Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 15 février 2013

Vers la fin des lecteurs?

 Les lecteurs ne mourront jamais, mais la lecture est en danger
____________Donc le livre, donc la production littéraire digne de ce nom.
Philip Roth
C'est ce qu'affirme l'écrivain américain Philip Roth, qui, sur le tard, prend congé avec l'écriture, qui n'était pas pour lui un métier, mais une passion, assez pessimiste sur le destin du livre dans son pays:
" ...Le nombre de ces gens qui prennent la lecture au sérieux baisse très rapidement. En Amérique, en tous cas, c'est certain.
Les causes de cette désaffection ne se limitent pas à la multitude de distractions de la vie d'aujourd'hui. On est obligé de reconnaître l'immense succès des écrans de toutes sortes. La lecture, sérieuse ou frivole, n'a pas l'ombre d'une chance en face des écrans : d'abord l'écran de cinéma, puis l'écran de télévision, et aujourd'hui l'écran d'ordinateur, qui prolifère : un dans la poche, un sur le bureau, un dans la main, et bientôt, on s'en fera greffer un entre les deux yeux. Pourquoi la vraie lecture n'a-t- elle aucune chance ? Parce que la gratification que reçoit l'individu qui regarde un écran est bien plus immédiate, plus palpable et terriblement prenante. Hélas, l'écran ne se contente pas d'être extraordinairement utile, il est aussi très amusant. Et que pourrions-nous trouver de mieux que de nous amuser ? La lecture sérieuse n'a jamais connu d'âge d'or en Amérique, mais personnellement, je ne me souviens pas d'avoir connu d'époque aussi lamentable pour les livres – avec la focalisation et la concentration ininterrompue que la lecture exige. Et demain, ce sera pire, et encore pire après-demain. Je peux vous prédire que dans trente ans, sinon avant, il y aura en Amérique autant de lecteurs de vraie littérature qu'il y a aujourd'hui de lecteurs de poésie en latin. C'est triste, mais le nombre de personnes qui tirent de la lecture plaisir et stimulation intellectuelle ne cesse de diminuer..."
__On constate effectivement une chute de la lecture aux USA, même celle des journaux est manifeste. Paul Auster partage les préoccupations de Roth.
Cela est largement dû à la dégradation des conditions d'enseignement dans ce pays. Mais pas seulement.
___En France aussi, le niveau de lecture se détériore de manière préoccupante. Les causes sont plurielles.
Perte d'apprentissage, des modèles familiaux, affaissement de l'autorité, des valeurs scolaires, du plaisir du texte surtout, dans une approche scolaire trop formaliste. L'invasion du numérique n'est qu'un indice ou un effet. La capacité d'attention, culturelle, est au coeur du problème ainsi que le rapport aux mots et aux émotions.
Le bon sens semble parfois s'absenter.
C'est la langue qui est en péril, donc une condition essentielle de la culture.

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