Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 24 septembre 2012

OGM : quelle indépendance de la recherche?

Qu'a fait l'État ?
________________________L'aliment est ton premier médicament (Hippocrate)

____  Beaucoup de bruit pour presque rien?..
C'est ce qu'estime un journaliste scientifique, à propos des résultats de la longue enquête de G.E. Séralini, dans un journal en ligne, dont on attendait un débat plus ouvert (c'est un euphémisme), et non pas seulement un avis qui sème la suspicion sur la validité des résultats du chercheur de Caen. Le nombre impressionnant des commentaires manifeste les réticences de nombreux lecteurs informés, sur les limites et la partialité de ce point de vue.
__Par exemple sur le problème de fond posé par la généralisation des OGM: "Pense-t-on sérieusement que des organismes vivants créés en dehors de toute sélection naturelle et de toute co-évolution peuvent être introduits dans l'alimentation sans aucun dommage ?... Il a fallu quelques centaines de milliers d'années pour que nos intestins acceptent de digérer certains produits naturels, et d'autres produits ne sont toujours pas assimilables par nos organismes. Est ce qu'on croit qu'en 25 ans, on va miraculeusement réussir la où l'évolution biologique a parfois réussi, et souvent échoué, sur des millions d'années ?"
__Ou bien, sur la méthologie: " Cette étude montre simplement qu'il faut reprendre des études dans des laboratoires indépendants. Ces études coûtent cher et leur indépendance ne peut être garantie que par des fonds publics, on en est loin. En étudiant la toxicité à long terme  de nombreux produits qu'on avale tous les jours on est pas au bout de surprises très désagréables encore bien plus désagréables que les OGM."
______________Cette investigation est une première en termes de durée et de (relative)indépendance.
On peut légitimement supposer qu'elle présente des limites et des insuffisances méthodologiques.
Mais seules d'autres recherches, pluralistes et contradictoires, pourront apporter des précisions et des confirmations, voire des nuances ou des contradictions sur certains points.
A condition qu'elles soient indépendantes, et non plus menées en catimini et en vitesse par les laboratoires dépendants de l'agrobusiness eux-mêmes, sur des bases insuffisantes et des données biaisées ou des organismes dits indépendants mais financés par des intérêts puissants, directement ou indirectement.
Dans ces domaines sensibles surtout, la recherche scientifiques a bien du mal à assurer son  indépendance. Les collusions d'intérêts sont nombreux et parfois difficilement détectables, rendant les résultats de recherches souvent suspectes. Les exemples ne manquent pas. Le géant Monsanto lui-même ne se prive pas d'instrumentaliser la recherche, par un intense lobbying.
___Comme l'écrit H.Kempf dans le Monde:
"Comme Shakespeare l'écrivait : "Les mauvaises nouvelles sont fatales à celui qui les apporte" (Antoine et Cléopâtre). Ainsi les critiques pleuvent-elles sur l'étude publiée par Gilles-Eric Séralini dans Food and Chemical Toxicology ( qui a déjà publié des études de Monsanto sur la non toxicité des OGM). [Par exemple,Le protocole d'étude de M. Séralini présente des lacunes rédhibitoires
ou: Qu'est-ce que le maïs NK603, soupçonné de toxicité ? ,ou: Un coup de pub, ou un scandale sanitaire ?]
Si la méthode et les moyens s'en révèlent à l'examen faibles, erronés, ou biaisés, ses conclusions - le potentiel cancérigène d'une alimentation transgénique - en seront démenties. Il est essentiel et normal que cet examen se déroule avec rigueur. Mais ce n'est qu'un aspect du problème.
Une question essentielle est de savoir pourquoi un chercheur de qualité, employé dans une structure publique, a été obligé de chercher des fonds auprès de fondations privées pour pouvoir mener en catimini une étude d'un intérêt général.
De savoir pourquoi, alors que les organismes génétiquement modifiés sont entrés dans le débat public depuis plus de quinze ans, suscitent une interrogation collective, entraînent des conséquences majeures en termes d'économie agricole, de savoir pourquoi, donc, les autorités publiques n'ont pas demandé à des chercheurs publics des études approfondies et neutres sur la nocivité des OGM.
Le Centre national de la recherche scientifique, l'Institut national de la recherche agronomique sont-ils dénués à ce point de biologistes et d'expérimentateurs, qu'il faille toujours s'en remettre aux études pilotées par Monsanto, Syngenta, Pioneer, et dont les données restent secrètes, au nom du "secret industriel" ?
Poser la question, c'est souligner la passivité du corps politique et de l'institution scientifique. On ne peut la comprendre que par la dérive de l'activité scientifique depuis une trentaine d'années. Elle était auparavant financée par les fonds publics, ce qui permettait une plus grande liberté à la recherche. Elle est maintenant, de plus en plus souvent, financée ou orientée par des entreprises qui ont peu d'intérêt pour les recherches non appliquées et négligent les effets des technologies qu'elles veulent commercialiser.
La "science" n'est plus indépendante - cela est net dans le domaine des biotechnologies végétales. Par son opération de communication médiatique, M. Séralini prend à témoin les citoyens de ce problème. Derrière les querelles scientifiques sur la nocivité de tel produit ou technologie se joue un drame qu'un Shakespeare pourrait mettre en scène : celui du rapport entre l'argent et la vérité."
_ Sans esprit critique, la science n’est plus la science mais une religion
____S'ils sont interdits dans les champs en France depuis 2008, les OGM entrent dans l'alimentation de 80% des élevages français.
S'il n'y pas encore sur leur nocivité de certitudes parfaitement établies, il y a tout de même de fortes présomptions de toxicité. [On met de côté ici les domaines spécifiques de la recherche fondamentale, de la médecine et de la pharmacologie].Une veille citoyenne s'impose, parallèlement aux études indépendantes qui restent à mener, dans ce domaine comme dans celui du médicament, où les dérives sont manifestes.
Il faudra encore beaucoup de temps et de moyens pour contrer les assauts de la pieuvre Monsanto.
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- Du Roundup aux OGM
- Les 3 points capitaux de l'étude de Séralini
- « J’attends des critiques objectives, de caractère scientifique »
- Au-delà du buzz...
- OGM et Progrès en Débat
- Comment décrypter une étude scientifique
- l’EFSA a manqué à une déontologie élémentaire
- OGM: «Comme si nous étions au Moyen Âge de l’expertise»:
"... La question n’est pas de savoir s’il y a de bonnes/mauvaises technologies ou de bonnes/mauvaises sciences, mais de définir les garanties qui permettent de produire un maximum de crédibilité. 
La contestation des OGM est légitime, selon moi. Nous sommes dans un domaine où les rapports de force sont omniprésents. Les milieux industriels sont très puissants, les experts divisés et les politiques velléitaires. Face à ce chaos, qui fait toujours le jeu des plus forts, des sentiments de manipulation ne peuvent que se développer. 
"

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