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vendredi 19 mars 2021

Des yaourts et du pèze

 Economie de rente

           On ne rigole pas dans la méga-entreprise. Même le capitaine de bord peut être viré! Même dans une multinationale, même dans l'alimentaire. Depuis la gestion à la papa de Riboud, les choses ont bien changé. Les actionnaires sont intraitables. Ils veillent sur les rapports financiers, au jour le jour. Ils font la loi. Ils ont tous les droits. Pas de devoir social.       Chez Danone comme ailleurs. Les rendements, c'est sacré. Pour l'avenir, on verra. Il faut évaluer, changer les critères d'évaluation s'il le faut. L'horizon, c'est la bourse, Le CAC 40, c'est la référence.  Mais n'est-ce pas une vision à courte vue, dans notre monde hautement financiarisé? Certains osent le prétendre, même au sein du monde des affaires:


 "... Les ambitions d’une entreprise à mission doivent faire l’objet d’une évaluation d’ensemble avec d’autres indicateurs que le cours de bourse ou le rendement du capital, comme c’est le cas aujourd’hui. De nouvelles normes d’évaluations plus larges doivent s’imposer et en particulier de nouvelles normes comptables...;Le cas Danone pointe certaines lacunes de la loi Pacte et un nouveau chapitre législatif doit s’ouvrir si nous ne voulons pas que les entreprises à mission et la raison d’être ne constituent la dernière ruse d’un capitalisme qui semble à bout de souffle. Si nous m’aménageons pas la loi Pacte, il y a toutes les chances pour que Danone soit la première et la dernière entreprise cotée à mission. En effet, cette loi a laissé en friche la question des droits et devoirs des actionnaires. Or, nous savons, comme le dit très justement le chercheur Pierre-Yves Gomez, qu’il ne peut pas y avoir d’entreprises responsables sans actionnaires responsables.  L’ouverture d’une nouvelle réflexion législative devient donc urgente, d’autant plus que, comme le montre le premier baromètre des entreprises à mission, on observe un réel engouement pour cette nouvelle conception de l’entreprise. Les enjeux de « citoyenneté actionnariale » devraient donc devenir de plus en plus essentiels dans les toutes prochaines années...."                         ____Bien dit, mais le capitalisme financier suit sa propre logique. Emmanuel Faber, qui n'était pas un saint, est tombé. C'est aussi la fin d'un certain pouvoir "familial", d'une vision. Que l'on produise des voitures ou de l'eau en bouteille.

  ______En France, c'est le jackpot, mais pas seulement.
              Au dépends des salaires et des investissements.
   Une grosse entreprise a besoin de salariés et d'actionnaires.
         Mais de manière équilibrée.
   Or le divorce s'accentue entre les deux, surtout depuis la libéralisation dans la finance dans les années 80 sous l'effet des doctrines hayekienne et friedmanienne.
  Comme le reconnaît un rapport du Sénat
                  Les richesses produites par les grandes firmes du fameux CAC 40 donnent parfois le vertige.
   Le problème qui est posé n'est pas celui de leur ampleur, toujours le plus souvent bienvenue, mais de leur répartition.
     En fait, au lieu d'une répartition selon la règle des trois tiers, telle que rappelée par Sarkozy (un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les salariés, un tiers pour l'investissement), la réalité est toute autre, surtout en France.
  Ce sont les actionnaires, les gros, qui se taillent la part du  lion. Et pas qu'un peu. Surtout en France.
    On le savait depuis quelques années, mais la tendance s'accentue. Dans l'économie à dominante financière dans laquelle nous sommes, des rapports récents convergent pour dénoncer ce déséquilibre grandissant dans la répartition.des richesses produites, aux dépends de l'investissement d'avenir et des producteurs, sans lesquels    aucune richesse ne verrait le jour.
     Un économie de rente s'installe et de super-profits pour les managers. ..Actionnaires, qui ne sont pas ou peu des particuliers. ... Près de la moitié de ces dividendes partent vers l'étranger. 55% seulement restent en effet en France, tandis que 20% prennent la direction de la zone euro et 16% celle des Etats-Unis. En France, les particuliers ne détiennent finalement que 9% de CAC40 et leur part a été divisée par quatre en trente ans. Ce sont des sociétés d'investissement ou des fonds de pension qui possèdent la quasi-totalité des entreprises cotées
  Ce sont les actionnaires qui font la loi, impulsant ainsi des tendances plus spéculatives que productives. Le rendement à court terme est privilégié par rapport à l'investissement à long terme, ce qui est un facteur de risques et de crises. ...En 2016, les entreprises du CAC 40 ont distribué plus de 66% de leurs bénéfices aux actionnaires, contre 30% dans les années 2000. Une exception française, car en Europe continentale les entreprises du CAC 40 sont de loin celles qui versent le plus d'argent à leurs actionnaires. On est loin de la règle des trois tiers prônés par Nicolas Sarkozy. "Ça fait bien longtemps que je pense que la règle des trois tiers est une bonne règle. Sur 100 de bénéfices, il devrait y en avoir 33 qui reviennent aux salariés, 33 qui vont directement dans la poche de l'actionnaire et 33 qui servent à être réinvestis dans l'entreprise. Parce qu'une entreprise doit investir pour continuer à être compétitive", déclarait-il le 5 février 2009...déclaration de bon sens, mais qui a fait long feu.

      La France est championne du monde des dividendes reversés aux actionnaires:...Les richesses n'ont jamais été aussi mal partagées depuis la crise au sein des grands groupes, qui choisissent délibérément une course aux résultats de court terme pour conforter les actionnaires et les grands patrons au détriment des salariés et de l'investissement", a dénoncé Manon Aubry, porte-parole d'Oxfam France, citée dans le communiqué.
   Par exemple, ...le sidérurgiste ArcelorMittal, l'énergéticien Engie et le leader mondial de la gestion de l'eau Veolia sont, dans l'ordre, ceux ayant les taux les plus élevés de redistribution des bénéfices en dividendes aux actionnaires, soulignent les deux ONG.
  Les organisations Oxfam et Basic, notamment, dans le sillage de nombre d'économistes dénonçant les dérives financières d'un capitalisme ....appellent le gouvernement "à reprendre la main sur cette économie déboussolée avec des mesures de régulation ambitieuses", "en préservant la capacité d'investissement et en interdisant que la part des bénéfices reversée aux actionnaires dépasse celle qui est reversée aux salariés".
      Ce partage déséquilibré des bénéfices n'est pas seulement un facteur de risques dans une économie mondialisée mais constitue aussi une menace pour le développement.

    Cette machine à dividendes… et à inégalités, cette tendance aux « profits sans partage » contribue à anesthésier le risque entrepreneurial et à créer et favoriser les conditions d'une précarisation des emplois.
      L'actionnariat a changé de nature comme la gestion des entreprises, avec toutes les conséquences visibles ou invisibles, notamment les nouvelles formes de management brutal et la souffrance au travail.

                         ___ Un début de prise de conscience en cours?...   _______________

vendredi 18 mai 2018

Veinards du CAC 40

Une manne infinie?
                                Les richesses produites par les grandes firmes du fameux CAC 40 donnent parfois le vertige.
   Le problème qui est posé n'est pas celui de leur ampleur, toujours le plus souvent bienvenue, mais de leur répartition.
     En fait, au lieu d'une répartition selon la règle des trois tiers, telle que rappelée par Sarkozy (un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les salariés, un tiers pour l'investissement), la réalité est toute autre, surtout en France.
  Ce sont les actionnaires, les gros, qui se taillent la part du  lion. Et pas qu'un peu. Surtout en France.
    On le savait depuis quelques années, mais la tendance s'accentue. Dans l'économie à dominante financière dans laquelle nous sommes, des rapports récents convergent pour dénoncer ce déséquilibre grandissant dans la répartition.des richesses produites, aux dépends de l'investissement d'avenir et des producteurs, sans lesquels    aucune richesse ne verrait le jour.
     Un économie de rente s'installe et de super-profits pour les managers. ..Actionnaires, qui ne sont pas ou peu des particuliers. ... Près de la moitié de ces dividendes partent vers l'étranger. 55% seulement restent en effet en France, tandis que 20% prennent la direction de la zone euro et 16% celle des Etats-Unis. En France, les particuliers ne détiennent finalement que 9% de CAC40 et leur part a été divisée par quatre en trente ans. Ce sont des sociétés d'investissement ou des fonds de pension qui possèdent la quasi-totalité des entreprises cotées
  Ce sont les actionnaires qui font la loi, impulsant ainsi des tendances plus spéculatives que productives. Le rendement à court terme est privilégié par rapport à l'investissement à long terme, ce qui est un facteur de risques et de crises. ...En 2016, les entreprises du CAC 40 ont distribué plus de 66% de leurs bénéfices aux actionnaires, contre 30% dans les années 2000. Une exception française, car en Europe continentale les entreprises du CAC 40 sont de loin celles qui versent le plus d'argent à leurs actionnaires. On est loin de la règle des trois tiers prônés par Nicolas Sarkozy. "Ça fait bien longtemps que je pense que la règle des trois tiers est une bonne règle. Sur 100 de bénéfices, il devrait y en avoir 33 qui reviennent aux salariés, 33 qui vont directement dans la poche de l'actionnaire et 33 qui servent à être réinvestis dans l'entreprise. Parce qu'une entreprise doit investir pour continuer à être compétitive", déclarait-il le 5 février 2009...déclaration de bon sens, mais qui a fait long feu.
      La France est championne du monde des dividendes reversés aux actionnaires:...Les richesses n'ont jamais été aussi mal partagées depuis la crise au sein des grands groupes, qui choisissent délibérément une course aux résultats de court terme pour conforter les actionnaires et les grands patrons au détriment des salariés et de l'investissement", a dénoncé Manon Aubry, porte-parole d'Oxfam France, citée dans le communiqué.
   Par exemple, ...le sidérurgiste ArcelorMittal, l'énergéticien Engie et le leader mondial de la gestion de l'eau Veolia sont, dans l'ordre, ceux ayant les taux les plus élevés de redistribution des bénéfices en dividendes aux actionnaires, soulignent les deux ONG.
  Les organisations Oxfam et Basic, notamment, dans le sillage de nombre d'économistes dénonçant les dérives financières d'un capitalisme ....appellent le gouvernement "à reprendre la main sur cette économie déboussolée avec des mesures de régulation ambitieuses", "en préservant la capacité d'investissement et en interdisant que la part des bénéfices reversée aux actionnaires dépasse celle qui est reversée aux salariés".
      Ce partage déséquilibré des bénéfices n'est pas seulement un facteur de risques dans une économie mondialisée mais constitue aussi une menace pour le développement.
    Cette machine à dividendes… et à inégalités, cette tendance aux « profits sans partage » contribue à anesthésier le risque entrepreneurial et à créer et favoriser les conditions d'une précarisation des emplois.
      L'actionnariat a changé de nature comme la gestion des entreprises, avec toutes les conséquences visibles ou invisibles, notamment les nouvelles formes de management brutal et la souffrance au travail.
         Les rémunérations explosent jusqu'à la folie pour les dirigeants des grands groupes, dans une lutte sans merci au coeur de la concurrence internationale. Les inégalités se creusent dans une spirale sans fin.
         Les actionnaires ne connaissent pas la crise. Leur rémunération explose. 56 milliards d'euros en 2014 en France, uniquement pour les entreprises du CAC40, ce qui en fait un des pays qui distribuent le plus de dividendes. Plus de mille milliards de dollars dans le monde. C'est historique. Mais pour atteindre de tels montants, les grandes entreprises françaises ont recourt à des stratégies et des méthodes difficilement avouables. Plans sociaux, licenciements, pressions sur les salariés au point de les pousser à bout… Certaines de nos grandes entreprises sont prêtes à tout pour dégager toujours plus de cash au profit de leurs actionnaires. Ce sont parfois ces mêmes entreprises qui bénéficient d'aides publiques massives...
      La crise de 2008 a mis en lumière l’hégémonie de la pensée financière dans le management des entreprises. Cette hégémonie se manifeste par l’importance de la valeur actionnariale dans les discours des dirigeants et par la multiplication des indicateurs de performance financière (marge opérationnelle, rentabilité des investissements, rentabilité des capitaux propres).
       Une majorité de travaux explique cette « colonisation » de la financiarisation par des mécanismes macroéconomiques (comme la désintermédiation bancaire) et par l’évolution des structures actionnariales des grandes entreprises au profit d’investisseurs institutionnels. Les fonds d’investissement imposent, par exemple, des objectifs de rentabilité plus élevés et l’augmentation de la part des dividendes versée aux actionnaires...
        Cet aspect du capitalisme devenu capitalisme toxique depuis les années reaganiennes n'est pas une bonne nouvelle pour les actionnaires eux-mêmes.
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lundi 14 juin 2010

Patrons: toujours les mêmes...

Band of Brothers

__Des hommes orchestre


De juteux jetons


-La consanguinité biologique est susceptible d'entraîner de nombreuses anomalies génétiques.
Dans le monde de l'industrie et des affaires, la concentration du pouvoir et des responsabilités entre quelques personnes souvent très proches, ayant entre elles des relations d'intérêt proches et croisées, ne peut produire que des dysfonctionnements
.
>>>-
Visualiser les liens de sang
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"Cent personnes concentrent dans leurs mains, plus de 40% du total des mandats des conseils d'administrations des principales entreprises françaises. Pire, au sein du CAC 40, 98 administrateurs, soit 22% du total, détiennent 43% des droits de vote!!!!
Or plus qu'un problème déontologique fort, le cumul des mandats s'avèrerait de plus en plus
nuisible à la bonne gouvernance des entreprises. Selon certains observateurs, les investisseurs, et notamment les fonds d'investissement internationaux, commenceraient même à se plaindre des risques liés à la disponibilité des administrateurs."
-
De la consanguinité à la tête des entreprises françaises...

-Cac 40, la consanguinité des dirigeants
:
"Non, on ne parle pas de familles ici mais plutôt de mariages blancs, des administrateurs de grandes sociétés qui se partagent les jetons de présence un peu partout.
Comment s’étonner après que les politiques soient à peu près les mêmes partout, en fait c’est simplement que les patrons sont les mêmes partout. Il fallait y penser !
Ils en ont de la chance ces Michel Pébereau, Jean-Martin Folz, Jean-René Fourtou et autres comparses, une vie tranquille, quelques réunions annuelles pour décider de l’avenir de millions de personnes et du moyen de rogner leurs droits sociaux.
Et de l’argent qui tombe, à 10 000 € minimum le jeton de présence ça fait un sacré pactole à la fin de l’année. La crise ils ne connaissent pas trop.
Non seulement tout ce beau monde a fait ses études ensemble mais ils se retrouvent tous autour des mêmes tables de réunions.
Et encore, parfois c’est la femme, le fils ou la fille qui est dans l’entreprise d’en face, cela dilue les traces et on fait comme si personne n’en parle en famille…
Bin voyons, on y croit !
Moi si on m’offre un poste d’administrateur, je promets de ne pas aller dans une autre société ! Mais en fait c’est tout l’intérêt ces manœuvres, il n’y a pas d’ententes illicites entre les sociétés, après tout on ne peut parler d’entente illicite avec soi même !
Et oui, la globalisation de l’économie tend vers l’uniformité des dirigeants.
J’attends impatiemment la carte des actionnaires des entreprises du CAC 40 sur le même modèle, à mon avis elle ressemblerait beaucoup à celle-là."

-
Grand patron, 2750 euros de l'heure à ne rien faire ?:
"
...Les grands patrons sont confrontés à un curieux dilemme. Accusés de multiplier des responsabilités qu'ils ne peuvent honorer, ils tentent de rassurer leurs détracteurs et affirment consacrer l'intégralité de leur temps à leur entreprise. La polémique autour de la double casquette d'Henri Proglio, le nouveau PDG d'EDF, n'a certainement pas arrangé les choses. C'est d'ailleurs pourquoi certains grands patrons ont osé la justification dans les colonnes du Parisien de ce jeudi. Et le résultat est plutôt étrange. Exemple. Gilles Pélisson directeur d'Accor devrait percevoir 53 500 euros en 2009 au titre de ses deux mandats chez Bic et TF1. Au quotidien il explique que "les réunions du Conseil d'administration de TF1 demandent peu de préparation et durent deux heures en moyenne". Ses salariés peuvent donc se rassurer, leur PDG ne perd pas inutilement son temps mais est tout de même rémunéré 2700 euros de l'heure. De son côté, l'explication de Didier Lombard est encore plus énigmatique. "Je me consacre à 100% à mon entreprise". Ses autres activités étant réservées aux "week-ends et jour fériés", explique-t-il au Parisien. Tout compris pourtant, ses 4 mandats lui ont rapporté près de 170 000 euros en 2008..."
______-Le cas de Didier Lombard:
"..
.Outre son poste de PDG de France Télécom siège au conseil d’administration et au conseil stratégique de Thales, est administrateur et président du comité de gouvernance et de nominations de Thomson (devenu maintenant Technicolor), et siège aux conseils de surveillance de ST Microelectronics et de Radiall.Le quotidien indique que sa rémunération en 2009 a été de 1,655 million d’euros (900.000 € de fixe, 750.210 € de rémunération variable et 3.885 € de rémunération en nature). « Chez Thales, il a perçu 29.000 € en jetons de présence en 2008, et 33.938 € de jetons de présence chez Thomson. Au conseil de surveillance de ST Microelectronics, il a touché 98.250 € de jetons de présence en 2008. Et 7.000 € de jetons de présence chez Radiall. » Son commentaire au Parisien: « Didier Lombard explique qu’il se ‘consacre à 100% à son entreprise’. Ses autres activités sont réservées aux ‘week-ends et aux jours fériés’. »(sic!!)

samedi 5 mars 2011

CAC40: tout va bien...

On pavoise au CAC40

On ne s'y attendait pas forcément, surtout si tôt. Mais c'est affirmé, claironné. Les profits en hausse de 85 % pour les groupes du CAC 40:
"Les grands groupes français ont quasiment effacé le creux de la crise économique. En 2010, les sociétés composant l'indice CAC 40, ont réalisé globalement un chiffre d'affaires de 1 262 milliards d'euros, en augmentation de 6,92 % par rapport à l'année précédente. Une performance proche du point haut de 1 293 milliards d'euros atteint en 2008, selon les données compilées par le cabinet d'audit et de conseil PricewaterhouseCoopers (PwC) en exclusivité pour Le Monde, en partenariat avec France Info. Même constat en ce qui concerne les bénéfices : le résultat cumulé des quarante sociétés de l'indice atteint 82,5 milliards d'euros, soit 85 % de plus que l'année passée. Il reste en deçà du record enregistré en 2007 (101,4 milliards d'euros), mais s'en rapproche. Les investisseurs peuvent se réjouir : leurs dividendes, qui étaient déjà restés à des niveaux élevés en 2009, vont augmenter, mais moins rapidement que les profits. Cette nouvelle période de croissance se poursuivra-t-elle en 2011 ? Oui, prévoyaient les analystes..."

Tout semble donc aller pour le mieux, pour l'instant, dans le monde des très grandes sociétés.
" ...+ 6800 % pour la Société générale, + 120 % pour Suez, + 113 % pour PPR, + 70 % pour Veolia, + 45 % pour France Telecom et + 38 % pour BNP Paribas. Cette envolée des profits donne une idée des marges de manœuvre considérables qui existent pour augmenter les salaires. Et a contrario elle indique que le partage de la richesse créée va continuer à se dégrader au détriment du travail..."
-Surprofits du CAC 40: mais pourquoi la gauche est presque muette?

_Des salaires, créateurs de valeur, parlons-en : il y a urgence pour les plus bas ...
"...Le quart des salariés, soit 6,25 millions de personnes, gagnent moins de 750 euros nets par mois. Ils subissent de manière cumulée la faiblesse du SMIC et le fléau du temps partiel contraint. Le gouvernement laisse cette situation s'aggraver en refusant tout coup de pouce au SMIC et en subventionnant le temps partiel avec des dispositifs comme le RSA._Une fois de plus, au 1er janvier, le gouvernement a décidé de n'appliquer aucun coup de pouce au SMIC. Ce dernier n'a progressé que de 1,6 % au 1er janvier 2011, c'est à dire l'augmentation automatique liée à l'inflation. Aucune amélioration donc pour les plus de 3 millions de salariés payés au SMIC, dont une bonne partie des 1,5 millions de salariés à temps partiels contraints. La très grande majorité sont des femmes salariées de la grande distribution ou d'entreprises de nettoyage. Pour elles, le cumul d'un SMIC horaire faible et de durées du travail restreintes conduit directement à la pauvreté, qui frappe désormais 40 % des salariés à temps partiel contraint. Bien qu'à temps partiel, ces salariés se voient souvent imposer les contraintes d'un temps plein, notamment dans la grande distribution qui abuse des horaires fractionnés..."
La paupérisation des Français fait son chemin...
__Qui peut vivre avec 750 euros par mois?_"Lorsque tu as un loyer de 45O Euros, l' EDF 30 Euros, le téléphone environ 5O Euros, les assurances 6O euros ? un crédit de 89 Euros encore à rembourser pendant deux ans, que vous reste t-il pour la nourriture, pas grand chose . Alors question loisirs, rien du tout. Pas moyen d'avoir des aides quelconques lorsqu'on est seule." (Une assistante maternelle 50 ans)
___________________
Pour faire baisser un peu plus les salaires, des tas de solutions sont possibles, dont celle-ci, assez "ludique", le jobdumping: que le plus bas salaire gagne !...
________________
-Travailleurs pauvres en France
-L'Europe sociale n'aura pas lieu
-Dévalorisation du travail
-Travailler autant pour gagner ...pas plus
-France:inégalités croissantes
-Précarité à l'américaine

vendredi 14 janvier 2011

Régression fiscale

Hold-up à Bercy

Qui paie, un peu, beaucoup...pas du tout?

_La fonction de l' impôt est essentielle dans une démocratie: assurer les dépenses publiques, favoriser une certaine régulation sociale et économique, même si cette dernière fonction peut être objet de discussion, pouvant parfois renforcer les inégalités.
« Article 13 - Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable ; elle doit être également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés.
___ Article 14 - Les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée. » (Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.)

Que penseraient les rédacteurs de ces articles en voyant aujourd'hui les grands patrons échapper à l'impôt?

Le moins-disant fiscal, cher à Hayek, a été une pratique délibérée depuis l'ére Reagan-Thatcher. Elle a fini par contaminer toute la gestion politique et économique des pays qui s'y sont ralliés, au détriment de la justice sociale et de l'investissement productif à long terme, renforçant les inégalités de manière inouïe.
De plus,"notre système de prélèvements est devenu illisible ; nul ne sait qui paye l'impôt, ce que représentent les taux affichés et la réalité de la redistribution opérée... Il est aussi devenu instable. Les exonérations de cotisations sociales ont changé douze fois en quinze ans de mode de calcul. Comment les entreprises peuvent-elles, elles-mêmes, faire leurs arbitrages ? Et, pour finir, il n'est ni favorable à l'emploi, ni à l'investissement, et pas davantage à l'environnement..."(M.Sapin)

_____________________"On assiste aujourd'hui à une régression fiscale renforcée, un "... hold-up fi
scal, qui est en fait la captation de la richesse de l'Etat par de riches particuliers et par de grosses sociétés multinationales, avec la complicité active de nos politiciens qui sont pourtant censés agir dans l'intérêt des citoyens, est en réalité bien plus grave, puisqu'il fait des dizaines de millions de victimes, qui doivent compenser de leurs maigres deniers le manque à gagner de l'Etat (par exemple l'augmentation de la fiscalité locale due au transfert non financé des compétences de l'Etat vers les collectivités locales) ou subir le savant et inexorable travail de sape des Services Publics. On pourrait donner 1000 exemples, de l'augmentation de l'âge de la retraite au déneigement d'une seule voie sur les autoroutes.
J'ai déjà expliqué ici que Madame Bettencourt ne paie que 10 millions d'euros
d'impôts par an (elle en donne 40, et l'Etat lui en rend 30 par le mécanisme scélérat du bouclier fiscal) alors que la simple application du taux de 1.8% sur sa fortune au titre de l'ISF comme le prévoit la théorie devrait lui faire cracher 290 millions d'euros tous les ans. Sur 10 ans, le préjudice de l'Etat est donc d'environ 2.8 milliards d'euros ! Pour une seule personne ! Au niveau du symbole, c'est fort, d'autant que l'actualité nous a laissé entrevoir les mécanismes de corruption qui fonctionnent et permettent cette ignominie. Mais au niveau comptable, il y a largement pire.
Dans le même billet, je parlais des ristournes dont certaines sociétés, souvent les plus grosses, bénéficient pour diminuer leur impôt sur les bénéfices, qui rappelons-le, est fixé en France à 33%, contre 12 en Irlande. Or, seules certaines PME paient effectivement ces 33%. Les sociétés plus importantes ont à leur disposition tout un arsenal de mesures parfaitement légales pour faire diminuer l'addition.
..: un quart des sociétés du CAC 40 ne paie pas d'impôt du tout. Nada. Peau de zobi. Et Les Echos de balancer des noms : Total, Danone, Essilor, Saint-Gobain, Schneider, Suez Environnement et ArcelorMittal. On croit rêver, ou plutôt cauchemarder ! Total, Danone ! Les plus gras, ceux qui font les bénéfices les plus nauséeux ! Total, 8 milliards d'euros de bénef' en 2009 (13.9 milliards en 2008). Visez la mine réjouie de son PDG, qui ne sait tellement plus quoi foutre de son flouze qu'il rachète ses propres actions pour en soutenir le cours ! 0 euro. Et c'est légal : on arrange la compta pour faire ressortir des pertes en France, et pour faire inscrire les bénéfices dans des paradis fiscaux, et hop ! L'affaire est dans le sac ! Si Total payait ses 33%, ce seraient 2.6 milliards qui rentreraient dans les caisses ! En 2010, les bénéfices du CAC 40 ont à peu près doublé. Les impôts aussi, manifestement : 2 X 0 = 0 ! C'est bien foutu, comme truc… Le taux moyen d'imposition sur les bénéfices du CAC 40 serait de 8%. L'ensemble des bénéfices 2010 sera donc de l'ordre de 100 milliards, sur lesquels les entreprises paieront environ 8 milliards. Si la théorie était appliquée, ce seraient 33 milliards. Et hop, 25 milliards de plus dans les caisses de l'Etat ! Cette anomalie a au moins un avantage : elle pulvérise l'argument massue des libéraux pourfendeurs des zimpôts : « Ah oui, mais on est bien contents de les avoir en France, ces multinationales ! Et si on leur fait payer trop d'impôts, elles iront ailleurs ! » Et pourtant elles restent, on comprend mieux pourquoi !..
Ce qui est le plus honteux, c'est bien le caractère de « vases communicants » de l'imposition. En effet, ce que les riches particuliers et les multinationales ne paient pas, ce sont les PME et surtout les citoyens lambdas qui vont devoir casquer. Et à écouter Baroin, l'addition risque d'être salée ! Politiquement, c'est même incroyable, à croire que l'UMP a déjà renoncé à 2012, alors que d'ordinaire, les gouvernements évitent les mesures impopulaires les années préélectorales… les premières mesures qui ont été révélées donnent le ton : - Suppression d'un abattement de 15% sur les cotisations sociales des salariés du secteur des services à la personne employés par des particuliers par l'intermédiaire du « Chèque Emploi Services Universel » : y'a de quoi se la mordre ! Ce truc a été conçu pour limiter le « travail au noir », et pour permettre l'essor des « services à la personne » qui, payés par des particuliers pas forcément fortunés, sont inconcevables sans subventions. Le résultat probable sera donc une explosion du travail au noir, et la décrépitude du secteur, pourtant chéri de Borloo. Les cotisations ne rentrant plus, j'ai du mal à voir l'économie réalisée… - Suspension de l'obligation de rachat par EDF de l'électricité photovoltaïque. Là encore, je me marre ! Ah, il est loin le Grenelle de l'Environnement, et Borloo est piétiné très rapidement… Je ne sais pas comment toutes les boîtes qui ont proliféré sur ce secteur vont pouvoir survivre (les problèmes commencent déjà ), car ces aides publiques étaient leur principal argument de vente. Ironie, le prétexte invoqué est que la plupart des panneaux solaires vendus en France seraient fabriqués en Chine… Ah oui, si on appliquait un protectionnisme intelligent à l'égard des produits fabriqués au mépris du droit du travail, des normes sociales, environnementales et/ou fiscales, ça n'arriverait pas… Mais on peut aussi se demander pourquoi deux poids, deux mesures, puisque l'Etat n'a pas eu les mêmes scrupules pour claquer un milliard en sponsoring de bagnoles fabriquées dans les pays de l'Est, opération baptisée « prime à la casse », et dont le récent arrêt va plonger la filière dans le marasme. - Division par deux des aides à l'installation des agriculteurs bio. Là, ça ne mérite qu'un crachat par terre. Les gens qui prennent ce genre de décisions devront être jugés. Les tomates bio du Maroc et les pommes de terre bio d'Egypte ont de l'avenir… Cette situation est grotesque. La France a perdu toute marge de manœuvre puisqu'elle est inféodée aux claquements de doigt des « agences de notation », gardes-chiourmes de l'idéologie financière et ultralibérale. Et comme les autres, nous sommes « contraints » de faire casquer les pauvres pour payer la gabegie des riches...
" (SuperNo)

On tend à imposer la petite épargne au lieu des grandes fortunes
La suppression de l’ISF apparaît comme une entourloupe ou un tour de passe-passe, un "marché de dupes qui revient à remplacer des impôts sur la rente et les patrimoines les plus élevés par une plus forte imposition du travail". "L'ISF rapporte 4,1 milliards d'euros, le bouclier fiscal coûte 680 millions. Supprimer l'un et l'autre revient à alléger de près de 3 milliards et demi l'imposition du patrimoine"(Pierre-Alain Muet)
La révolution fiscale attendra...

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Faut-il vraiment supprimer l'ISF ?
Cadeaux fiscaux et dette publique
Révolution fiscale?
Touche pas à mon bouclie
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mercredi 5 avril 2023

Vive le Cac40?

 Tout pour les actionnaires 

                      Il fut un temps où l'on parlait de "juste rétribution"...

                                   Surprofits en question. Jusque dans les années de l'après-de Gaule, pour qui le développement économique ne devait pas se faire "dans la corbeille". Profits, dividendes et salaires (à l'origine de la valeur) devaient parvenir à un juste équilibre, dans une forme de capitalisme régulé. Mais nous sommes passés, depuis les années Reagan, dans un système hyper-financier qui mène la danse à l'échelle mondiale, où les méga-fortunes enflent comme jamais, au dépend d'une masse salariale qui stagne ou régresse, dans un libéralisme dérégulé à courte vue, qui aurait fait bondir Roosevelt. Les travailleurs pauvres n'ont jamais été si nombreux.  Un système  où la rente tient plus de place que l'investissement d'avenir. La France est championne du monde des dividendes reversées aux actionnaires.   


                                                                                              __________"...Pour le CAC 40, 2022 n’a pas été une année de crise mais de superprofits. 73,4 milliards d’euros de dividendes vont être versés, selon nos calculs provisoires. Et dix groupes ont prévu de dépenser 11,8 milliards pour racheter leurs actions. Une pratique qui n’avait jamais choqué Emmanuel Macron jusque-là et qu’il n’entend corriger qu’à la marge. __       ______Il 
arrive parfois – très rarement – qu’Emmanuel Macron ne soit pas d’accord avec certaines pratiques du capitalisme financier. Ce fut le cas lors de son entretien télévisé du 22 mars. Ses critiques ne concernaient pas les superprofits, les positions de rente ou oligopolistiques qui permettent aux grands groupes d’augmenter sans retenue les prix en pleine crise énergétique et géopolitique et viennent alimenter la spirale inflationniste dans le monde occidental, comme les banques centrales sont finalement obligées de l’admettre.   Il abordait encore moins le partage de la valeur entre le capital et le travail, pas plus la chute des investissements dans l’innovation et la production, le retard dans la transition écologique ou les fermetures continues des usines et la destruction ininterrompue du capital industriel, en dépit des promesses faites. Non, sa seule réserve se concentrait sur les rachats d’actions, la pointe de l’iceberg du capitalisme financier. Jusqu’alors, le chef de l’État, tout comme son gouvernement, n’avait rien trouvé à redire à cette pratique, dénoncée par beaucoup et depuis longtemps comme un gaspillage, une dilapidation de capital sans fondement ni justification. Le symbole même de l’inanité de la financiarisation. Mais soudain, Emmanuel Macron s’est réveillé. Empruntant des accents populistes, il s’en est pris au comportement de certains grands groupes : « Il y a quand même un peu un cynisme à l’œuvre, quand on a de grandes entreprises qui font des revenus tellement exceptionnels qu’elles en arrivent à utiliser cet argent pour racheter leurs propres actions », s’est-il indigné.                                                       Emmanuel Macron a promis de remédier à cette situation : il s’est engagé à mettre à l’étude une « contribution sociale exceptionnelle » pour les sociétés qui ont recours à cette pratique. C’est la seule concession avancée en réponse au mouvement de contestation sociale et à la crise politique qui secoue la France depuis trois mois.             Cet engagement permet de mesurer la préoccupation du pouvoir dans ces moments de forte inflation, d’appauvrissement des ménages, de déséquilibres grandissants entre le capital et le travail : si jamais cette « contribution exceptionnelle » voit le jour, ce sera une correction à la marge. Dix groupes du CAC 40 seulement seraient concernés, selon notre recension effectuée à partir des annonces des résultats de ces groupes.   D’une année sur l’autre, rien ne change. Ni le conflit en Ukraine, ni la crise énergétique, ni les dérèglements géopolitiques et climatiques ne semblent ébranler les habitudes. Les mêmes noms reviennent comme une litanie. On y retrouve BNPParibas, TotalEnergies, Stellantis (né de la fusion entre Fiat et PSA), Axa, Carrefour, Legrand, Saint-Gobain, Société générale, Publicis, Hermès. D’autres pourraient les rejoindre en cours d’année, s’ils décident de lancer ou de relancer des plans de rachats d’actions, notamment au moment de leur assemblée générale.                                                                                                              À eux seuls, ces dix groupes sont déjà disposés à dépenser 11,8 milliards d’euros cette année pour racheter et détruire leurs actions, afin de soutenir leurs cours. La somme n’est pas loin de celle du déficit redouté du régime de retraite en 2030. Et elle n’est sans doute qu’un point d’étape. TotalEnergies, qui s’est aligné sur les méthodes anglo-saxonnes, annonce désormais sa politique de distribution à ses actionnaires chaque trimestre : le géant pétrolier prévoit de dépenser 2 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) au cours du seul premier trimestre. D’autres plans de rachats d’actions risquent donc de suivre : en 2022, TotalEnergies a dépense 7,8 milliards d’euros pour retirer ses titres et les détruire, ce qui en avait fait le champion toutes catégories du rachat d’actions.                  À ce stade, c’est BNPParibas qui tient la corde : elle prévoit de reverser plus de 5 milliards d’euros à ses actionnaires, afin de partager avec eux les plus-values de la vente de sa banque américaine Natwest. Les banques et les assurances arrivent en tête de tous les autres secteurs avec 6,9 milliards d’euros de rachats d’actions inscrits. Une pratique quasiment obligatoire, à les entendre, afin de soutenir la comparaison avec leurs concurrentes américaines.              Au moment où le monde financier connaît des tensions aiguës, il est assez curieux que les autorités de régulation acceptent de voir ces établissements détruire leurs fonds propres, fondements même de leur solidité et de la régulation. D’autant qu’ils avaient déjà dépensé des milliards l’an dernier sans que cela comble l’écart avec les financières américaines. Le groupe Axa avait déjà reversé 2,9 milliards d’euros à ses actionnaires en 2022. L’année 2022, il est vrai, avait été un festival : les groupes avaient dépensé 23,7 milliards d’euros pour racheter leurs actions. ArcelorMittal avait reversé 2,8 milliards d’euros à ses actionnaires. Depuis 2020, le groupe sidérurgique a réduit son capital de 30 %, pour le grand bénéfice de la famille Mittal, premier actionnaire. LVMH avait racheté ses actions pour 1,6 milliard, là aussi pour le bonheur de la famille Arnault, et Vinci 1,1 milliard. Cette année, plusieurs, après avoir lancé des programmes de rachats pluriannuels, ont décidé de faire une pause. Momentanément.                                                  Car pour beaucoup, il n’est pas question de renoncer à ces pratiques. Saint-Gobain s’est engagé à dépenser 2 milliards d’euros dans le rachat de ses titres sur trois ans. Emmanuel Macron, d’ailleurs, ne le leur demande pas. Il réclame juste un geste, afin que « les travailleurs puissent en profiter », sans donner plus de précision. Cela a toutes les chances de prendre la forme d’une nouvelle prime pour les salarié·es de ces groupes, pas pour apporter une inflexion majeure dans la conduite des affaires.   ___Pour l’instant, ce sont surtout les dirigeants qui en profitent. Les rachats d’actions dopent au moins momentanément les cours de leur groupe, ce qui leur permet de lever leurs stock-options et leurs actions de performances avec de solides plus-values à la clé. Les six membres du comité exécutif de TotalEnergies ont ainsi décidé de lever les actions qui leur avaient été promises dans le cadre du plan de 2020 et de se partager 5,5 millions d’euros, comme l’a révélé la Lettre A. Pour Patrick Pouyanné, qui a déjà vu sa rémunération augmenter de 23,3 % (après une hausse de plus de 50 % en 2022) pour être portée à 7,3 millions d’euros, cette levée de titres représente un gain supplémentaire de 3,75 millions d’euros.                                                                  Mais le champion incontesté reste Bernard Charlès. Le dirigeant de Dassault Systems figure en première place des dirigeants les mieux payés depuis plusieurs années. La famille Dassault, qui possède 40 % du groupe de technologies spécialisées dans la 3D, s’est engagée à lui consentir une part du capital « comparable aux fondateurs d’entreprises travaillant dans le même secteur et plus généralement de ces pairs dans les sociétés de technologies dans le monde ». Grâce à ce mécanisme de gratification, il détenait déjà fin 2022 24, 5 millions d’actions, un pactole qui représente plus d’un milliard compte tenu de la valorisation boursière du groupe. Au titre de l’exercice 2022, sa rémunération totale (salaire fixe, variable, attribution d’actions) atteint 33 millions d’euros.                                                                                                                                 Sans atteindre ces sommets, les autres dirigeants ne sont pas en reste. Tous sont en train de se faire accorder de substantielles augmentations, au nom de « l’alignement des intérêts des dirigeants sur ceux des actionnaires »Car il faut savoir saluer une « année historique », « une année record », selon les déclarations des uns et des autres.  Lors de la présentation de leurs résultats, un certain embarras était perceptible dans les groupes du CAC 40. En pleine contestation des retraites, alors que les ménages voient se réduire leur pouvoir d’achat sous le coup d’une inflation galopante, que l’environnement mondial est en plein bouleversement et que la crise pointe son nez, comment afficher des résultats sans précédent, sans pour autant alimenter les revendications salariales et les procès dans l’opinion publique ? Certains groupes ont trouvé la parade : ils n’ont pas publié leur bénéfice global.                                                                                           Tous en revanche ont veillé à s’adresser à leurs actionnaires, les seuls destinataires qui leur importent. Dans leur communiqué, ils affichent bravement leur bénéfice par action et encore plus l’augmentation des dividendes par action. Les hausses sont parfois spectaculaires : + 25 % pour L’Oréal, +23 % pour Saint-Gobain, + 20 % pour LVMH, + 15 % pour Legrand. À l’exception d’Unibail Rodamco et de Worldline, tous les groupes mettent un point d’honneur à verser des dividendes, même quand les résultats ne sont pas au rendez-vous, comme Vivendi, même quand il leur faut puiser dans leurs fonds propres pour les honorer, comme Veolia ou Engie (lire notre article) .....                                                                                La redistribution s’arrête là. Alors que la question des rémunérations salariales devient chaque jour plus insistante, les groupes affirment tous leur volonté de tenir les coûts, afin sans doute de ne pas alimenter la spirale prix-salaire, si chère aux économistes orthodoxes mais dont on ne trouve aucune trace dans la situation actuelle. Même le « dividende »nouveau gadget du ministre des finances, Bruno Le Maire, pour contrer les demandes, ne fait pas recette. Il n’y a qu’Hermès, fort de 3,3 milliards d’euros de résultat (+37,7 %) , qui annonce avoir versé une prime de 14 000 euros à l’ensemble de ses salarié·es dans le monde.                                                                                                                                 De son côté, Renault, très fortement touché par sa sortie du marché russe, qui lui a coûté 2,3 milliards et en pleine réorganisation après son divorce d’avec Nissan, tente malgré tout de faire un geste envers ses personnels. Le constructeur automobile a lancé un plan actionnarial qui vise à permettre à ses salarié·es de détenir à terme 10 % du capital. Dans ce cadre, six actions gratuites sont offertes à chacune des 95 000 personnes qui travaillent dans le groupe et un programme de souscription à prix préférentiel a été lancé.                                                                           Ce sont les seules initiatives revendiquées par les directions du CAC 40. LVMH, qui a enregistré un bénéfice historique (14 milliards de bénéfice, + 17 %), tient à souligner qu’il a versé 400 millions de participation et d’intéressement – obligatoires – à ses 15 000 salarié·es en France. Les autres n’en parlent même pas : le personnel a purement et simplement disparu de leur écran radar.                 La spirale prix-profits, déjà largement à l’œuvre au premier semestre, s’est encore renforcée à la fin de l’année. Saint-Gobain souligne ainsi que l’écart prix-coûts lui a été profitable. Sur l’ensemble de l’année, il a pu augmenter de 14,6 % ses prix de vente dont 13,8 % au deuxième semestre. Cela lui a permis de compenser largement une baisse de 2,3 % en volume de ses ventes. Le groupe a pu ainsi tripler son cash flow dans l’année.                                                           C’est une autre caractéristique de leur situation actuelle : ces groupes croulent sous l’argent, affichent des trésoreries gigantesques. Vinci, qui prospère grâce à sa rente autoroutière- cette branche assure la moitié de son résultat opérationnel –, annonce avoir un cash flow libre de 5,4 milliards et disposer de 19,7 milliards de liquidités. Sans atteindre de tels niveaux, de nombreux groupes affichent des trésoreries frôlant ou dépassant les 10 milliards d’euros.                                        Mais pour faire quoi ? Ils sont rares les groupes qui, à l’instar d’Air Liquide, Michelin ou Thales, parlent de leurs investissements industriels, de leur projet de développement, qui sont prêts à y engager des milliards pour parier sur l’avenir. La vraie création de valeur ajoutée semble devenue un objet assez annexe chez beaucoup.                                                                                             Le CAC 40 paraît ainsi avoir atteint le stade ultime du capitalisme financiarisé : ces groupes ne se préoccupent plus que de l’optimisation de leur capital, de leurs titres et de leurs actionnaires. Ce bilan assumé, encouragé même par les pouvoirs publics, se résume simplement : d’un côté, un déficit commercial de 164 milliards d’euros, le plus élevé jamais atteint en France mais qui ne semble préoccuper personne ; de l’autre, un nombre de milliardaires qui s’est démultiplié en une décennie et qui surpasse de loin tous les autres pays européens. Les gestionnaires de fortune et les spécialistes des family offices se disent qu’il est temps de prospecter sérieusement la France : plus de trois cents grandes fortunes ont été trop longtemps délaissées. Un marché laissé en jachère.  [ Merci à Martine Orange]      _____________________

IlIl arrive parfois – très rarement – qu’Emmanuel Macron ne soit pas d’accord avec certaines pratiques du capitalisme financier. Ce fut le cas lors de son entretien télévisé du 22 mars. Ses critiques ne concernaient pas les superprofits, les positions de rente ou oligopolistiques qui permettent aux grands groupes d’augmenter sans retenue les prix en pleine crise énergétique et géopolitique et viennent alimenter la spirale inflationniste dans le monde occidental, comme les banques centrales sont finalement obligées de l’admettre.   Il abordait encore moins le partage de la valeur entre le capital et le travail, pas plus la chute des investissements dans l’innovation et la production, le retard dans la transition écologique ou les fermetures continues des usines et la destruction ininterrompue du capital industriel, en dépit des promesses faites. Non, sa seule réserve se concentrait sur les rachats d’actions, la pointe de l’iceberg du capitalisme financier.   Jusqu’alors, le chef de l’État, tout comme son gouvernement, n’avait rien trouvé à redire à cette pratique, dénoncée par beaucoup et depuis longtemps comme un gaspillage, une dilapidation de capital sans fondement ni justification. Le symbole même de l’inanité de la financiarisation. Mais soudain, Emmanuel Macron s’est réveillé. Empruntant des accents populistes, il s’en est pris au comportement de certains grands groupes : « Il y a quand même un peu un cynisme à l’œuvre, quand on a de grandes entreprises qui font des revenus tellement exceptionnels qu’elles en arrivent à utiliser cet argent pour racheter leurs propres actions », s’est-il indig