Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête ou va l'europe. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête ou va l'europe. Trier par date Afficher tous les articles

mercredi 3 juillet 2013

Vers une Europe XXL?

 La machine à élargir a fait place au 28ème membre.
____________________________________________A quand le 29ème?..et les autres.
Jusqu'où ira cette fuite en avant?
____A l'heure où l'Europe traverse des vents défavorables, à la recherche de son identité, au bord du délitement, on agrandit la voilure, alors qu'on a perdu le cap, sans plan de navigation, moteur en panne, sans capitaine crédible.
Elargir a-t-il encore un sens, quand l'approfondissement fait défaut, quand le surplace devient la règle? Les élections allemandes ne règleront rien.
Les illusions d'une Europe sans limites géographiques claires sont tenaces.
___Est-ce vraiment une bonne nouvelle pour la Croatie?
Certains Croates ne sont pas enthousiastes, c'est un euphémisme.
Le pays risque de déchanter, si on la mène à marche forcée selon le catéchisme bruxellois, vers l'ordre néolibéral en vigueur.
__ "...La Serbie espère ouvrir des négociations d'adhésion en janvier ou encore le Kosovo obtenir un accord de stabilisation et d'association, première étape vers l'adhésion. La Macédoine, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro sont aussi dans les starting-blocks, comme l'Albanie. Au-delà, l'Islande a entamé des négociations pour son adhésion et la Géorgie, l'Ukraine ou encore l'Arménie rêvent un jour de faire partie de l'Union. Sans parler de la Turquie. Or pour l'Union européenne, ces élargissements risquent de devenir de véritables pièges. A 27, l'Europe est déjà largement ingouvernable. Toute décision, comme en témoignent celle sur le budget de l'Europe ou celle sur le mandat du commissaire européen pour négocier - enfin - un accord de libre échange avec les Etats-Unis, donne lieu à de longues palabres, des querelles sans fin entre Etats membres. L'Union européenne n'a toujours pas non plus été capable d'adopter une position commune face à la guerre civile en Syrie. Comment, à plus de 30, demain, parviendra-t-elle à faire entendre une seule voix face à l'Amérique, à la Chine, à la Russie, voire à l'Inde ? Certes, en termes comptables, l'intégration de tous les pays de l'ex-fédération de Yougoslavie ne coûtera au budget européen qu'à peine 10 milliards d'euros. Mais il reste encore d'immenses écarts de niveau de vie entre ces pays et le reste de l'Union. Pour beaucoup de nouveaux membres et de candidats, l'adhésion à l'Union européenne est perçue avant tout comme une prolongation de leur engagement vers l'Alliance atlantique, et non pas comme la reconnaissance d'une véritable identité européenne. On s'achemine donc de plus en plus vers une Europe à géométrie variable, avec des pays censés être intégrés comme les 17 dans l'euro - cette intégration étant elle-même source de très grandes difficultés -, les 22 de l'espace Schengen - espace au fonctionnement imparfait lui aussi - et les autres. L'Union européenne doit se décider, enfin, à fixer ses frontières et à redéfinir sa raison d'être. Même si aujourd'hui, avec l'arrivée de la Croatie, elle peut se vanter d'atteindre à nouveau l'objectif de ses pères fondateurs : « faire régner la paix en Europe ».
__________Ce processus arrange tout à fait les partisans d'une Europe simple zône de libre échange, telle que le Royaume-Uni a réussi à l'imposer, rendant maintenant impossible la création d'une future entité politique cohérente et indépendante ou  même une éventuelle et problématique structure fédéraliste:
The Economist avance que l'élargissement a été une des réalisations les plus réussies de l'UE et qu'il faut continuer à intégrer de nouveaux pays...la puissance des USA a besoin d'un grand marché européen mais certainement pas d'une puissance européenne concurrente...
_Les négociations pour un grand marché transatlantique  sont la dernière manifestation de cette volonté d'hégémonie économique, dictée par les multinationales. On peut aller jusqu'à dire que l'entrée de la Croatie va permettre de rendre l'Union européenne encore plus ingérable. Et donc à Washington de mieux diriger l'ensemble.
Objectif bientôt atteint...
Il s’agit d’un argumentaire anglo-saxon classique qui privilégie l’Europe espace, voire l’Europe marché à l’Europe puissance. Etant entendu que la puissance des Etats-Unis a besoin d’un grand marché européen mais certainement pas d’une puissance européenne concurrente.
Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/croatie-integre-ue-vrai-bilan-elargissement-pierre-verluise-773078.html#vxbktzIXmIbjiD5I.99
L'entrée de la Croatie va permettre de rendre l'Union européenne encore plus ingérable. Et donc à Washington de mieux diriger l'ensemble.
_____________________________________________________

dans son édition du 29 juin 2013 que l’élargissement a été une des politiques les plus réussies de l’UE… et qu’il faut continuer à intégrer de nouveaux pays[1]. Il s’agit d’un argumentaire anglo-saxon classique qui privilégie l’Europe espace, voire l’Europe marché à l’Europe puissance. Etant entendu que la puissance des Etats-Unis a besoin d’un grand marché européen mais certainement pas d’une puissance européenne concurrente.
Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/croatie-integre-ue-vrai-bilan-elargissement-pierre-verluise-773078.html#uvgFuFik7dstLC4g.99
dans son édition du 29 juin 2013 que l’élargissement a été une des politiques les plus réussies de l’UE… et qu’il faut continuer à intégrer de nouveaux pays[1]. Il s’agit d’un argumentaire anglo-saxon classique qui privilégie l’Europe espace, voire l’Europe marché à l’Europe puissance. Etant entendu que la puissance des Etats-Unis a besoin d’un grand marché européen mais certainement pas d’une puissance européenne concurrente.
Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/croatie-integre-ue-vrai-bilan-elargissement-pierre-verluise-773078.html#uvgFuFik7dstLC4g.99


The Economist avance dans son édition du 29 juin 2013 que l’élargissement a été une des politiques les plus réussies de l’UE… et qu’il faut continuer à intégrer de nouveaux pays[1]. Il s’agit d’un argumentaire anglo-saxon classique qui privilégie l’Europe espace, voire l’Europe marché à l’Europe puissance. Etant entendu que la puissance des Etats-Unis a besoin d’un grand marché européen mais certainement pas d’une puissance européenne concurrente.
Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/croatie-integre-ue-vrai-bilan-elargissement-pierre-verluise-773078.html#RqCbGRE3kiwx7u0e.99
The Economist avance dans son édition du 29 juin 2013 que l’élargissement a été une des politiques les plus réussies de l’UE… et qu’il faut continuer à intégrer de nouveaux pays[1]. Il s’agit d’un argumentaire anglo-saxon classique qui privilégie l’Europe espace, voire l’Europe marché à l’Europe puissance. Etant entendu que la puissance des Etats-Unis a besoin d’un grand marché européen mais certainement pas d’une puissance européenne concurrente.
Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/croatie-integre-ue-vrai-bilan-elargissement-pierre-verluise-773078.html#RqCbGRE3kiwx7u0e.99

mardi 1 mai 2018

(Nouvelle) question allemande

Y a comme un défaut...
                     L'Europe patchwork post-maastrichtienne favorise la montée de l'hégémonie allemande, nain politique mais puissance économique dont l'ascension semble irrésistible. Du moins pour l'instant.
    Une hégémonie de fait dans un contexte politique compliqué, qui pourrait commencer à fragiliser un consensus imposé jusqu'ici.
        Wolfgang Streeck est un économiste allemand qui prend des distances par rapport à la ligne politique de son pays, surtout depuis Schröder, et des failles d'une Europe en panne de projets,  estimant que dans le contexte actuel, nous nous trouvons devant une impasse, devant un équilibre, non pas des forces, mais des faiblesses. Suite aux élections, l’Allemagne n’est plus en mesure de répondre aux attentes de ses partenaires en termes de « réformes », c’est-à-dire en termes de concessions matérielles : l’AfD et le FDP feront tout au Bundestag pour dénoncer ouvertement et avec fracas toute initiative qui irait au-delà du traité de Maastricht ou de ce que permet la Constitution allemande. En Italie, depuis la fin de Renzi, il n'est plus envisageable que le pays poursuive les réformes néo-libérales exigées d’elle jusqu’à maintenant.  Cela impliquerait que l’Italie puisse attendre de l’Allemagne un soutien économique en retour, qui ne soit pas que symbolique.
    En France, en l’absence de larges compromis de la part de l’Allemagne - que celle-ci ne peut concéder - Macron risque quant à lui d’être le troisième président consécutif à devoir tirer sa révérence après n’avoir effectué qu’un mandat. Du coup, son plus grand atout réside dans la peur qu’ont les autres, en particulier l’Allemagne, de ce qui pourrait advenir par la suite.
   Bref, tout cela laisse présager une continuation du marasme des dernières années, dans un contexte de mécontentement toujours croissant des citoyens, de déliquescence progressive des institutions européennes et d’accroissement des déséquilibres économiques entre membres.
 ...En effet, l’Allemagne est, aux côtés de quelques petits pays du Nord, la grande bénéficiaire de l’euro. 
           Jean-Michel Quatrepoint parle, lui, d' "empire" allemand, qui impose les règles de l'ordolibéralisme, qui bénéficie d'une monnaie qui l'avantage, qui s'appuie économiquement sur un Hinterland et une importante main d'oeuvre sous-payée lui permettant de bénéficier de très importants surplus du commerce extérieur.
  La question se pose toujours, lancinante et sans solution envisageable dans l'état actuel de confusions et de polémiques avec les nationalismes montant ici et là: allons-nous vers une Europe allemande ou une Allemagne européenne ? En l'absence do coopération de fait,  
Berlin a besoin de ses voisins et n'a pas intérêt à les voir faiblir, en dépit de la rigidité merkelienne.
          Malgré les prétentions de Macron de rééquilibrer les choses, de faire bouger l'Europe, il se retrouve bien seul, même si on l'écoute poliment. Angela est plus à l'écoute des voix qui viennent de l'Est et de l'Empire de Milieu, de Pékin, qui contribue largement à faire tourner sa machine industrielle.
      ________  « L'Europe allemande est maintenant sur le point de prévaloir sur l'aspiration d'une Allemagne européenne. » disait Romano Prodi, ex-président de la Commission de Bruxelles.
                                  Périodiquement, depuis 1870, se pose la question géopolitique au sujet de la place de l'Allemagne au sein de l'Europe.
   L' Histoire récente de l' Allemagne, aux frontières mal définies pendant longtemps, est jalonnée de ruptures, de mutations.
      On assiste aujourd'hui, après la réunification, à la faveur d'une montée en puissance du pays, de son leadership industriel, de ses capacités exportatrices, de la force de sa monnaie favorisant un mercantilisme sans complexe, à un retour de la  question allemande, diversement interprétée selon les pays, les époques, les courants politiques. Elle fait aujourd'hui aussi question dans une frange du monde politique allemand lui-même. Une certaine élite vise carrément une  au coeur d'une Europe sans pouvoir. Dans ses propres mots, il veut que l’Allemagne, comme la «puissance au centre», devienne le «chef exigeant» de l’Europe et constitue sa «puissance hégémonique» afin de défendre ses intérêts géopolitiques et économiques.
   Une question complexe et évolutive.
              Beaucoup, surtout après la gestion désastreuse de la crise grecque, se posent la question: que veut l’Allemagne ?
     Dans le Financial Times de Londres, Wolfgang Münchau a accusé les créanciers de la Grèce d’avoir « détruit la zone euro que nous connaissons et démoli l’idée d’une union monétaire comme étape vers une union politique démocratique. » Il a ajouté, « par là, ils sont revenus aux luttes nationalistes des puissances européennes du 19e et du début du 20e siècle...
   Schäuble et ses partisans dans la politique et les médias se battent donc pour une Europe dominée et disciplinée par l’Allemagne et qui sert de tremplin à la politique de grande puissance mondiale de Berlin. Schäuble avait déjà développé cette idée en 1994 dans le soi-disant ‘document Schäuble-Lamers’, sous le titre de « Noyau européen. » À cette époque, il proposait de réduire l’UE à un noyau dur lié à l’Allemagne, autour duquel les autres pays de l’UE seraient vaguement regroupés.
   Herfried Münkler favorise également cet objectif. Dans son livre récent « La puissance du milieu » il exige que l’Allemagne assume le rôle de « maître de corvée » de l’Europe un terme qui coïncide avec l’orientation de Schäuble et jouit d’une popularité croissante dans les médias et les milieux politiques.
   Münkler a plaidé dans de nombreuses interviews tout récemment en faveur d’un « noyau européen » autour duquel se grouperaient un deuxième et un troisième cercle qui auraient « moins de droits, mais aussi moins d’obligations. »   
       La question allemande est de retour plus ou moins explicitement au coeur des débats allemands, européens ou extra-européens.
         Hans Kundnani est chargé de recherche au German Marschall Fund, think tank américain destiné à favoriser les relations transatlantiques. Spécialiste de la politique étrangère allemande, il est l'auteur de The Paradox of German Power (2014). Dans ce livre inédit en France, il retrace l'histoire allemande sous le prisme de son rapport à la puissance et à l'hégémonie. Selon lui, la « question allemande », qui surgit en 1871 avec l'unification du pays, est bien de retour. Cette fois, il ne s'agit plus de domination militaire ou politique mais de leadership économique. Mais, prévient-il, les dégâts pour l'Europe pourraient être considérables...
... D’une certaine façon, la réunification de 1990 a relancé la question allemande, mais de façon géo-économique, et non plus géopolitique ou militaire. À nouveau, l’Allemagne se retrouve dans cette situation intermédiaire. Il y a d’un côté une sorte de coalition allemande, avec des pays qui défendent les règles et les positions de l’eurozone. C’est le cas de la Slovaquie, complètement intégrée au système productif allemand, ou des pays baltes qui ont fait d’énormes efforts pour intégrer la monnaie unique et la zone euro. En face, il y a des pays avec des intérêts économiques différents. L’énorme surplus du commerce extérieur en Allemagne provoque des déséquilibres très importants sur les pays de la « périphérie ». La taille de l’économie allemande crée une grande instabilité en Europe, comme à l’époque sa domination militaire. Dans cette lutte, la France se retrouve au milieu..."
   L’historien allemand Ludwig Dehio a parlé pour cette période d’une Allemagne en situation de « semi-hégémonie »...
   Le célèbre sociologue allemand Ulrich Beck, récemment décédé, parle de l’Allemagne comme d’un « empire accidentel ». « Il n’y a pas de plan stratégique, pas d’intention d’occuper l’Europe, pas de base militaire. La discussion sur un Quatrième Reich est donc déplacée. Mais cet empire a une base économique »...Il n’est pas le seul à l’avoir utilisée. George Soros ou Martin Wolf du Financial Times ont eux aussi parlé d’un empire. Mais c’est un terme à la fois très chargé et flou... 
    Si l'on continue dans la direction prise en Europe ces cinq dernières années, le risque est grand d’aller vers une Europe très différente du projet des Pères fondateurs. Comme le souligne le penseur allemand Wolfgang Streeck [lire ici un entretien d’Antoine Perraud sur Mediapart], nous risquons d’aller vers une Europe plus brutale, technocratique, autoritaire, où la politique économique est de plus en plus isolée du contrôle démocratique. D'ailleurs, même si l'on parvenait à une union politique, rien ne dit qu’on pourrait changer les fondamentaux de la politique économique. Quand Wolfgang Schäuble parle d’un pas supplémentaire dans l’intégration, il parle en réalité d’une Europe qui suivrait les règles allemandes...
   Au départ, l’Union européenne n’est pas un projet néolibéral. Pour la droite britannique, dont une partie veut quitter l’euro, c’est même encore un projet de gauche ! Mais de fait, avec le marché commun, le compromis Delors-Thatcher, et plus récemment la crise des dettes souveraines en Europe, il y a eu une sorte de « néolibéralisation » de l’Europe. Et plus exactement, une « ordolibéralisation » de l’Europe. Or quand on y regarde de près, l’ordolibéralisme est une forme plus extrême du néolibéralisme. Ce que l’Europe impose à la Grèce, avec la non-possibilité de dévaluer sa monnaie et le refus de réduire la dette, va au-delà des préconisations du FMI... 
      L’Europe de Jean Monnet, décidée en juin 1965 à Washingtonentre les responsables du département d’ Etat américain et Robert Marjolin, le représentant de la CEE, est morte. 
"La création de l’euro devait « rester secrète jusqu’à ce que ce soit irréversible. " 
____________On est loin des fluctuations de De Gaulle 
      L'euro, qui fut d'abord une monnaie allemande, doublement bénéficiaire, est devenu l'instrument de sa domination.
  Une domination cependant fragile, au modèle souvent contesté, non généralisable, où s'exerce le  primat de la règle.
     Mais en Allemagne, quelques grandes voix se sont exprimées pour critiquer l'accord grec et l'austérité, comme celle de l'ancien chancelier social-démocrate Helmut Schmidt ou du philosophe Jürgen Habermas, horrifié que son pays ait « dilapidé en l’espace d’une nuit tout le capital politique qu’une Allemagne meilleure avait accumulé depuis un demi-siècle ». « Le gouvernement allemand a revendiqué pour la première fois une Europe sous hégémonie allemande – en tout cas, c’est la façon dont cela a été perçu dans le reste de l’Europe, et cette perception définit la réalité qui compte. » S'il était encore en vie, le prix Nobel de littérature Günter Grass, décédé il y a quelques mois, aurait peut-être rédigé une suite à Europas Schande (La Honte de l'Europe), poème qu'il publia en 2012 pour rappeler à l'Europe qu'elle « clou[ait] au pilori » son « berceau... 
______
-L'euroscepticisme gagne dans l'opinion allemande 
-Défaire ou refaire l'Europe?
______________________________________

mercredi 26 août 2015

(Nouvelle) question allemande

Que veut (que peut) l'Allemagne
                                       « L'Europe allemande est maintenant sur le point de prévaloir sur l'aspiration d'une Allemagne européenne. » [Romano Prodi, ex-président de la Commission de Bruxelles]__
                                  Périodiquement, depuis 1870, se pose la question géopolitique au sujet de la place de l'Allemagne au sein de l'Europe.
 L' Histoire récente de l' Allemagne, aux frontières mal définies pendant longtemps, est jalonnée de ruptures, de mutations.
      On assiste aujourd'hui, après la réunification, à la faveur d'une montée en puissance du pays, de son leadership industriel, de ses capacités exportatrices, de la force de sa monnaie favorisant un mercantilisme sans complexe, à un retour de la  question allemande, diversement interprétée selon les pays, les époques, les courants politiques. Elle fait aujourd'hui aussi question dans une frange du monde politique allemand lui-même. Une certaine élite vise carrément une hégémonie allemande au coeur d'une Europe sans pouvoir. Dans ses propres mots, il veut que l’Allemagne, comme la «puissance au centre», devienne le «chef exigeant» de l’Europe et constitue sa «puissance hégémonique» afin de défendre ses intérêts géopolitiques et économiques.
   Une question complexe et évolutive.
              Beaucoup, surtout après la gestion désastreuse de la crise grecque, se posent la question: que veut l’Allemagne ?
     Dans le Financial Times de Londres, Wolfgang Münchau a accusé les créanciers de la Grèce d’avoir « détruit la zone euro que nous connaissons et démoli l’idée d’une union monétaire comme étape vers une union politique démocratique. » Il a ajouté, « par là, ils sont revenus aux luttes nationalistes des puissances européennes du 19e et du début du 20e siècle...
   Schäuble et ses partisans dans la politique et les médias se battent donc pour une Europe dominée et disciplinée par l’Allemagne et qui sert de tremplin à la politique de grande puissance mondiale de Berlin. Schäuble avait déjà développé cette idée en 1994 dans le soi-disant ‘document Schäuble-Lamers’, sous le titre de « Noyau européen. » À cette époque, il proposait de réduire l’UE à un noyau dur lié à l’Allemagne, autour duquel les autres pays de l’UE seraient vaguement regroupés.
   Herfried Münkler favorise également cet objectif. Dans son livre récent « La puissance du milieu » il exige que l’Allemagne assume le rôle de « maître de corvée » de l’Europe un terme qui coïncide avec l’orientation de Schäuble et jouit d’une popularité croissante dans les médias et les milieux politiques.
   Münkler a plaidé dans de nombreuses interviews tout récemment en faveur d’un « noyau européen » autour duquel se grouperaient un deuxième et un troisième cercle qui auraient « moins de droits, mais aussi moins d’obligations. »   
       La question allemande est de retour plus ou moins explicitement au coeur des débats allemands, européens ou extra-européens.
         Hans Kundnani est chargé de recherche au German Marschall Fund, think tank américain destiné à favoriser les relations transatlantiques. Spécialiste de la politique étrangère allemande, il est l'auteur de The Paradox of German Power (2014). Dans ce livre inédit en France, il retrace l'histoire allemande sous le prisme de son rapport à la puissance et à l'hégémonie. Selon lui, la « question allemande », qui surgit en 1871 avec l'unification du pays, est bien de retour. Cette fois, il ne s'agit plus de domination militaire ou politique mais de leadership économique. Mais, prévient-il, les dégâts pour l'Europe pourraient être considérables...
... D’une certaine façon, la réunification de 1990 a relancé la question allemande, mais de façon géo-économique, et non plus géopolitique ou militaire. À nouveau, l’Allemagne se retrouve dans cette situation intermédiaire. Il y a d’un côté une sorte de coalition allemande, avec des pays qui défendent les règles et les positions de l’eurozone. C’est le cas de la Slovaquie, complètement intégrée au système productif allemand, ou des pays baltes qui ont fait d’énormes efforts pour intégrer la monnaie unique et la zone euro. En face, il y a des pays avec des intérêts économiques différents. L’énorme surplus du commerce extérieur en Allemagne provoque des déséquilibres très importants sur les pays de la « périphérie ». La taille de l’économie allemande crée une grande instabilité en Europe, comme à l’époque sa domination militaire. Dans cette lutte, la France se retrouve au milieu..."
   L’historien allemand Ludwig Dehio a parlé pour cette période d’une Allemagne en situation de « semi-hégémonie »...
   Le célèbre sociologue allemand Ulrich Beck, récemment décédé, parle de l’Allemagne comme d’un « empire accidentel ». « Il n’y a pas de plan stratégique, pas d’intention d’occuper l’Europe, pas de base militaire. La discussion sur un Quatrième Reich est donc déplacée. Mais cet empire a une base économique »...Il n’est pas le seul à l’avoir utilisée. George Soros ou Martin Wolf du Financial Times ont eux aussi parlé d’un empire. Mais c’est un terme à la fois très chargé et flou...
    Si l'on continue dans la direction prise en Europe ces cinq dernières années, le risque est grand d’aller vers une Europe très différente du projet des Pères fondateurs. Comme le souligne le penseur allemand Wolfgang Streeck [lire ici un entretien d’Antoine Perraud sur Mediapart], nous risquons d’aller vers une Europe plus brutale, technocratique, autoritaire, où la politique économique est de plus en plus isolée du contrôle démocratique. D'ailleurs, même si l'on parvenait à une union politique, rien ne dit qu’on pourrait changer les fondamentaux de la politique économique. Quand Wolfgang Schäuble parle d’un pas supplémentaire dans l’intégration, il parle en réalité d’une Europe qui suivrait les règles allemandes...
   Au départ, l’Union européenne n’est pas un projet néolibéral. Pour la droite britannique, dont une partie veut quitter l’euro, c’est même encore un projet de gauche ! Mais de fait, avec le marché commun, le compromis Delors-Thatcher, et plus récemment la crise des dettes souveraines en Europe, il y a eu une sorte de « néolibéralisation » de l’Europe. Et plus exactement, une « ordolibéralisation » de l’Europe. Or quand on y regarde de près, l’ordolibéralisme est une forme plus extrême du néolibéralisme. Ce que l’Europe impose à la Grèce, avec la non-possibilité de dévaluer sa monnaie et le refus de réduire la dette, va au-delà des préconisations du FMI... 
      L’Europe de Jean Monnet, décidée en juin 1965 à Washington, entre les responsables du département d’ Etat américain et Robert Marjolin, le représentant de la CEE, est morte.
"La création de l’euro devait « rester secrète jusqu’à ce que ce soit irréversible. "
____________On est loin des fluctuations de De Gaulle 
      L'euro, qui fut d'abord une monnaie allemande, doublement bénéficiaire, est devenu l'instrument de sa domination.
  Une domination cependant fragile, au modèle souvent contesté, non généralisable, où s'exerce le  primat de la règle.
     Mais en Allemagne, quelques grandes voix se sont exprimées pour critiquer l'accord grec et l'austérité, comme celle de l'ancien chancelier social-démocrate Helmut Schmidt ou du philosophe Jürgen Habermas, horrifié que son pays ait « dilapidé en l’espace d’une nuit tout le capital politique qu’une Allemagne meilleure avait accumulé depuis un demi-siècle ». « Le gouvernement allemand a revendiqué pour la première fois une Europe sous hégémonie allemande – en tout cas, c’est la façon dont cela a été perçu dans le reste de l’Europe, et cette perception définit la réalité qui compte. » S'il était encore en vie, le prix Nobel de littérature Günter Grass, décédé il y a quelques mois, aurait peut-être rédigé une suite à Europas Schande (La Honte de l'Europe), poème qu'il publia en 2012 pour rappeler à l'Europe qu'elle « clou[ait] au pilori » son « berceau... 
______
-L'euroscepticisme gagne dans l'opinion allemande 
-Défaire ou refaire l'Europe?

_____
- Relayé par Agoravox


mardi 13 septembre 2016

Sauver le projet européen?

 Pavane pour une Europe (déjà) défunte.
                                                          On ne sait pas où on va, mais on y va...
  ...Vers l'impasse.
                    Sans capitaine, sans boussole, sans changement de cap, il faut s'attendre à ce que le beau projet initial, malgré ses racines impures, sans réactions vigoureuses et rapides, sans tournant majeur, se perdent dans l'océan des bonnes intentions et des marais bureaucratiques... Si de nouvelles cartes ne sont pas établies, sur d'autres bases que la ligne ultralibérale en cours, que beaucoup voient comme une impasse, pas seulement démocratique.
       Et si l'idée d'une Europe fédérale, unie politiquement, n'était qu'un échec programmé ou un horizon pour un futur encore impensable, une autre époque? Il faut renégocier des formes nouvelles de partenariat sur des bases économiques repensées, avec une monnaie sans doute commune, mais plus unique, sur fond de solidarité réelle, non plus fictive.
   Sinon, la chute sera d'autant plus brutale que l'échéance d'une refondation nécessaire n'aura pas été anticipée, préparée, négociée.
    On n'a pas la choix: l' Europe doit changer ou disparaître.
  Surtout à l'heure où les extrêmes et les replis nationaux, voire nationalistes, se manifestent
             Certains annoncent la fin de l'UE telle qu'elle est comme une éventualité assurée.
  Une autre fiscalité pourrait-elle nous sortit du bourbier? C'est nécessaire, mais pas suffisant.
    De tous le problèmes qui agitent les esprits actuellement, celui du destin de l'UE est au premier plan, sans doute pour un bon moment, tant que des initiatives majeures ne sont pas prises pour sortir de l'impasse.
   Une obligation vitale? Il ne suffit pas de le dire... 
      C'est d'une révolution citoyenne dont nous avons besoin, qui passe par des mesures coercitives à l'égard des puissants intérêts pour qui l'espace européen est un fructueux terrain de jeu vassalisé.
    Sans tomber dans de nouvelles utopies.
 Il ne sera pas simple de surmonter les divisions, mais quelle autre perspective si l'on ne souhaite pas, dans les pires conditions, la fin de Europe?
__Un tournant désastreux.
____
"....Selon un certain nombre d'économistes qui n'ont pas une courte vue, la situation exige un tournant, qui sera difficile:
                  ...Un tournant profond dans la stratégie européenne, pour protéger la capacité des pays européens à choisir leur modèle économique et social : lutter contre le dumping social, rétablir les barrières nécessaires pour éviter les transferts de profits dans les pays à bas taux d’imposition de sorte que les profits réalisés dans un pays y soient bien taxés, limiter l’accès aux marchés bancaires et financiers européens aux institutions qui respectent les normes européennes (qui devraient être durcies), aller jusqu’au bout du combat pour imposer à toutes les institutions financières l’obligation de déclaration des avoirs des non-résidents au fisc de leur pays.
     Mais deux questions de fond restent ouvertes. Quelles sont les souverainetés nationales qui doivent être respectées et quelles sont celles que les peuples doivent volontairement abandonner, par exemple en matière de lutte contre le changement climatique, de normes écologiques ou sanitaires, d’harmonisation fiscale et sociale ? 
  Comment décider des normes du commerce international ? L’évolution en cours (des traités bilatéraux signés sous la pression des lobbys sans consulter les peuples) est dangereuse. Comment mettre en place un multilatéralisme ouvert, soucieux de normes sanitaires, sociales et écologiques ?
        L’Union européenne, et tout particulièrement la zone euro, se porte mal. Les déséquilibres entre pays membres se sont accrus avant la crise de 2008. Après celle-ci, la zone euro n’a pas été capable de mettre en place une stratégie coordonnée permettant le retour vers un niveau satisfaisant d’emploi et la résorption des déséquilibres entre États membres. Les performances économiques sont médiocres pour de nombreux pays de la zone euro et catastrophiques pour les pays du Sud. La stratégie mise en œuvre depuis 1999, renforcée depuis 2010  « discipline budgétaire/réformes structurelles » a un bilan catastrophique sur les plans économique et social ; elle dépossède les peuples de tout pouvoir démocratique. C’est encore plus vrai pour les pays qui ont « bénéficié » de l’assistance de la Troïka (Grèce, Portugal, Irlande) ou de la BCE (Italie, Espagne) – une mise sous tutelle mortifère en réalité. En 2015, le plan Juncker destiné à relancer l’investissement, a marqué un certain tournant, mais celui-ci demeure timide et mal assumé : il ne s’accompagne pas d’une réflexion sur la stratégie macroéconomique et structurelle. Par ailleurs l’Europe n’est pas un pays. Il existe entre les membres de l’UE des divergences importantes d’intérêts, de situation, de dynamisme démographique, d’institutions, d’idéologies qui rendent tout progrès difficile. Comment faire converger vers une Europe sociale ou une Europe fiscale des pays dont les peuples sont attachés à des systèmes structurellement différents ? Cela d’autant plus qu’aujourd’hui, compte tenu des rapports de force, la convergence, sous l’égide d’une Commission et d’un Conseil tels qu’ils sont actuellement, se ferait vers le bas. L’Europe aurait besoin d’une stratégie économique et sociale forte, mais celle-ci ne peut pas être aujourd’hui décidée collectivement en Europe tant qu’un rapport de force satisfaisant n’aura pas été établi.
       Ce marasme a deux causes fondamentales. La première concerne l’ensemble des pays développés. La mondialisation creuse un fossé  profond entre ceux qui y gagnent et ceux qui y perdent. Les inégalités de revenus et de statuts s’accroissent. La part des emplois  précaires et mal payés augmente. Les classes populaires sont les victimes directes de la stratégie des entreprises d’aller produire dans des pays à bas salaires (que ce soient les pays asiatiques ou les pays d’Europe centrale et orientale) ou d’utiliser des travailleurs détachés à bas coût. On leur demande d’accepter des baisses de salaires, de prestations sociales, de droits du travail. Dans cette situation, les élites et les classes dirigeantes peuvent être ouvertes, mondialistes et pro-européennes tandis que le peuple est protectionniste et nationaliste. C’est le même phénomène qui explique la poussée du Front National de l’AFD, de l’UKIP, et aussi aux États-Unis de Donald Trump chez les Républicains.
            L’Europe est actuellement gérée par un fédéralisme libéral et technocratique, qui veut imposer aux peuples des politiques ou des réformes que ceux-ci refusent, pour des raisons, parfois discutables, parfois contradictoires, mais souvent légitimes. L’Europe, telle qu’elle est actuellement, affaiblit les solidarités et cohésions nationales, ne permet pas aux pays de choisir des stratégies spécifiques, que rend nécessaires la disparité des situations des États membres.  Dans une telle situation, le retour à la souveraineté nationale est une tentation logique.
Ainsi, tout vote populaire est un vote contre l’Union européenne. En même temps, la déstabilisation des classes populaires sous l’effet de la désindustrialisation, de la précarisation, fait qu’une alternative conduite par les forces progressistes a du mal à apparaître en Europe.
Le départ du Royaume-Uni, farouche partisan du libéralisme économique, hostile à toute augmentation du budget européen, à tout accroissement des pouvoirs des institutions européennes, et à l’Europe sociale, pourrait modifier la donne dans les débats européens, mais certains pays d’Europe centrale et orientale, les Pays-Bas et l’Allemagne, ont toujours eu la même position que le Royaume-Uni. Certes, le départ de Jonathan Hill du poste de Commissaire à la régulation financière est une bonne nouvelle. Mais les classes dirigeantes, les milieux d’affaires, les institutions financières se sont toujours opposés à tout progrès de la régulation économique (que l’on pense par exemple aux débats sur la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires ou sur la taxation des transactions financières).  Le Brexit ne suffira pas, à lui seul, sans modification du rapport de force, à provoquer un tournant dans les politiques européennes.  Mais le débat est ouvert, comment faire évoluer l’Europe ? Le débat se pose sur deux plans, le cadre institutionnel et les politiques menées. 
           En la matière, les choses sont relativement claires. Deux stratégies sont possibles.
La première serait de poursuivre et accentuer la politique actuelle. Cela consiste à imposer aux peuples des politiques d’austérité budgétaire, de baisse des dépenses publiques et sociales, de baisse aussi des impôts sur les plus riches et les entreprises ; et en parallèle à mettre en œuvre des politiques de réformes structurelles, c’est-à-dire de libéralisation des marchés des biens et des services, des marchés financiers, des marchés du travail. Les dettes publiques ne seront pas garanties de sorte que les marchés financiers se verront confier la tâche de contrôler les politiques budgétaires. Les pays seront censés lutter pour améliorer leur compétitivité en faisant pression sur les salaires et les dépenses sociales. Cette stratégie accepte et encourage la croissance des inégalités sociales, les plus riches bénéficient de la mondialisation, les plus pauvres en souffrent ; d’autre part, elle induit un déficit permanent de demande qu’il faut compenser par des taux d’intérêt nuls, la hausse de l’endettement et les bulles financières, ce qui crée un risque permanent d’instabilité ; enfin, elle néglige la contrainte écologique.
La seconde consisterait en une rupture franche vers une autre politique tournée vers le plein emploi et la réduction concertée des déséquilibres entre pays. La BCE doit garantir les dettes publiques de tous les pays membres et maintenir durablement les taux d’intérêt en dessous du taux de croissance pour réduire le poids de l’endettement public. Elle doit s’inscrire dans une politique visant à obliger les banques à se détourner des activités spéculatives (en particulier par la taxation des transactions financières) pour financer les activités productives (en particulier la ré-industrialisation et la transition écologique). _______Une nouvelle stratégie de croissance doit s’appuyer sur la distribution de salaires et de revenus sociaux, sur  l’harmonisation vers le haut des systèmes sociaux nationaux, sur la relance des investissements publics, comme sur une  politique industrielle active, organisant et finançant le tournant vers une économie durable. La lutte contre les inégalités de revenus et de statuts, le tournant écologique, obligent à une remise en cause des pouvoirs au sein des entreprises qui ne doivent plus être gérées dans l’intérêt des actionnaires, mais dans l’intérêt collectif. La restauration des finances publiques passe aussi par la fin de la concurrence fiscale, par la lutte contre les paradis fiscaux et contre l’évasion et l’optimisation fiscales. La démocratisation des institutions nationales et européennes doit redonner des pouvoirs aux peuples au détriment des technocraties  nationales  et européennes.
           La question est donc politique. Comment créer les rapports de force en Europe et dans chaque pays pour engager la rupture nécessaire ? Début 2016, le Royaume-Uni a mis en question les politiques européennes sur des points qu’il jugeait cruciaux pour lui et avait obtenu, en grande partie, gain de cause. Sa fermeté avait payé. Pourquoi la France (et l’Italie) n’ont-elles pas eu une attitude similaire en 2012, par exemple, quand l’Union européenne imposait la signature du Traité budgétaire et la poursuite de la politique d’austérité ?  Certes, on peut accuser une telle attitude de fragiliser l’Europe, mais l‘Europe serait encore plus fragilisée par la poursuite des politiques actuelles. Aussi, la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, les forces syndicales doivent refuser clairement la stratégie « austérité budgétaire/réformes structurelles » et doivent paralyser l’Europe tant que la rupture nécessaire n’aura pas été accomplie. Il faut ouvrir une nouvelle crise en Europe.
         Le départ du Royaume-Uni, l’éloignement de fait de certains pays d’Europe centrale  (Pologne, Hongrie), les réticences du Danemark et de la Suède pourraient pousser à passer explicitement à une Union à deux vitesses. Beaucoup d’intellectuels et de personnalités politiques, nationaux ou européens, pensent que la présente crise pourrait en être l’occasion. L’Europe serait explicitement partagée en trois cercles. Le premier regrouperait les pays de la zone euro qui, tous, accepteraient de nouveaux transferts de souveraineté et bâtiraient une union budgétaire, fiscale, sociale et politique poussée. Un deuxième regrouperait les pays européens qui ne souhaiteraient pas participer à cette union. Enfin, le dernier cercle regrouperait les pays liés à l’Europe par un accord de libre-échange (Norvège, Islande, Liechtenstein, Suisse aujourd’hui, d’autres pays et le Royaume-Uni demain).
      Ce projet pose cependant de nombreux problèmes. Les institutions européennes devraient être dédoublées entre des institutions zone euro fonctionnant sur le mode fédéral et des institutions de l’UE continuant à fonctionner sur le mode Union des États membres. Beaucoup de pays actuellement en dehors de la zone euro sont hostiles à cette évolution qui, selon eux, les marginaliserait en membres de seconde zone. Elle compliquerait encore le fonctionnement de l’Europe s’il y a un Parlement européen et un Parlement de la zone euro, des commissaires zone euro, des transferts financiers zone euro et des transferts UE, etc. De nombreuses questions devraient être tranchées deux ou trois fois (une fois au niveau de la zone euro, une fois au niveau de l’UE, une fois au niveau de la zone de libre-échange).
Selon la question, le pays membre pourrait choisir son cercle, on irait vite vers une union à la carte. Cela est difficilement compatible avec une démocratisation de l’Europe puisqu’il faudrait vite un Parlement par question.
       Les membres du troisième cercle seraient eux dans une situation encore plus difficile, obligés de se plier à des réglementations sur lesquelles ils n’auraient aucun pouvoir.
Surtout, il n’y a pas d’accord des peuples européens, même au sein de la zone euro, pour aller vers une Europe fédérale, avec toutes les convergences que cela supposerait. Dans la période récente, les cinq présidents et la Commission ont proposé de nouveaux pas vers le fédéralisme européen : création d’un Comité budgétaire européen, création de Conseils indépendants de compétitivité, conditionnement de l’octroi des fonds structurels au respect de la discipline budgétaire et à la réalisation des réformes structurelles, création d’un Trésor européen et d’un ministre des finances de la zone euro, évolution vers une Union financière, unification partielle des systèmes d’assurance chômage. Cette évolution renforcerait le pouvoir d’organismes technocratiques au détriment des gouvernements démocratiquement élus. Il serait inacceptable qu’elle soit mise en œuvre, comme c’est déjà le cas en partie, sans que les peuples soient consultés.
       Certains proposent une union politique où les décisions seraient prises démocratiquement par un gouvernement et un parlement de la zone euro. Mais peut-on imaginer un pouvoir fédéral, même démocratique, capable de prendre en compte les spécificités nationales dans une Europe composée de pays hétérogènes ? Peut-on imaginer les décisions concernant le système de retraite français prises par un Parlement européen ? Ou un ministre des finances de la zone imposant des baisses de dépenses sociales aux pays membres (comme la Troïka le fait pour la Grèce) ? Ou des normes automatiques de déficit public ? Selon nous, compte tenu des disparités actuelles en Europe, les politiques économiques doivent être coordonnées entre pays et non décidées par une autorité centrale.
       Dans les pays les plus avancés, la France en particulier, l’objectif des classes dirigeantes est clair : utiliser l’argument de la convergence pour affaiblir le rôle redistributif de la fiscalité (supprimer l’ISF, diminuer la taxation des revenus du capital), pour réduire les dépenses publiques et sociales, pour affaiblir de droit du travail.
        Il faut combattre la stratégie actuelle de la technocratie européenne et des forces libérales : utiliser la crise actuelle pour progresser sans rupture franche vers « une union toujours plus étroite ». L’UE doit vivre avec une contradiction : les souverainetés nationales auxquelles les peuples sont attachés doivent être respectées tant que faire se peut ; l’UE doit mettre en œuvre une stratégie macroéconomique et sociale, forte et cohérente. L’UE n’a pas de sens en elle-même, elle n’en a que si elle met en œuvre un projet, afin de défendre un modèle spécifique de société, le modèle social européen, le faire évoluer pour intégrer la transition écologique mais aussi pour donner plus de pouvoir aux salariés, éradiquer le chômage de masse, résoudre les déséquilibres européens de façon concertée et solidaire. Mais il n’y a pas d’accord en Europe sur la stratégie à mener pour atteindre ces objectifs. L’UE, incapable de sortir globalement les pays membres de la récession, de mettre en œuvre une stratégie cohérente face à la mondialisation, est devenue impopulaire. Ce n’est qu’après un changement réussi de politiques, qu’elle pourra retrouver l’appui des peuples et que des progrès institutionnels pourront être mis en œuvre.
__________________________________

vendredi 26 septembre 2014

Bons élèves européens

  Qui est premier de la classe?               
                                                Il arrive fréquemment que, par contraste avec la situation économique française jugée critique, certains déclinistes, revendiquant le titre d'éminents économistes, officiant sur les ondes ou ailleurs, nous indiquent doctement et régulièrement quels pays voisins méritent d'être pris comme exemples pour leurs efforts, leurs réformes et leurs performances.
______L'Espagne, qui, bien que revenant de loin, serait, nous dit-on, sur la voie du redressement.       
L’Allemagne tient le continent européen
   Mme Merkel aurait félicité récemment Mr Rajoy. Il faut dire que, peu avant, elle a fait de même avec la Grèce, dont on connaît l'état, mais qui aurait la vertu de savoir se vendre.
  Non, l'Espagne n'est pas sur la voie du redressement, même si certains secteurs, dopés par la baisse des salaires et un tourisme exceptionnel semblent reprendre vie. Le chômage y reste massif et toute une jeunesse bien formée s'exile toujours. Globalement, l'Espagne ne va pas mieux.
  Ne parlons pas du Portugal qui sombre, que le tourisme ne sortira pas de sa détresse.
_________ L'Italie, elle, rechute.   Sous la houlette de son nouveau et dynamique leader, elle ne va guère mieux.
"...Le vrai problème financier est lié à l’encours de la dette, accumulé à la suite d’une longue série de déficits. Il est frappant d’ailleurs de constater qu’au cours de la récente période d’austérité, le ratio de la dette sur PIB a augmenté. Il est aujourd’hui de plus de 130 % du PIB.
Si l’économie stagne et que les prix chutent, alors le PIB nominal va diminuer lui aussi et mécaniquement, cela va provoquer une très nette dégradation du ratio de dette/PIB même si le budget est en équilibre (c’est d’ailleurs exactement ce phénomène qui explique que l’endettement de la Grèce continue à augmenter alors que ce pays a bénéficié de plusieurs énormes plans d’aide).
L’Italie est très proche de la situation que les économistes appellent « le piège de la dette », c’est-à-dire lorsque le ratio de la dette augmente de façon exponentielle.
La seule issue possible est soit par l’inflation, soit par le défaut..."
_____La Suède, n'est plus ce qu'elle était. Souvent présentée comme un modèle par notre Président, elle est à bout de souffle, connaissant d'importants problèmes, suite à des privatisations menées tambour battant.
  Les inégalités y sont croissantes.
Elève impuissant
_____L'Allemagne (LA référence permanente!) ne va pas si bien que cela et se trouve dans une situation de profonde fragilité, soignant d'abord sa Chine.    J.Fisher l'a dit lui-même. Pas si vertueuse que cela...
  Un modèle que fait problème, commençant d'ailleurs à se remettre en question. A ne pas suivre, comme dit Christian Chavagneux et d'autres, du moins sur tout.
    En Allemagne un enfant sur 5, donc 20% des enfants, vit dans la pauvreté !
        Est-ce vraiment un modèle à suivre ?
La dite réussite économique allemande n’a-telle-pas été construite en faisant des « économies » dans l’éducation, l'investissement public, comme dans la réduction des prestation sociales ... Le modèle Hartz IV est loin de faire l’unanimité. Ce modèle Hartz IV reste un modèle répressif qui fait le bonheur du « MEDEF » allemand: faire travailler des gens pour 1 Euro / heure !
       L’Allemagne, serait-elle même l’homme malade de l’Europe? malgré sa suprématie économique de fait, nécessitant une sortie négociée du carcan de l'euro ("Aujourd’hui, l’Allemagne refuse toute inflexion dans le sens d’une politique européenne de l’investissement et de la relance de la demande globale dont elle devrait prendre une part substantielle à sa charge. Or, si nous suivions le chemin voulu par l’Allemagne, si nous l’accompagnions dans sa fuite en avant ordo-libérale, le seul résultat en serait l’entrée combinée en récession et en déflation de l’Europe, nonobstant les efforts tentés par Mario Draghi, le seul dirigeant européen à sembler avoir un minimum de lucidité dans les temps présents...)
     Comme le dit Bernard Maris  « ...Sortir de l’euro permettrait de retarder la conquête de notre marché du travail par la Chine.
Existe-t-il un autre modèle que le modèle Valls – Fillon – Juppé – Sarkozy ? Oui, il y en a un, et un seul. C’est le modèle macroéconomique fondé sur une sortie totale ou partielle de la zone euro. Autrement dit, et je pèse mes mots, si on ne sort pas partiellement ou totalement de la zone euro, la seule politique macroéconomique possible est celle de Valls-et-les-autres.
– Si l’on garde l’euro, le seul moyen de ne pas crever face à la politique menée par l’Allemagne est de mener une politique de contre-offensive en vendant nos produits faits par nos petites mains, travaillant plus dur et plus longtemps pour des salaires plus faibles. A cette seule condition, on peut espérer tenir sur le radeau. Combien de temps ? Un demi-siècle environ. Après, toute la technologie sera passée aux Indiens et aux Chinois, qui deviendront nos employeurs.
– Une sortie totale ou partielle de la zone euro permettrait à l’économie française de se redresser plus rapidement, avec un coût inférieur en termes de pouvoir d’achat et de souffrance sociale. On gagnerait 25 ans environ par rapport au plan Juppé-Valls. Une génération de gagnée. Une cohésion sociale plus forte, pour envisager l’avenir (les conditions de travail offertes par nos futurs employeurs, les Chinois et les Indiens ; les conditions de rivalité de nos anciens amis – les Espagnols, les Allemands, etc, à qui nous aurions damé le pion).
Je ne vais pas exposer à nouveau les conditions d’une sortie intelligente et raisonnée de l’euro, négociée avec nos partenaires de la zone.
On aura beau dire que, français ou étranger, un patron est d’abord un patron, et que son capital comme son âme, par définition, sont mondialistes ou apatrides ou internationaux, un gouvernement français dominé par des patrons étrangers serait totalement soumis, muselé, sans aucun pouvoir.
Un gouvernement français dominé par des patrons français aurait plus d’autonomie parce qu’il pourrait négocier ses prébendes, fiefs, affermages contre quelques avantages sociaux relevant du modèle dit « français ». Or, pour pouvoir négocier ces fiefs, affermages (ainsi les concessions des autoroutes honteusement refilées par Villepin), il faut au moins être propriétaire du bien public fondamental qu’est l’argent.
Donc il faut sortir partiellement ou totalement de l’euro. Pourquoi l’euro ? Pour l’Europe fédérale. Qui veut de l’Europe fédérale ? Hollande et Bayrou. C’est peu. L’Allemagne ne veut pas d’Europe fédérale, ni l’Espagne, ni l’Italie, ni personne. Peut-être la Belgique et le Luxembourg, mais certainement pas le Royaume-Uni, la Pologne ou l’Irlande. Ou l’Italie. Ciao l’euro, et vraiment pas de regret ! (Charlie Hebdo, mercredi 24 septembre 2014, page 6)
________________Arrêtons donc de chercher des modèles à l'extérieur. Il est urgent de repenser et de rebâtir une Europe qui ne soit pas celle qui rende possible de tels contre-modèles.
_____________