Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

dimanche 8 mai 2011

Travail en prison

Une honte française

Zone de non droit
?

_C'est bien connu, moins en France qu'à l'étranger, l'état des prisons chez nous est un des pires de l'Union européenne
L'ONU lui-même n'est pas tendre sur ce point.
_L'Observatoire International des Prisons signale régulièrement des carences et des abus.
Les rapports se succèdent avec régularité, sans que les choses avancent vraiment: beaucoup de constats désolés ou scandalisés, mais peu de progrès d'ensemble . Des rapports innombrables, qui dorment sur des étagères ministérielles.
Si on considère qu'en prison un individu, quel qu'il soit, doit avoir la possibilité de se reconstruire et de se préparer à une réinsertion sociale, dans la mesure du possible, alors les prisons françaises, par leur état fréquent de délabrement, de surpopulation, de promiscuité, de violences institutionnelles et interindividuelles jouent un rôle contreproductif. Cela a été maintes fois signalé.

"La prison a la prétention de resocialiser des personnes en leur imposant la pire des vies sociales que l'on puisse imaginer. La prison a la prétention d'amender, de changer les personnes en leur imposant dans la pratique de devenir pires. La prison a la prétention de réinsérer les personnes en les coupant violemment de tout ce qui pourrait les aider à le faire (vie de famille, emploi stable, vie sociale normale). La prison a la prétention de lutter pour la dignité humaine en cassant toute dignité, toute confiance en soi, toute espérance, la personnalité et la réputation des personnes incarcérées. La prison a la prétention de former en déformant, de stabiliser en déstabilisant, de rendre meilleur en rendant pire, de protéger la société en formant des récidivistes qu'elle fait devenir des fauves. Voilà la réalité que pourrait confirmer toute personne (et sa famille proche) qui l'a subie, et qui ne sera malheureusement jamais écoutée car elle est en bas de la pyramide. Grave ! D'autres intérêts opaques sont probablement en jeu ! " Philippe Auzenet


Si le travail en prison (manuel ou/et intellectuel) peut et doit jouer un rôle positif pour la réinsertion en vue, en aidant à briser une oisiveté et une solitude parfois mortifères, alors les conditions sont très peu réunies dans notre pays pour ce faire.
Il est encore question de ce problème aujourd'hui:

"Le ministre de la Justice, Michel Mercier, a souhaité vendredi "creuser l'idée d'une agence nationale du travail en prison", lors de rencontres parlementaires qui ont constaté la difficulté à "faire entrer le travail" dans les lieux de détention.Pour permettre à la prison de "mener sa mission de prévention de la récidive", il faut en effet "développer les activités et particulièrement le travail, qui favorise la réinsertion et permet au détenu de préparer sa sortie", a-t-il déclaré.Or, "la situation n'est pas satisfaisante", a-t-il reconnu, puisqu'environ un tiers seulement des détenus ont une activité rémunérée." (Google)
On peut décrire l'emploi en prison ,le plus souvent,comme une zone de non droit du travail ou comme une "délocalisation sur place", dont profitent certains donneurs d'ordre.
Une m
ain d'oeuvre idéale pour certaines entreprises...
__Les conditions d'un travail digne et correctement rémunéré sont rarement réunies. Les prisonniers, conformément à une longue tradition, sont très souvent condamnés à des boulots de misère.
-["...
le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, a rencontré des travailleurs qui ne touchent pas un centime. À la centrale de Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime), des détenus bénéficient de «compensations en termes d’ouverture de cellule et liberté de circulation». Contrairement aux idées reçues - «nourris, logés, blanchis» -, il faut de l’argent pour vivre en prison. Et du travail. La crise, même les taulards n’y échappent pas. En prison, le pouvoir d’achat se jauge à la cantine, cette supérette où tout s’achète - du papier toilette au café en passant par les timbres et les barres chocolatées - à prix d’or. «En prison, la nourriture n’a plus la même dimension, explique Gabriel Mouesca, ancien président de l’Observatoire international des prisons (OIP), qui a passé dix-sept ans dans les geôles françaises. Dans cet univers ultraviolent, il est vital de rythmer sa journée par de petits moments doux, sucrés, qui permettent de s’évader. Pour certains c’est le shit, d’autres la télé, et pour tout le monde la Ricorée...»]
Si la prison est un lieu de non droit, tout concourt à créer les conditions d'une dépréciation de soi, d'un dégoût et d'une révolte latente, qui dégradent les conditions de vie interne, le fonctionnement de l'institution et compromet les objectifs visés.
"
La situation n'est pas satisfaisante" dit le ministre
Cet euphémisme cache mal un état des lieux très dégradé, autant que les maigres moyens alloués au fonctionnement de la justice...
L’Institut Montaigne tempère et minimise le problème, suivant le dogme libéral déjà ancien suivant lequel le travail en prison, c’est la santé! alors que
"certaines entreprises peuvent considèrer le travail pénitentiaire comme une variable d'ajustement à la conjoncture économique. En effet, les ateliers de détenus offrent dans certains cas les caractéristiques d'un sous-traitant idéal. Les salaires sont bas et l'absence de droit du travail garantit une souplesse indéniable. Un volant de main-d'oeuvre inutilisé étant toujours disponible, il permet aux entreprises de réagir très vite à une commande, et la rémunération à la pièce permet d'obtenir des cadences élevées. Inversement, en cas de retournement de conjoncture, les ateliers de détenus sont les premiers sous-traitants sacrifiés.Hormis ceux qui travaillent en dehors des murs des prisons, les détenus ne signent aucun contrat de travail. Ils n'ont donc pas le statut juridique de salarié. Il n'y donc aucune disposition relative à la durée de l'emploi et de la période d'essai, ni au contenu du poste, aux objectifs professionnels, au licenciement. Ils n'ont pas droit à des compensations financières en cas de maladie ou d'accident du travail. Ces "faux salariés" ne bénéficient ni de congés payés et n'ont aucune possibilité d'expression collective. Le travail est encore considéré par le personnel pénitentiaire comme un outil essentiel de gestion de la détention, plutôt qu'une mesure favorisant la réinsertion des personnes incarcérées."

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