Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 27 août 2018

Dictature du bonheur.

  Le bonheur: un mythe?     
                            Il peut sembler paradoxal de faire une critique de cette notion tant proclamée, si souvent revendiquée, si valorisée à tous propos.
    Surtout aujourd'hui dans la sphère médiatico-publicitaire où le bonheur est présenté comme à portée d'achat, même pour la présentation d'une nouvelle cuisine où d'un voyage exotique...qui vont changer votre vie.
   Le bonheur est censé être là devant nous, à notre portée.

C'est comme une injonction de tous moments, contre toutes les souffrances et les frustrations qui nous habitent régulièrement.
   Un thème rémanent, qui semble plutôt frustrant lui-même, comme un horizon qui fuit sans cesse, une nostalgie sans fin, un objectif jamais accompli, d'autant plus qu'on y investit trop de nos rêves et de nos fantasmes.
   Et pourtant il reprend toujours de la vigueur jusqu'à devenir un objet de marché.
     Soyez heureux! c'est plus qu'un conseil, c'est devenu une injection forte, un impératif, parfois  un ordre.
   Il y a des spécialistes pour cela, gourous ou coachs en tous genres chargés de vous indiquer les voies  du bonheur, les moyens d'y accéder à coup sûr.
        Certes, ce n'est pas nouveau, mais c'est devenu plus systématique et obsessionnel, organisé dans l'univers marchand qui est le nôtre, jusqu'à saturation. Il faut des thèmes accrocheurs pour vendre envers et contre tout, même le plus futile, voire le plus inutile. Le hameçons ordinaires finissent pas s'user très vite et il ne faut pas faire dans le prosaïque, même pour vendre un yaourt.
     La nouvelle happynesindustry a ses codes et ses règles, quitte à se contredire et à ne pas aboutir à ses objectifs et à ses recettes pourtant déclarées sûres.
           La maximisation du moi est d'actualité, dans un monde de plus incertain et précaire.
Son développement jusqu'à l'obsession est devenu un thème dominant, dans tous les domaines, jusqu'à prendre le contrôle de notre vie de plus en plus américanisée.
    Jusqu'à devenir un soft-instrument de contrôle des esprits.
 Certains se rendent vite compte de l'insatisfaction qu'elle produit, jusqu'à devenir parfois toxique
  Etre moins obsédé par soi-même serait le meilleur moyen de ne pas tomber dans le piège de ce mirage obsédant, pour une plus grande sérénité, en revoyant l'ensemble de nos valeurs.
       Tout incite à se méfier de ceux qui prétendent posséder les secrets du bonheur....
             Kant n'en faisait qu'un concept indéterminé. 
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     ....Dans la bouche de celles et ceux qui les élaborent et les commercialisent, les emodities seraient devenus les outils les plus efficaces de réussite ou, plus modestement, les soutiens indispensables pour se maintenir à flot dans un contexte socioéconomique dégradé, imprévisible, menaçant et terriblement anxiogène.   La thèse d’Happycratie est que les marchandises émotionnelles sont effectivement celles dont la philosophie sous-jacente possède le plus d’affinités avec les nouvelles exigences de flexibilité qui caractérisent le monde du travail et la vie en société.    Dans la période post-crise 2008, durant laquelle les inégalités se creusent, les chances de mobilité sociale s’amnuisent, le fonctionnement du marché du travail se durcit, l’appel à faire preuve d’enthousiasme, de positivité et d’autonomie contribue à faire porter sur les individus la responsabilité de tout ce qui dysfonctionne.   Des phénomènes structurels lourds comme les variations du taux de chômage ou la dette des États peuvent passer au second plan ou même être occultés au profit de l’encouragement à devenir l’entrepreneur de soi-même, à rebondir et à faire de ses échecs des opportunités –autant de maximes qui forment un néo-bouddhisme absurde, une «pornographie émotionnelle» que les adeptes des fils d’actualité du réseau Linkedin ne connaissent malheureusement que trop bien.
       La manière positive d’envisager la vie serait devenue notre façon adaptative de survivre à la nouvelle donne économique, mais également une forme d’obéissance et de conformisme, écrivent les sociologues, qui prendrait «la forme d’un travail sur le moi et d’une maximisation de ce moi»....    «Alors même que les populations n’ignorent en rien cette instabilité et cette précarité générales, les forces structurelles qui façonnent les existences individuelles restent à leurs yeux pour l’essentiel illisibles, incompréhensibles»..._______________________________________

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