mardi 13 octobre 2020

Vers un capitalisme numérique?

Un virage de fond

                   Le capitalisme est en train de changer de forme, en gardant ses structures, ses objectifs de fond.  Ce phénomène n'est pas nouveau, mais il a tendance à s'accélérer, sous l'effet de la crise actuelle.      Rien de fondamental ne viendra en modifier la logique, mais les modes de production et les rapports de production vont inévitablement continuer à se redéfinir en profondeur.  De nouvelles organisations du travail se préparent, qui vont approfondir et maximiser des tendances actuelles et les dépasser dans bien des domaines. Jusqu'aux projets les plus avant-gardistes , voire les plus inquiétants... 

                  "....   Il semble qu’une stratégie du choc cohérente est en train d’émerger de la pandémie. Appelons-la le Screen New Deal. Bien plus high-tech que tout ce que nous avons vu lors des catastrophes précédentes, elle se dessine à toute vitesse, alors même que les corps continuent de s’entasser, et fait des semaines d’isolement physique que nous avons vécues non pas une douloureuse nécessité destinée à sauver des vies, mais un laboratoire à ciel ouvert, avant-goût d’un avenir sans contact, permanent et hautement profitable.   Anuja Sonalker, PDG de Steer Tech, une entreprise du Maryland qui vend des technologies de stationnement autonome, a récemment résumé le nouveau discours dominant, actualisé à la suite du virus : « On assiste à un net engouement pour les technologies sans contact et sans humain », a-t-elle déclaré. « Les humains constituent des risques biologiques, les machines non. ».....                              _____C'est le projet de l'intégration numérique du maximum de secteurs de la société qui refait surface. La 5G va servir de moteur nouveau à cette accélération apparemment sans limites. Toutes les sphères de la vie seraient peu à peu concernées dans cette fuite en avant sans perspective aucune sinon la croissance pour la croissance, la concurrence exacerbée avec la puissance chinoise et le et la profit rapide et maximal.            Avec la perspectives de nouvelles "libertés", qui sont déjà en projet ou parfois en application et qui posent des questions de fond sur le mode de fonctionnement de nos sociétés: : "...La négociation de faibles contraintes juridiques et fiscales par les grandes entreprises du numérique (fiscalité, droit du travail, contentieux etc.), les nouvelles formes d’organisation du travail que recouvre la « capitalisme de plateformes », associant des formes d’hypersalariat et un processus de précarisation/destruction d’emplois, les entraves éventuelles à l’émergence de modèles alternatifs de propriété, d’échange, de production et de redistribution (communs, coopérativisme, makers, cryptomonnaies, etc.) ou bien leur réintégration dans le fonctionnement général du capitalisme numérique, le renversement de la norme de la vie privée à travers la question de la collecte des données et du traitement de l’information..."                               Comme le signale Cedric Durant, c'est vers une forme de néo-féodalisme que nous risquons de basculer.      "....Les sources de cette régression sont à rechercher dans l’idéologie qui s’est imposée dans les années 1990-2000 et qui, au nom de l’espoir technologique, a permis de renforcer et d’accélérer le mouvement néolibéral à l’œuvre depuis déjà deux décennies. Le « consensus de la Silicon Valley » a alors rajeuni le « consensus de Washington » des années 1980 en promettant de renforcer l’efficience du capitalisme. C’est le discours de la « start-up nation » porté au pouvoir en 2017 par Emmanuel Macron et qui constitue toujours son cadre de pensée : la France a pris du retard parce qu’elle n’a pas su monter dans le train de l’innovation à cause de ses pesanteurs.  Car le consensus de la Silicon Valley formule les mêmes exigences que celui de Washington : la mise au service du capital de l’État ; les « réformes structurelles » de flexibilisation du travail et des marchés, et de financiarisation. Mais le tout est enrobé dans un discours reprenant les thèmes utopiques des années 1970, qui vise à redonner confiance dans la force du capitalisme. D’où l’insistance sur la « destruction créatrice » perçue comme le moyen de cette régénérescence...." _______________________

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