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mardi 13 octobre 2015

Noir c'est noir

D'un monde déglingué à un humour désespéré                  [remaking]
                                                                   De l'humour noir...
                        L'humour est un art délicat
Sans humour, le sérieux tue. Pas d'élégance d'esprit, de légèreté d'être.
Mais trop d'humour tue l'humour.
         Le bon dosage n'est pas facile.(*)
Il y l'humour lourd, dont on se lasse vite, et l'humour subtil, ni blessant, ni répétitif.
      Il y a aussi l'humour noir, permettant souvent la plus efficace des critiques sociales.
On l'a appelée parfois la politesse du désespoir 
       Un genre difficile à manier. Mais par sa radicalité et son traitement judicieux de la répulsion-dérision, du sentiment d'horreur, de désespoir , à la limite de l'acceptable, il peut parfois, mieux que des discours édifiants ne suscitant pas de réaction, créer un choc émotionnel permettant une prise de conscience salutaire, parfois un plaisir purement esthétique neutralisant l'horreur (de la mort, le plus souvent), parfois une révolte nécessaire.
-"...Dans un monde sans Dieu, sans morale, sans haut ni bas, l'humour noir est la « politesse du désespoir », l'outil par lequel l'homme « polit » la conscience de son propre néant. Cette conception de l'humour noir se retrouve, à la fin du siècle, dans l'œuvre de Dominique Noguez : de toutes les couleurs de l'humour qu'il identifie dans L'Arc-en-ciel des humours, le noir semble bien être la couleur primaire, primordiale, dont toutes les autres ne sont que des reflets. Pour Freud, l'humour sert avant tout à déplacer ou rejeter l'affect douloureux ; mais, comme le dit Noguez, « le malheur se venge » : l'humoriste est un être profondément mélancolique, qui ne peut rire sans pleurer, et dont les larmes, en un cercle vicieux mais esthétique, sont à la source de son rire..."
______"Apprendre à mourir! Et pourquoi donc? On y réussit très bien la première fois." (Chamfort)
-"Je tiens beaucoup à ma montre, c'est mon grand-père qui me l'a vendue sur son lit de mort" (W.Allen)____
___________________*_Jonathan Swift, l'auteur de Gulliver, est un exemple célèbre d'auteur pratiquant l'humour noir radical, avec un sérieux et un détachement parfois glaçants.
       -Dans un monde soumis à l'exclusion et à la famine, il suggère de réinsérer les pauvres dans le cycle économique, puisqu'ils sont des bouches inutiles qui coûtent cher, donc de "rationaliser la mendicité" ("Projet d'attribution d'insignes distinctifs aux mendiants...")
-Dans sa "Modeste contribution..", il suggère aux riches de consommer la chair de bébés, de toute manière en surnombre . En supprimant les enfants, on leur évite la fatale plongée dans la misère et le crime... "J'admets qu'il s'agit d'un comestible assez cher, et c'est pourquoi je le destine aux propriétaires terriens: ayant sucé la moëlle des pères, ils semble les plus qualifiés pour manger la chair des fils."
"Un altruisme dévorant ", en quelque sorte...(Tordjman)
______________________________
                                     * Aujourd'hui, où on constate l'augmentation spectaculaire de l'espérance de vie , donc des problèmes liés au vieillissement , à leur coût social et à la question épineuse du paiement des retraites, la question peut se poser de l'"utilité" des vieux..
Ne pourrait -on pas, là aussi, envisager des solutions radicales?
__Bonne question pour s'interroger sur la valeur de la vieillesse et sa valeur sociale: Supprimer les vieux?...
                                     * Les appels à la sagesse écologique semblent très peu entendus, du moins à l'échelle de la planète et sur les problèmes les plus cruciaux. Les solutions apportées semblent si dérisoires et si tardives par rapport aux enjeux que l'on peut se demander si l'humanité ne compromet pas l'existence de la vie sur terre par détérioration irréversible des écosystèmes.
     D'où le titre provocateur:-L'Humanité disparaîtra, bon débarras!
______________________
              Pas facile de définir l'humour noir...
-"...la Modeste proposition rappelle davantage d'autres textes du XVIIIe siècle, produits de l'autre côté de la Manche, et qu'on ne songerait pas raisonnablement à classer dans la famille de l'humour, des textes comme Candide ou les pages de L'Esprit des lois consacrées à l'esclavage. De tels rapprochements montrent la frontière parfois mince entre humour noir et ironie (et entre humour et ironie en général) : mais lorsque la fonction pragmatique d'une page réside dans la dénonciation, l'analyse doit renoncer à l'étiquette humoristique.
La Modeste proposition, quoique remarquablement noire par l'alliance de son sujet et du ton détaché de son narrateur, reste en deçà de la sphère spécifique de l'humour noir. On lui préférera, comme exemples plus satisfaisants, des textes comme De l'assassinat considéré comme l'un des beaux-arts de De Quincey, ou « L'appareil pour l'analyse chimique du dernier soupir » de Villiers de l'Isle-Adam . Ce dernier texte a un fonctionnement relativement similaire à celui de la Modeste proposition, puisqu'il s'agit d'une sorte de traité publicitaire parodique, vantant les bienfaits de la dite machine pour habituer les enfants à l'idée de la mort, et finalement éradiquer les désagréments liés au deuil et à la peur du néant dans la société moderne.
Mais alors que les pages de Swift aspiraient à avoir une efficace politique immédiate, celles de Villiers de l'Isle-Adam, si elles dépeignent une idéologie peu reluisante, fonctionnent néanmoins de manière plus gratuite et ne visent pas principalement à dénoncer. L'humour noir y trouve une certaine autonomie poétique, qu'il serait peut-être vain de chercher avant le XIXe siècle. Si l'énonciateur d'un propos ironique et celui d'un propos relevant de l'humour noir se ressemblent à bien des égards, c'est à cause de l'apparent détachement qu'ils affichent tous deux face à leur sujet (on songe encore une fois au condamné à mort de Freud, mais aussi au narrateur de Candide).
La différence fondamentale, encore une fois, réside dans la visée pragmatique du discours : l'ironie en a une, l'humour peut-être pas. Tout au plus dira-t-on avec Freud que l'attitude « pince-sans-rire », « flegmatique », de l'humoriste, joue un rôle dans un processus de désinvestissement affectif : une personne usant d'humour noir le ferait avant tout pour elle-même. En somme, une définition satisfaisante de l'humour noir devrait se faire à la croisée du thématique et du psychologique. La notion de désinvestissement doit pouvoir être généralisée : Freud en parle uniquement à propos du sujet qui ferait preuve d'humour face à son propre malheur, ce qui semble exclure l'humour noir « gratuit », celui d'un De Quincey par exemple. Mais peut-être peut-on parler dans de tels cas d'effet de désinvestissement dans les textes littéraires : l'humour noir fonctionne parce que le lecteur perçoit ce désinvestissement, non seulement chez le narrateur (comme dans certains récits d'Ambrose Bierce) mais aussi chez l'auteur, ou du moins l'implied author (ce qui exclut du champ un texte comme la Modeste proposition, où le lecteur perçoit clairement, sous le calme au premier degré du narrateur, l'iron
ie indignée qui perce). .." (P.Moran)__________________[-André Breton « Anthologie de l'humour noir ».-Pourquoi j'ai mangé mon père-Manuel du savoir-mourir-Le charme discret de la bourgeoisie - Luis Bunuel-Grand Prix de l'humour noir]


...A l'humour très noir:
                                   On recrute en Arabie Saoudite.
    Ce cher royaume a ses habitudes
      Il a aussi des prétentions humanitaires.
Bon salaire.Emotifs, s'abstenir.
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(*)____    Les bons conseils d'un puriste.
               L ancien locataire de l'Elysée prêche la maîtrise du vocabulaire.
                   "Casse-toi, pauvre c**", c'est fini!
     ____    Les sapinades laissent aussi perplexe que les raffarinades.
     ____    Dure, dure, la com de crise!
              Alors qu’on estime en France à près d’1 million le nombre de véhicules « concernés », et que « volkswageniser » est en passe de devenir un verbe (assez péjoratif), la marque allemande ajoute :
« Nous souhaitons aussi vous exprimer nos plus sincères regrets et vous dire que nous ferons tout pour regagner votre confiance. »
    ____  Des tués? Bof!ça arrive...
                 Mais pas en Australie.
      __ Ubu revient
                    Quand un assisté de première catégorie s'en prend à ceux qui le sont (beaucoup) moins...
____  Crédit Mutuel; :Une banque à qui parler, ou dont on va parler?
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dimanche 13 juin 2010

Humour noir

...Et critique sociale

______-L'humour noir , politesse du désespoir »-(A.Chavée) ,est un genre difficile à manier. Mais par sa radicalité et son traitement judicieux de la répulsion-dérision, du sentiment d'horreur, de désespoir , à la limite de l'acceptable, il peut parfois, mieux que des discours édifiants ne suscitant pas de réaction, créer un choc émotionnel permettant une prise de conscience salutaire, parfois un plaisir purement esthétique neutralisant l'horreur (de la mort, le plus souvent), parfois une révolte nécessaire.

[Crédit dessin]
-Goubelle, dessinateur-





-"...Dans un monde sans Dieu, sans morale, sans haut ni bas, l'humour noir est la « politesse du désespoir », l'outil par lequel l'homme « polit » la conscience de son propre néant. Cette conception de l'humour noir se retrouve, à la fin du siècle, dans l'œuvre de Dominique Noguez : de toutes les couleurs de l'humour qu'il identifie dans L'Arc-en-ciel des humours, le noir semble bien être la couleur primaire, primordiale, dont toutes les autres ne sont que des reflets. Pour Freud, l'humour sert avant tout à déplacer ou rejeter l'affect douloureux ; mais, comme le dit Noguez, « le malheur se venge » : l'humoriste est un être profondément mélancolique, qui ne peut rire sans pleurer, et dont les larmes, en un cercle vicieux mais esthétique, sont à la source de son rire..."

______"Apprendre à mourir! Et pourquoi donc? On y réussit très bien la première fois." (Chamfort)
-"Je tiens beaucoup à ma montre, c'est mon grand-père qui me l'a vendue sur son lit de mort" (W.Allen)





.__________Jonathan Swift, l'auteur de Gulliver, est un exemple célèbre d'auteur pratiquant l'humour noir radical, avec un sérieux et un détachement glaçants

§-Dans un monde soumis à l'exclusion et à la famine, il suggère de réinsérer les pauvres dans le cycle économique, puisqu'ils sont des bouches inutiles qui coùtent cher, donc de "rationaliser la mendicité" ("Projet d'attribution d'insignes distinctifs aux mendiants...")
-Dans sa "Modeste contribution..", il suggère aux riches de consommer la chair de bébés, de toute manière en surnombre . En supprimant les enfants, on leur évite la fatale plongée dans la misère et le crime... "J'admets qu'il s'agit d'un comestible assez cher, et c'est pourquoi je le destine aux propriétaires terriens: ayant sucé la moëlle des pères, ils semble les plus qualifiés pour manger la chair des fils."
"Un altruisme dévorant ", en quelque sorte...(Tordjman)
_______________________________Mangez les bébés...pour leur bien!

§-Aujourd'hui, où on constate l'augmentation spectaculaire de l'espérance de vie , donc des problèmes liés au vieillissement , à leur coût social et à la question épineuse du paiement des retraites, la question peut se poser de l'"utilité" des vieux..
Ne pourrait -on pas, là aussi, envisager des solutions radicales?
__Bonne question pour s'interroger sur la valeur de la vieillesse et sa valeur sociale
_____________________Supprimer les vieux?...

§-Les appels à la sagesse écologique semblent très peu entendus, du moins à l'échelle de la planète et sur les problèmes les plus cruciaux. Les solutions apportées semblent si dérisoires et si tardives par rapport aux enjeux que l'on peut se demander si l'humanité ne compromet pas l'existence de la vie sur terre par détérioration irréversible des écosystèmes.
D'où le titre provocateur:
__________-L'Humanité disparaîtra, bon débarras!

De la difficulté de définir l'humour noir...
-"...la Modeste proposition rappelle davantage d'autres textes du XVIIIe siècle, produits de l'autre côté de la Manche, et qu'on ne songerait pas raisonnablement à classer dans la famille de l'humour, des textes comme Candide ou les pages de L'Esprit des lois consacrées à l'esclavage. De tels rapprochements montrent la frontière parfois mince entre humour noir et ironie (et entre humour et ironie en général) : mais lorsque la fonction pragmatique d'une page réside dans la dénonciation, l'analyse doit renoncer à l'étiquette humoristique.
La Modeste proposition, quoique remarquablement noire par l'alliance de son sujet et du ton détaché de son narrateur, reste en deçà de la sphère spécifique de l'humour noir. On lui préférera, comme exemples plus satisfaisants, des textes comme De l'assassinat considéré comme l'un des beaux-arts de De Quincey, ou « L'appareil pour l'analyse chimique du dernier soupir » de Villiers de l'Isle-Adam . Ce dernier texte a un fonctionnement relativement similaire à celui de la Modeste proposition, puisqu'il s'agit d'une sorte de traité publicitaire parodique, vantant les bienfaits de la dite machine pour habituer les enfants à l'idée de la mort, et finalement éradiquer les désagréments liés au deuil et à la peur du néant dans la société moderne.
Mais alors que les pages de Swift aspiraient à avoir une efficace politique immédiate, celles de Villiers de l'Isle-Adam, si elles dépeignent une idéologie peu reluisante, fonctionnent néanmoins de manière plus gratuite et ne visent pas principalement à dénoncer. L'humour noir y trouve une certaine autonomie poétique, qu'il serait peut-être vain de chercher avant le XIXe siècle. Si l'énonciateur d'un propos ironique et celui d'un propos relevant de l'humour noir se ressemblent à bien des égards, c'est à cause de l'apparent détachement qu'ils affichent tous deux face à leur sujet (on songe encore une fois au condamné à mort de Freud, mais aussi au narrateur de Candide).
La différence fondamentale, encore une fois, réside dans la visée pragmatique du discours : l'ironie en a une, l'humour peut-être pas. Tout au plus dira-t-on avec Freud que l'attitude « pince-sans-rire », « flegmatique », de l'humoriste, joue un rôle dans un processus de désinvestissement affectif : une personne usant d'humour noir le ferait avant tout pour elle-même. En somme, une définition satisfaisante de l'humour noir devrait se faire à la croisée du thématique et du psychologique. La notion de désinvestissement doit pouvoir être généralisée : Freud en parle uniquement à propos du sujet qui ferait preuve d'humour face à son propre malheur, ce qui semble exclure l'humour noir « gratuit », celui d'un De Quincey par exemple. Mais peut-être peut-on parler dans de tels cas d'effet de désinvestissement dans les textes littéraires : l'humour noir fonctionne parce que le lecteur perçoit ce désinvestissement, non seulement chez le narrateur (comme dans certains récits d'Ambrose Bierce) mais aussi chez l'auteur, ou du moins l'implied author (ce qui exclut du champ un texte comme la Modeste proposition, où le lecteur perçoit clairement, sous le calme au premier degré du narrateur, l'ironie indignée qui perce). ..
" (P.Moran)
__________________
-André Breton « Anthologie de l'humour noir ».
-Pourquoi j'ai mangé mon père
-
Manuel du savoir-mourir
-Le charme discret de la bourgeoisie - Luis Bunuel

-Grand Prix de l'humour noir

mercredi 12 juillet 2023

L' humour à mort

Au nom de la légèreté

                      La légèreté de l'être, façon Kundera. Tout nous pousse à l'esprit de sérieux: l'image par trop positive que nous avons de nous-mêmes, la conscience de notre inévitable échéance, qui peut devenir une hantise et, aujourd'hui, les nuages immenses qui s'accumulent à notre horizon; une guerre en Europe, dont on voit mal l'issue et les graves problèmes que vont inévitablement générer l'évolution climatique, qui joue de plus en plus en notre défaveur. Bref tout nous pousse à l'esprit de sérieux permanent et même au pessimisme le plus noir. Il y a bien des raisons de devenir schopenhauerien. Même si nous avons tendance à surdramatiser. Plus ou moins, selon l'humeur du moment et notre réceptivité aux médias.   


                                                                                                                                                       C'est là que l'humour peut venir nous sauver. Nous sauver de nous mêmes. Qu'il se manifeste par le rire, par une certaine dérision et autodérision, par la distance ironique que nous pouvons entretenir avec ce qu'on nous dit du monde tel qu'il va. Comme le disait un certain Abba Euloge: “Ne me parlez pas des moines qui ne rient jamais, ils ne sont pas sérieux.”. On se souvient du film Le nom de la rose, où un frère prêcheur plutôt sinistre rappelait que le rire est satanique, qu'il est à bannir, la vie devenant exercice ascétique et préparation à la mort et au jugement qui devrait suivre. Dès que la vie n'est plus vue ainsi, la mort perd sa connotation ascétique et l'esprit est libéré de son poids, disponible pour le Gai savoir. la création de soi et la distance par rapport à soi. La mort étant ramenée à la condition nécessaire à la vie, elle libère l'esprit et le rend disponible pour la vie hic et nunc. L'humour noir peut même librement s'exercer, à la Desproges ou non. C'est la meilleur des parades vis à vis de craintes qui récidivent. Mourir? Plutôt crever! ...disait l'autre.         Contre l'adversité, il n'y a pas meilleur remède. Même si l'humour est noir. La philosophie n'a pas négligé cet aspect ludique de la vie, qui vient à sa rescousse. Même si la philosophie se doit d'être modeste et s'assigner des limites.                                                                        Comme le disait Romain Gary: 
                                          ______"Apprendre à mourir! Et pourquoi donc? On y réussit très bien la première fois." (Chamfort)__________________


mardi 18 juillet 2023

Humour à part

     Le mal-entendu.

                    Pas toujours facile de comprendre l'humour, dans son sens le plus profond.

            Il peut prendre bien des formes, pas toujours saisissables d'une culture à l'autre, d'un individu à l'autre. " Si quelqu'un me demandait quelle est la cause la plus fréquente des malentendus entre mes lecteurs et moi, je n’hésiterais pas : l’humour.” , disait Kundera, dont on peut dire que certains épisodes de sa vie ne devaient pas le pousser vers l'euphorie. L'humour chez lui côtoie le plus grand sérieux et même souvent le tragique. Loin d'être une échappatoire, il est régulièrement un mode d'existence qui lui permet d'éviter l'accablement qui peut naître à la vue de l'histoire souvent tragique, il représente un pas de côté, un écart, une distance intérieure permettant de ne pas être happé par le pire ou l'insignifiant, de rester au dessus de la vague, de se situer "au dessus du destin" sur lequel on n'a pas de prise.   


                                                                               Car l'humour est libérateur, s'il n'est pas cynique ou blessant. Il rejoint la dérision relativiste sans entamer la capacité d'autodérision. Ne pas se prendre au sérieux, ne rien prendre (trop) au sérieux. Même la vie, passagère et aléatoire, jusqu'à son terme, qui ne représente rien. La prise de conscience de la fondamentale contingence des choses, de l'histoire et de soi-même peut être désencombrée de sa gravité habituelle, du sentiment paralysant du tragique ou du vide. La prise de conscience de l'in-signifiance des choses peut mener au mysticisme de Pascal ou au tragi-comique de Ionesco, comme au rire libérateur de Nietzche. Le dés-enchantement n'a pas forcément comme suite la paralysie de l'"aquoibonisme", mais peut être un stimulant vital. Même s'il le rire déclenché peut être parfois "jaune" Finalement, dire que le monde n'est pas sérieux ne retire rien à notre responsabilité, au contraire, cela la stimule dans le cadre de notre finitude. Le rire et ses avatars l'intéressent.                                           Il arrive souvent que l
e comique et le tragique se rejoignent. " L'attitude face à la mort n'est pas un problème métaphysique, c'est une question existentielle. «Être mortel est l'expérience humaine la plus élémentaire, écrit-il dans son roman L'Immortalité (1990), et pourtant l'homme n'a jamais été en mesure de l'accepter, de la comprendre, de se comporter en conséquence. L'homme ne sait pas être mortel. Et quand il est mort, il ne sait même pas être mort. La mort ne change que les masques qui recouvrent nos visages.»       
Chez Kundera, La Plaisanterie annonce La légèreté de l'être.... ______________

mardi 10 avril 2018

Pas de chance!

Billet pas déprimant.

                                             Certains naissent avec un grand sourire scotché à leurs livres.  Moi, je m'ennuyais déjà dans les couloirs de la maternité. Et depuis, cela ne s'est pas arrangé. Je ne suis pas doué pour le bonheur.   

Il faudrait vérifier mais je suis à peu près sûr que le jour de ma naissance il pleuvait comme au jour du Déluge. À l'heure même où je pointais la tête hors du ventre maternel –funeste erreur!– une averse a dû se mettre à tomber, un orage a grondé au loin, des éclairs ont déchiré le ciel tandis qu'à la radio passait en boucle le premier disque de Leonard Cohen. Avant même d'aspirer ma première bouffée d'air frais, avant même d'éructer mon premier cri, d'instinct, je savais déjà que les choses iraient de mal en pis. J'en ai même fait une jaunisse. Une vraie. Ma première crise existentielle.
  Quand j'ai quitté la clinique, le personnel a poussé un ouf de soulagement. Encore une semaine, et il se mettait en grève. Pendant des mois, j'ai gardé le lit. À chaque fois que mes parents essayaient de me mettre dans le landau, je hurlais à la mort. J'en avais déjà vu assez. Je voulais juste qu'on me laisse dormir en paix. J'avais le teint si pâle et la mine si blafarde qu'on jugeât plus sûr de me mettre sous antidépresseurs avant même d'avoir atteint ma première année. Pour calmer mes nerfs débiles, on m'administrait des biberons au Valium. Et pour attendrir mes crises d'angoisse, on projetait sur les murs de ma chambre l'intégrale des films de Bergman.
  Arrivé à l'âge de trois ans, je refusais d'aller à la maternelle. Je n'en voyais pas l’intérêt. J'étais si peu doué pour socialiser que ma mère payait pour qu'on m'invitât à des goûters d'anniversaire auxquels je me rendais à contre-cœur. Je restais là des heures à converser avec mon ombre. Au moment d'entonner «Joyeux anniversaire», quand la maîtresse de maison apportait le gâteau, je profitais de l'obscurité et prenais la tangente: j'errais dans les rues jusqu'à ce que la police me trouve.
  Au collège et au lycée, je passais comme une ombre. Quand mes parents venaient rencontrer mes professeurs, ils devaient leur montrer ma photo pour que ces derniers apprennent que j'assistais bien à leurs cours et se remémorent qui j'étais. Durant tout le temps que dura ma scolarité, je n'ouvrais pas la bouche. Pas une seule fois. C'est que je n'avais rien à dire. Rien à déclarer. J'attendais juste que le temps passe. Je m'ennuyais tellement que je pouvais passer des heures entières à compter le nombre de pigeons qui sautillaient dans la cour. Quand arriva le jour de ma bar-mitzvah, je fus si réticent à lire la Paracha que le rabbin me menaça d'excommunication. Ce jour-là, je m'enivrai si fort que je mis trente ans à dessoûler. 
J'allais dans la vie comme un zombie. On me donna le baccalauréat, je m'inscrivis à l'université où jamais je ne mis les pieds. Je passais mes journées à marcher, à traîner dans les bibliothèques municipales, à voler les Temesta de ma mère que je croquais comme des bonbons. J'étais paresseux, oisif, mélancolique. Je prenais des poses. Je lisais des romans savants auxquels je ne comprenais rien. La vie m'ennuyait horriblement. Hormis le football, je n'avais aucune passion. Aucune envie. Aucun désir. Tous les métiers me dégoûtaient. Les adultes me navraient. Quand je me regardais dans la glace, je prenais peur. Je n'entendais rien à la vie. Elle m'effrayait. Je ne voulais rien à voir avec elle. La mort m'obsédait. Je vivais au ralenti. À l'économie. J'attendais que quelque chose se passe tout en sachant que rien n'arrive jamais. Je tombais amoureux à chaque fille rencontrée, je lui écrivais des poèmes longs comme des romans, je promettais l'amour éternel, l'embrasement des sens, je citais Rimbaud et Baudelaire. Elle prenait peur et me quittait au petit matin, sans demander son reste.
      J'écoutais Brel pour tenir le coup. Et Leonard Cohen. Je me sentais moins seul. Quand mon premier roman est paru, j'ai été comme soulagé. À défaut d'avoir un vrai métier, je pouvais prétendre que j'occupais mes journées à écrire. Toujours, je me tenais à l'écart de la société. Je pouvais passer des semaines entières sans voir personne. Je grognais plus que je ne parlais. Je buvais plus que de mesure. Je prenais des cachets comme d'autres achètent leur baguette matinale. Je dépérissais.
      Et ma jeunesse a passé sans même que je ne m'en rende compte.
       J'étais né vieux. Et chauve. Double infortune.
   J'ai écrit d'autres livres, publié des articles, visité des villes, exploré des pays. Rien ne trouvait grâce à mes yeux. J'étais mal partout. Je pleurais sans raison. Je riais comme un ahuri de seconde zone. J'avais l'humeur chagrine, le tempérament nerveux, l'allure hésitante. Je tombai malade. Ce fut une chance. Je quittai la France pour ne plus jamais revenir. J'habitais dans une ville où il pleuvait neuf jours sur sept. Et quinze mois sur douze. J'avais trouvé mon idéal.
    Maintenant j'ai cinquante ans, je suis toujours aussi chauve, j'écoute de la musique classique, je bois du thé vert, je fais du vélo d'appartement, j'ai un chat, j'ai fini par trouver une femme qui me supporte, je n'ai pas de dettes mais je n'ai pas d'argent non plus. Je suis presque heureux. Et je n'attends rien de la vie.
     Je suis né déprimé, je mourrai dépressif.    (Laurent Sagalovitch sur Slate)
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         Une forme d'humour juif, parmi tant d'autres     Juif, mais pas trop...
    Un humour qui remonte à loin.     A remettre dans son contexte et une histoire compliquée, parfois douloureuse.
      Romain Gary le définit comme Une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l'homme sur ce qui lui arrive.  
    Même le pire. Les exemples abondent:
       * Qu'est'ce que l'humour juif? C'est comme l'humour allemand, mais avec l'humour en plus
         * Voici les 4 affirmations qui prouvent que Jésus était juif: 
1) Il a habité chez sa mère jusqu'à 30 ans 
2) Il croyait que sa mère était vierge 
3) Sa mère le prenait pour un dieu 
4) Avec l'entreprise de charpentier de son père, il a fait une multinationale 
qui marche encore 2000 ans plus tard 
            *Dieu a dit aux Juifs : Vous êtes le peuple élu... 
Mmmh, à mon avis, il y a ballottage.    
(Woody Allen) 
L'autodérision aide à vivre, qu'elle soit d'inspiration juive ou pas. Une forme de résistance...
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dimanche 20 novembre 2016

En rire ou pas

C'est selon...

                     Y a bon Banania, c'est fini! n-i, ni!
         Ce n'est que tardivement que l'humour s'est inséré dans les techniques publicitaires.
             Avec plus ou mois de bonheur.
      Ratant parfois sa cible.
 [McDo ne rigole pas...]
     Mais avec l'objectif, pour capter le client, de sortir du sérieux, du répétitif, de l'ennuyeux,, de susciter l'attention, de créer une certaine complicité inconsciente, de détourner l'esprit critique, sachant que le rire peut être un appât productif. Toujours une arrière-pensée...
      Même l'humour noir..
   Susciter le rire, par la drôlerie des situations mises en scène (pas toujours du meilleur goût) c'est potentiellement capter un client.
C'est créer un effet de connivence.
     Elle est parfois drôle, surtout quand elle va jusqu'à s'autoparodier.
    Parfois ça marche , parfois ça ne marche pas.
    Ou peu de temps.
        Parfois c'est plus risqué...
  Parfois, à usage pédagogique, c'est juste pour faire peur.
Les formes de l'humour changent avec la culture et les modes. Le marketing du rire doit sans cesse se renouveler.
    Du travail pour les futurs publicistes dans le contexte de la lutte des marques pour la conquête toujours plus planétaire des marchés, même pour vendre des m...numériques ou même "artistiques"....

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mercredi 11 octobre 2017

Trop fort, Rochefort!

Il a tiré discrètement  sa révérence
               Si ça continue comme ça, vous allez voir...ça risque de durer (Jean Rochefort)
                      Un homme jeune qui est incapable de faire une folie est déjà un vieillard (Gauguin)
          Il nous manque déjà. L'artiste dandy amoureux des chevaux était resté jeune, parce que toujours un peu fou. Jusqu'au bout. Jusqu'à une dernière évasion.
  Aux limites de la vie. Un exploit!
    Un fou d'une élégance rare, d'un désespoir souriant, facétieux imprévisible,  qui se gardait de se prendre  au sérieux.
    Un humour  parfois sur fond de déprime, une distance souvent désespérée.
  On retiendra de lui quelques bons mots, notamment celui-ci:
  « Quand on veut amuser les autres, on se doit d’être douloureux soi-même. »
    La politesse du désespoir. Telle est la formule qui pourrait s'appliquer à son humour.
     Quel amuseur ne se reconnaîtrait pas dans ces lignes?           Benoît Poelvoorde? Coluche? Muriel Robin? Nombre de "clowns" ont connu la dépression. Plusieurs scientifiques se sont d'ailleurs intéressés au lien qui pouvait unir humour et déprime voire noirceur... Une étude publiée en 2014 dans le British Journal of Psychiatry a montré que les amuseurs et humoristes avaient souvent de nombreux traits de caractère de personnalité psychotique, comme l'introversion, l'impulsivité...
        La gravité lui allait bien, la légèreté aussi. Ses sorties humoristiques impromptues, ses bons mots sont souvent des leçons de vie.
     Une vie vraiment si sérieuse? Spinoza faisait de la joie, de l'allégresse le vrai moteur de l'élan vital dénué de passions tristes, comme Nietzsche plus tard à sa manière, qui fustigeait le ressentiment.
   Hors des conventions, en baskets, Jean savait se faire proche, fuyant les mondanités.
         Son rire est inimitable. Une vraie philosophie de vie, que n'aurait pas démenti l'auteur du  Tractatus philo-comicus (dont on peut lire ici quelques lignes). Je ris donc je pense...Cogito rigolo.
         Si on s'amuse de soi, on n'a pas fini de rire...
                                       Même si c'est de façon un peu noire.
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vendredi 19 avril 2024

Mots d'un juif ordinaire

 Qui ne manque pas d'humour,

          De détachement, mais aussi de désenchantement.

     Tous les Juifs ne sont pas Israëliens. Comme tous les Israëliens ne sont pas juifs et ne sont pas ultra-sionistes. La communauté juive est nombreuse et diverse de par le monde, parfois (ou souvent) en désaccord. Même à l'intérieur des frontières israëliennes, où les divisions peuvent être fortes, aboutissement d'une histoire et d'une implantation compliquée, d'une ligne politique souvent contestée.  L'orthodoxie est toujours un problème, de New York à Jérusalem. Des Juifs français ne sont pas tous de fervents pratiquants, loin de là . 


                                                                                       Mais certains ne manquent pas de distance et même d'humour, malgré les vicissitudes et les tragédies actuelles et passées. Malgré la profonde désillusion d'un rêve brisé, comme disait Enderlin.                                          Le célèbre humour juif a encore de beaux jours devant lui, même s'il se fait aujourd'hui plus amer....

 

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vendredi 31 juillet 2020

En rire ou pas.

C'est selon...

                     Y a bon Banania, c'est fini! n-i, ni!
         Ce n'est que tardivement que l'humour s'est inséré dans les techniques publicitaires.
             Avec plus ou mois de bonheur.
      Ratant parfois sa cible.
 [McDo ne rigole pas...]
     Mais avec l'objectif, pour capter le client, de sortir du sérieux, du répétitif, de l'ennuyeux,, de susciter l'attention, de créer une certaine complicité inconsciente, de détourner l'esprit critique, sachant que le rire peut être un appât productif. Toujours une arrière-pensée...
      Même l'humour noir..
   Susciter le rire, par la drôlerie des situations mises en scène (pas toujours du meilleur goût) c'est potentiellement capter un client.
C'est créer un effet de connivence.
     Elle est parfois drôle, surtout quand elle va jusqu'à s'autoparodier.
    Parfois ça marche , parfois ça ne marche pas.
    Ou peu de temps.
        Parfois c'est plus risqué...
  Parfois, à usage pédagogique, c'est juste pour faire peur.
Les formes de l'humour changent avec la culture et les modes. Le marketing du rire doit sans cesse se renouveler.
    Du travail pour les futurs publicistes dans le contexte de la lutte des marques pour la conquête toujours plus planétaire des marchés, même pour vendre des m...numériques ou même "artistiques"....

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lundi 17 août 2026

Au début était le rire

   Du sérieux au rires multiformes

           Le rire, cette attitude humaine jugée souvent peu sérieuse, divertissante, légère, parfois objet de condamnation pendant une période où il fut fustigé, voir diabolisé: qu'on songe au Nom de la rose de U.Eco, où l'auteur reprend une certaine tradition monacale où le rire était banni, souvent perçu même comme "diabolique". Une perception que n'avait pas le monde grec, où la notion de péché était exclue, ce qui n'excluait pas le tragique. L'humour avait sa place dans le monde gréco-romain. Plus qu'on ne le pensait. L'"innocence" du monde et de la destinée humaine, jugée sans jugement final, donnait, selon Nietzsche, une légèreté particulière, sans culpabilité.           


                                                                                                                              Le rire grec était considéré comme "sagesse". L'autodérision avait même sa place, contre l'esprit de sérieux. Une certaine légèreté de l'être, comme aurait dit Kundera. Pas de tristesse chez Proclus. Aristophane s'autorise tout:  "...Le théâtre d’Aristophane n’épargne personne, il s’attaque aussi bien aux hommes politiques qu’aux philosophes, comme Socrate qui devient le « pontife des subtils radotages ». Le comique grec va jusqu’à mettre en dérision les emblèmes religieux de la communauté grecque en parodiant l’épopée et en ridiculisant à la fois le sacré et le profane. Aristophane s’en prend aussi au peuple, dans sa comédie Les Banqueteurs, le dramaturge met en scène deux jeunes gens de mœurs opposées : l’un vertueux, l’autre débauché. Cette pièce représente sans nul doute le début de la comédie de mœurs qui se développe lors du XVIe siècle, mais le sujet qui suscite davantage l’intérêt d’Aristophane et qui l’inspire profondément dans son art demeure le sujet politique. L’auteur s’oppose rigoureusement à la politique de certains démagogues comme Cléon, et ne peut s’empêcher d’exprimer ouvertement son opposition sur la scène du théâtre. Dans Les Babyloniens, Aristophane dénonce la politique de Cléon, le démagogue athénien et successeur de Périclès. Cette pièce valut à Aristophane une condamnation, il est alors accusé de haute trahison et sa comédie est publiquement diffamée.....   À la fin du Ve siècle, pendant cette période de crise qui se caractérise par la déchéance de la démocratie, mais aussi celle des croyances religieuses, Aristophane se permet de bafouer et les dieux et les athées. Fidèle au rire archaïque de Dionysos, le dramaturge grec refuse de se plier aux exigences des politiciens et offre à son rire une liberté démesurée..."                                       


                         L'impertinence était déjà au rendez-vous. Comme elle l'était finement chez David Lodge.  L'humour, cette légéreté de l'être, avait sa place. Discret ou appuyé. Sans atteindre cependant les sommets shadokiens.                  Ou l'humour noir de notre époque tragique.                                                                                     Sérieux, les Anciens? Pas toujours....    

      Rabelais:   il « vaut mieux de rire que de larmes écrire », reprenant une idée déjà présente chez les Anciens comme Aristote.    _________________