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vendredi 14 novembre 2025

Nous et l'Amazonie (suite)

   De Paris à Belèm  L'idéal et les intérêts                                                                                                                                                      Du mythe, des engagements à la réalité                                                                                                                      A l'heure d'une COP incertaine, il est bon de rappeler que l'Amazonie nous concerne directement.  Malgré les prises de conscience et les mesures limitées de Lula pour freiner la déforestation, il y a du souci à se faire, si aucune mesure radicale n'est prise rapidement, de manière concertée. Mais les intérêts à court terme continuent sur leur lancée....en toute bonne conscience.


                   "  Mégabarrages, aéroports, gazoduc ou encore financement de projets pétrogaziers : les plus grandes firmes tricolores ont ces dernières décennies investi l’Amazonie brésilienne, aux dépens de la protection de la forêt et des peuples autochtones.                                                      « Nous sommes Amazoniens. » C’est par ses mots qu’Emmanuel Macron avait en août 2019 inauguré le G7 de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Les images de la plus vaste forêt tropicale du globe, alors en proie à des incendies monstres, avaient ému le président français.        Quatre ans plus tard, lors d’un sommet international au Brésil, Macron réitérait « l’engagement fort de la France pour la protection de l’Amazonie ». Avant de lancer en 2024, avec son homologue brésilien Lula, un vaste programme d’investissement dans « la bioéconomie » à l’échelle de l’Amazonie brésilienne et guyanaise, afin de lever 1 milliard d’euros de fonds publics et privés d’ici à 2028. L’objectif ? Protéger la biodiversité et placer les peuples autochtones « au cœur des prises de décisions ».  Cette rengaine sur la protection de l’Amazonie est de nouveau revenue sur la table de la diplomatie internationale à l’occasion de la présence du président français au premier jour du sommet des dirigeants mondiaux sur le climat, en amont de la COP30 de Belém.                                        Mais l’obsession amazonienne de Macron masque une tout autre réalité économique, bien loin des velléités écologiques des chefs d’État français et brésilien. L’Amazonie brésilienne, qui représente 60 % de cet écosystème mondial crucial, est en effet un terrain de jeu pour les fleurons industriels français, dont certains se sont installés dans le pays durant la dictature brésilienne (1964-1985), puis lors de la vague de libéralisation dans les années 1990.     Si le géant bancaire français BNP Paribas s’est formellement engagé à ne plus financer aucun projet pétrogazier en Amazonie depuis 2022, des lacunes semblent subsister dans sa politique de responsabilité environnementale.         Selon un rapport daté d’octobre dernier, et piloté par l’ONG nord-américaine Stand.earth, la banque tricolore a investi depuis 2016 un total de 250 millions de dollars dans le secteur pétrolier et gazier amazonien, soutenant par exemple la multinationale pétrolière brésilienne Petrobras. L’an dernier, si l’afflux de capitaux depuis la BNP Paribas en direction des industriels fossiles a nettement diminué, l’établissement bancaire aurait tout de même, selon ce même rapport, fourni 4 millions de dollars de financement direct au pétrole et au gaz amazoniens. Contactée par Mediapart, la banque assure que « dans la région amazonienne, BNP Paribas ne finance ni n’investit plus dans aucun projet pétrolier et gazier, ni aucune infrastructure associée ».  Par ailleurs, en février 2023, BNP Paribas a été l’objet d’une action en justice devant le tribunal judiciaire de Paris lancée par l’organisation brésilienne Comissão Pastoral da Terra et l’ONG française Notre affaire à tous pour manquement à son devoir de vigilance.   Cette loi française de 2017 oblige les grandes entreprises françaises à établir un plan de vigilance qui identifie et prévienne les risques humains, sanitaires et écologiques engendrés par leurs activités.    Les deux associations estiment dans leur assignation qu’entre 2019 et 2021 la banque a participé au financement de Marfrig, une compagnie brésilienne parmi les leaders mondiaux de la production de viande bovine, un secteur fortement responsable de la déforestation. Durant ces trois années, BNP Paribas a participé au financement de Marfrig via l’émission d’obligations – dans le cadre d’une opération avec d’autres banques à hauteur de 3 milliards de dollars – et une aide à l’exportation d’un total de 60 millions de dollars.         Or, selon une étude réalisée par le Center for Climate Crime Analysis sur les activités de fournisseurs de Marfrig, le groupe brésilien serait lié à la déforestation illégale de près de 100 000 hectares de territoire amazonien entre 2009 et 2020. Marfrig se serait aussi approvisionné auprès d’éleveurs qui produiraient illégalement du bétail sur des terres appartenant à des peuples autochtones.                                                                                                                             Alors que l’audience pour cette action en justice est attendue pour le second semestre 2026, la banque BNP Paribas a expliqué à Mediapart qu’elle exige de tous ses clients produisant ou achetant du bœuf et du soja issus de l’Amazonie d’avoir mis en œuvre une stratégie « zéro déforestation » d’ici la fin 2025.     Le groupe bancaire est aussi ciblé par une plainte déposée en novembre 2023 par l’ONG Sherpa. BNP Paribas, de même que le Crédit agricole, la BPCE et Axa, est suspecté d’avoir réalisé entre 2013 et 2021 des investissements d’un montant de près de 70 millions de dollars au profit de Marfrig et de JBS, un géant brésilien de l’agroalimentaire.           « L’enquête préliminaire, lancée par le parquet de Paris, est en cours depuis mars 2024. Les investissements dces quatre banques leur ont rapporté en tout 12 millions de dollars de bénéfices entre 2018 et 2022, indique Jean-Philippe Foegle, juriste chargé de contentieux et plaidoyer chez Sherpa. JBS est une société très problématique, puisqu’on estime que 50 à 60 % du bétail qu’elle vend est issu de terres récemment déforestées. »         


                                         
Sherpa et une coalition d’associations ont aussi assigné le groupe Casino devant le tribunal judiciaire de Paris en mars 2021, là encore pour manquement à son devoir de vigilance.  Avant une crise financière liée à son endettement à partir de 2021, Casino se posait comme un des leaders de la grande distribution au Brésil à travers sa filiale Grupo Pão de Açúcar. Or, Sherpa estime que « plusieurs fermes responsables de déforestation et d’accaparement de terres autochtones ont été identifiées dans la chaîne d’approvisionnement en bœuf » de Grupo Pão de Açúcar. Une analyse publiée cette année par l’Instituto Centro de Vida au Brésil a en outre calculé que 327 000 hectares de forêt amazonienne ont été détruits en lien avec la viande de bœuf vendue par Casino au Brésil entre 2018 et 2023.    Bien que, depuis 2023, Casino ne détienne plus que 22,5 % de Grupo Pão de Açúcar, l’audience de plaidoiries pour cette action en justice a été fixée à septembre 2026. Les associations requérantes demandent réparation pour les dommages causés avant la perte de contrôle par Casino de sa filiale brésilienne.        Ne souhaitant pas commenter la procédure judiciaire en cours, le groupe français a répondu à Mediapart qu’avant la cession de sa participation majoritaire à Grupo Pão de Açúcar, Casino « avait mis en place des mécanismes de vigilance renforcés sur sa chaîne d’approvisionnement brésilienne, en s’appuyant sur des standards internationaux et des audits réguliers ».                                                                                                                                                        Pointé du doigt en 2022 puis en 2023 pour se fournir auprès de la controversée entreprise JBS, Carrefour, champion de la grande distribution au Brésil où il est installé depuis près de cinquante ans, a pour sa part lancé il y a deux ans une Plateforme transparence forêt où près de deux cents fermes suspectées de déforestation ont été exclues. Carrefour a affirmé à Mediapart que pour les fournisseurs directs ou indirects au Brésil, 100 % de la viande de bœuf est désormais « absente de déforestation ».                                                                                              Fin 2016, Engie a inauguré dans l’ouest de l’Amazonie brésilienne son plus grand projet hydroélectrique à l’échelle mondiale, le mégabarrage de Jirau, sur le fleuve Madeira, dans l’État de Rondônia.   Détenue à 40 % par le groupe français, cette immense infrastructure produirait, aux dires d’Engie, l’équivalent en électricité de la consommation de plus de 10 millions de foyers. L’entreprise hexagonale est, notamment grâce à ce barrage, le premier producteur privé d’électricité du Brésil.             Nécessitant un investissement de plus de 5 milliards de dollars, le projet est marqué, comme l’a rapporté depuis 2013 l’Observatoire des multinationales, par de multiples controverses en matière d’impacts sur l’environnement (déforestation, déclin des populations de poissons) comme sur les peuples autochtones. L’Observatoire des multinationales rappelle aussi que le chantier de Jirau a connu « deux émeutes ouvrières de grande ampleur, et des sous-traitants d’Engie ont été condamnés par la justice brésilienne pour travail forcé »...Engie a répondu à Mediapart que la centrale hydroélectrique de Jirau « a été développée conformément à la législation environnementale brésilienne » et que son site incarne aujourd’hui « une référence en matière de développement responsable des énergies renouvelables ».           EDF, via sa filiale EDF Norte Fluminense, détient de son côté 51 % du mégabarrage amazonien de Sinop, érigé en 2019 sur le fleuve Teles Pires, au nord l’État du Mato Grosso. Le Mouvement brésilien des personnes affectées par les barrages (Movimento dos atingidos por barragens) a alerté en 2022 sur le fait que la construction de la centrale hydroélectrique avait conduit à la disparition de 24 000 hectares de forêt amazonienne ainsi qu’à des négligences environnementales ayant conduit à un risque incendie accru et à une importante mortalité des poissons.                                                                                                       Sollicitée par Mediapart, EDF a rétorqué que « la suppression de la végétation était nécessaire pour préserver la qualité de l’eau du réservoir », une action réalisée « dans le cadre des autorisations environnementales » délivrées par le Brésil. L’électricien a aussi répondu qu’il n’y a pas eu d’incendies forestiers liés à la centrale de Sinop et que « depuis 2020, aucun épisode de surmortalité de poissons n’a été signalé, ce qui démontre l’efficacité des actions entreprises ».                                                                        
« Si ces projets de barrage au Brésil d’Engie et EDF sont promus comme étant vertueux pour la planète, en réalité les journalistes brésiliens et les témoignages des personnes impactées révèlent que ces mégaprojets accaparent les terres des populations autochtones, détaille auprès de Mediapart Olivier Petitjean, de l’Observatoire des multinationales. Ce sont aussi des infrastructures qui ouvrent l’Amazonie au développement industriel en faisant venir des travailleurs, puis en fournissant ensuite de l’électricité à d’autres secteurs, notamment miniers. »          Pour terminer, Engie exploite depuis 2019 le gazoduc Urucu-Coari-Manaus long d’environ 600 kilomètres, en plein cœur de la forêt amazonienne, dans l’État de l’Amazonas. « Cet actif soutient la sécurité énergétique et réduit les émissions de gaz à effet de serre dans la région amazonienne en substituant le diesel par du gaz naturel pour la production d’électricité », a soutenu Engie auprès de Mediapart. De 1996 à 2024, le minier français Imerys a exploité à Barcarena, une ville amazonienne de l’État du Pará (Brésil), une importante plateforme d’exploitation de kaolin, une argile blanche utilisée dans l’industrie.           Le site est régulièrement accusé de pollutions répétées des rivières, menaçant la santé des habitant·es et des écosystèmes. En février 2023, l’Observatoire des mines (Observatório da mineração, un groupe de réflexion et d’investigation journalistique brésilien) avait ainsi recensé au moins moins quinze incidents environnementaux au cours des deux dernières décennies autour de l’installation d’Imerys à Barcarena, notamment des « fuites de kaolin […] qui compromettent l’utilisation de l’eau pour la consommation humaine, les loisirs et la pêche ».       ___ 
    Le média indépendant brésilien Sumaúma a dénombré pour sa part en mars 2024 plusieurs incidents environnementaux telles, en 2011, une fuite de canalisation d’Imerys contenant des eaux usées acides ou encore la contamination par du kaolin de rivières locales en 2012 et 2016.   Enfin, après un incendie sur la plateforme d’Imerys fin 2021, une enquête de l’Assemblée législative de l’État du Pará, datée du 15 décembre 2021, a estimé que le groupe était « absolument incapable de respecter ses engagements légaux », recommandant la suspension de ses activités.      Contactée par Mediapart, la compagnie minière a entre autres déclaré que ces incidents « ont été immédiatement gérés et traités par la mise en place de plans d’action proportionnés et en coordination avec les autorités locales compétentes ». Pour Imerys, « les installations concernées ont été reconstruites et renforcées avec les meilleures technologies disponibles ».                                                                                         Pour terminer ce tableau des intérêts privés français en Amazonie brésilienne, Vinci a depuis 2021 fait main basse sur l’exploitation de sept aéroports amazoniens. La multinationale française vient d’investir environ 220 millions d’euros pour moderniser ces infrastructures, afin de « stimuler le développement économique » et de renforcer les liens de l’Amazonie « avec le reste du monde ».Pas sûr que, pour ces concessions laissées pour trente ans au géant du BTP, les peuples autochtones aient été, comme le promeut Emmanuel Macron dans ses discours, « au cœur des prises de décisions ».   _  _____    La route et les grands travaux ouvrent la voie à la déforestation amazonienne ___ [ Merci à Mickaël Correia ]      _______________________

         

dimanche 22 juin 2025

Billet du dimanche

__ Béquille

__ C'est fait

__ Paradoxe

__ Retournement

__  Iran: et après ?    

__ Gaza

__ Guerre totale?

__ Affaiblissement russe

__ Quitte ou double

__ Business trumpien

__ Dépressions chinoises

__ Caroline, sa copine

__ Arnaque d' Etat

__ Femmes israëliennes

__ Miviludes en danger

__ USA: utiles migrants

__ Embarras au FN

__ Trump pris au piège

__ Centres de massacre

__ Comprendre le trumpisme?

__ Comment être "caniculé"?

   _______   Nous ne sommes pas encore officiellement en été mais il fait chaud, très chaud en France. Une canicule précoce, avec des températures allant jusqu’à 38°C est en cours, avec un pic prévu samedi. Les nuits aussi seront qualifiées de «tropicales» par les météorologistes, avec un thermomètre qui ne descend pas au-dessous de 20°C, empêchant le repos réparateur des organismes. Météo France a lancé une alerte sur un tiers des départements. Le reste de l'Europe de l'ouest est également touché, notamment l'Espagne et le Royaume-Uni. Cette canicule dès le mois de juin est liée au dérèglement climatique qui «accroît la fréquence et l’intensité des épisodes de chaleur, qui se produisent plus tôt et aussi plus tard dans l’année» explique Le Monde. Météo France estime que notre pays s’est déjà réchauffé de 1,9°C et qu'il a connu deux fois plus de vagues de chaleur après l'an 2000 (32) qu’avant (17). La France et ses voisins se réchauffent plus vite que le reste du monde, et les climatologues tablent sur une hausse des températures moyennes de 4°C en 2100 si l'on ne change rien. _________Avec une telle hausse, les écosystèmes meurent ou changent profondément. L'agriculture française ne pourra plus produire de la même manière, l'Espagne et le sud de la France auront probablement des zones arides, avec toutes les conséquences que cela comporte en terme d'accès à la nourriture et à l'eau. La canicule actuelle survient d'ailleurs au moment de la période de croissance des arbres après une succession de crises, avec des sécheresses et des inondations, ce qui pourrait endommager le développement des fruits. __ La chaleur ne frappe pas que chez nous. Dès le mois d'avril, l'Inde avait été touchée par une canicule extrême avec 10 à 11 jours de chaleur suffocante. Il avait fait 49°C au Koweït, 48°C au Pakistan, 47,6°C en Arabie saoudite… Des températures qui, sans climatisation et autres technologies énergivores, ne permettent pas aux mammifères que nous sommes de survivre. ___________ C'est dans ce contexte que les banques décident de distribuer des milliards au secteur des énergies fossiles, pour accélérer encore le chaos climatique. En 2021, les grandes banques avaient créé «l’Alliance bancaire mondiale pour le climat» – «Net Zero Banking Alliance» – et s'engageaient à organiser leurs investissements pour viser l'objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre en 2050. L'argent dirigé vers les industries fossiles avait un peu diminué pendant deux ans, mais l'opération de greenwashing a été de courte durée. Début 2025, les plus grandes banques des USA sont sorties de cette alliance. Et l'on vient d'apprendre, grâce au rapport «Banking on Climate Chaos» réalisé par plusieurs ONG, notamment l'organisation Reclaim Finance, que les prêts aux industriels fossiles explosent. Les 65 plus grosses banques mondiales ont accordé 750 milliards d’euros de financement aux entreprises du pétrole, du gaz et du charbon en 2024, contre 612 milliards d’euros en 2023, soit une hausse de plus de 22% en un an. La moitié des financements est consacrée à la recherche d'énergies fossiles. La plupart des grands financiers de ces industries écocidaires sont étasuniens et japonais. La banque JP Morgan est le premier soutien des énergies fossiles, avec 46,24 milliards d’euros investis en 2024, soit 39% de plus que l’année précédente. Et cette augmentation a commencé avant l’investiture de Donald Trump, qui a nommé des climato-sceptiques et des lobbyistes du pétrole dans son gouvernement, et qui a lancé le slogan : «Drill, baby, drill» – «Fore, chéri, fore». ____________Le capitalisme français n'est pas en reste. BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE, Crédit Mutuel et La Banque Postale ont accordé 20,39 milliards de dollars de financements à des société pétrolières, gazières et charbonnières, contre 15,92 milliards de dollars en 2023. Ces banques financent donc de plus en plus la recherche et l'exploitation de combustibles fossiles alors qu'il faudrait tirer le frein d'urgence. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord de Paris sur le climat en 2016, plus de 6.850 milliards d’euros ont été consacrés par les banques aux entreprises qui provoquent le chaos climatique.

Peut être une image de texte qui dit ’L'EUROPE DE L'OUEST FRAPPÉE PAR UNE "CANICULE PRECOCE" CETTE SEMAINE, JUSQU'A 38 ANNONCÉS LE PREMIER JOUR DE L'ÉTÉ LES 65 PLUS GROSSES BANQUES MONDIALES ONT INVESTI 750 MILLIARDS D'EUROS DANS LES ENTREPRISES DU PÉTROLE, DU GAZ ET DU CHARBON EN 2024, UNE HAUSSE DE 22% EN UN AN’

mardi 23 avril 2024

On rachète!

 Faut pas se gêner...

                    Un mécanisme critiquable et critiqué. Pour une grande entreprise qui a besoin  de vivre, de se développer, avoir recours à des actions est un processus économique classique et normal, dont on peut situer l'origine dans le capitalisme marchand du XVI° siècle. Mais il est un phénomène qui ne l'est plus: c'est quand elle rachète en catimini ses propres actions, faussant les lois du marché en en faisant artificiellement monter le cours. Une pratique courantes de certains grands groupes US qui se répand chez nous avec le développement du capitalisme financier, dans une économie qu'on appelle "de rente".                                                                                                                                          Les surprofits, au lieu d'aller pour une large part vers les investissements et les salariés, à l'origine de la valeur, , vont à la spéculation,  créant ainsi un paradis artificiel dangereux. Très en vogue dans le Cac40


                                                                                                                                          "...C’est en juillet 1998 que le rachat par les sociétés de leurs propres titres de capital a été libéralisé en France, en s’inspirant fortement des propositions du rapport Esambert, commandité par la Commission des opérations de bourse (l’ancêtre de l’Autorité des marchés financiers) et publié six mois auparavant. Avant cette date, la loi du 24 juillet 1966 sur les sociétés commerciales prohibait l'achat par une entreprise de ses propres actions. « Ce principe général d'interdiction était assorti de quelques dérogations qui étaient toutefois limitées et mal adaptées à une gestion dynamique du capital des sociétés », déplorait le rapport dans son lobbying de place.  Qu’attendaient les entreprises cotées - et le marché - de cet assouplissement ? Tout simplement « un moyen privilégié pour rendre de la valeur aux actionnaires », comme le titrait BNP Paribas dans une étude de 2019. La moitié des sociétés interrogées par la banque plébiscitaient alors des solutions mixtes intégrant les rachats d’actions et les dividendes pour « rendre de la valeur » aux actionnaires. La majorité d’entre elles disaient subir la pression des investisseurs en faveur de rachats d’actions, à commencer par les hedge funds et les mutual funds anglo-saxons, suivis des compagnies d’assurance et des fonds souverains. L’étude pointait aussi que les rachats d’actions constituaient « une demande quasi-systématique des investisseurs activistes ». Résultat, la part des rachats d’actions dans le mix versé aux actionnaires ne cesse de grimper dans le monde : en 2012, elle en représentait un tiers, puis la moitié en 2022, selon le gérant d'actifs Janus Henderson.  De longue date, la souplesse du mécanisme a fait du rachat d’actions une pratique capitalistique courante chez l’Oncle Sam, notamment comme moyen de protection contre les prises de contrôle inamicales (en remédiant à la sous-évaluation de ses titres et en renforçant le contrôle de l’actionnariat). On a ainsi assisté à une vague de rachats d’actions aux États-Unis au lendemain du krach boursier d’octobre 1987, dont le but était de faire remonter les cours. En 1996, les 1 472 opérations de ce type répertoriées dans le pays représentaient 176 milliards de dollars. En 2022, les rachats d'actions des sociétés du S&P 500 (l’indice actions phare de Wall Street) ont avoisiné les 1 000 milliards de dollars, dont 89 pour le seul Apple…  
Sur le fond, les rachats d’actions posent un problème de partage de la valeur, puisqu’en cherchant tous les moyens possibles d’enrichir les actionnaires, on réduit la part de gâteau des salariés. « Racheter ses propres actions revient aussi à diminuer les sommes disponibles pour investir dans la croissance et l’innovation de l’entreprise. D’où l’idée que cela se fait au détriment de la croissance, de la consommation et de l’emploi », analyse le journaliste Nicolas Gallant sur capital.fr. « Si l’actionnaire est avantagé grâce à l’aspect relutif des opérations de rachat d’actions, celles-ci peuvent aussi traduire un manque de perspectives et s’opposer à une hausse de la valorisation sur le long terme », complète encore le Particulier. ___________

mardi 14 novembre 2023

Banques et énergies fossiles

Notre argent les intéresse. 

                                         Investir: tel est le premier souci des banques. L'argent des dépôts ne peut stagner. Il doit fructifier.  C'est leur  rôle de le placer là où c'est intéressant, au coeur de l'économie productive, pour le rapport le plus rentable possible. Ou alors parfois de jouer à fond la spéculation, de manière improductive, dans des transactions que l'on a pu qualifier d'opérations "casino", comme on l'a vu en 2008, où des banquiers furent entrainés dans des turbulences risquées, mettant en péril l'économie toute entière. La vocation "normale" d'une banque est de miser sur l'investissement productif, au service du développement de secteurs d'avenir, notamment, Encore faut-il les définir. Ce projet n'est pas seulement purement économique, il est aussi politique (théoriquement), eu égard aux grands choix d'avenir qu'une société peut se donner à un moment donné.. Une des priorités proclamées aujourd'hui est le problème de l'énergie pour demain, au coeur de questions climatiques qui deviennent une urgence. Investir dans des secteurs innovants, bien que risqués, apparaît comme une priorité, en se détournant de ceux, traditionnels mais plus sûrs, liés aux énergies fossiles. Le risque (raisonné) fait partie de tout projet bancaire d'importance. Or ce type de financement reste encore la priorité pour une grand nombre d'organismes financiers d'importance, là où le retour sur investissement est le plus sûr à court terme. Le plus rentable à courte vue. Le pétrole a fait la richesse des grandes banques américaines. Pourquoi ne pas continuer sur cette lancée profitable, tant que que l'or noir est encore abondant, de nouveaux gisements étant découverts encore récemment. De même pour le charbon et le gaz. Exploiter et financer jusqu'à la dernière goutte


                                                         Il est évident qu'aujourd'hui les banques doivent faire d'autres choix, comme certaines, souvent modestes, commencent à le comprendre, en misant sur un autre avenir. Nous n'avons plus le choix. Le financement des énergies fossiles se porte bien et doit être revu. Cet objectif devrait être un objectif politique prioritaire, pour espérer sortir des promesses solennellement faites dans les différentes COP internationales, qui peuvent apparaître parfois sans perspectives. ".... les entreprises des secteurs du pétrole, du gaz et du charbon ont non seulement engrangé des bénéfices record en 2022, mais elles ont pu compter sur un soutien toujours important des banques, y compris pour développer de nouveaux projets. C’est en tout cas le constat dressé par sept ONG dans le rapport annuel « Banking on Climate Chaos », publié jeudi 13 avril. Ce classement des soixante principales institutions bancaires mondiales évalue à 5 500 milliards de dollars (5 040 milliards d’euros) l’ensemble des financements (prêts, lignes de crédit et émissions d’obligations ou d’actions dans lesquelles les banques jouent un rôle d’intermédiaire) obtenus par les cent premiers acteurs du secteur des énergies fossiles sur les sept dernières années, soit depuis la mise en application de l’accord de Paris. Pour la seule année 2022, leur décompte atteint 673 milliards de dollars.  Ce dernier montant a toutefois diminué de 16 % par rapport à 2021 et le rapport note que pour la première fois, les financements bancaires aux producteurs d’énergies fossiles ont été inférieurs à leur niveau de 2016. Mais les ONG n’y voient pas l’amorce d’une tendance durable : pour elles, cette baisse s’explique surtout par l’envolée des bénéfices (estimés à 4 000 milliards de dollars), qui a permis aux compagnies de charbon, de pétrole et de gaz de s’autofinancer davantage, et donc d’avoir moins recours aux banques et aux marchés, voire, pour certaines, de s’en passer totalement..."                        ______Il  a encore du chemin à faire, même si le souci d'un établissement bancaire a rarement été l'intérêt général...Mais il  a des mesures coercitives possibles , comme à l'encontre de BNP Paribas...  .  Notre argent, à travers les banques, participent à la pollution, même si on peut choisir une banque "éthique". Mais le salut ne viendra pas de la bonne volonté des grandes banques, avec leur logique propre. Pour inventer un futur acceptable, il faut changer le présent....
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