Qu'est-ce qu'un homme? Un vrai!
La question du machisme n'a jamais quitté la scène du débat sociétal. Depuis la nuit des temps, comme on dit, elle semble avoir régné longtemps sans discussion, sans débat. A l'homme, la force physique et morale, à sa partenaire, la faiblesse et les sentiments, l'amour maternel. Même si on peut s'interroger sur ce qui est sans doute un cliché. Il fut des périodes, déjà au néolithique et dans des cultures matrilinéaires où les femme avaient beaucoup d'ascendant sur l'homme et assumaient des tâches qui lui étaient dévolues., avec une force morale et parfois physique étonnante. L'ordre masculin n'a pas toujours tenu le haut du pavé. Mais leur pouvoir, domestique ou politique, a vite repris le dessus, en Europe notamment, surtout après la Grande Guerre, où les épouses assumaient toutes les tâches. Les mouvements de suffragettes, puis le début de certains mouvements féministes, initiés notamment par l'étonnante Olympe de Gouges puis confirmés par Simone de Beauvoir, commencèrent à changer la donne, pour entrer dans les mouvements actifs de libération aux USA et en Europe. Parfois avec force et audace, aux yeux de certains mâles dominants sentant le monopole leur échapper dans certains domaines réservés. Ce qui ne manqua pas de provoquer certains retours de balancier, s'exprimant aujourd'hui parfois de manière explicite et organisée. Parfois violente, comme aujourd'hui.. Un machisme assumé, un virilisme revendiqué, publiquement ou sur sur les réseaux sociaux, un masculinisme sans complexe, parfois au somment du pouvoir, comme à Washington, sous forme de contre-révolution. Un mouvement ouvertement réactionnaire. Au delà de l'ancien patriarcat. Pouvant déboucher sur le terrorisme. Une déjà longue histoire de résistance. Une idéologie parfois inquiétante. Des rapports du Sénat en donnent un idée. Une polarisation grandissante: "...On est face à une minorité, ultra conservatrice, souvent d'extrême droite, en tout cas de droite très radicale, souvent ultra-catholique, qui a décidé d'être déterminée sur ce sujet-là et qui conteste l'idée de faire du consentement une nouvelle norme éthique et qui dit que si on a l'égalité, donc c'est là où on voit que dans le masculinisme il y a un projet politique de réfutation de l'égalité et pas seulement entre les sexes mais aussi entre les ethnies, avec une idée de suprématie blanche. Cette petite minorité agissante, très structurée, très financée, a réussi, lors du gouvernement Barnier, à faire capoter ce projet qui avait un consensus total dans la communauté éducative. Dans tous les mouvements réactionnaires d'ampleur, et dans les mouvements fascistes, totalitaristes, le nazisme en particulier, il y a toujours eu des femmes qui ont été portées comme des alliées, comme Némécis par exemple aujourd'hui pour pouvoir être utilisée pour adoucir l'image misogyne. Et ce n'est pas que l'extrême droite qui a le monopole du masculinisme. Il y a aussi les fondamentalistes comme l'Afghanistan avec cet apartheid de genre. Ce terme est en train de se densifier aux Nations Unies pour devenir un concept et qui vise à effacer de l'espace public les femmes..."
".... Les masculinistes d'aujourd'hui adoptent des argumentaires qui existent de longue date sur le continuum de l'opposition à l'égalité, des conservateurs jusqu'à l'ultradroite. Ce qui les rassemble philosophiquement est une conception naturaliste et essentialiste de la différence des sexes qui justifie l'ordre inégalitaire et la soumission féminine à l'autorité masculine. D'où la détestation particulière vouée à l'étude sociologique et historique de cet ordre patriarcal que l'on retrouve aujourd'hui dans la critique des études de genre renommées wokisme. Une détestation ancienne dont ont été victimes jadis les « femmes savantes », les « précieuses ridicules », des « bas bleus », des « cervelines »... Le pouvoir émancipateur de la lecture, de l'étude et de la recherche doit être combattu ! Le revanchisme à l'égard de la réussite scolaire des filles ainsi que l'hostilité à l'égard de comportements culturels devenus massivement féminins et perçus comme dévirilisants (comme la visite des musées ou la pratique de la danse) sont des dimensions non négligeables du masculinisme. Les masculinistes s'opposent aux droits des femmes. À tous les droits des femmes. L'égalité civile, le partage de l'autorité parentale, et même le droit de vote sont actuellement remis en cause par des masculinistes trumpistes : l'enjeu est une restauration de l'autorité des hommes sur les femmes dans tous les domaines. L'amplitude de cette remise en cause des droits des femmes est inédite. Elle inclut bien sûr le plus fragile des droits : les droits reproductifs. La position dite prolife se combine avec des agendas natalistes, familialistes, populationnistes. Le réarmement démographique coïncide toujours avec la régression des droits des femmes. L'imaginaire sexuel de l'idéologie masculiniste doit aussi retenir l'attention. Hétérocentré, homophobe, viriliste, il est formaté par la pornographie et une culture du viol dont nous mesurons mieux aujourd'hui la banalité. Le droit au viol, la décrédibilisation de la parole des victimes font partie du discours masculiniste. Il n'est pas exagéré de relier masculinisme militant et féminicide, comme l'a montré en France l'affaire Philétas en 2023. On observe en ce moment l'extension sémantique du mot masculinisme pour rendre compte des violences masculines requalifiées comme masculinistes, c'est sans doute une façon de souligner les enjeux de pouvoir et la dimension politique d'actes longtemps considérés comme des faits divers. Si l'antiféminisme n'est pas nécessairement misogyne, le masculinisme l'est. Il propage la haine des femmes et du féminin, synonymes de faiblesse, ou au contraire de toute puissance. Dans les fantasmes de transhumanisme, de vie éternelle, d'eugénisme, le féminin est plus que jamais du côté de la nature, de la finitude. Cette haine inclut la haine du flou dans le genre, du queer, et de tout ce qui dévirilise les hommes. Le sens initial du mot - la pathologie - n'a pas disparu. Si le masculinisme vise les femmes et les masculinités déviantes par rapport à leur norme, il s'acharne en particulier sur certaines femmes en faisant converger différentes stigmatisations. Je nomme intersectionnalité des haines ce point de rencontre. Historiquement, il concerne massivement les femmes colonisées, les étrangères, les femmes juives, les femmes appartenant à des minorités religieuses, sexuelles, de genre... C'est à travers l'objet de haine, altérisé, méprisé, violenté que se dessine le suprémacisme masculin hétérosexuel cisgenre, blanc et chrétien... Pendant longtemps, le masculinisme n'a pas constitué un mouvement en France. L'antiféminisme était diffus et le droit protégeait les privilèges masculins. L'antiféminisme allait de soi dans les mouvements conservateurs et réactionnaires mixtes et féminins à l'époque de la première vague féministe. La France n'a pas connu d'organisations dédiées uniquement à la lutte antisuffragiste. L'influence de l'Église catholique était déterminante. L'antiféminisme était un peu partout : blagues de comptoir, caricatures, discours politiques, romans, théâtre, films, oeuvres savantes et publications pour la jeunesse. L'évolution des moeurs et des lois entre les années 1960 et 1980 change la donne. En 1969, l'affaire du forcené de Cestas, ayant tué 2 de ses enfants et un gendarme avant de se suicider est un point d'origine : on compatit alors avec le meurtrier bouleversé par son divorce. En 1970, est fondée une première association pour la défense des intérêts des divorcés hommes. Puis un Mouvement de la condition masculine et paternelle se forme, prenant deux voies : la défense de la condition masculine, dans une perspective antiféministe, et la défense de la condition paternelle, au nom de l'intérêt des enfants et du modèle familial traditionnel. La victimisation des hommes et l'accusation portée contre la féminisation de la justice annoncent le masculinisme d'aujourd'hui. Contre les droits reproductifs, le combat continue, encouragé de fait par l'Église catholique qui n'a pas bougé sur la contraception et l'avortement et qui prend un tournant plus conservateur en rupture avec le progressisme de Vatican II. En 2012-2013, c'est la manif pour tous qui déploie sa contre-offensive contre les droits LGBT annonçant déjà son agenda anti-transidentité. Les courants masculinistes contemporains ne revendiquent pas cette filiation. L'anthropologue Mélanie Gourarier propose de désigner ainsi : « tout groupe organisé autour de la défense de la "cause des hommes" dans une confrontation/rivalité avec le féminisme et les femmes ». Cela inclut un masculinisme associatif et un masculinisme en ligne, la manosphère. Cette mouvance est hétérogène : elle compte des mouvements religieux conservateurs, certaines communautés du jeu vidéo, la communauté de la séduction, les séparatistes, les « abstinents involontaires » (incels) animés par un ressentiment misogyne. Le masculinisme associatif rassemble aujourd'hui quelques milliers d'adhérents. Aurélie Fillod-Chabaud a compté 141 associations enregistrées au Journal officiel entre 1996 et 2013. De quoi former des militants....." _____________________________
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