Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 24 janvier 2011

Dévalorisation du travail

Logique destructrice

__Ce ne sont pas les syndicats qui le disent, c'est un très sérieux rapport, mené par deux parlementaires qui en fait état. Joël Bourdin (UMP) et Patricia Schillinger (PS) ont mené une étude sur l'évolution parallèle des salaires et des profits dans les plus grandes entreprises au niveau européen. Une étude qui n'est pas révolutionnaire , qui n'entre pas dans le détail de mesures précises à prendre, au niveau économique et politique, qui débouche seulement sur certaines recommandations: "la situation ne fera que se dégrader si la tendance reste la même".
Les conclusions confirment
d'autres études plus anciennes d'économistes qui avaient déjà pointé le problème
, mettant en cause les effets pervers d'une certaine globalisation, des nouvelles exigences de l'actionnariat et de la financiarisation de l'économie, la tendance à la précarisation des emplois, à un surcroît de productivité et de stress du fait d'un management souvent brutal...
L'affaiblissement du salariat est patent. Mieux vaut être rentier que salarié.

"....Depuis 1975, les gains salariaux sont déconnectés de la productivité apparente du travail, expliquent les auteurs, citant l'INSEE. Les rémunérations augmentent de moins en moins vite, ce que les sénateurs montrent de plusieurs façons. ...
Ils n'hésitent pas à remettre en cause le diagnostic d'une stabilité du partage de la valeur ajoutée, réaffirmé en 2009 par le directeur général de l'Insee, Jean-Philippe Cotis, dans un rapport à Nicolas Sarkozy. Les chiffres de l'OCDE, sur lesquels ils s'appuient, montrent en effet que la part des salaires a chuté de 15 points depuis 1975 dans l'Union européenne. En France, s'il n'existe pas d'étude globale, ils citent une enquête portant sur les 250 plus grosses entreprises cotées en bourse (SBF 250). Celles-ci ont augmenté la part de leur profit de près de 20 points depuis 1990 alors même que "l'intensité capitalistique de la production" est restée stable.
Les sénateurs estiment que les résultats obtenus par les autres études sur le sujet tendent à "sous-estimer la part des profits dans la valeur ajoutée" et que leurs conclusions "obligent non seulement à remettre en cause le consensus de stabilité du partage de la valeur ajoutée, mais encore à donner crédit à l'hypothèse d'une poursuite de la réduction de la part salariale dans la valeur ajoutée". Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cet "affaiblissement du salariat" comme le niveau du chômage, l'augmentation des situations de monopole, la hausse de la part des femmes dans la masse salariale...

D'emblée, les deux sénateurs font le constat "d'abandons en termes de sécurité de l'emploi", alors qu'augmentent les formes de travail précaire. En contrepartie, on a cherché à renforcer l'employabilité et la motivation des individus, même si les discours manageriaux "sont souvent illusoires".

Sous l'effet de la mondialisation, les entreprises sont passées sous un mode de gouvernance "corporate", qui transfère une grande partie du pouvoir de direction aux investisseurs. Ainsi, note le rapport, les lieux de décisions "se sont éloignés des salariés", participant à une dégradation des relations sociales. La réduction du temps de travail, autant que les impératifs de rentabilité, conduisent à une intensification du travail et à une pression accrue sur les salariés.

Or la "vulnérabilité accrue" des salariés entraîne des "coûts objectifs" pour une entreprise. Une étude de l'INRS de 2009 montre que le stress au travail couterait entre 2 et 3 milliards d'euros par an, ce qui est une "estimation basse". De manière générale, le "climat de défiance est contre-productif pour l'entreprise" selon les sénateurs.
.."
La crise a pour effet de renforcer cette baisse relative des salaires et de renforcer la précarité, qui devient de moins en moins l'exception, sous ses formes variées, mettant en péril tout le système de production.
Travailler plus , disait-il?...
Il est à craindre qu'en sortie de crise, la précarisation soit renforcée.
Michel Husson redoute qu'à cette occasion, la recherche de rentabilité n'accélère la précarité de ceux qui ont un emploi. Ce qu'il résume d'une formule : la généralisation du «bricolage social».

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