Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 9 janvier 2009

Au courant ?

-"Marcel Boiteux, président d’honneur d’EDF, s’exprimait récemment sur le processus de privatisation de l’entreprise qu’il dirigeait autrefois : "Il ne s’agit plus d’ouvrir la concurrence pour faire baisser les prix, mais d’élever les prix pour permettre la concurrence." (Revue Futuribles de juin 2007)_
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" Toute addition supplémentaire de MW risquait d'entraîner le prix à la baisse. Désireux de garder toute leur force financière et de récompenser leurs actionnaires, les électriciens se sont donc bien gardés d'engager des projets qui n'auraient fait que dégrader leurs comptes.
La raréfaction de l'offre a été organisée..."
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-Electricité: l'Europe a pris le risque de la pénurie | Mediapart:

" Pierre Gadonneix en a finalement fait l'aveu. «Nous pourrions avoir une pénurie d'électricité locale ou nationale, si la consommation dépassait les capacités d'acheminement de notre réseau de lignes à haute tension», a reconnu le président d'EDF dans le Parisien de ce jeudi. Il avait déjà fait le constat à plusieurs reprises en petit comité, dernièrement encore lors de son audition en décembre devant les députés.
Le froid sibérien qui sévit en ce moment en France l'oblige à le reconnaître publiquement. Chaque jour, la consommation électrique, très liée au chauffage électrique – la baisse d'un degré se traduit par une consommation supplémentaire de 2100 mégawatts – bat de nouveaux records. La dernière pointe a été de 92.500 mégawatts mercredi soir à 19 heures. La capacité installée de production d'EDF est de 98.000 mégawatts. Mais tous les sites ne sont pas opérationnels. Le réseau est sous haute tension et EDF est obligée d'importer massivement de l'électricité au coût le plus élevé – près de 100 euros le mégawatt aux heures de pointe ces derniers jours – pour faire face à la demande. Le groupe désormais n'exclut plus de connaître des ruptures locales ou régionales, faute de pouvoir répondre à la demande.
Quel aveu d'échec pour cette entreprise publique qui avait fait de la sécurité d'approvisionnement à bas prix la pierre angulaire de sa stratégie! Pour sa défense, EDF peut invoquer l'exemple de ses concurrents allemands, italiens ou britanniques. Tous en sont à peu près au même point, à la merci de la moindre défaillance du réseau. Le black-out fait désormais partie du monde électrique européen.
Tout cela était prévisible, à en croire de nombreux experts. A plusieurs reprises, nombre d'entre eux ont mis en garde la Commission européenne sur les risques d'une ouverture non maîtrisée, au nom d'une politique dogmatique des marchés de l'énergie. Insistant sur les particularités des marchés électriques – extrêmement techniques et volatils – , ils soulignaient que la concurrence risquait de se faire au détriment de la sécurité, sans apporter le moindre bénéfice économique. Bruxelles a décidé d'ignorer tous les avertissements. Au fil des années, alors que les preuves des avantages de l'ouverture tardaient à se manifester, elle a augmenté ses exigences. Son but? Casser les monopoles régionaux ou nationaux pour créer un marché unique européen de l'électricité.
Se sentant menacés, les grands électriciens ont tous réagi de la même manière: ils se sont lancés dans une course à la taille et aux parts de marché. Sortant de leurs frontières, les uns et les autres ont commencé à rafler les électriciens les plus petits, les plus fragiles, à accumuler les actifs. Assis sur des bilans colossaux, ils se sont livrés à une folle surenchère sur les centrales existantes, éliminant au passage les concurrents les plus faibles en érigeant des barrières capitalistiques infranchissables.
Même s'il existe quelques petites compagnies travaillant sur des marchés de niche, notamment dans l'éolien, aucun nouvel entrant n'a réussi à se faire une place. La crise financière est en train de finir de nettoyer le marché. Une société comme Theolia, spécialisée dans l'éolien, est au bord de l'agonie. Poweo, lui, cherche désespérément des capitaux: l'électricien qui a déjà renoncé à son projet de centrale à Gandrange, est en train d'oublier sa centrale à charbon au Havre. Il ne sait même pas s'il pourra mener à bien son projet de centrale au gaz à Toul, annoncée pourtant en grande pompe en 2004. Déjà, les grands tournent autour pour savoir s'il faut ou non le racheter.
Au terme de presque dix ans d'ouverture du marché électrique européen, les structures nationales ont été remises en cause au profit d'un oligopole dominé par EDF, E.On, RWE, Suez-Electrabel, Enel, Endesa, Iberdrola. Les uns et les autres ont d'abord fait des incursions chez les voisins, mais de façon limitée. Ils préfèrent désormais s'organiser et s'échanger des actifs au gré des rachats et des rectifications de frontières, avec la bénédiction de la direction de la concurrence européenne qui semble voir dans ces échanges le meilleur remède pour construire un marché unique.
Pendant ce temps, aucun ou presque n'a construit de nouvelles capacités, ou alors à la marge: quelques champs d'éoliennes ici ou là. Il n'y en avait pas besoin, à les entendre: lors du début de l'ouverture du marché électrique en 1996, l'Europe était en surcapacité. Toute addition supplémentaire de MW risquait d'entraîner le prix à la baisse. Désireux de garder toute leur force financière et de récompenser leurs actionnaires, les électriciens se sont donc bien gardés d'engager des projets qui n'auraient fait que dégrader leurs comptes.
La raréfaction de l'offre a été organisée. En surcapacité à ses débuts, l'Europe électrique est devenue équilibrée puis déficitaire. Les électriciens semblent eux-mêmes avoir été dépassés par cette évolution. Tablant sur une croissance molle entre 1 et 2% par an, ils pensaient que la hausse de la consommation épouserait ce mouvement. Mais c'était oublier la révolution technologique: ordinateurs, serveurs, écrans ont envahi en quelques années tout l'espace professionnel et domestique. Et ce sont des grands consommateurs d'électricité.
Aujourd'hui l'offre suffit à peine à répondre à la demande. Ces tensions se reflètent dans les prix.i L'ouverture du marché de l'énergie, qui était censée créer une concurrence, a abouti en fait à un prix unique unique. L'équilibre s'est instauré sur la base du prix européen le plus élevé: celui des centrales allemandes brûlant du lignite. En quelques années, les prix moyens du mégawatt pour les industriels en France sont passés de 17 à près de 50 euros aujourd'hui: 20% plus cher qu'en Allemagne. Alors que la rente nucléaire était supposée assurer un coût bas et apporter un surcroît de compétitivité sur le territoire français.
Un premier bilan de ces dix ans d'ouverture de l'énergie a été dressé. Selon les calculs de la Commission européenne elle-même, l'Europe devra investir 1.000 milliards d'euros d'ici à 2030 pour être en mesure de faire face à sa demande énergétique. Il faut construire des dizaines de centrales, mais aussi rénover les réseaux de transport et de distribution. Séparés de leur ancienne maison, ceux-ci souffrent désormais d'un sous-investissement massif, chaque groupe voulant payer le moins possible pour les infrastructures communes. Et les interconnexions entre les différents pays, destinées à assurer la sécurité de l'ensemble, n'ont guère progressé. Les électriciens accusent les associations écologistes et de riverains de bloquer la réalisation rapide de ces travaux, citant en exemple notamment la ligne haute tension entre la France et l'Espagne. Mais ils n'évoquent guère leur propre insouciance en ce domaine.
Dans son entretien au Parisien, Pierre Gadonneix a commencé à présenter la note aux Français de cette politique: c'est le risque de black-out plus les augmentations. Car les prix de l'électricité vont augmenter. Bien que l'entreprise publique exploite un parc de réacteurs nucléaires largement amorti – le prix d'exploitation du mégawatt à la sortie de la centrale est de 8 euros, le plus bas d'Europe! –, il lui faut maintenant rattraper les années d'économie sur la production et les réseaux, sans parler de ses coûteuses acquisitions à l'étranger. Elle estime qu'elle a besoin d'une hausse d'au moins 2% très rapidement. Et ce n'est qu'un début."
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