Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 24 novembre 2009

Juifs déchirés

Désarroi profond



Un certain nombre de Juifs français, fidèles à leurs origines, leurs traditions..ne sont pas ou plus en accord avec la politique israëlienne du moment et rejoignent les critiques d'Israëliens hostiles à la politique menée notamment depuis Sharon et au processus de colonisation, comme Burg,WARSCHAWSKI ,Grossman,La Paix Maintenant, un certain nombre de journalistes(Haaretz) comme Gideon Levy et d'intellectuels
Coincés entre leur judéité et la réalité d'une politique prétendant agir au nom de leurs valeurs essentielles, ils s'estiment trahis , dénoncent les dérives d'un nationalisme qui ne dit pas son nom et prennent leurs distances, comme cette organisation
Esther Benbassa est de ceux-là
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Esther Benbassa : «On ne peut plus être juif aujourd'hui comme avant Gaza» | Mediapart
"«Comment être juif après l'offensive israélienne contre Gaza ? Mais peut-on cesser d'être juif ?» Directrice d'études à l'École pratique des hautes études, Esther Benbassa est aussi l'auteur, parmi de nombreux ouvrages, d'Etre juif après Gaza, paru au début de l'automne. Moins d'un an après l'offensive israélienne qui fit 1400 victimes palestiniennes, dont au moins 700 civiles, l'intellectuelle franco-israélienne s'interroge : quel est le rôle d'un Juif de la diaspora aujourd'hui? Le fait d'être juif ne convie-t-il pas à une certaine «éthique», au regard de l'histoire et de la souffrance passée? Israël est-il condamné à s'enfermer dans un autisme caractéristique des «nationalismes qui ont mal tourné»? «Juif, nous dit Esther Benbassa, en tout état de cause, probablement le reste-t-on, si du moins être juif relève d'abord d'une posture fondatrice, celle du regard constant porté sur soi et sur autrui pour établir invariablement la balance entre soi et le monde. À ce Juif-là, Gaza, de toute évidence, lance plus d'un défi.» Entretien._____Esther Benbassa, pourquoi poser la question des Juifs après Gaza, et non pas simplement des Israéliens, alors même que, selon vous, de plus en plus de Juifs de France et des États-Unis se détournent d'Israël __Ce n'est pas en tant qu'Israélienne que j'ai fait ce livre, même si je possède la nationalité. C'est en tant que Juive. Et aujourd'hui, pour beaucoup de Juifs, le judaïsme en Occident n'est pas envisageable sans identification à Israël. C'est devenu un marqueur identitaire. Et c'est un vrai problème. Aujourd'hui, ce judaïsme ne se définit que par Israël et l'histoire de la Shoah qu'il partage.Or, sans la diaspora, Israël n'existe pas non plus. Le soutien, politique et financier de la diaspora, est très important pour Israël, ce qui est amusant si on se souvient qu'au début de son histoire, le sionisme a en quelque sorte malmené le Juif de la diaspora, qui n'avait pas choisi «la voie du salut», celle de l'émigration en terre sainte. Il y avait d'ailleurs, au début de la création de l'Etat, des affiches montrant une caricature du Juif de la diaspora, malingre, pâle, faible, opposé au nouveau Juif d'Israël, fort, élancé, beau, qui avait profité du soleil et surtout qui travaillait la terre. Cela ressemblait étrangement aux codes d'autres nationalismes qui ont mal tourné.
Aujourd'hui évidemment, comme Israël dépend d'eux, les Juifs de la diaspora sont plutôt bien vus.
Mais la majorité des Juifs de la diaspora n'existent, en tant que Juifs, que par rapport à Israël, qui représente un «lieu de survie», de protection. C'est un investissement dans sa sécurité pour que les Juifs, dans des temps durs, puissent avoir un endroit où aller.
C'est donc un lien très compliqué, d'autant que la majorité des Juifs qui soutiennent Israël ne sont pas pratiquants. Et, de fait, ceux qui critiquent Israël sont très peu nombreux.

C'est dans cette perspective que j'ai voulu montrer mon propre désarroi en tant que Juive, qui est favorable à l'existence de l'Etat d'Israël, même si je le critique. Comment serais-je juive aujourd'hui à côté de cet Israël qui a commis ces crimes de guerre ? Je pense donc vraiment qu'il y a un tournant : les Juifs en diaspora ne pourront plus l'être comme avant. Pourquoi Gaza serait-il un tournant ? Israël a été régulièrement impliqué dans des conflits depuis sa création. Conflits qui ont fait de nombreuses victimes civiles...Il s'est certes passé des choses terribles avant Gaza, qui est un «aboutissement», si on peut dire, et certainement pas un début. Mais quelque chose s'est passé, dans le sens où les images qui ont défilé sur Internet ou à la télévision étaient terriblement choquantes, insupportables. Israël a perdu la guerre de l'information. Je ne crois pas qu'il y ait eu jadis un tel changement dans la perception d'Israël par l'opinion publique. Les gens ont été bouleversés par ce qu'ils ont vu. ___A l'inverse, j'étais en Israël pendant Gaza, et à la télévision israélienne, on ne voyait pas grand-chose... Je suis arrivée à Tel-Aviv le 24 décembre, et même à partir du 27, quand l'offensive a débuté à Gaza, c'était comme s'il ne se passait rien. On ne parlait pas beaucoup de la guerre. Les gens continuaient à vivre comme d'habitude. À la télévision, on voyait les interviews des habitants de Sderot, qui subissaient les roquettes du Hamas, qui avaient quelques tuiles cassées.... mais les habitants de Gaza, on n'en parlait pas, ils n'existaient pas. ___Et quand je suis rentrée en France, j'ai été impressionnée par ce que les gens avaient ressenti ici, par ce décalage, par cet autisme israélien. Et je me suis demandé s'il n'était pas temps, pour les Juifs de la diaspora, de dire non à Israël, et ne plus soutenir tout ce qu'Israël fait. Parce que ce n'est plus possible.L'histoire que nous, les Juifs, avons derrière nous, cette histoire nous convie à une certaine éthique, face à ceux qui sont opprimés, colonisés, maltraités. Nous sommes dans l'obligation de suivre cette éthique, qui est en quelque sorte la genèse de ce livre....
Je crois que les Juifs n'étaient pas faits pour le nationalisme. À force de vivre en diaspora, d'avoir même presque oublié le souvenir d'un Etat hébreu dans l'Antiquité, ils ne connaissaient pas le nationalisme. Au XIXe siècle, le sionisme, projet autant européen que juif, est une réponse au nationalisme. Sauf que jusque-là, les Juifs n'avaient pas cette habitude. Je cite d'ailleurs une correspondance d'un instituteur de l'alliance israélite universelle qui écrit que, du fait des souffrances que les Juifs ont subies à cause des nationalismes, s'ils devenaient nationalistes eux-mêmes, ils deviendraient les pires nationalistes. C'est vrai, car en Israël aujourd'hui, il y a une sorte de zèle, comme s'il fallait avoir un nationalisme encore plus ravageur que les autres, qui ont fait beaucoup de mal : on connaît l'histoire du XXe siècle, quand même...
On ne peut pas nier que ce qui se passe aujourd'hui en Israël est une dérive du nationalisme. D'autant que la création de l'Etat d'Israël n'est pas liée à la Shoah : s'il n'y avait pas eu le sionisme avant, il n'y aurait jamais eu d'Etat. Le génocide a hâté sa fondation, mais Israël est davantage issu d'un long parcours.
Bref, il faut le dire : on n'a pas le droit en tant que Juifs de soutenir ce qu'Israël fait subir aux Palestiniens. J'ai encore été très choquée quand j'ai lu qu'Israël s'opposerait à l'indépendance des Palestiniens s'ils la proclamaient devant l'ONU. Car pour l'heure, il n'y a plus d'autre issue....
La Shoah est ensuite passée par là. Et l'on a regardé toute l'histoire des Juifs avec les yeux de ceux qui avaient subi le génocide. Mais souffrir ne rend pas meilleur. Et la souffrance des Juifs les empêche aujourd'hui de percevoir celle des autres. C'est tout le problème.
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