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vendredi 27 septembre 2019

You are fired!

Mon patron est sympa
                                    Depuis quelques décennies, le licenciement est devenu un grand classique.  Surtout avec le développement parfois ultra-rapide des progrès technologiques et celui d'un capitalisme mondialisé et financiarisé qui ne fait pas de sentiments.
     Ce sont les lois du marché, comme on dit, comme si le phénomène, qui peut prendre une grande ampleur, de manière parfois brutale, devait être considéré comme un phénomène naturel, alors qu'il obéit à de toutes autres règles. Depuis la succession de suppressions d'emplois textiles dans les Vosges il y a quelques décades jusqu'aux récents licenciements massifs et collectifs dans les banques allemandes ou chez le voyagiste Thomas Cook présenté pourtant comme indéboulonnable. On ne parle pas des licenciements, partiels ou pas, qui sont difficilement contournables, pour diverses raisons paraissant justifiables. Tout le problème est ici celui de l'accompagnement et de la formation-reconversion de la main d'oeuvre.
    Mais il arrive souvent que ce sont les actionnaires (pas n'importe lesquels) qui sont devenus les décideurs de fermeture d'entreprises même florissantes, pour promouvoir un déplacement sous des cieux encore plus cléments, plus productifs, avec une main d'oeuvre moins exigeante; ce qu'on appelle gentiment délocalisation. Le phénomène est devenu un grand classique et se fait souvent sans état d'âme. Parfois par une annonce au dernier moment, parfois par un mail envoyé à domicile.
      Souvent, pour éviter beaucoup de temps perdu, une confrontation pénible et des explications superflues, le boss envoie un SMS invitant sans animosité à chercher un autre employeur.
    Vous êtes viré!   Non, ce n'est pas du cinéma.
           C'est rapide et plus cool.
  Aucun éclat de voix, aucun prise de bec. Tout se passe en douceur, avec une grande économie de moyens. On vante même les mérites de l'opérateur concerné, mais on regrette, on n'y peut rien. Désolé. Invité à prendre  sans tarder le chemin de chez Paul (emploi), où vous êtes supposé retrouver rapidement du travail, étant donné vos qualités et vos compétences, dixit le DRH compatissant.
     Il faut po-si-ti-ver!
           Je suis viré. Mais je n'ai pas encore compris. Aucune faute professionnelle. Dégraissage? Délocalisation? On ne m'a pourtant pas proposé d'emploi en Roumanie ou en Malaisie...
   Pourtant, la compagnie avait investi récemment dans des machines très modernes. Mais le SMIC, c'est encore trop, sans doute.
     Les actionnaires ont tranché. Pas les petits, les gros, les investisseurs financiers, institutionnels. Pas moins de 14% de retour sur des placements juteux. Il faut bien vivre.
   Il paraît que c'est devenu légal, qu'ils disent.
      Pour me consoler , en attendant un autre hypothétique emploi, dans le cadre de la nouvelle donne macronienne, je me console comme je peux en lisant le livre d'un ancien DRH,  qui raconte comment certaines entreprises se débrouillent pour s'alléger dans fracas, sans tambours ni trompettes.

   Didier Bille, viré lui aussi, faisait scrupuleusement son boulot, en appelant un tel ou une telle, et en lui déclarant de manière fort civile: Bonjour! Asseyez-vous. La société a décidé de se séparer de vous....
  On n'en saura pas beaucoup plus. Les voies du Boss sont impénétrables. Certains ne s'en remettent pas.
   Ils attendaient des motifs valables et argumentés, selon les formes et les procédures du droit du travail. Même amincies et allégés, il reste quelques règles... On n'est pas au pays des contrats zéro heure. Et recourir aux prud'hommes est devenu plus problématique et difficile.
      Est-ce seulement une question d'"éthique"
                           Ou un problème de justice sociale?
   Mais business is business et les lois du marché....vous comprenez.
                                              ___________________________________

vendredi 17 mai 2019

Où va EDF?

Incertitudes.
                     Pour Jupiter, travail d'Hercule.
                                    A l'heure de profondes remises en question, l'horizon n'est pas clair pour la veille maison, qui se trouve face à des défis de grande ampleur et à des choix majeurs, déterminant pour l'avenir., notamment des investissements massifs.
   ....avec 33 milliards d’euros de dette, il doit investir dans les prochaines années entre 55 et 75 milliards d’euros pour mettre aux normes son parc nucléaire. Sans compter l’interminable chantier du réacteur EPR de Flamanville (Manche) et le financement d’éventuelles nouvelles centrales. 
      Des choix, forcément politiques, s'imposent et on commence à comprendre les grandes lignes de ce qui se prépare, à l'heure où Bruxelles sonne impatiemment l'heure de la privatisation.
   Une privatisation et un démantèlement discutables, mais qui a déjà produit certains effets, notamment avec la multiplication des distributeurs, installant une fausse concurrence.
  Le monde de la distribution est déjà devenu un maquis, qui crée la confusion et le désarroi chez beaucoup de consommateurs, se trouvant acculés parfois à des choix peu clairs ou surfaits.
    Les factures, dont on annonce qu'elles vont bientôt s'élever, deviennent parfois illisibles. Mais n'est-ce pas une pratique habituelle que de brouiller les pistes, quand une certaine concurrence devient une règle imposée.
   ...La direction d’EDF mène actuellement  un lobbying intense auprès du gouvernement sur un sujet technique, mais majeur : la répartition de la rente nucléaire. Un mécanisme complexe appelé Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique) impose à EDF de vendre un quart de la production nucléaire à ses concurrents, à un prix fixe. L’objectif de ce dispositif était de favoriser la concurrence et de tempérer la volonté de Bruxelles de découper l’opérateur historique.  ... EDF juge dorénavant que cette régulation tue l’entreprise à petit feu, l’obligeant à vendre à un prix inférieur au marché une part significative de sa production, qui provient de centrales largement amorties. Depuis cinq ans, Jean-Bernard Lévy demande au gouvernement de supprimer ce mécanisme, avec un argument : il empêche EDF de financer correctement ses investissements, alors que l’entreprise p produit la quasi-totalité de l’électricité en France.

           ___  EDF serait-elle menacée de se transformer finalement en Bad bank du nucléaire?
    C'est ce que pense Martine Orange:
               "   ...A l'avenir , EDF ne serait qu'un producteur public d'électricité nucléaire
....Jean-Bernard Lévy risque cependant d’avoir un deuxième mandat beaucoup plus compliqué, même si sa feuille de route a été très allégée. Plus question de « participer à la transition énergétique, d’anticiper les mutations à long terme, de montrer l’exemplarité du groupe en matière d’animation des filières industrielles ; d’être un acteur emblématique du service public », comme le gouvernement précédent le lui avait demandé, lors de sa nomination en 2014.      Le président d’EDF n’a plus qu’une mission, comme le lui a indiqué le gouvernement dès février : préparer une évolution de l’organisation de l’entreprise pour assurer la pérennité et le développement du nucléaire.      Ainsi se confirment nombre de rumeurs, les propos esquissés par Emmanuel Macron et les appréhensions de Nicolas Hulot lors de sa démission en fin août 2018. La transition et la sécurité énergétique, les enjeux climatiques, le service public de l’énergie, tout cela n’est que secondaire. Pour l’Élysée, EDF, c’est le nucléaire, point.    « Emmanuel Macron ne croit pas aux énergies renouvelables. Pour lui, la réponse au réchauffement du climat, la transition énergétique, passe par le nucléaire », confirme un proche du dossier. Mais un nucléaire à la main de l’État, faisant assumer toutes les charges et tous les risques au public et aux consommateurs, en masquant les échecs, les impasses et le coût véritable.    Dès sa reconduction, Jean-Bernard Lévy est prié de s’attaquer au plus vite à cette « grande transformation ». Le lancement officiel de ce projet, nommé Hercule, devait être officialisé lors d’un comité stratégique le 28 mai. Après les élections européennes.       Mais à la grande fureur de l’Élysée, les grandes lignes du projet ont été révélées par le Parisien avant. L’État projette de renationaliser EDF – il détient actuellement 83,67 % du capital – et de scinder le groupe entre la production nucléaire d’un côté et toutes les autres activités de l’autre. La seule solution, selon le gouvernement, pour permettre à EDF, déjà très endetté, de faire face au mur d’investissements qu’il doit affronter dans les années à venir pour maintenir et développer son parc nucléaire.     Normalement, la direction d’EDF a jusqu’en décembre pour présenter son projet. Dans les faits, il est déjà bien avancé. Depuis plusieurs mois, l’Agence de participations de l’État (APE) et la direction d’EDF travaillent à la demande de l’Élysée à ce projet. Aidés par des banques-conseils, dont UBS, ODDO, J.P. Morgan ou Natixis, ils ont conçu un schéma qui ressemble très fort aux idées qui trottaient dans la tête d’Emmanuel Macron quand il était ministre de l’économie.   Celui-ci estimait alors qu’il fallait revoir le statut et l’organisation d’EDF. « Autant le statut de société cotée est une solution pertinente pour se diversifier ou développer le nucléaire à l’international, autant il ne me semble pas optimal pour ce qui concerne le nucléaire en France, compte tenu des contraintes de production, du parc installé, de la régulation. (…) Il serait extrêmement difficile, toutefois, de sortir de ce statut de société cotée. Il faudrait soit trouver énormément d’argent pour racheter toutes les actions, soit rompre le lien entre les activités dans le domaine du nucléaire en France et le reste du groupe », affirmait alors Emmanuel Macron devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale le 22 mars 2016, en soulignant que si cette solution était choisie, elle « impliquerait donc un démantèlement du groupe ».     Heureux hasard ! L’APE et la direction d’EDF aboutissent au même plan que celui défendu par Emmanuel Macron lorsqu’il était à Bercy. C’est bien un schéma de démantèlement que le gouvernement est en train de concocter pour EDF.    Afin de pouvoir renationaliser le nucléaire, EDF serait découpé en plusieurs morceaux. D’un côté,
une structure serait créée, qui détiendrait 100 % du parc nucléaire, les principaux barrages hydrauliques (la liste ne semble pas arrêtée), ainsi que les centrales thermiques d’appoint. En gros, tous les moyens de production d’EDF. Cette structure serait totalement détenue par l’État.   De l’autre, toutes les autres activités d’EDF en aval, comme la distribution (Enedis – ex-ERDF), les énergies renouvelables (EDF EN), les services (Dalkia) seraient placées dans une autre structure dont le capital serait ouvert au privé. Dans quelles proportions ? À ce stade, tout semble encore à calculer.     Car dans un premier temps, cette scission doit permettre de faciliter l’opération de reprise publique du nucléaire. Lors du rachat par l’État, les actionnaires actuels d’EDF, selon les schémas étudiés par les banques-conseils, pourraient soit apporter leurs titres à l’opération et se faire rembourser en numéraire, soit convertir leurs actions du groupe en actions nouvelles de la société regroupant toutes les autres activités du groupe.       Cette solution d’échanges de titres pour des actions nouvelles permettrait de réduire le coût de la renationalisation complète d’EDF. Selon des chiffres qui circulent, l’État espérerait ainsi ramener le prix du rachat de l’électricien public autour de 700 à 800 millions d’euros au lieu de 6 à 8 milliards d’euros. De plus, à l’occasion de la scission, le bilan d’EDF serait « retravaillé », une partie des dettes du groupe – plus de 33 milliards d’euros – étant transférés dans la nouvelle structure.     Enfin, cette cotation pourrait permettre de lever de l’argent et conforter les fonds propres d’EDF, nettement insuffisants par rapport aux engagements pris et à venir de l’entreprise, sans que l’État, qui a déjà dû participer à une augmentation de capital de 3 milliards d’euros en 2017 pour effacer en partie le désastre de la faillite d’Areva, ait besoin de remettre la main à la poche.   Pour l’instant, la direction d’EDF est muette sur les négociations qu’elle a engagées avec l’État. Interrogé sur les projets à venir, le groupe n’a pas répondu à nos questions. Sans information autre que celles qui fuitent dans la presse ou les rumeurs de couloir, les salariés en sont réduits à essayer de comprendre ce qui se trame. Les premières réactions cependant au projet sont largement négatives.     « Ce projet n’a aucun sens industriel. Il conduit à la désintégration du système électrique, sans apporter de réponse à un vrai problème : l’électricité n’est pas soluble dans la concurrence libre et non faussée », assure François Dos Santos, secrétaire CGT du Comité central d’entreprise d’EDF.     « L’avenir d’EDF, c’est avant tout une question de régulation dans l’intérêt du groupe et non de réorganisation dans l’intérêt des banques d’affaires », réagit de son côté Alexandre Grillat, responsable de la CFE-CGC, qui dénonce une « tambouille financière qui réduit l’avenir d’EDF à un Meccano capitalistique ».     « Il n’y a aucun projet industriel et économique derrière ce plan. Ce gouvernement, avec l’aide de l’Europe, ne sait faire qu’une chose : privatiser », ajoute Anne Debregeas, responsable de SUD Énergie. « Ce projet ? Ce n’est qu’un charcutage comptable et financier qui ignore tout des problèmes de l’électricité », renchérit un ancien responsable du groupe.     Même les salariés actionnaires s’énervent. Ils ont adressé plusieurs questions écrites aux administrateurs d’EDF avant l’assemblée générale, en leur demandant comment ils entendaient défendre « l’affectio societatis des salariés, des actionnaires et des consommateurs » dans les opérations à venir et en réclamant que les administrateurs représentant l’État ne puissent pas prendre part ni aux délibérations ni au vote sur l’éventuelle mise sur le marché des filiales d’EDF, afin de prévenir tout conflit d’intérêts.     La désintégration du groupe, séparé entre un amont nationalisé et un aval libéralisé – et sans doute à terme totalement privatisé, redoutent certains –, fait courir un grand risque à EDF, de l’avis de nombreuses personnes, et même plus largement à l’ensemble du système électrique français.    À terme, c’est toute l’organisation actuelle qui disparaît. Plus de distributeur public, disparition programmée des tarifs régulés de l’électricité, soumis alors à la libre concurrence du marché, et peut-être même remise en cause de la péréquation tarifaire qui permet d’offrir un prix équivalent aux consommateurs sur le territoire.    Mais ce sont aussi les contrats individuels et collectifs qui pourraient être remis en cause, en cas de privatisation. Enedis travaille avec des contrats de concession avec les collectivités locales, est garante des installations électriques dans les copropriétés depuis la loi Élan et est propriétaire des compteurs individuels posés dans chaque domicile. Le chambardement juridique paraît immense, voire insurmontable, sans parler des risques financiers qui y sont associés. « Une folie », à entendre ceux qui connaissent le groupe.     « C’est vraiment un projet de banquier d’affaires. Leur intérêt est de tronçonner EDF en morceaux les plus petits possible. Forcément, à chaque opération de découpage, ils touchent leurs commissions. Mais on va mettre en pièces le formidable outil dont nous disposons, à savoir un opérateur d’un service public intégré. En désintégrant EDF, on perd tous les effets de taille critique, la complémentarité des moyens de production, la gestion du réseau », relève un cadre du groupe.      « Séparer la production de la distribution, c’est exactement ce que les responsables politiques avaient juré de ne pas faire. Cela donne des catastrophes comme l’effondrement du réseau électrique en Californie en 2001. Cela a coûté des milliards par la suite », analyse Anne Debregeas. La responsable de SUD Énergie souligne elle aussi les risques de désoptimisation, de rupture du système, qui demande une gestion encore plus fine depuis l’émergence des énergies renouvelables. « On risque d’aboutir à un système complexe, opaque, illisible. C’est dans ces situations que surviennent les accidents et les crises », prévient-elle.     Même si, selon nos informations, certains directeurs d’EDF sont très opposés à ces scissions, l’APE et le gouvernement les jugeraient comme des contreparties indispensables à la nationalisation du nucléaire, pour obtenir l’accord de la Commission européenne. Renationaliser la production nucléaire serait perçu comme une subvention d’État, expliquent-ils. D’autant que le gouvernement ne veut plus privatiser les barrages, comme la Commission européenne l’exige....."
   (Affaire à suivre...)
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lundi 18 février 2013

Séparer les banques

 Les banques, encore... 

 «Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance.» 
«Je séparerai les activités des banques qui sont utiles à l’investissement et à l’emploi de leurs opérations spéculatives. J’interdirai aux banques françaises d’exercer dans les paradis fiscaux. Il sera mis fin aux produits financiers toxiques qui enrichissent les spéculateurs et menacent l’économie […].» (Le candidat) 
___ « J'ai fait quelques erreurs, bien qu’elles ne soient celles pour lesquelles on m’a le plus largement critiqué, [... comme] avoir signé la loi abrogeant la loi Glass-Steagall Act, la loi des années 1930 imposant [la scission des banques] dans des institutions distinctes. » (Bill Clinton, Back to Work, 2011)
_______ « La loi garantit l’essentiel de ce que voulaient les banques. » [François Chaulet, gérant de fonds chez Montségur Finance, 28 novembre 2012, Les Echos]

__________________________ L'union bancaire a failli exister...
 Elle, qui était supposée contrer la suprématie des grands groupes bancaires en protégeant les épargnants, où la spéculation non productive joue un rôle majeur, n'est pas à la hauteur, loin de là...
Demain, peut-être, prendra-t-elle une forme plus crédible, sous le contrôle concerté des Etats asservis aux puissances financières. Mais il faudra sans doute d'autres crises pour forcer la main aux politiques.
__Face au projet de réforme bancaire dont on parle tant, faute de vouloir changer les choses, les banques n'ont  même pas mal!
La loi bancaire est une réforme minuscule, une coquille vide, comme on le savait.
Elle ne fait pas ce qu'elle prétend être.
Et pourtant,  scinder les banques est une priorité, réclamée même par certains libéraux. (1)
_______Selon  Finance watch, qui comporte nombre transfuges rebelles de la finance, "le projet de loi de séparation et de régulation des activités bancaires est essentiel. Son ambition, comme l’a fort bien exprimé le ministre de l’économie et des finances, est en effet rien moins que de remettre la finance au service de l’économie et non au service d’elle-même, de réformer profondément le secteur, de faire référence en Europe, de refondre notre paysage financier, sans prendre prétexte du poids de la finance et de la complexité de ses enjeux pour nous accommoder de ses défaillances, et de protéger les dépôts des épargnants, mais aussi les contribuables.
Avec de tels objectifs, Finance Watch ne pouvait qu’accueillir avec enthousiasme ce projet de réforme. Pourtant, après analyse détaillée, nous estimons que ce texte, qui s’intitule « loi de séparation », ne sépare rien. Il prétend offrir une protection aux contribuables et aux déposants, mais les protège insuffisamment. Il affirme séparer ou interdire certaines activités, mais sur trois points sur lesquels je reviendrai, ne les sépare pas ou ne les interdit pas vraiment. Enfin, ce texte, qui se veut précurseur en Europe, est en fait en deçà de ce qui se fait ailleurs.
Le projet
Avant d’étayer ces affirmations, je souhaite mettre en exergue deux chiffres qui me paraissent essentiels pour comprendre le paysage bancaire français. Tout d’abord, le total cumulé du bilan des banques françaises représente 8 000 milliards d’euros, soit 400 % du PIB de la France. À titre de comparaison, la proportion est d’à peine 80 % pour les banques américaines. Cela signifie que le poids relatif du secteur bancaire est cinq fois plus grand en France qu’aux États-Unis.
Bien sûr, une partie de cette disproportion peut s’expliquer par d’importantes différences comptables entre les deux systèmes ou par des facteurs liés au mode de financement des entreprises. Pour autant, elle traduit le poids du secteur bancaire dans l’économie française. Or, comme le dit Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, « les banques croissent à l’international, mais elles reviennent toujours chez elles pour mourir ».
Deuxième chiffre qu’il faut avoir à l’esprit : sur ces 8 000 milliards d’euros, 10 % représentent les prêts réalisés par les banques françaises aux entreprises, tandis que le prêt aux particuliers représente environ 12 % de leurs engagements. L’économie réelle bénéficie donc de 22 % du bilan des banques françaises, et une grande partie du débat d’aujourd’hui consistera à se demander ce qu’il faut faire des 78 % restants. Certes, une partie de cet argent a une réelle utilité pour l’économie, mais ce n’est peut-être pas le cas de la totalité."
_____Vraiment, des micromesures... 
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- Pour sauver le système financier? Cassons les banques!
- La non-séparation des activités bancaires
-Merci pour les banquiers !
-Qui paie pour les banques sauvées? 
- L’aveux d’un Bankster
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mercredi 19 décembre 2012

Union bancaire: vraiment?

 L'union bancaire: progrès ou slogan?
_________________________________"Un slogan politique qui rassure...
Espérer mettre en place une union bancaire sur des structures hétérogènes est un emplâtre sur une jambe de bois."
__Cette initiative, bricolée à la hâte, apparaît à première vue comme une bonne nouvelle, mais on voit vite que l'on a affaire à une  solution décaféinée, comme le signale le journal El Pais, une mesure vouée à l'inaction.
"... En raison des manques révélés par la crise de la zone euro, l'UE essaye d'évoluer vers un modèle fédéral. Mais elle le fait sans prendre en compte la nécessité absolue de faire participer les citoyens européens au processus. Sa politique est même conçue spécifiquement pour éviter d'avoir à les consulter. La voie choisie pour créer une union bancaire met au grand jour cette erreur de conception au coeur du projet européen aujourd'hui. Il est difficile d'être optimiste quant au succès d'une initiative qui repose sur des bases juridiques aussi fragiles et qui manque de légitimité démocratique..."
___  Il semble bien que l'on ait affaire à un compromis berlinois:"Les Européens ne se sont entendus que sur le plus facile : la supervision. À l’avenir, c’est la BCE qui aura pour mission de contrôler le système bancaire européen. Et encore ! La Grande-Bretagne, la Suède et la République tchèque ont déjà prévenu qu’elles ne participeraient pas à ce mécanisme européen de contrôle. Les grandes banques de la City sont donc déjà hors contrôle.
La deuxième entorse porte sur le nombre des établissements contrôlés. Tandis que la France souhaitait un contrôle de la BCE sur l’ensemble du système bancaire européen, l’Allemagne s’opposait à ce que la banque centrale européenne contrôle ses banques régionales et ses caisses d’épargne, pivots du système politique allemand..".
Donc cet accord boiteux semble bien ajusté aux exigences allemandes, une victoire pour la Käntzlerin, au coeur des contradictions européennes. Le jeu des banques allemandes apparaît très équivoque, elles qui sont toujours très exposées et fragiles.
  La logique de rentabilité des banques n'est pas remise en cause.
A quand un réelle séparation des fonctions bancaires (*), après le hold-up sur l'Europe?
En France, les promesses ne sont pas tenues, la réforme bancaire est vidée de tout contenu:.
"... Tous les projets discutés dans la plupart des pays occidentaux pour mieux contrôler les banques, pour séparer les banques de dépôts et les banques d’investissement, pour mieux circonvenir les risques imposés aux pays, ont été écartés. La banque universelle « à la française », modèle irréprochable victime de la crise plutôt que coupable, comme le disent ses défenseurs, restera intouchée.
« La réforme bancaire touchera à peine 2 % de notre activité », s’est félicité en petit comité Alain Papiasse, responsable de la banque de finances et d’investissement de BNP Paribas. Grand connaisseur du monde bancaire, Christian Nijdam, un des responsables de la société d’analyse indépendante Alphavalue a fait le calcul. « Rapporter à l’ensemble de la banque, cela signifie que la réforme va toucher à peine 0,5 % du produit net bancaire (PNB chiffre d’affaires) global de BNP Paribas. Si le rapport Liikanen avait été appliqué, cela aurait affecté 13 % de son PNB global », explique-t-il.  Autant dire que la réforme bancaire, à ce stade, risque d’être de l’épaisseur du trait..."
La citoyenneté européenne , la grande absente, reste à construire...
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(*)_"Le lobbying bancaire essaie d’attirer la discussion dans d’insondables méandres techniques. Mais au-delà de discussions sur des points de détail, la raison fondamentale est de pur principe :

  1. L’activité de la banque de dépôt, d’intérêt général, bénéficie d’une garantie publique ;
  2. L’activité de la banque d’affaires, qui n’est pas d’intérêt général, et qui ne doit pas bénéficier de la garantie publique – pas plus qu’un boulanger ou un garagiste…
Le problème est accentué par le fait que la dernière est souvent une activité spéculative (elle comprend entre autres la fameuse « banque casino »), et peut donc, en cas de difficultés, causer des pertes importantes, voire la faillite de toute la banque. En effet, à banque universelle, faillite universelle.
Il serait donc extrêmement pervers d’accepter un système où une entreprise privée bénéficiant d’une garantie publique pourrait librement exercer des activités très risquées. La situation serait ainsi asymétrique, et ne pourrait que conduire à privatiser les profits quand tout va bien et à nationaliser de grosses pertes en les transférant au contribuable – “pile je gagne, face le contribuable perd.” C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles le législateur américain avait séparé les activités bancaires en 1933, lorsqu’il a justement créé la garantie publique des dépôts.
Il est d’ailleurs surprenant de voir surgir un projet de garantie publique européenne des dépôts sans se soucier de protéger réellement le contribuable en exigeant au préalable la scission des activités à risque. Comment imaginer sérieusement que le contribuable français renfloue Barclays ou Deutsche Bank dans le futur en raison de faillite de la banque casino ? C’est probablement pour cette raison qu’en réalité le projet d’union bancaire n’avance pas.
Logiquement, on note que s’est aussi développé ces dernières années un vif sentiment d’injustice vis-à-vis du système bancaire lorsque les gouvernements ont dû venir en aide sur fonds publics à des banques qui continuaient à verser des rémunérations et bonus exorbitants à leurs dirigeants et traders.
Il convient donc de revenir à une saine scission, les activités garanties par le contribuable d’un côté, les activités purement privées de l’autre.
À ce stade du débat, il ne s’agit même pas de discuter de limitation desdites activités ; la proposition consiste bien à maintenir toutes les activités, mais à les mettre simplement dans des groupes différents. Cela évitera à l’avenir toute “prise d’otage” des banques, qui ne pourront plus exiger que des fonds publics garantissent ou renflouent des pertes privées sur les marchés financiers." (O.Berruyer)
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- L’accord scandaleux sur la supervision bancaire de la zone euro
- Capitulation bancaire
- Réforme bancaire : le lobbying dans l'appareil de l'Etat
- Quand les avocats d’affaires écrivent les lois

vendredi 27 mai 2011

Euro: avec ou sans ?

Avis de tempête

Turbulences en cours...l'Euro(pe) va mal

"Il est de curieux moments, dans l’histoire des hommes, où il devient impossible de continuer sans de grands changements....lesquels sont perçus comme inacceptables. L’euro- système, devient contre toute attente, une fabuleuse machine régressive hors de contrôle....mais s’en séparer, peut nous diriger vers d’autres formes de régression que beaucoup redoutent. On ne peut plus faire avec l’euro, mais il est difficile de faire sans lui." (JCW)
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__A écouter les diverses voix, souvent modérées, qui s'expriment sur l'avenir de l'euro et de l'Europe, telle qu'elle fonctionne actuellement_une belle idée minée par une doctrine et des pratiques politiques de type néolibéral_ on est pris de tournis et on n'ose à peine croire que la situation ait pris un cours si grave.
__Certains économistes considèrent que
, tel un corset à taille unique, l'Euro est à l'agonie , qu'il y a lieu d'en sortir au plus vite, avant que le bateau ne sombre, emporté mécaniquement par sa propre logique de fonctionnement et son asservissement à la haute finance internationale, malgré les efforts désespérés mais tardifs de certains membres, comme l'Allemagne, ne voulant pas voir leurs banques mises en péril. Si elle a aidé la Grèce, c'est surtout par intérêt.
_"La crise aurait mis en évidence les aspects de construction artificielle (de l'Europe), qui aurait à peu près fonctionné pendant une période en masquant les inégalités de développement, mais qui se révèlerait aujourd'hui plutôt comme un carcan, au sein d'un union où règne aujourd'hui la cacophonie, l'absence d'un minimum de cohérence et de solidarité, d'intérêts convergents."
_Même Herman Van Rompuy , dans sa logique d'orthodoxie bruxelloise, pense que la zone euro joue sa "survie." Sonner le tocsin pour monter sur le pont? Pour quoi faire? détacher les canots de sauvetage ou réparer le mât et retrouver le cap? Le Titanic aurait pu ne pas couler...
Il apparaît que domine le règne du chacun pour soi, dans une Europe qui n'est plus guère qu'un espace de libre-échange, construit sur le modèle anglo-saxon depuis quelques décennies.
___Quitter l'euro paraît une solution tentante pour certains pays, mais à quel prix?
« En renonçant à l'euro, un Etat recouvrerait sa souveraineté monétaire et pourrait dévaluer sa monnaie pour regagner de la compétitivité », explique Clemente de Lucia, de BNP Paribas. Les gains risqueraient cependant d'être de courte durée au moment où la demande mondiale chute et où de nombreuses monnaies jouent déjà de leur faiblesse, à commencer par le dollar. Surtout, « sa monnaie serait immédiatement attaquée » et, en quelques jours, « le pays ferait défaut », aucun investisseur ne voulant plus se risquer à acheter sa dette, précise René Defossez, économiste chez Natixis.
C'est du moins ce que l'on pense du côté du monde de la finance.
_Alors, vraie ou fausse crise de la zone euro? L'économiste Fitoussi s'efforce de relativiser:"le fait que l'euro soit fort prouve qu'il est demandé par des marchés financiers qui parient sur la pérennité de la zone. Ces rumeurs sur l'éclatement participent d'une stratégie de peur pour contraindre les Etats à redoubler de rigueur budgétaire."
Stratégie de peur orchestrée peut-être par ceux à qui profite cette rigueur...

_En tout cas, il est urgent de prendre un autre chemin, car cette crise menace les Etats eux-mêmes.
Mais qui montrera le chemin, qui redressera la barre pour éviter l'iceberg ?
Jacques Sapir donne une boussole, qu'il faut sans doute régler.
Nous sommes à un carrefour et face à un dilemne: quitter l'euro, détricoter un système qui s'autodégrade sous la poussée des pressions financières et les diktats des agences de notation, ou seulement colmater les brèches en attendant leur élargissement?
Ne fait-on que repousser l'échéance, "acheter du temps" ?

__Par un avertissement aux liquidateurs de la zone euro, Jean Claude Werrebrouck fait l'état des lieux , dévoile les contradictions et indique les écueils...
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Sauver l'euro en le dévaluant?
-Huit propositions urgentes pour une autre Europe
-
La gouvernance économique et le Pacte pour l'euro

mercredi 19 janvier 2011

Banques sous tutelle?

Contrôler les banques

Depuis les années 1990, quelques dizaines de banques ont conquis le vrai pouvoir de régulation monétaire : ce sont elles désormais qui dictent effectivement l’évolution des taux d’intérêt, et non plus les banques centrales. En raison de leur petit nombre d’une part et de leurs profits financiers considérables d’autre part, nous défendons l’idée que ces banques forment aujourd’hui un oligopole particulièrement puissant à l’échelle internationale. Reléguant les banques centrales au second plan, c’est-à-dire les cantonnant à de simples pourvoyeuses de la liquidité dont il a besoin, cet oligopole est le véritable régulateur des marchés monétaires et financiers mondiaux. C’est lui qui est le maître d’ouvrage du mur de l’argent qui se bâtit sous nos yeux.Cet oligopole n’est évidemment soumis ni à un contrôle politique, ni a fortiori à un contrôle démocratique. Tout juste est-il contraint par des règlements prudentiels de portée limitée et élaborés pragmatiquement a posteriori, ou encore par des normes issues d’une autorégulation professionnelle, une fois que les difficultés ou les catastrophes ont été malheureusement constatées..."(Attac)
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___Des règles et des principes existent. Mais leur trop grande généralité et le manque d'une instance régulatrice fait le plus souvent défaut ou manque d'impartialité, de pouvoir d'action et de sanction.
_En France, des outils de contrôle sont disponibles, apparemment efficaces en régime normal, mais qu'en est-il en période d'échanges planétaires constants,d'euphorie financière, de fabrication illimitée de produits financiers sophistiqués parfois obscurs, de dérives spéculatives subies ou provoquées?
_L'affaire Kerviel a montré comment un système pouvait se laisser emporter par les pires pratiques financières, jusqu'à se mettre en danger.
_Un contrôle bancaire digne de ce nom et efficace ne peut être strictement technique
car on vu comment on pouvait "s'arranger avec les comptes" , avec le complicité d'autres banques et des agences de notation, à la fois juges et parties.
Le cas de la Fed est exemplaire, qui a couvert maintes dérives.
"Quand les crises financières sont des crises strictement boursières, elles peuvent avoir des conséquences mais celles-ci sont assez vite absorbées par le système. Mais quand les crises financières débouchent sur des crises bancaires, elles deviennent graves, voire très graves. Si la crise des années trente a commencé par une crise boursière, c’était d’abord une crise bancaire imputable à une erreur de politique monétaire de la Banque fédérale de réserve américaine qui n’a pas refinancé les banques alors qu’elles en avaient besoin pour faire face aux demandes de retraits. C’est alors que la crise bancaire s’est enclenchée et c’est devenu une catastrophe mondiale. Si la crise des subprimes suscite un peu plus d’inquiétude que les précédentes, c’est parce que, avant d’être une crise boursière, c’est une crise bancaire dont les conséquences pourraient être, outre des faillites bancaires, le resserrement du crédit par les banques, c’est-à-dire, d’une certaine manière, l’assèchement du financement du système productif et des difficultés pour ceux qui ont beaucoup emprunté et comptent sur le renouvellement de leurs emprunts pour vivre..."

__Comme on a pu le voir, le pouvoir des banques peut être redoutable, surtout quand elles sont assez grosses pour pouvoir espérer un renflouement public en cas de malheur (too big to fall).(-1-)
L'ampleur du danger, qui est loin d'être circonscrit, est tel que maintes voix s'élèvent pour réclamer plus que des contrôles souvent formels et insuffisants, voire impossibles, mais une mise sous tutelle des organismes bancaires, surtout de dépôts, pour les remettre sur les rails et leur imposer des pratiques conformes à l'intérêt général.
_______________Comme Susan George, qui prône une mise sous tutelle des banques , une tutelle non pas médiatique, mais réelle, ce qui ne signifie pas pour elle une nationalisation au sens strict.
"...Goldman SachsEt d'autres (qui ont fait dans la démesure, la plus totale opacité et l'absence absoluede contrôle, parfois politiquement appuyés, encouragsé par la Fed)... Ce marché est colossal. C'est 600 000 milliards par an. L'investissement va dans les produits financiers sans passer par l'économie réelle. Il faut instaurer une loi Glass-Steagall[adoptée aux Etats-Unis après la crise de 1929, ndlr] pour les banques, pour séparer les activités de crédit et d'investissement.Dans un pays, on peut aussi dire aux banques : « Vous allez prêter en priorité aux PME-PMI, surtout celles qui ont un projet écologique ou social. » C'est un contrôle du crédit, dans le sens où il y aurait des bénéficiaires prioritaires ; mais on ne va pas nationaliser toute l'économie..."
______Arnaud Montebourg pointe aussi la passivité des institutions, qui prépare objectivement de nouvelles crises

"Maintenant ce sont les institutions publiques qui sont attaquées par le système bancaire qu’on a renfloué avec l’argent des contribuables. Nous avons un paradoxe. Sur le plan structurel, nous avons fait des progrès vers le féféralisme, ce qui est un bien. Mais sur le plan de la régulation des marchés, nous faisons une politique de sur-place depuis deux ans. Toutes les déclarations dans les G20, les déclarations européennes de transformation du système financier sont restées lettre morte. Il n’y a pas eu une seule mesure prise..."
______F.Lordon va plus loin, jugeant la crise financière non réglée et la situation gravissime. Il y a nécessité de saisir les banques , pour arrêter leur pouvoir intrinsèque de nuisance et leur imposer une régulation publique.
"La faillite technique des banques a au moins un effet intéressant : elle permet de leur mettre la main dessus. Et à pas cher en plus. Les arguments de principe pour une recommunalisation du système du crédit abondent ; la situation de faillite leur offre leurs conditions de réalisation – et même de réalisation modique. Car si la nationalisation intégrale est la première étape du processus de recommunalisation du bien commun bancaire, avant la mutation ultérieure en système socialisé du crédit , la situation critique de la faillite générale offre la possibilité d’opérer cette nationalisation par simple saisie.__A l’inverse des pratiques ordinaires du redressement des entreprises en difficulté, il n’y a pas de solution privée à l’effondrement global des institutions bancaires qui condamne dès lors irrémédiablement leurs actionnaires à la vitrification. Le sauvetage public, quelle qu’en soit la modalité, n’a donc aucun compte à tenir de cette population spéciale qu’on peut d’ores et déjà tenir pour annihilée, conformément d’ailleurs à l’esprit même du capitalisme des sociétés par actions : les apports en fonds propres ne sont pas récupérables et les actionnaires n’acquièrent leur part de propriété (et les droits afférents aux dividendes) qu’en contrepartie d’accepter une perte définitive en cas de faillite – nous y sommes. Saisir les banques faillies n’a donc aucun caractère d’attentat à la propriété puisque la propriété a été anéantie par la faillite même, la faillite étant de ce point de vue l’équivalent capitaliste de la bombe à neutrons qui tue les droits de propriété en laissant intacts les bâtiments, les équipements et même, quoique pendant un temps relativement court, les humains salariés capables de les faire marcher. C’est tout cela qu’il faut récupérer..."

jeudi 19 novembre 2009

Banques et banquiers (suite)


Du nouveau? Non...

Rien n'a changé

-"Les banques peuvent dormir tranquilles: le gouvernement est prêt à continuer à leur accorder une garantie illimitée sans contrepartie" (M.O)

-Un Prix Nobel critique les banques américaines : "« Nous n'avons rien fait de significatif jusqu'à présent et les banques repoussent les actions..."( M. Stiglitz)
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-Eric Laurent explore la face cachée des banques - AgoraVox:
"Ce livre nous emmène dans les coulisses des établissements financiers et nous brosse le portraits des maîtres de l’Amérique, une poignée d’hommes déterminés qui traversent le temps au rythme des crises et des élections et dans les mains desquels mangent les politiques -et notamment les démocrates - avec une aisance déconcertante.
Ce n’est pas un livre sur la crise, mais sur les banques qui ont traité la crise. « Chaque fois qu’il y a une crise, souligne Eric Laurent que j’interviewe ci-dessous pour Les RDV de l’Agora, des livres qui éclosent et l’on se demande pourquoi la plupart des auteurs n’ont pas publié ces ouvrages avant la crise pour l’annoncer puisqu’ils ont des jugements tellement lucides et péremptoires a posteriori ».
Nous avions interviewé il y a quelques mois Jean Montaldo pour sa Lettre ouverte aux bandits de la finance. La face cachée des banques est lui aussi un outil indispensable pour comprendre les mécanismes financiers.
Cette enquête a demandé huit mois de travail à Eric Laurent. Huit mois à rencontrer des financiers et hommes politiques qui souvent, lorsqu’ils veulent bien répondre, exigent l’anonymat le plus complet. Face à ce livre sorti à la fin du mois d’octobre, la presse reste « inerte et passive », selon les propres mots d’Eric Laurent. Il y a plusieurs raisons à cela, m’explique l’auteur que j’interviewe ci-dessous : « D’abord parce que c’est un sujet compliqué à traiter pour les journalistes. Ces derniers fonctionnent dans l’immédiateté absolue, donc on leur a vendu l’idée que la crise était en voie de Résorption, donc il y a moins d’exigence ou d’obligation d’en parler.
Et puis je crois que pour beaucoup de journalistes aujourd’hui il y a une totale inculture qui fait que c’est un sujet trop barbare. Enfin il y a une une quatrième raison aujourd’hui c’est que l’information circule de plus en plus mal ».
Les banques ont pourtant provoqué une crise d’une ampleur considérable, comparable au
séisme de 1929. Les citoyens du monde entier en payent encore chaque jour les conséquences. La crise de 2008 a commencé sous l’ère Clinton, lorsque ce président supprime d’un trait de plume le Glass Steagall Act, disposition prise sous le gouvernement Roosevelt et destinée notamment à séparer pour les banques les activités de dépôt et de d’investissement.
Aujourd’hui, de rares économistes, comme Frédéric Lordon, demandent qu’on instaure à nouveau cet outil indispensable de régulation.
Depuis, l’influence de la finance sur l’administration américaine est allée grandissante. Le point culminant étant atteint lors de la dernière année du mandat de Georges Bush pendant laquelle la maîtrise de la Maison blanche lui appartenait moins qu’à un certain Henry Paulson...(O.Bailly)

-La loi de Wall Street:__________"Ignorant avec superbe l'ampleur des difficultés dans lesquelles le monde est plongé, Wall Street et la City de Londres renouent avec la fête et les pires habitudes. Et, pratiquement comme toujours, Goldman Sachs donne le ton. Depuis de longues années, les dirigeants de cette banque symbolisent les liens fusionnels existant entre l'univers de la finance et l'exécutif américain. L'un des prédécesseurs de [Henry] Paulson [NDLR : secrétaire d'Etat au Trésor de Georges W. Bush, l'équivalent du ministre des Finances] à la tête de cette firme, Robert Rubin, fut le très influent ministre des Finances de Bill Clinton. [...](OB)___l'interview d'Eric Laurent-:
"En janvier 2009, au moment de quitter la scène politique, Paulson pouvait se montrer rassuré : l'influence de Wall Street demeurait intacte au sein de la nouvelle administration et les hommes choisis par Barack Obama pour l'épauler dans les domaines économique et financier étaient les symboles de la continuité : Tim Geithner, ancien patron de la Fed de New York, associé à Paulson dans la gestion de la crise, et Lawrence Summers, ancien ministre des Finances de Bill Clinton, consultant chez Goldman Sachs, qui dirigeait jusqu'à l'élection présidentielle de novembre le puissant fonds spéculatif Shaw. [...] Il sera nommé par Barack Obama au poste clef de chef du Conseil économique de la Maison-Blanche. Summers possède une longue habitude des allées du pouvoir. Grâce à lui, l'amendement Glass-Steagall qui encadre les banques a disparu du paysage politique. C'est un homme de petite taille, au physique enveloppé et au regard glacial, réputé pour ses colères et son ton méprisant. [...] Il était l'ami de Paulson, qui lui avait demandé de siéger également comme conseiller à la direction de Goldman, et [...] Tim Geithner avait travaillé sous ses ordres durant les années Clinton. Summers est un véritable apôtre de la dérégulation et un défenseur des causes ultralibérales. Barack Obama hérite d'une crise si grave qu'elle exige des hommes qui en connaissent chaque rouage. Summers est un des rares à remplir ces conditions, même s'il fait penser à un pyromane brusquement reconverti en pompier. [...]
Le plan Geithner prévoyait de débloquer jusqu'à 1 000 milliards de dollars pour racheter les actifs toxiques détenus par les établissements financiers. Le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, en démonta avec une précision toute chirurgicale les mécanismes et démontra qu'il s'agissait d'un marché de dupes. "[Le plan] est bien pire que la nationalisation. C'est un ersatz du capitalisme, la privatisation des bénéfices et l'étatisation des pertes. C'est un partenariat dans lequel l'une des parties vole l'autre [...]. Alors, quels sont les avantages d'un plan comme celui-ci ? Sans doute est-ce le genre de dispositif qu'adore Wall Street : astucieux, complexe, opaque, autorisant d'énormes transferts de richesses vers les marchés financiers......"

-Faut-il brûler les banquiers ? - AgoraVox
- Où sont cachés les secrets de la finance ?
-La régulation financière joue l'arlésienne - AgoraVox
-Nouvelles subprimes: on efface tout, et on recommence!
-The Money Masters
-Ecureuil: les alertes de la Commission bancaire que personne n'a voulu entendre :"... les Caisses d'épargne, comme nous l'avons vu au cours de notre épisode précédent, ont perdu 751 millions d'euros en octobre 2008 non pas du fait d'un malencontreux « incident de marché » mais du fait d'une cascade de dysfonctionnements ? Le plus étrange dans notre histoire, c'est que le gendarme a précisément fait son office. Il a sifflé les infractions à chaque fois qu'il a vu la banque en commettre. Mais cela s'est passé comme cela se passe si souvent en France – à la différence du système américain – de manière discrète, sans qu'il en soit fait la moindre publicité.Cette histoire des relations entre les Caisses d'épargne et la Commission bancaire, à la fois secrètes et tumultueuses, nous avons essayé de la reconstituer. Pour chercher à comprendre ce paradoxe : pourquoi cette perte des 751 millions d'euros est-elle survenue précisément dans l'une des banques les plus contrôlées en France, placée presque continûment sous surveillance depuis plusieurs années ? Lourde question qu'il est évidemment important de cerner pour essayer de comprendre certaines des caractéristiques françaises de la crise financière..."
-Etats-Unis : pourquoi les banquiers se font casser partout
-Comment Dexia et les autres ont intoxiqué les collectivités locales
-AIG : l’assureur qui n’assurait pas
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- Banques: hold-up sur l'Europe
- Banques choyées