de la santé — utilité sociale, qualité élevée et moindre coût —, comme l’ont montré toutes les expériences historiques, pour la simple raison que l’usager n’est pas un consommateur éclairé qui a choisi d’être malade, mais une personne plus ou moins affaiblie, plus ou moins angoissée, dont les besoins sont potentiellement illimités, ce qui rend le marché totalement manipulable.
La seule question qui vaille est : comment appliquer ce projet mercantile au système de santé français ?

D’abord, en changeant le vocabulaire : ne dites plus médecins ou infirmières mais « producteurs de soins » ; ne parlez plus de patients ou d’usagers mais de « consommateurs » ou de « clients » ; ne dites plus « répondre aux besoins de la population » mais « gagner des parts de marché » ; ne parlez plus de dévouement ou pire de sacerdoce, mais de « gains de productivité » et de « travail à flux tendu » — d’aucuns ont fait le calcul qu’une consultation de patients sidéens n’est rentable que si elle ne dure pas plus de 12 minutes ; ne dites plus salaire ou indemnité mais « part variable à l’activité ». Vous verrez : au début on sourit, puis on s’y fait, et, en le répétant suffisamment, on finit par le penser.
Mais comment créer un marché qui n’existe pas ? D’abord, en mettant en place un financement par un pseudo prix de marché administré (la tarification par pathologie dite à l’activité ou T2A), et surtout en imposant une convergence des tarifs (sorte de prix uniques), d’abord intra-sectorielle (entre tous les hôpitaux confondus), puis inter-sectorielle (public-privé), comme le réclame à corps et à cris la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) (lire « Traitement de choc pour tuer l’hôpital public », Le Monde diplomatique, février 2008). Cette convergence intersectorielle avait été reportée à 2018 sous la pression du mouvement des personnels soignants médicaux et paramédicaux des hôpitaux publics en avril dernier. Mais, cédant au lobbying des cliniques privées commerciales et revenant sur la parole donnée, Mme Roselyne Bachelot a décidé de la mettre en place progressivement, dès 2010. « A titre expérimental », bien sûr.
Ensuite, en supprimant, dans la loi « hôpital, patients, santé et territoires » (HPST) adoptée en juillet 2009, les trois secteurs — hôpitaux publics, hôpitaux privés à but non lucratif participant au service public PSPH, et cliniques privées commerciales ; ils sont rassemblés sous le joli nom d’« établissements de santé », ce qui permet ensuite à la ministre de prétendre constituer, sous la houlette des agences régionales de santé (ARS), « un grand service public unifié de santé ». Tout l’art de la communication est dans l’« unifié », qu’il faudrait traduire par « vente à la découpe des missions de service public » : à Bourgoin-Jallieu (Isère), par exemple, ce « partenariat public-privé » s’est soldé par l’octroi en mai 2009 d’un nouveau scanner à la clinique privée malgré une activité bien supérieure de l’hôpital public.
Légitimement, le président du groupe privé Générale de Santé, M. Frédéric Rostand, se félicite que la loi HPST ait « ouvert plus largement les missions de service public aux établissements de santé privée, notamment la formation des internes et des chefs de clinique ». M. Jean Loup Durousset, président de la FHP, célèbre pour « les dysfonctionnements sévères » de sa maternité à l’enseigne « Bien naître » (rapport de la Direction régionale des affaires sanitaires, avril 2009), prétend que quatre cent cinquante cliniques privées sont prêtes à accueillir des internes. Le but de ces cliniques commerciales est tout simplement d’accueillir des internes en fin de cursus et d’assurer ainsi le recrutement de leurs futurs chirurgiens.
Résultats de cette politique : à l’Assistance publique de Paris (AP-HP), on parle de la suppression de 4 500 emplois, dont 500 emplois médicaux, d’ici 2012 ; le directeur des hôpitaux civils de Lyon, M. Paul Castel, a fait savoir que, pour retrouver l’équilibre financier, « il faudra vendre l’immobilier, diviser par quatre les investissements, rationaliser la logistique, spécialiser les dix-sept hôpitaux, ne remplacer que un départ sur quatre pour le personnel administratif, un sur deux pour le personnel médico-technique et trois sur quatre pour les soignants » (Le Figaro du 17 août 2009). Pendant ce temps, la Générale de Santé se félicite d’avoir investi 220 millions d’euros en 2008 et autant pour 2009, et d’avoir accueilli quatre cent cinquante praticiens dans les dix-huit derniers mois.
En réalité, nous sommes au milieu du gué. Les concepteurs du projet avancent pas à pas. Première étape en 2004. On nous a dit : le paiement à l’activité sera progressif et ne dépassera pas 50% du budget hospitalier — « T2A à moins de 50 % » —, délégation des pouvoirs de gestion aux médecins, augmentation de l’activité. Deuxième étape en 2008 : T2A à 100 %, cogestion entre les médecins et l’administration, amélioration de « l’efficience ». Troisième étape en 2009 : loi HPST, fin de la cogestion — vous êtes là pour obéir au directeur —, plafonnement des emplois et donc réduction de l’activité. Très vite, nous allons connaître la quatrième étape : changement de statut des médecins hospitaliers qui vont devenir contractuels (comme les directeurs d’hôpitaux). Puis la cinquième : changement de statut de l’hôpital public, qui deviendra un établissement privé à but non lucratif, et changement de statut pour les personnels nouvellement embauchés.
Parallèlement, « pour sauver la Sécu », il est prévu d’augmenter ce qui reste à la charge des patients (franchises, forfaits, augmentation des tarifs des mutuelles, etc …), puis de transférer la gestion du financement des affections longue durée (ALD) aux mutuelles et aux assurances privées, au nom de l’amélioration de la qualité des soins grâce à des « contrats qualité personnalisés » négociés entre les assureurs et les professionnels.
On peut imaginer une sixième étape, avec la fin du monopole de la Sécurité sociale, et une septième, avec l’abrogation de l’Objectif national de dépense de l’Assurance maladie (ONDAM), qui fixe à ce jour le montant du budget public national de la santé. Désormais les tarifs seront libres, fixés par la concurrence « non faussée » sur le marché, qui sera d’ailleurs un grand marché européen. Ainsi pourra naître un nouveau système de santé, véritable coproduction franco-américaine ayant gardé du système français la CMU et le financement des cas les plus graves par la collectivité, et ayant pris au système américain la gestion par les assureurs privés du marché rentable de la santé : un cauchemar pour les médecins et pour les malades, un rêve pour les assureurs et les « nouveaux manageurs ».(André Grimaldi.)

-
Hôpital entreprise contre hôpital public
-Non à la privatisation de l’Hôpital
________Coordination nationale de défense des hopitaux de proximité
-Hôpital : une réforme à haut risque
-Hôpital : la privatisation invisible :

"A l’hôpital, des réformes d’apparence technique occultent de véritables enjeux politiques. Ainsi, les modalités de mise en œuvre par le gouvernement actuel d’une réforme du mode de financement des établissements de santé déstabilisent fortement les hôpitaux publics tout en favorisant, dans l’ombre, les cliniques commerciales.

Au départ, l’esprit de cette réforme a pourtant fait l’objet d’un large consensus politique. L’idée de faire évoluer le financement des hôpitaux vers une allocation de moyens basée sur leur activité réelle répondait au souhait de l’ensemble de la communauté hospitalière qui estimait que le précédent système du « budget global » ne permettait pas une répartition des ressources équitable et adaptée aux besoins des établissements. Cette orientation a d’ailleurs été initiée par le Gouvernement de Lionel JOSPIN à travers l’expérimentation d’un financement alors qualifié de « tarification à la pathologie ».

C’est dans ce même esprit que la majorité actuelle, dans le cadre du plan « hôpital 2007 » a lancé la réforme de la « tarification à l’activité » qui prévoit pour les hôpitaux et pour les cliniques un financement calculé sur la base de tarifs fixés par grands groupes homogènes de séjours. Malheureusement, c’est dans la mise en œuvre technique de cette réforme que très discrètement mais très efficacement, le Gouvernement actuel a fait des choix qui contribuent à affaiblir l’hôpital public.

Ces décisions invisibles par le grand public, et non assumées politiquement découlent d’un présupposé idéologique simple : l’hôpital public étant lourd et coûteux il faudrait tout mettre en œuvre pour favoriser des cliniques privées jugées souples et performantes. Concrètement, cette orientation s’est traduite par deux mesures d’apparence technique : la « fongibilité des enveloppes public-privé », et la « convergence des tarifs publics-privés ».

La « fongibilité » signifie tout simplement qu’hôpitaux publics et cliniques commerciales sont désormais financés par une enveloppe unique au sein de laquelle les flux de crédits de l’assurance maladie entre ces deux secteurs ne sont donc plus visibles.

Quant à la « convergence » des tarifs publics-privés, elle part du postulat que toutes choses étant égales par ailleurs, il n’y a pas de raison de fixer un tarif différent pour un même groupe homogène de séjours, qu’il ait lieu dans un hôpital ou dans une clinique commerciale. Cette convergence vise par conséquent à rapprocher progressivement les tarifs des secteurs public et privé pour aboutir au bout de quelques années à un tarif unique.

Si ce dogme d’une saine comparaison entre hôpitaux et cliniques est déjà très discutable sur le fond (ces établissements n’ayant ni les mêmes contraintes ni les mêmes missions), les conditions de sa mise en œuvre par le Gouvernement actuel sont inacceptables à partir du moment où il a été décidé d’avancer à marche forcée sans que les éléments techniques indispensables à cette comparaison entre hôpitaux et cliniques n’aient été réunis : absence d’échelle comme des coûts, insuffisante précision de la classification des groupes homogènes de séjours, caractère incomplet des missions d’intérêt général identifiées pour l’hôpital …

Cette précipitation, et le manque de transparence dans les choix techniques de mise en application de la réforme ont contribué à mettre en grande difficulté les établissements hospitaliers. Par ailleurs, au prétexte d’une convergence public-privé purement idéologique, les décisions gouvernementales de baisse des tarifs des hôpitaux (- 7 % en cancérologie pourtant jugée prioritaire par le plan cancer !) et de réévaluation de ceux des cliniques commerciales contribuent mécaniquement, du fait de l’enveloppe unique, à des transferts d’activités du secteur public vers le secteur lucratif.

Alors que les hôpitaux publics voient progressivement leurs budgets passer dans le rouge, il est frappant de voir certains grands groupes de cliniques commerciales se réjouir dans leurs communications financières à destination des actionnaires de leurs excellents résultats liés en partie à la réforme de la tarification à l’activité.

Alors qu’en France 70 % de la chirurgie programmée est d’ores et déjà effectuée par les cliniques commerciales, nous ne pouvons nous résoudre à voir progressivement des pans entiers de l’activité hospitalière publique être transférés vers un secteur privé à but lucratif qui est déjà dans notre pays le plus important d’Europe !

La privatisation de l’hôpital n’est pas un fantasme d’ultra libéraux, elle est à l’œuvre depuis de nombreuses années, et se développe chaque jour davantage. Or, contrairement au présupposé idéologique qui conduit nos dirigeants actuel à favoriser le modèle commercial, rien ne permet d’affirmer sérieusement que les cliniques privées seraient naturellement moins chères que les hôpitaux publics.

Si l’on prend en compte tous les éléments qui pèsent sur l’activité hospitalière (accueil de tous, lourdeur des pathologies, permanence des soins…) et que l’on réintroduit tout ce qui n’apparaît pas dans les tarifs des cliniques (honoraires des médecins, choix de clientèle, choix des pathologies rentables …) on s’aperçoit au contraire que le service public est parfois moins coûteux pour l’assurance maladie que les établissements commerciaux.

Non seulement la privatisation de l’activité hospitalière publique est de nature à renforcer les inégalités d’accès aux soins, mais elle présente donc également un risque inflationniste non négligeable pour nos dépenses d’assurance maladie.

S’il n’est pas souhaitable pour autant de mettre fin à une tarification à l’activité dont les principes vont dans le sens d’une gestion plus efficace et plus équitable des établissements de santé, nous ne pouvons accepter pour autant qu’elle soit utilisée pour mettre en difficulté un système hospitalier dont nous avons toutes les raisons d’être fiers et qui est sans doute parmi les services publics les plus performants de notre pays. Il est donc urgent de stopper ce processus de convergence tarifaire entre hôpitaux et cliniques et de mettre fin au système de l’enveloppe unique public-privé. "



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La privatisation des hôpitaux publics allemands en question.
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- Hopital: vers une santé au rabais?


mercredi 6 mars 2013

Taylor à l'hôpital

 Changement de cap?
 ____________________Un récent rapport semble l'indiquer.
La situation actuelle ne satisfait personne et met à  mal le personnel soignant et les malades.
Le premier malade, c'est l'hôpital.
 Malade de l’administration.
Pour des raisons de rentabilité à courte vue et des exigences bureaucratiques de rationalité inadaptée aux soins, la stratégie du pire semble avoir été la règle depuis plusieurs années.
On le dit, on le sait.
Passant d'un excès à l'autre, les réformes Bachelot, par leur nouvelle gouvernance, ont mis en péril la fonction essentielle de l'hôpital.
Le coeur du dispositif, le système T2A, a abouti à des dérives, des gaspillages et  une standardisation maintenant critiquée, souvent ubuesque.
______Va-t-on assister enfin à un changement de logique, celle de l'hopital-entreprise, mise en place peu à peu?
Le diagnostic de la Commission nationale sera-t-il suivi d'effets?
 La révolution numérique  ne suffira pas à guérir l'hôpital de son mal, à l'heure où les compétences, la motivation, l’humanité s’en vont... 
___La question de fond, pour l'ensemble du système de santé reste toujours: solidarité ou business...

mercredi 15 avril 2020

Hopital: révolution en trompe l'oeil?

Grand corps malade.
                           On va le soigner, c'est décidé.
   Depuis des années soumises au régime sec , selon une logique purement comptable et libérale, les maisons de santé vont-elles retrouver la capacité de remplir leur mission, avec bon sens et efficacité, comme une priorité nationale?
    Le Chef d'Etat s'y est engagé, dans une nouvelle logique, qui apparaît apparemment comme un renversement de perspective par rapport à celle qui prévalait depuis quelques dizaines d'années, en terme d'économies imposées et de gestion selon les principes du new public management importé du monde anglo-saxon. Faire mieux avec moins de moyens. Une logique réductrice et déshumanisante, qui nous a conduit dans la situation que l'on connaît en cette période de crise pandémique, qui peut se renouveler.

   Depuis longtemps des voix s'élevaient au sein du corps hospitalier pour dénoncer en vain la dégradation pas seulement quantitative et budgétaire, mais aussi qualitative, la qualité des relations dans les équipes soignantes, si importantes pour l'efficacité des soins.Il y a urgence, pas seulement aux urgences
   La conversion du Président semble spectaculaire, comme celle de St Paul sur le chemin de Damas, touché par la grâce:
   « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, a-t-il dit, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, [pour] notre État-providence, n'est pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe […]. Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. » Puis, il a fait part de la même conviction, mercredi 25 mars, lors d’un déplacement à Mulhouse pour visiter l’hôpital militaire de campagne qui venait d’y être construit. Il a alors promis qu’« à l’issue de cette crise, un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital ». Avant d’ajouter : « Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort. » conversion du Président semble une spectaculaire conversion:
 « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, a-t-il dit, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, [pour] notre État-providence, n'est pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe […]. Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. » Puis, il a fait part de la même conviction, mercredi 25 mars, lors d’un déplacement à Mulhouse pour visiter l’hôpital militaire de campagne qui venait d’y être construit. Il a alors promis qu’« à l’issue de cette crise, un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital ». Avant d’ajouter : « Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort. »
      IL faudra lui rappeler ses propres propos le cas échéant.
  Ce n'était plus possible de fonctionner comme avant. La crise a agi comme un ultime et violent révélateur de ce qui se passait en silence avant.
   Malade du marché, l'hôpital doit retrouver sa vocation première, humaine.
                     Mais attention à la privatisation rampante, qui a déjà gagné bien des secteurs des établissement de soin, attention aux dérives anglo-saxonnes toujours présentes et à la marche à bas bruit vers des soins à plusieurs vitesses. Certaines forces économiques n'ont pas renoncé à s'introduire un peu plus dans ce marché juteux.
  La Caisse des dépôts, notamment, ne reste pas passive et attend son heure:
                  "Il est prématuré de croire dès à présent qu’Emmanuel Macron a changé. En tout cas, le plan que la Caisse des dépôts et consignations (CDC) est en train d’élaborer à sa demande pour l’hôpital public, et dont Mediapart est en mesure de révéler la première ébauche, va totalement à rebours de ses déclarations. Ce document expose une série de propositions qui s’inscrivent toutes dans la philosophie néolibérale qu’Emmanuel Macron a toujours défendue par le passé. Privatisation rampante au travers de sulfureux partenariats public-privé (PPP), marchandisation accélérée de la santé : voilà un plan qui tourne le dos aux valeurs de l’État-providence.  Si l’on en croit les critiques que nous avons recueillies auprès de plusieurs experts de l’économie de la santé ou de l’hôpital, ce plan pourrait même attiser de violentes polémiques dans le pays, tant il contredit la posture prise par le chef de l’État depuis le début de la pandémie.    L’origine de ce plan est connue. En déplacement à Mulhouse, mercredi 25 mars, pour visiter l’hôpital militaire de campagne qui venait d’y être construit, le chef de l’État a fait des promesses fortes, mais sans en révéler les modalités, ni les montants, ni le calendrier. Il a juste assuré qu’« à l’issue de cette crise, un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital ». Sans emporter la conviction, il a encore dit : « Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort. » C’est dans ce cadre présidentiel que s’inscrivent les travaux préparatoires de la CDC.
  Ce plan est élaboré par la direction de l’investissement de la Banque des territoires, laquelle est chapeautée par la CDC. Selon nos informations, ce travail de réflexion a été engagé sur une commande de l’Élysée, sans que nous ayons pu savoir si la présidence de la République a sollicité d’autres services de l’État ou d’autres organismes. La note, qui est encore une mouture provisoire, a été écrite par deux hauts fonctionnaires de la CDC, Adelphe de Taxis du Poët et Pierre Menet.
   Tous les experts que nous avons interrogés – professeur de médecine, économistes, sociologue – portent sur cette note un regard similaire. S’ils relèvent ici ou là quelques avancées, ils constatent qu’elle ne tire aucun enseignement de la crise sanitaire historique que nous traversons et cherche à poursuivre et même à accélérer les processus de privatisation rampante et de marchandisation de la santé, qui étaient déjà à l’œuvre les années précédentes..."
 assez frappant de relever que du début à la fin, la note ne cesse de mentionner le secteur privé, pour une cascade de raisons, comme s’il était un acteur majeur pour l’hôpital, dont le statut public est ainsi quasiment dissous. Cette référence au privé apparaît évidemment dans les fameux partenariats public-privé ; pour le développement de la « santé numérique », il est aussi fait mention du rôle de 700 start-up qui sont aussi… privées. Dans une note en bas de page, il est aussi fait l’éloge de nombreux assureurs privés qui soutiennent l’« Alliance digitale pour le Covid-19 », laquelle est « composée de Docaposte, la start-up lilloise Kelindi, l’agence Dernier cri, Allianz France et le cabinet d’avocats De Gaulle Fleurance & associés ». Et la note ajoute : « Le consortium est soutenu par AG2R La Mondiale, AstraZeneca, CompuGroup Medical, Johnson & Johnson, La Banque postale assurances, Malakoff Humanis, la plateforme de téléconsultation MesDocteurs et le groupe VYV. »
       Bref, d’une ligne à l’autre, c’est une ode de chaque instant au privé....
  Chargé de recherche au CNRS, rattaché au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3), le sociologue Pierre-André Juven fait ce constat très sévère : « Le seul affichage du secteur marchand comme solution à la crise est potentiellement périlleux pour les responsables politiques qui cherchent toujours à éviter l’accusation de privatisation de l’hôpital public. L’intrusion encore plus grande du privé (car déjà existante) s’articule donc à celle – moins crispante pour beaucoup d’acteurs – de l’innovation et notamment de l’innovation numérique. » On trouvera sous l’onglet Prolonger associé à cet article la version intégrale de la note que nous a adressée le sociologue. Elle peut aussi être consultée ici......Et Pierre-André Juven ajoute : « Ce document est le révélateur très net des orientations actuelles en matière de réformes de la santé : nécessité de faire plus de place au privé ; croyance forte dans l’innovation numérique comme solution au double enjeu de la qualité des soins et de la contrainte financière ; responsabilisation et individualisation face au risque. Les quatre points généraux du document ne sont qu’un coup de tampon aux stratégies édictées depuis plusieurs années. Loin de remettre en cause les orientations délétères des réformes conduites depuis plus de vingt ans, ils conduisent à accélérer la casse de l’hôpital public. Ce document n’est pas seulement la marque d’une volonté d’étendre l’emprise du privé au sein de l’hôpital public, il traduit la conception technophile, néolibérale et paternaliste qu’une grande partie des acteurs administratifs et des responsables politiques ont de la santé..... »
          Il va falloir veiller à cette stratégie, tout en continuant à s'interroger sur cette troublante conversion...

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