Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 28 février 2019

L'envers du décor

Les vaches tiennent salon.
                              Dûment sélectionnées, nourries et lustrées.
   Veaux, vaches, cochons, couvées et... fromages s'offrent aux yeux z'ébahis des Parisiens hors-sol.
       Cela pour le façade parisienne et les officiels incontournables.
  Mais le malaise est dans le pré pour une grande majorité  de nos exploitants agricoles paysans.
    Même ceux qui sont entrés malgré eux dans un agro-business de plus en plus contraignant et générateur de dettes et de produits normalisés.   Le problème n'est pas d'aujourd'hui.
   Les raisons du désespoir et de la colère ne seront pas exposées Porte de Versailles.
   Il ne faut pas décevoir les Parisiens.
       De nombreuses exploitations sont en sursis.      L'horizon est bouché pour beaucoup.
 Les suicides sont souvent évoqués dans un monde rural déboussolé.
     Certes les fermes à mille vaches ne se multiplient pas encore comme ailleurs, mais la guerre des prix continue, dans un secteur de plus en plus mondialisé.
Le Président veut réinventer la PAC. Mais comment?
    Peu à peu les robots s'invitent dans nos campagnes, pour le meilleur ou pour le pire.
Elles sont en perte de repères, malgré quelques beaux restes.
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vendredi 15 février 2019

jeudi 14 février 2019

Point d'histoire

Le Traité de Versailles revisité.         
                                                               Il y a histoire et histoire.
   Celle qui se déroule et qui nous emporte et celle que l'on tente de reconstituer après coup, de manière partielle, imparfaite  et toujours remaniable. A la lumière de nouveaux documents ou d'objectivité plus fine, celle que donne le recul des passions et des aveuglements.
    En ce sens, nous n'aurons jamais fini d'écrire l'histoire de la Révolution Française, de mieux cerner la figure de Robespierre, par   exemple,etc...
    C'est encore plus vrai pour les événements proches.
        Cent ans après le Traité de Versailles, avons-nous une juste appréciation des pourparlers qui clôturèrent, non sans mal, les terribles affrontements qui eurent lieu pendant quatre longues années?
     La plupart des historiens convergent su un point, à savoir les conditions draconiennes imposées par la France et notamment par Clémenceau aux plénipotentiaires allemands, malgré les réticences anglaises, qui ne voulaient pas d'un voisin français  trop puissant et malgré les tergiversations de l'idéaliste Wilson. An vu des dommages de guerre immense, le Père la Victoire fut intraitable:              L'Allemagne paiera!
     On a beaucoup critiqué cette décision drastique, qui aurait préparé, par ce traité mal fait, le sentiment d'humiliation, de revanche et indirectement des drames qui suivirent.
          Une lecture assez différente, d'autant plus qu'elle émane d'un historien allemand, apporte un point de vue assez différent, non inédit mais souvent tu, une autre lecture.du Traité de Versailles, fait de nombreux désaccords et  de méfiances réciproques:
       Le traité de Versailles, signé en 1919 entre les vainqueurs de la Première Guerre mondiale et l’Allemagne, a mauvaise réputation. Les conditions imposées au vaincu auraient été bien trop dures et contenu, de ce fait, les germes d’un inévitable conflit futur. Sauf que, en réalité, ce traité tant décrié n’était pas si mauvais. C’est ce qu’estime l’universitaire Eckart Conze dans un ouvrage paru récemment. Conze, qui enseigne l’histoire contemporaine à l’université de Marbourg, admet que les conditions de paix n’étaient pas tendres, mais parler d’une « paix carthaginoise », comme on n’a cessé de le faire dès 1919, est très exagéré.
   « En dépit de toutes les amputations de territoires et de toutes les réparations, de tous les affaiblissements économiques et de toutes les restrictions militaires, l’Allemagne restait non seulement un État, mais – contrairement à ce qui se passera en 1945 – une puissance européenne et une grande puissance potentielle », écrit-il dans l’hebdomadaire Die Zeit. Ses deux grands alliés, l’empire austro-hongrois et l’empire ottoman, définitivement démembrés, ne pouvaient en dire autant.
        En ce qui concerne le montant des réparations, il ne fut pas déterminé en 1919 à Versailles, mais laissé en suspens. Ce n’est qu’en 1921 qu’on fixa la somme de 132 millions de marks or. « L’indignation fut grande, rapporte Conze. Personne ne voulait se souvenir que, à peine deux ans plus tôt, les Allemands avaient proposé de payer 100 milliards de marks or, ni que les premières exigences britanniques étaient de 220 milliards de marks. » Par ailleurs,les versements finirent par être ajusté aux capacités de paiement de l’Allemagne et interrompus à partir de 1931. 
        Pourquoi alors le traité de Versailles a-t-il paru non seulement aux contemporains mais à de nombreux historiens par la suite particulièrement inique ? Selon Conze, ce serait parce que, dès 1919, il a été instrumentalisé par les ennemis de la République de Weimar. En dénonçant les conditions imposées à l’Allemagne, l’extrême droite cherchait moins à les remettre en cause qu’à fragiliser le régime qui les avait acceptées. Un calcul habile et, comme le prouva la suite, plutôt payant. 
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mercredi 13 février 2019

Sales bestioles?

 Tous dans le même bateau.
                  Il fut un temps où, depuis la fin de la guerre et les campagnes de démoustication de l'armée américaine, les insectes de toutes catégories n'avaient pas bonne presse, jusqu'à une période récente, où les premières alertes furent lancées.
Et si les petites bêtes qui piquent,qui souillent les pare-brises des voitures  n'étaient pas si inutiles que cela, malgré les gênes parfois occasionnées?


Une abeille peut piquer, mais qu'est-ce au regard de sa fonction fondamentale dans la pollinisation, comme l'avait déjà suggéré Einstein?
  Il a fallu du temps pour prendre conscience de l'importance vitale du foisonnement et de la variété des insectes dans le cycle de la vie, de la chaîne alimentaire. On s'en compte bien tard, quand on constate la baisse sensible du nombre  des oiseaux, la régression de leur population. Un cycle se dégrade à grande vitesse, qui ne manque pas d'inquiéter les spécialistes. Les causes sont aujourd'hui bien connues.
    Les insectes sont plus que nos alliés, sont plus que de fantastiques objets d'études. Malgré les inconvénients qu'ils apportent parfois. Ils présentent un monde foisonnant et fascinant. Le plus riche en espèces.
Les insectes du monde entier  sont en voie d’extinction, menaçant d’un « effondrement catastrophique des écosystèmes naturels », s’est alarmé, fin janvier, la revue scientifique mondiale Biological Conservation. Plus de 40 % des espèces d’insectes sont en déclin et un tiers sont menacées, selon les chercheurs. Leur taux de mortalité est huit fois plus rapide que celui des mammifères, oiseaux et reptiles. Au cours des trente dernières années, la masse totale des insectes existant dans le monde a diminué de 2,5 % chaque année.   A ce rythme, s’inquiètent les scientifiques, ils pourraient disparaître d’ici à un siècle. « C’est très rapide. Dans dix ans, il y aura un quart d’insectes de moins, dans cinquante ans, plus que la moitié, et dans cent ans, il n’y en aura plus », a déclaré au Guardian dimanche 10 février Francisco Sánchez-Bayo, de l’université de Sydney (Australie), qui a collecté les données avec Kris Wyckhuys de l’Académie des sciences agricoles à Beijing (Chine). La plupart des études analysées ont été réalisées en Europe occidentale et aux Etats-Unis.
                             "...Encore une étude, une de plus, qui documente et alerte sur la dégradation en cours, irréversible, des écosystèmes naturels. Il est cette fois question de coccinelles, de papillons, de bourdons, de pucerons, de mouches, de criquets, ou encore d’abeilles. D’ici un siècle, selon la revue scientifique Biological Conservation, les insectes pourraient avoir totalement disparu. Le constat des chercheurs est vertigineux : le taux de mortalité de ces êtres minuscules est huit fois plus rapide que celui des mammifères ou des oiseaux. Plus de 40 % des espèces sont déjà en déclin et un tiers sont menacées. La faute à l’agriculture intensive, à la surconsommation de pesticides toujours plus performants pour tuer, mais aussi à l’urbanisation et au changement climatique. Cet effondrement a lieu partout autour du globe. A Porto Rico, où 98 % des insectes ont disparu depuis trente-cinq ans, mais aussi en Allemagne, où 75 % d’entre eux ont disparu dans des zones protégées. Bref, il se déroule juste devant nous, jour après jour. Il concerne les êtres auxquels, d’ordinaire, nous accordons le moins d’attention, invisibles à nos yeux et donc à nos consciences. Des êtres minuscules mais essentiels au bon fonctionnement de tous les écosystèmes, des êtres supposés insignifiants tant ils nous sont impénétrables, mais omniprésents et cocréateurs de notre monde. Car oui, humains, coccinelles, papillons, bourdons, pucerons, mouches, criquets ou abeilles, nous sommes tous dans le même bateau." (W.Zarachowicz)
___Un cercle vicieux redoutable.___

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mardi 12 février 2019

Petit propos sur la laïcité


La laïcité, simplement.         (Petite piqûre de rappel) 
                                                              Contre la laïcité positive ou la laïcité libérale...
    Voilà une notion, si récente dans l'histoire des hommes, qui souffre de variations sémantiques qui dénaturent parfois son sens profond et qui nécessite de fréquentes mises au point.
   Une notion qui prête souvent à équivoque, qui peut être détournée de son sens, qui peut être aussi parfois instrumentalisée.
    On voit bien ce que représente (encore) son contraire, le confessionnalisme, l'intrusion du religieux dans la vie sociale et politique, sourde, insidieuse ou violente comme dans l' Egypte d'aujourd'hui ou le mouvement évangélique aux USA sous plusieurs formes ou ailleurs.
   Cette notion, mise en musique par les pionniers comme Condorcet et Ferdinand Buisson, peut être biaisée par les politiques eux-mêmes, par ignorance , intérêt ou arrière-pensée.
     La laïcité n'est ni positive, comme le disait Sarkozy, ni "libérale" comme le prétend Macron.
   Marlène Schiappa, brisant le silence ou l'ambiguïté du gouvernement, fait un rappel nécessaire aux valeurs fondatrices de la République.
    La laïcité bien comprise ne peut être marquée du sceau de la  radicalisation.        Elle peut être seulement exigeante et vigilante. Parler à son égard de religion laïque n'a pas de sens. 
   Qu'elle soir régulièrement en débat est normal et nécessaire, au-delà des idées reçues.
    La laïcité, c'est une liberté.
      Mais jamais définitivement et solidement établie. Elle restera toujours un combat.
   Il importe de sortit de l'ambiguïté macronienne sur le sujet.
               La paix civile est à ce prix.
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lundi 11 février 2019

Le bonheur...demain

Bonheur à tout prix
                               S'il est un thème et un leitmotiv lancinant, dominant et parfois impérieux, c'est bien celui du bonheur.Le plus souvent inconsciemment.

   Très peu explicité, mais de plus en plus présent, comme thème vecteur, à travers de multiples canaux, publicitaires ou non. Instrumentalisé à l'infini, c'est l'hameçon idéal,  quoique éculé, pour accrocher les esprits, susciter les envies, engendrer les fantasmes et finalement...l'acte d'achat.
   Il suffit de parcourir une revue pour s'en rendre compte. Le plus trivial objet, idéalisé, est souvent nimbé de rêves d'accomplissement, de réussite, de jouissance accomplie...En attendant de nouvelles déceptions et frustrations. L'obsolescence est aussi au bout du désir.
     L'injonction au bonheur est , dans nos sociétés, un des éléments moteurs de vente d'objets idéalisés, esthétisés à l'envi. D'objets de plus en plus nombreux, diversifiés, qui doivent devenir objets de désir, dans l'univers hyper-concurrentiel de la production sans fin. Consommer est devenu l'acte central de la citoyenneté, depuis le rêve américain déjà. Aujourd'hui le consommateur tend à supplanter le citoyen.
     Consomme et tais-toi. Consomme et rêve. L'idéal infusé jusque dans nos assiettes est omniprésent.
 Jusqu'à produire des injonctions les plus contradictoires. Injonctions de tous moments, contre toutes les souffrances et les frustrations qui nous habitent régulièrement, sans cesse relancées par l'idéal rêvé du bonheur.
   Un thème rémanent, comme un horizon qui fuit sans cesse, une nostalgie sans fin, un objectif jamais accompli, d'autant plus qu'on y investit trop de nos rêves et de nos fantasmes.
   Et pourtant il reprend toujours de la vigueur jusqu'à devenir un objet de marché.
     Soyez heureux! c'est plus qu'un conseil, c'est devenu une injection forte, un impératif, parfois  un ordre.
   Il y a des spécialistes pour cela, gourous ou coachs en tous genres chargés de vous indiquer les voies  du bonheur, les moyens d'y accéder à coup sûr.
        Certes, ce n'est pas nouveau, mais c'est devenu plus systématique et obsessionnel, organisé dans l'univers marchand qui est le nôtre, jusqu'à saturation. Il faut des thèmes accrocheurs pour vendre envers et contre tout, même le plus futile, voire le plus inutile. Le hameçons ordinaires finissent pas s'user très vite et il ne faut pas faire dans le prosaïque, même pour vendre un yaourt.
     La nouvelle happyindustry a ses codes et ses règles, quitte à se contredire et à ne pas aboutir à ses objectifs pourtant déclarées sûrs.
           La maximisation du moi est d'actualité, dans un monde de plus incertain et précaire.
  Son développement jusqu'à l'obsession est devenu un thème dominant, dans tous les domaines, jusqu'à prendre le contrôle de notre vie de plus en plus américanisée..
    Jusqu'à devenir un soft-instrument de contrôle des esprits.
 Certains se rendent vite compte de l'insatisfaction qu'elle produit, jusqu'à devenir parfois toxique
  Etre moins obsédé par soi-même serait le meilleur moyen de ne pas tomber dans le piège de ce mirage , pour une plus grande sérénité, en revoyant l'ensemble de nos valeurs.
       Tout incite à se méfier de ceux qui prétendent posséder les secrets du bonheur....
             Kant n'en faisait qu'un concept indéterminé. 
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     ....Dans la bouche de celles et ceux qui les élaborent et les commercialisent, les emodities seraient devenus les outils les plus efficaces de réussite ou, plus modestement, les soutiens indispensables pour se maintenir à flot dans un contexte socioéconomique dégradé, imprévisible, menaçant et terriblement anxiogène.   La thèse d’Happycratie est que les marchandises émotionnelles sont effectivement celles dont la philosophie sous-jacente possède le plus d’affinités avec les nouvelles exigences de flexibilité qui caractérisent le monde du travail et la vie en société.    Dans la période post-crise 2008, durant laquelle les inégalités se creusent, les chances de mobilité sociale s’amenuisent, le fonctionnement du marché du travail se durcit, l’appel à faire preuve d’enthousiasme, de positivité et d’autonomie contribue à faire porter sur les individus la responsabilité de tout ce qui dysfonctionne.   Des phénomènes structurels lourds comme les variations du taux de chômage ou la dette des États peuvent passer au second plan ou même être occultés au profit de l’encouragement à devenir l’entrepreneur de soi-même, à rebondir et à faire de ses échecs des opportunités –autant de maximes qui forment un néo-bouddhisme absurde, une «pornographie émotionnelle» que les adeptes des fils d’actualité du réseau Linkedin ne connaissent malheureusement que trop bien.
       La manière positive d’envisager la vie serait devenue notre façon adaptative de survivre à la nouvelle donne économique, mais également une forme d’obéissance et de conformisme, écrivent les sociologues, qui prendrait «la forme d’un travail sur le moi et d’une maximisation de ce moi»....    «Alors même que les populations n’ignorent en rien cette instabilité et cette précarité générales, les forces structurelles qui façonnent les existences individuelles restent à leurs yeux pour l’essentiel illisibles, incompréhensibles»..._______________________________________
        Les Emirats arabes unis viennent de nommer une femme ministre du Bonheur. 
     De la part d'un pays où le divorce est quasi impossible et la violence conjugale un droit accordé à l'époux, la décision ne manque pas de sel. Mais, an delà du paradoxe,la mesure ne témoigne-t-elle pas d'une évolution louable des préoccupations gouvernementales? Pas si l'on on croit le sociologue William Davies. Dans The Happiness Industry, il analyse d'un oeil très chagrin l'omniprésente quête du bonheur dont témoignent les innombrables livres, applications, sommets internationaux ou séminaires d'entreprise dédiés à l'augmentation à notre bien-être.
   Les entreprises, confrontées au stress et à l’insatisfaction de leurs clients comme de leurs salariés, multiplient les initiatives en ce sens. British Airways teste une « couverture du bonheur », qui vire au bleu quand les passagers sont détendus ; et un festival artistique utilise les caméras de surveillance pour compter les sourires des participants. Les Etats font de même. En 2010, le gouvernement britannique a mis sur pied une équipe dédiée à « la perspicacité comportementale », notamment grâce à l’analyse des niveaux de « bonheur ». Elle devait imaginer «  des politiques susceptibles d’encourager les gens à faire de meilleurs choix pour eux et pour la société ». Une démarche qui a également séduit les Etats-Unis et l’Australie. 
      Mais sous couvert de politique du bonheur, affirme Davies en substance, nous assistons au développement de nouvelles formes de contrôle et de manipulation. Car cette mise en équation scientifique et économique d’un sentiment aussi impalpable dissimule un objectif insidieux : concevoir un « indice unique de l’optimisation humaine », qui réduit la vie à des attributs que l’on peut identifier, mettre en courbes et, in fine, contrôler. Ce n’est pas un hasard si, en Grande-Bretagne, les chômeurs doivent suivre des formations à la pensée positive. L’attention au bien-être, écrit Davies, est au service d’un programme néolibéral qui « rend les individus responsables de leur propre malheur, et ignore le contexte qui y a contribué ». (Books)

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dimanche 10 février 2019

En passant...

__ Europa fara de se? 

__ Palestine: deux poids, deux mesures.

__ Nouveau new Deal?

__ Si Versailles m'était conté.

__  Niches ou pas niches: Lesquelles?


__ C'est ballot.

__ Succes Story.    Le premier qui a tout compris lève le doigt...
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samedi 9 février 2019

Quand Angela se lâche

L'heure du désenchantement?
                 L'inoxydable Königin est sur le déclin d'un règne exceptionnel au sein d'une coalition relativement stable.
     Mais L'Allemagne connaît des mutations politiques inédites, qui est une des causes de son départ prochain.

     Mutti fait ses valises, mais pas dans l'euphorie, prenant conscience des nuages qui s'amoncellent dans son pays et chez ses voisins.
    Elle reconnaît les problèmes qui continuent à  se poser à l'Est du pays et admet que l'euro pose problème. Une découverte bien tardive.
     Assez désemparée, elle paraît sans boussole. Mais on pouvait s'attendre à ce que l'Allemagne perde de son influence et de sa puissance; voire de sa superbe,     Certains avaient souligné depuis longtemps certaines fragilités.
   Il est vrai que les conditions dans lesquelles l'ex-Allemagne de l'Est a été rattachée au bloc de l' Ouest, ne se sont pas faites de manière idéale, pour prendre un euphémisme.
    ...L'Allemagne «n'est peut-être pas aussi réconciliée qu'on le pensait», comme elle le note, ses confidences ont une résonance très politique.
«Je ne trouve pas si surprenant qu'il y ait de la frustration en Allemagne de l'Est», dit-elle en expliquant pourquoi certains habitants des «nouveaux Länder» ont le sentiment d'être des citoyens de seconde zone. «Dans beaucoup de domaines, les Allemands de l'Est sont sous-représentés», observe-t-elle. Elle revient aussi sur la «césure» de 1989, qui s'est révélée parfois douloureuse individuellement. «Pour le dire autrement, certains, dans leur biographie personnelle, n'ont pas vécu cette rupture aussi positivement que moi», dit-elle en évoquant son parcours et son entrée en politique alors qu'elle avait 35 ans. «J'ai rapidement trouvé un nouveau travail, j'ai eu de nombreuses opportunités, mon horizon s'est élargi. Mais il y avait aussi beaucoup de personnes, souvent un peu plus vieilles que moi, pour qui cela n'a pas été possible», dit-elle en citant comme exemple les agriculteurs. En RDA, ils représentaient 11% de la population, mais «seulement 1,5% ou 2% ont pu continuer à travailler après la réunification». Cette expérience d'inutilité sociale «assombrit» le souvenir de l'après-réunification, admet-elle.
      Elle reconnaît aussi certaines  erreurs dans la crises des réfugiés, qui a ébranlé son pays.
    L'ostalgie n'est pas morte dans nombre de secteurs et de régions.
  La réunification allemande, qui aurait pu plus mal se passer, a laissé bien des traces.
L'opération Treuhandstalt s'est faite à marche forcée, selon une logique brutalement schumpeterienne imposée par Bonn.
       Bern Zielinsky analyse les conditions de l’unification économique et monétaire de l’Allemagne et ses conséquences. Il décrypte finement les programmes économiques des forces politiques allemandes de l’Est et de l’Ouest ; il analyse leur mise en œuvre difficile et leurs résultats. Partant d’un constat d’échec – la disparité des performances économiques entre anciens et nouveaux Länder –, Bernd Zielinski fait un procès sans concession des choix politiques qui ont dicté la réunification économique : primat de l’impératif politique sur les considérations économiques, croyance dogmatique dans les préceptes libéraux, imposition d’une politique inadaptée par la RFA sur des partenaires est-allemands dominés....
    Les orientations de l'Allemagne ne sont pas toujours claires, surtout à l'heure où elle est à un tournant. Angela quitte un monde incertain.
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vendredi 8 février 2019

Barbe au poil

 Pas barbant du tout.
               La barbe de trois jours, c'est on ne peut plus tendance
                   Mais pas n'importe laquelle. Cela se travaille. Une barbe au poil ne s'improvise pas
Elle demande le plus grand soin, individualisé. La barbe a presque toujours eu une dimension culturelle
             Depuis peu, fait assez rare, un barbu  a fait son entrée à Matignon. 
  Un effet de disruption dans la nouvelle start-up nationale? Un air de modernité assumée, de dépassement des codes anciens?
       Depuis  Clovis et Charlemagne (qui, dit-on, était imberbe) la barbe va et vient en politique,

    Sous des formes diverses, variables selon les époques et les cultures.
On ne voit pas un Louis XIV barbu et encore moins un De Gaulle . Pour Vercingétorix, si, mais certains doutent: on cherche encore une photo authentique.
      Macron, lui, n'a pas encore définitivement franchi le pas. Il hésite: y a le privé et le public. Et on murmure que Brigitte n'apprécie pas.

       De Jean à Edouard, en passant par Jules et Paul, il fut de bon ton de se barber. Chacun à sa manière, inventant parfois un style propre.
    Il y a bien un pouvoir du poil en politique selon les époques. Pouvoir diversifié.
     On peut faire une histoire de la pilosité en politique.
   Parfois hautement symboliques, voire idéologiques, les barbentousgenres ont fleuri depuis des siècles.
     On peut passer beaucoup de temps à explorer le barbuland:
  De la barbe fournie à la barbe moyenne  et travaillée, à la barbe branchée de trois jours, d'un négligé savant, la barbe envahit le champ politico-médiatique, au gré des humeurs.
    Voici les tendances pour le néo-conformisme barbu de l'année 2017.
     Cela n'est pas sans affecter le marché du rasoir. Mais Bic s'adapte...
Il y a la barbe cool et la barbe inquiétante, voire tribale ou intégriste, même s'il y a des subtilités. et s'il faut se méfier des apparences. La barbe ne fait pas le moine.
_________Le sujet n'est pas forcément barbant.
        Les divers appendices velus posent un homme et peuvent lui conférer un certain prestige:
 Combien de barbes saintes! Jésus a montré l'exemple, imitant en cela l'illustre Père, qui l'a abondante: l'éternité favorise la croissance. Même si le sujet concernant le système pileux du créateur fait débat dans le monde des théologiens...
   Dans sa toute puissance relative, il lui a échappé l'existence de quelques anomalies: les femmes à barbe. Un raté de la création.
   Donc le salut viendrait par la barbe.
        Même si certains barbus n'ont pas bonne presse.
   Même si la barbe ne fait pas toujours   le moine  ou l'imam  et s'il est des barbus très pointus.
         ______Rasoir, la politique, même velue?
              Pas du tout, dans une république vivante, mais qui ne peut fonctionner au quart de poil. Ce serait barbant que tout soit  taillé au ciseau.
                  Car la politique est souvent sur le fil du rasoir...

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jeudi 7 février 2019

Une ténébreuse affaire

 En verrons-nous un jour le bout?
        Mais que faisait-il dans cette galère ?
          Plus on avance dans l'élucidation de ce feuilleton à tiroirs, presque incroyable, plus on se perd dans des méandres compliquées, bien que certains points s'éclaircissent peu à peu, au cours d'une investigation qui fait son chemin. On n'en revient pas.
 Pour ce que l'on sait déjà, il apparaît que les rapports avec l'Elysée ne furent pas des plus clairs dès le début et que la Macronie n'en n'a pas fini avec cette compromission et cet imbroglio, dont elle semble ne pas pouvoir se dépétrer.
     L’affaire Benalla poursuit Emmanuel Macron comme son ombre.
      Point de vue:
         « Ce quinquennat est fragile, fragile, fragile », déclarait Philippe Grangeon en mars 2018, huit mois avant le mouvement des « gilets jaunes ». Ce fidèle d’Emmanuel Macron, qui plaidait depuis le début du quinquennat pour de meilleures relations avec les corps intermédiaires, va rejoindre l’Élysée en tant que conseiller spécial à partir du 4 février pour réorganiser la communication présidentielle. Mais n’est-ce pas trop tard ? Et s’agit-il seulement d’un problème de communication ? « Le Titanic avait un problème d’iceberg. Pas un problème de communication », a twitté un jour Paul Begala, l’ancien conseiller de Bill Clinton pourtant grand communicant devant l’Éternel.
       Dans le cas d’Emmanuel Macron, le « problème d’iceberg » est d’autant plus sérieux que la coque du navire présidentiel est d’une fragilité de porcelaine. Et l’iceberg est jaune comme un gilet.
Conçu dans l’improvisation d’une campagne hypothéquée par la présence du Front national au second tour, lancé dans l’euphorie d’une prise de pouvoir romanesque et porté en haute mer sous les applaudissements d’éditorialistes acquis à sa cause, le navire présidentiel n’a pas tardé à montrer ses malfaçons.
    Un premier ministre d’ancien régime, onctueux et ondoyant selon les circonstances, terriblement archaïque malgré son jeune âge, une majorité présidentielle brouillonne et incompétente, des ministres invisibles dont on a peine à retenir les noms et les visages, à l’exception de trois ou quatre personnalités tapageuses chargées du service après-vente de l’action gouvernementale. Sous des dehors affables et modernistes, le macronisme s’est révélé très vite cette entreprise vaine et toujours recommencée qui consiste selon Marx « à vouloir réaliser l’expression idéale, l’image transfigurée de la société bourgeoise ». Une société bourgeoise repeinte aux couleurs d’un néolibéralisme extrémiste, profondément inégalitaire qui cherche à s’imposer à une société fracturée par la crise financière de 2008.
    Qualifié d’« ovni politique », de « nouveau Bonaparte », et même d’« Obama français », Emmanuel Macron est l’homme d’une restauration ratée. Il voulait revenir aux sources monarchiques de la Ve République, recharger la fonction présidentielle d’une aura perdue, tout en la faisant basculer dans un autre univers, différent de celui de la politique, l’univers managérial. D’où ce syncrétisme troublant qui emprunte aux univers symboliques de la monarchie et de la modernité résumée par la formule de la « start-up nation » et sa bimbeloterie de produits élyséens désormais en vente libre.
      Menant sa campagne tambour battant, à la frontière du public et de l’intime, de la politique et du romanesque, s’efforçant d’exposer son combat comme sacré, Macron s’est présenté aux votes des Français comme un héros à la charnière de l’ancien et du nouveau monde, solennel et ambitieux, capable de résoudre par la magie des mots la « crise de notre temps ». N’appelait-il pas les Français au temps de sa campagne à « penser printemps », un printemps dont le seul signe perceptible est l’éclosion du jaune aux ronds-points…
   Hissé à de telles hauteurs lyriques, il ne pouvait que redescendre, régresser au niveau d’un discrédit qui n’a pas cessé de s’approfondir en une spirale nourrie par la surdité du pouvoir et sa superbe. De l’incarnation à l’exhibition, Emmanuel Macron poursuit sa réduction présidentielle. Selon ses propres mots, il en est au stade de la scarification.
     Ce discrédit est le produit d’un hiatus qui est au cœur de la crise actuelle des gilets jaunes : une gouvernance brutale sans souveraineté et une démocratie tapageuse sans réelle délibération. Impuissance d’agir et régression démocratique sont les deux coordonnées de notre misère politique, à l’image d’un grand débat national qui se donne à lire comme une performance et un show présidentiel.
      Mais l’affaire Benalla poursuit Emmanuel Macron comme son ombre. Les gilets jaunes le cernent tels les oiseaux de Hitchcock. Entre son ombre et les nuées de gilets qui appellent à sa démission, le président s’efforce de donner le change en multipliant les interventions publiques. Devant des assemblées d’écharpes tricolores alignées comme au lever des couleurs ou en immersion au milieu des Français rameutés à l’occasion du grand débat, le président est en campagne, un président affable, pédagogue infatigable de la rhétorique néolibérale qu’il connaît sur le bout des doigts et à laquelle plus personne ne croit.
     Ce n’est ni un débat ni une discussion, c’est un one-man-show dans lequel les questions qui lui sont adressées lui servent de tremplin. Il n’anime pas le débat, il le mime. Le gouvernement a transformé le grand débat national en « une opération de communication » au profit d’Emmanuel Macron… « Le grand débat est faussé », a déclaré Chantal Jouanno, la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP). La plateforme internet « était prête, sauf qu’en fait, ils ont tout refait, dit-elle. On n’avait pas prévu de faire une opération de communication, mais un grand débat, donc on avait prévu de faire une plateforme numérique totalement ouverte […] où tout le monde pouvait échanger sur n’importe quel sujet »....... 
    Après celle de Jérôme Cahuzac qui avouait détenir un compte à l’étranger sur un répondeur téléphonique, après celle de Nicolas Sarkozy mis sur écoute par la justice dans l’affaire Bismuth ou enregistrée à son insu par son conseiller Patrick Buisson, une fois de plus c’est une voix enregistrée qui vient semer le trouble jusqu’au sommet de l’État 
  Ainsi de la conversation entre Alexandre Benalla et Crase, son comparse de la Contrescarpe. Et tout d’abord qu’elle a eu lieu. Comme la lettre volée d’Edgar Poe, l’enregistrement est en soi la preuve manifeste du délit. Benalla et Crase se sont bien rencontrés le 26 juillet dernier, à Paris, en violation manifeste du contrôle judiciaire qui leur interdisait tout contact. 
  Au cours de cette conversation Alexandre Benalla révèle, contrairement à ce qu’il a juré sous serment devant le Sénat, qu’il s’est personnellement impliqué, touchant de l’argent au passage alors même qu’il travaillait à l’Élysée, dans un contrat de sécurité avec un oligarque russe proche de Vladimir Poutine, par ailleurs soupçonné de liens avec la mafia. Enfin, l’indélicat conseiller se prévaut du soutien personnel du chef de l’État et de liens qui se sont prolongés avec l’Élysée pendant plusieurs mois après sa mise en examen.La violation du contrôle judiciaire, le parjure devant le Sénat, les liens éventuels avec la mafia russe seraient couverts en quelque sorte par le soutien du chef de l’État exprimé selon les confidences d’Alexandre Benalla à Vincent Crase par un SMS d’Emmanuel Macron. « Le patron, hier soir, il m’envoie un message, il me dit : “Tu vas les bouffer, t’es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi. Je suis avec Isma [Ismaël Emelien, conseiller spécial du président – ndlr], on attend Le Monde, etc.” », rapporte l’ancien collaborateur de l’Élysée, en allusion à l’entretien fleuve qu’il avait accordé à l’époque au quotidien du soir. « Donc le patron [Emmanuel Macron – ndlr] nous soutient ? » interroge alors Crase, l’ancien responsable de la sécurité de La République en marche. « Ah ben il fait plus que nous soutenir », réplique Benalla. « Il est comme un fou. (…) C’est énorme quand même », conclut-il ensuite, hilare.
   Alexandre Benalla est un prisme qui permet de comprendre Emmanuel Macron au regard de son langage. « Tu vas les bouffer, t’es plus fort qu’eux. » Selon ses proches, le registre vulgaire ne relève pas seulement d’un calcul visant à se montrer proche des gens, accessible et populaire. Au contraire, en privé, Emmanuel Macron pourrait même se montrer très direct, voire cru, dans ses propos, « un vocabulaire sexuel très vert ».
      Lors d’un conseil présidentiel des villes en mai dernier, il avait mis en cause la « tétra-chiée d’associations » en banlieue sans oublier le fameux pognon de dingue que coûtent les minima sociaux. Un portrait qui tranche avec l’image élitiste, souvent décriée, dont bénéficie l’ex-énarque. « Ce n’est pas le gendre idéal, loin de là. C’est un mauvais garçon. 
      La violence verbale commune au président et à son ex-conseiller atteste d’une affinité entre les deux hommes, sinon d’un mimétisme. Ils ont un langage en commun. Leurs écarts de langage ne sont pas de simples dérapages. Le moi disait Freud est une « pauvre créature, devant servir trois maîtres ». Le monde extérieur se remplit de gilets jaunes, le ça Benalla n’en fait qu’à sa tête et le surmoi jupitérien est saisi de vertige. Pour le dire de façon imagée, la vulgarité de Macron, c’est l’expression du ça benallien qui se rebelle contre son surmoi jupitérien. Cela donne le choc incontrôlé de deux registres linguistiques. L’un se veut intello, pédagogue, modéré, l’autre profane, vulgaire, violent.
    De l’affaire du Watergate aux micros du Canard enchaîné et aux écoutes de François Mitterrand, désormais c’est le président lui-même, ses ministres, ses conseillers qui sont écoutés et parfois trahis par leur propre voix. Nul besoin de cambrioleurs rocambolesques pour poser des micros, les progrès de la téléphonie mobile ont réduit à néant le champ des conversations à voix basse, les tête-à-tête discrets, les messes basses et les conciliabules.
    Nicolas Sarkozy avait imaginé un subterfuge pour échapper aux grandes oreilles de la justice. Il communiquait avec son avocat Thierry Herzog au moyen d’un téléphone secret acheté au nom d’un certain Paul Bismuth. Peine perdue, la justice retrouva sa trace et mit sur écoute le soi-disant Bismuth. Mediapart publia des extraits de sept écoutes judiciaires de leurs conversations notamment celle où MHerzog qualifie de « bâtards de Bordeaux » les juges qui avaient mis en examen l’ex-président dans le cadre de l’affaire Bettencourt.
    Ces voix enregistrées, nous les écoutons, incrédules, fascinés, car elles disent la vérité du pouvoir. Et cette vérité est indécente. C’est la voix du cynisme et de la vulgarité chuchotée dans l’entre-soi. Nous les écoutons avides de connaître les informations qu’elles contiennent, mais aussi, pour leurs résonances et leurs interactions. L’enregistrement sonore a valeur de preuve. Ne dit-on d’une pièce à conviction qu’elle a parlé ? Et c’est bien le cas de ces voix ; elles parlent et nous disent sans ambages la vérité du pouvoir. 
    Les images de la Contrescarpe manifestaient cette brutalité emphatique qui n’appartient pas au registre du maintien de l’ordre, mais à une symbolique et à une esthétique, celles du catch. Une violence ostentatoire qui explique sans doute sa viralité sur les réseaux sociaux. Une violence surjouée devant une audience imaginaire. Benalla jouait pour lui-même un rôle vu au cinéma ou à la télé. Et cette scène à la fois réelle et imaginaire dévoilait la violence à l’œuvre sous le visage affable du pouvoir. Ce que confirme Alexandre Benalla lui-même : « C’était un film l’histoire quand même, hein ? », dans sa conversation avec Vincent Crase. 
  Les violences contre les migrants, les zadistes, les lycéens d’Arago ou des élèves de Mantes-la-Jolie, les violences contre les gilets jaunes… toutes prennent sens et trouvent leur cohérence dans une entreprise concertée d’intimidation – comme si l’État avait déclaré la guerre à toute la société. C’est en cela que l’affaire Benalla peut être qualifiée d’affaire d’État : parce qu’elle rend perceptible une certaine vérité de l’État et que cette vérité est « violence ». Violence ciblée contre toute tentative d’opposition politique. Mais aussi violence suspendue au-dessus de la tête de tout citoyen, dans une sorte de couvre-feu général. Plus personne n’est à l’abri.....
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- Success Story
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