Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 18 juin 2018

Histoire de dingues

  • Le dingue feuilleton continue
  •                        Après le pognon de dingue, voici les dingues de pognon.
  •                     Un coup de barre à droite, un coups de barre (symbolique) à gauche.
  •       C'est ça la justice.
     
  •                        Il a raison Emmanuel, les rémunérations des patrons du CAC40, pas seulement celle de Mr Plaçat, atteignent des sommets stratosphériques, quand celles des modestes collaborateurs n'atteignent souvent même pas un niveau permettant une vie décente. 
  •        Comme une caissière de chez Carrefour, même s'il y a pire chez Lidl ou McDo. Mais quand on est une femme seule avec enfants, un loyer et tout le reste, on compte les quelques euros qui restent en fin de mois. Il y a tant de travailleurs pauvres. Pas seulement en Allemagne.
  •      Les salaires des grands patrons, eux, continuent leur montée ascensionnelle. Vous allez me dire: avec ça, difficile de s'acheter une deuxième yacht. Quoique...
  •    Donc, il y a de gros arbres qui cachent la grande forêt. Et il y a les causes, dont on ne parle guère....
  •      Dix fois le smic pour les plus hautes rémunérations, disait-on naguère, c'est rester dans la décence relative. On en est loin...
  •                                                 Pourtant, quitte à se répéter, vu la conjoncture actuelle, les aides sociales ne sont ni trop coûteuses, ni inefficaces, même si elles dépassent celles de certains pays voisins, en prenant des modes de calcul similaires, en comparant le comparable:
  •          Il faut d’abord éclaircir un point, pas si anodin : de quoi parle-t-on ? En 2015, dernière année pour laquelle tous les chiffres sont connus, les prestations sociales se sont élevées à 701 milliards d’euros, ce qui correspond à 32 % du PIB (soit un tiers de la totalité de la richesse produite en France). C’est beaucoup ? Bien sûr, mais ces montants comprennent des services bénéficiant à tous, l’assurance-maladie, les allocations familiales et les retraites par exemple. D’autres aides sont plus ciblées, mais très largement répandues, comme les aides au logement ou celles réservées aux parents de jeunes enfants.
  •         Certes, la France est bien le pays d’Europe qui dépense le plus pour cette question, au regard du PIB. Mais, comme le signale dans une tribune du Monde Thibault Gajdos, économiste spécialiste des inégalités, cet indicateur ne dit pas grand-chose : il ne tient pas compte de la taille de la population concernée, et il est mécaniquement d’autant plus grand que le PIB est faible. Il reflète donc autant le niveau du PIB que celui des dépenses sociales.   
  •        Eurostat, signale le chercheur, s’appuie aussi sur le niveau de dépenses de protection sociale par habitant. Or, « en France, les dépenses sociales par habitant s’élevaient en 2015 à 11 180 euros, ce qui nous place au cinquième rang au sein de l’Europe des Douze [Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni et Portugal] et à un niveau proche de l’Allemagne (10 839 euros) ».
  •        Le débat politique du jour porte en fait sur les aides ciblant les plus pauvres, et qui demandent bien moins d’argent : la prime d’activité, versée aux salariés aux plus petits revenus, et les minima sociaux proprement dits, qui bénéficient à 11 % des Français (le RSA, le minimum vieillesse, l’allocation spécifique de solidarité, l’allocation pour adulte handicapé, l’allocation veuvage)… Ces aides coûtent environ 25 milliards d’euros par an à la France, soit en gros 1 % du PIB.
  •          D’accord, peut-être, évacueront alors les responsables politiques. Pour mieux souligner que ces aides sont inefficaces. « Le sujet n’est pas combien d’argent on met. Il faut mettre l’argent qu’il faut. La question est : est-ce efficace ? C’est cela qu’on veut améliorer »a assuré ce mardi matin la ministre du travail Muriel Pénicaud. « Si les aides sociales étaient efficaces, ça se saurait et ça se verrait et ça se verrait mieux que ça »a balancé de son côté Gérald Darmanin. Propos de bon sens, serait-on tenté de penser ? Raté. En fait, les aides sociales sont efficaces, et cela se sait. On peut évidemment toujours améliorer les dispositifs existants, mais insinuer qu’ils ne sont pas efficients est tout bonnement faux. Et l’Insee le prouve chaque année.
  •       Dans son portrait social de la France, mis à jour tous les ans, l’institut statistique national analyse ce qu’il nomme la « redistribution monétaire », qui mesure exactement l’efficacité des dispositifs mis en place en France, à savoir l’impôt sur le revenu, où les ménages les plus aisés sont appelés à payer plus, et les prestations sociales dans leur ensemble. Les chiffres, pour qui se donne la peine de les lire, sont éloquents. 
  •       En 2016, le niveau de vie moyen des 20 % des Français les plus riches était 8,5 fois supérieur au niveau de vie moyen des 20 % les plus pauvres, avant toute redistribution. Mais la distribution des prestations sociales et le paiement des impôts ont permis de diviser cet écart par plus de deux. La réduction des écarts est encore plus grande si on s’intéresse aux 10 % des plus riches et des plus pauvres : avant redistribution, le niveau de vie des plus riches est presque 24 fois supérieur. Après redistribution, l’écart est divisé par quatre. Et l’Insee se donne même la peine de quantifier le rôle joué par les prestations sociales dans cette réduction des écarts de richesse : elles y contribuent pour les deux tiers…
  •        Dans le détail, les prestations les plus efficaces pour réduire les inégalités sont les aides au logement, qui ont justement été visées par le gouvernement dès le début du quinquennat, et la prime d’activité, que le gouvernement a aussi envisagé de réduire, avant de faire savoir qu’il y renonçait. S’il faut donner des chiffres concrets, l’Insee est tout aussi utile. Dans une récente étude, elle a évalué que dans les Hauts-de-France, les prestations sociales permettent aux 10 % les plus modestes de presque doubler leurs revenus, passant de 460 à 840 euros mensuels. Dans l’ensemble de la France métropolitaine, ces 10 % les moins favorisés voient leur revenu passer de 590 à 890 euros en moyenne.
  •    De plus, un tiers des personnes ayant droit aux aides sociales ne les demandent pas 
  •         Pour mémoire, le seuil de pauvreté est établi entre 846 et 1 015 euros, selon le mode de calcul. Autant dire que ces aides sont tout juste suffisantes pour vivre décemment, dans le meilleur des cas. Et qu’il est particulièrement présomptueux d’expliquer, comme le président, que la politique actuelle « déresponsabilise » les pauvres, à coup de « pognon » trop ou mal versé. En vérité, les pauvres sont tellement « irresponsables » qu’environ 30 % des personnes qui pourraient solliciter les aides les plus importantes ne le font pas. C’est le phénomène du non-recours, connu et documenté depuis des années.    
  •        Fin 2017, le Secours catholique a publié ses constatations sur ce phénomène, se basant sur l’observation du million et demi de personnes accueillies en 2016. Il en ressort que près d’un quart des personnes ayant droit aux aides au logement ne les avaient pas demandées, et que 40 % des ménages éligibles au RSA n’avaient pas fait les démarches pour se le faire verser. Des proportions en hausse d’une année sur l’autre.
  •      Ces situations, connues, peuvent être réglées par des solutions simples. En 2011, seules 32 % des personnes éligibles au RSA-activité le touchaient. Le dispositif a été remplacé par la prime d’activité, plus simple à demander et à obtenir. Résultat, le taux de recours a doublé. C’est en grande partie cette raison qui explique que la prime d’activité coûte de plus en plus cher… et que le gouvernement a hésité à en réduire le nombre de bénéficiaires.
  •      Pour battre en brèche le discours qui veut « responsabiliser » les pauvres, il faut aussi rappeler que de nombreux pauvres travaillent. « Environ 700 000 salariés vivent sous le seuil de pauvreté, soit parce qu’ils travaillent à temps partiel avec de très bas salaires, soit parce qu’ils n’ont travaillé qu’une partie de l’année »rappelle l’observatoire des inégalités.
  •      Ces données montrent comment l’emploi de mauvaise qualité alimente la pauvreté. Et cet emploi précarisé monte toujours plus. Comme nous l’avons rappelé récemment, près de la moitié des demandeurs d’emplois acceptent déjà des emplois temporaires de courte durée et à faible temps de travail, même s’ils cherchent un poste en CDI à plein temps.
  •      Près de la moitié des 5,5 millions d’inscrits à Pôle emploi le sont dans les catégories B et C (moins de 78 heures de travail par mois pour la catégorie B, et plus de 78 heures pour la catégorie C). Le nombre de demandeurs d’emploi dans cette situation a augmenté de 25 % en trois ans, et a doublé en dix ans ! Penser que les chômeurs chipotent dans leur recherche d’emploi ne tient donc pas face à la réalité.   
  •    La confiance va plus aux premiers de cordée qu’aux pauvres.
  •        On peut encore s’interroger sur les projets du gouvernement : aujourd’hui, les demandeurs d’emploi en « activité réduite » ont intérêt à cumuler leur petit salaire et une partie des allocations-chômage. La mesure est tout spécialement destinée à favoriser ceux qui travaillent, même un peu, par rapport à ceux qui ne font que toucher une allocation-chômage. Une mesure, donc, qui devrait satisfaire l’exécutif.
  •      Et pourtant, le rapporteur du projet de loi qui va réformer l’assurance-chômage, en discussion cette semaine à l’Assemblée, a confirmé ce mercredi que le cumul salaires-allocations risque d’être sérieusement limité dans le temps. Il serait « désincitatif pour rechercher un travail », assure le député. Une assertion non justifiée, et fausse, mais au cœur des critiques récurrentes formulées par le patronat contre le cumul, jugé trop onéreux…
  •       Reste à souligner que le discours du gouvernement en faveur de la « responsabilité » des acteurs relève du deux poids, deux mesures. Lorsque l’impôt sur la fortune est concentré uniquement sur les fortunes immobilières et qu’une « flat tax » est appliquée sur tous les revenus du capital, même pour les plus riches, Emmanuel Macron ne cache pas qu’il s’agit d’un pari pour soutenir l’investissement. Car rien ne dit que l’argent dégagé ira réellement financer l’économie française. Il s’agit donc de faire confiance aux investisseurs.
  •       Même constat pour la suppression de l’« exit tax », dont Bercy vient de reconnaîtrequ’elle pourrait coûter plus cher que prévu. Elle était pensée pour éviter que des entrepreneurs s’installent à l’étranger afin de ne pas avoir à payer les taxes sur les plus-values réalisées lors de la vente de leur entreprise. Emmanuel Macron préfère que les premiers de cordée choisissent librement où ils paieront leurs impôts, pariant une fois de plus qu’ils feront le bon choix. Démontrant définitivement à qui il accorde sa confiance, et qui il entend surveiller, et contrôler, de près.
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