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lundi 11 septembre 2023

Banques: bancales?

Tout n'est pas réglé

                                         Une vieille histoire...souvent très mouvementée.

                    Certains, parmi les plus pessimistes, s'attendent à une nouvelle faillite bancaire d'ampleur, comme en 2008, mais pour d'autres raisons. Malgré une certaine garantie limitée (théoriquement) pour les particuliers. Malgré les apaisements officiels. Rien n'est jamais sûr en ce domaine.  La surliquidité actuelle à l'échelle mondiale est un risque envisagé comme possible. Dans le système financier, les fragilités sont multiples, pas seulement en Allemagne.. La relative séparation des banques est encore en question, après la crise de 2008, Cela ne suffira pas à éviter des dérapages futurs.                                                                              Le système bancaire, tel qu'il fonctionne, est toujours instable. Comprendre et anticiper les crises est chose très complexe. Un exercice d'équilibrisme. Aujourd'hui des risques se multiplient. Mais l'opacité est toujours présente Jusqu'ici tout va bien. Mais en cas de nouvelle crise bancaire, les même causes produiront les mêmes effets...                           Comme nous le signalions naguère: 

                                                            Quand un bateau commence dangereusement à prendre l'eau, il peut y avoir deux solutions: soit demander et attendre du secours, soit solliciter en urgence l'équipage et mobiliser les passagers pour écoper au plus vite afin d'éviter de sombrer, en attendant le salut.
      Jusqu'ici, en période de crise,  d'énormes prises de risques bancaires qui confinaient à l'aveuglement fou, l'Etat s'était résolu, contraint et forcé, à renflouer les caisses des organismes qui avaient cédé sans retenue à l'ivresse spéculative, en mettant en péril tout le système, la confiance et l'investissement. On ne voulait pas revivre 1929.
    Ils étaient too big to fail..Il fallait les sauver malgré tout, voire les nationaliser pour un temps, celui  du dégrisement, de reconstitution de fonds propres, d'évacuation des éléments pourris, connus ou masqués, vers des poubelles créées pour l'occasion (bad banks)
        Le bail out, c'est fini. Mais rien n'est réglé  sur le fond, la météo reste préoccupante, la situation  est toujours périlleuse ou mal appréciée concernant des organismes de placements ou d'affaires, qui mélangent toujours dangereusement les deux activités,  qui inquiètent le monde de l'économie, comme par exemple pour  la Deutsche Bank, certaines banques italiennes, pour ne parler que d'Europe ...Sans les fonds de la BCE, souvent à taux 0 ou négatif, certaines sombreraient. La Deutsche Bank est encore plus dans la tourmente. 
  L'opacité est encore grande. Le casier judiciaire de certaines banques n'est pas vierge...  
  Pour les prochaines crises qui menacent, l'Etat a déjà donné.. Au prix de son affaiblissement et de sa dépendance renforcée.
          Voici venu le temps de possibles bail in:
     Aux déposants de renflouer, d'une manière ou d'une autre la banque dans laquelle ils n'ont pas mis que leur confiance, comme l'autrefois vertueux Crédit agricole ou la Société générale.
       Le principe était dans l'air depuis longtemps, mais aujourd'hui une réglementation l'autorise.
          Comme la séparation réclamée des grandes banques n'existe pas, malgré les promesses faites, le danger menace tout le monde, à des degrés divers.
     Seraient concernés dans l'ordre: les actionnaires (ce qui est tout à fait normal !), puis ceux qui ont fait confiance à la banque en lui achetant des obligations (là, cela devient discutable), enfin, si cela ne suffit pas, la banque pourra se servir dans les comptes de ses clients (ici, c’est de la spoliation ou du vol légalisé pur et simple) !
   Tout commence avec l'affaire de Chypre, que l'on a pris comme un simple cas d'exception. Remember 2013...
        Ce que d'aucuns appellent un hold-up sur les comptes bancaires est devenu légal.
              L’Autriche inaugure le premier “bail-in” européen d’une banque en faillite. Sans bruit.
                   A quand les suivantes?
  La répétition est à craindre, si...  La prochaine crise financière pourrait se régler sur le dos du plus grand nombre.
              .. La directive européenne BRRD (Bank Recovery and Resolution Directive) (qui) permet aux banques en situation de faillite de se renflouer en puisant directement dans les comptes de leurs clients. C’est légal en Europe depuis le 1er janvier 2016. Plus récemment nous apprenions que les Etats-Unis s’engageaient sur la même voie au moment où la Fed abandonnait un de ses mandats originaux de 1913, celui de « prêteur de dernier ressort », des banques en difficulté, justement. Dernièrement, c’est le Canada qui a adopté ce même type de procédure en instaurant un régime de recapitalisation interne des banques....
   Des garanties sont théoriquement prévues...mais comment un Etat en faillite pourrait garantir quoi que ce soit? On ne peut une deuxième fois lui faire les poches, et la planche à billet s'use vite...
     Mais que vaut la garantie des dépôts? Elle n'est pas une certitude. Selon C.Sannat:
                                 Depuis le début de la crise dite « des subprimes » qui a commencé en 2007 nous avons privatisé les bénéfices des banques et socialisé les pertes qui étaient prises en charge par les états selon le principe du « too big to fail » c'est-à-dire trop gros pour faire faillite.
      Pourtant il ne faut pas se leurrer. Par définition et c'est d'une logique implacable, une banque « too big to fail » est également bien souvent « too big to save » c'est-à-dire bien trop grosse pour être sauvée même par les états. C'est ce que vous avez vu avec la Grèce (qui n'est pas un paradis fiscal rempli de mafieux russes) ou encore avec Chypre. Mais c'est aussi le cas des banques du Luxembourg dont les bilans représenteraient environ 30 fois la taille du PIB du pays, ou encore de la France dont le seul bilan de la BNP est égal à notre PIB... et pourtant nous non plus nous ne sommes pas à proprement parler un paradis fiscal.
    Nous en sommes donc arrivés en Europe au moment où nous sommes obligés de reconnaitre que nous ne sommes pas capables de sauver nos banques (ce qui est connu depuis plus de cinq ans d'ailleurs), d'où l'invention du terme « bail-in » qui consiste à dire que les obligataires (ceux qui ont prété aux banques en achetant des obligations), les actionnaires (les propriétaires des banques) et également les déposants (qui n'ont pas d'argent en banque puisque les dépôts à vue sont des créances sur la banque...) seront désormais mis à contribution pour régler la note en lieu et place des états qui ne le peuvent pas puisqu'ils sont également insolvables. 
     ...La non plus, n'imaginez pas un seul instant que la garantie des dépôts est une certitude, y compris pour les comptes de moins de 100 000 euros. Pour le moment cela tient. Mais en fonction des cas, des banques, des pays et de la typologie des dépôts, sauver une banque peut nécessiter de baisser le seuil de garantie voire même de le supprimer.
                    Si elle est appliquée à une certaine échelle, la politique du  bail-in  accélérerait la désintégration du système. 
                                 Croisons les doigts ou prions, selon les cas...Ou bien agissons.

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dimanche 10 septembre 2023

Point d'histoire

Voyage au bout de la nuit

               Une page de l'Allemagne à genoux

                

Plus dure fut la chute.

             Renversement d'un mythe



     " Vous ne reconnaîtrez plus l'Allemagne" ...avait-il dit


                                            __    Stunde null     _______________

Bref survol dominical

__  Promesses...

__ Sous traitance

 __ Logement: alerte!

__ Vive Air BnB?

__ Crèches: le scandale

__ C'était prévisible

__ L'arme du blé

__ Sous-traitance

__ Juste récompense

__ Zônes en question

__ Chercheurs: précarité                        

__ Musk et l'Ukraine

__ Drame, après Agadir                 __________________________

samedi 9 septembre 2023

S'y préparer...

 Changer de monture.

               Vers une sobriété toujours repoussée.

                            Le climat, lui, fait des siennes...L'urgence est là.

                                                                       ___________

Eloge de la lenteur

Vite, toujours plus vite! 

                                    Lever le pied, d'urgence!    

                                                       C'est la règle aujourd'hui dans beaucoup de domaines, devenue une partie de nous-mêmes. Depuis le début de l'ère industrielle. Et cette course dont nous sommes victimes et acteurs à la fois est un cercle vicieux qui nous épuise. Victimes d'un système qui nous pousse à la performance d'une infinités de tâches que nous jugeons indispensables, même parfois dans nos loisirs, nous avons oublié ce qu'est la lenteur. Un autre rythme maîtrisé, pour une sagesse des pas comptés est à retrouver, favorable à la santé, aussi bien physique que mentale.                                                                Il y a urgence à ralentir. Sortir de la dictature de l'urgence. Changer de rythme.    "La lenteur n’est pas un défaut de vitesse, mais bien plutôt le plus haut degré de résistance à un monde qui s’emballe et cherche à enrôler les hommes dans une course sans fin vers l’accélération."                                                                                            

                                                                 La vitesse est devenue une dimension de plus en plus présente dans la vie quotidienne de nos concitoyens, à des degrés divers, toujours "pressés par le temps", les rythmes imposés par une vie trépidante, vivant montre en main. même dans les loisirs, où l'échappée psychologique hors des contraintes quotidiennes devient problématique, psychologiquement surtout.
   Cette propension/pression tend à envahir tous les aspects de la vie quotidienne et devient une nouvelle manière d'exister. Jusque dans nos rêves. Le domaine du sport n'échappe pas à la règle: toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus haut...
    Prendre son temps apparaît parfois comme culpabilisant. Pas seulement dans l'atelier de confection pakistanais ou l'usine de montage japonais... Nous sommes asservis à une logique de production et de ses dérivés, qui retentit sur tout le reste de la vie. Les nouveau modes de management vont dans ce sens, parfois brutaux, souvent source de souffrances.
      Dans la production de masse depuis le fordisme, le temps est devenu de plus en plus un facteur de productivité, donc de richesse, un aspect de l'organisation du travail et, partant, des loisirs, un mode de vie. C'est les Temps Modernes.
  Nous sommes devenus  prisonniers et malades de la vitesse même devant notre smartphone.
           Gagner du temps, même la finance s'y met: pour le trading haute fréquence, cette guerre 2.0, la milliseconde compte et il n'y a nul repos pour le jeu des algotithmes. Un jeu dangereux, comme dit Krugman.
   Il serait temps de trouver les conditions de rephasage entre notre vie et nos activités. Nos esprits qui tendent à s'emballer, devenant moins disponibles pour l'essentiel. Le  problème est global, économique, civilisationnel.
         Pourtant, l'ébauche de la nécessité d'un autre monde commence à s'esquisser, du moins en pensée, contre cette compression du temps qui n'est pas sans conséquences sur la vie psychologique, sociale et économique, cette " course effrénée aux profits ­immédiats et ses conséquences sur la planète et sur la ­société tout entière. Un monde soumis aux serveurs informatiques et aux algorithmes, qui échappent à tout contrôle, dont l’espace temps n’est plus celui des hommes mais celui des ordinateurs. Un secteur financier qui ne bénéficie qu’à quelques personnes dans le monde. A l'image de l'Américain Thomas Peterffy, fondateur et président d'Interactive Brokers, une entreprise située dans le Connecticut. Ce malin, milliardaire et cynique programmeur informatique, pour qui « le capitalisme reflète la nature intrinsèque de l’Homme », est persuadé que ce modèle ne s’écroulera jamais. « Celui qui aura les meilleurs logiciels aura les meilleures chances de l’emporter sur les autres. »
         L'immédiat et la vitesse sont devenus la norme. L’accélération, notre rythme quotidien. « Mais à quel prix ? Et jusqu’à quand ? » interroge le réalisateur Philippe Borrel  dans son dernier film, L’urgence de ralentir. « Ce que nous vivons, appuie l’économiste Geneviève Azam, c’est vraiment la colonisation du temps humain dans toutes ses dimensions – biologique, social, écologique – par le temps économique. C’est un temps vide, sans racine, sans histoire, seulement occupé par la circulation des capitaux ». Directement pointés du doigt, les milieux financiers et la logique d’actionnaires en attente d’une rentabilité immédiate. 
  Parfois jusqu'à la frénésie...    
   Illustration de cette accélération financière et technologique: le trading haute fréquence dans lequel les algorithmes ont remplacé les hommes. « Le marché est un serveur mettant en relation des acheteurs et des vendeurs qui sont désormais des algorithmes, relate Alexandre Laumonier, auteur de 6. Un ordre est exécuté au New York Stock Exchange en 37 microsecondes, soit 1350 fois moins de temps qu’il n’en faut pour cligner de l’œil... » Le rythme est désormais dicté par les machines. « Celui qui compressera le temps le plus rapidement possible gagnera la partie », assène le sociologue Douglas Rushkoff. A moins que les catastrophes écologiques, économiques et sociales annoncées ne prennent les devants...
    Le court-termisme et la financiarisation de l'économie sont potentiellement destructeurs des fondamentaux de l'économie elle-même.
         " La logique de rentabilité et de compétitivité, propre à l’activité économique (« la concurrence ne dort jamais »), s’étend à tous les domaines de la vie. Le temps libre, d’autant plus précieux qu’il a été "gagné", doit lui aussi être géré efficacement ; mais cette réticence à courir le risque de le dilapider a de lourdes conséquences. Il en résulte un handicap qui, pour le coup, est également partagé du haut en bas de l’échelle sociale : « Pas plus que l’exploiteur, l’exploité n’a guère la chance de se vouer sans réserve aux délices de la paresse », écrit Raoul Vaneigem. Or, « sous l’apparente langueur du songe s’éveille une conscience que le martèlement quotidien du travail exclut de sa réalité rentable » . 
   Rosa ne dit pas autre chose : selon lui, si l’on veut reprendre la main sur le cours de l’histoire individuelle et collective, il faut avant tout se dégager des « ressources temporelles considérables » pour le jeu, l’oisiveté, et réapprendre à « mal » passer le temps, en se désimpliquant de cette logique, où au bout du compte la vie perd sa substance comme le temps perd son poids, sa densité. De s'arrêter souvent au bord du chemin pour se sentir seulement exister.
     Ce qui est en cause, ajoute-t-il, c’est la possibilité de « s’approprier le monde », faute de quoi celui-ci devient « silencieux, froid, indifférent et même hostile » ; il parle d’un « désastre de la résonance dans la modernité tardive ». La chercheuse Alice Médigue, elle aussi, identifie un « phénomène de désappropriation » qui maintient le sujet contemporain dans un état d’étrangeté au monde et à sa propre existence . Avant le règne de l’horloge — que les paysans kabyles des années 1950, rapporte Pierre Bourdieu, appelaient « le moulin du diable » —, les manières de mesurer le temps reliaient d’ailleurs naturellement les êtres humains à leur corps et à leur environnement concret. Les moines birmans, raconte Thompson, se levaient à l’heure où « il y a assez de lumière pour voir les veines de la main » ; à Madagascar, un instant se comptait à l’aune de la « friture d’une sauterelle »…
      Parce qu’elle plonge ses racines très profondément dans l’histoire de la modernité, la crise du temps ne se satisfera pas de solutions superficielles. D’où la prudence avec laquelle il faut considérer des initiatives comme le mouvement européen slow — « lent » : Slow Food pour la gastronomie , Slow Media pour le journalisme, Cityslow pour l’urbanisme… 
    Aux Etats-Unis, le penseur Stewart Brand supervise dans le désert du Texas la construction d’une « Horloge du Long Maintenant » censée fonctionner pendant dix mille ans et redonner ainsi à l’humanité le sens du long terme. Le projet perd toutefois de sa poésie lorsqu’on sait qu’il est financé par M. Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon : on doute que ses employés, obligés de cavaler toute la journée dans des entrepôts surchauffés, y puisent un grand réconfort existentiel..."      
    Immense défi que celui qui consiste à s'abstraire de la tyrannie du court-terme, qui est un aspect de la crise que nous vivons, anthropologique autant qu'économique.  La marche peut être une excellente thérapeutique.
                                                           Est-ce ainsi que les hommes vivent? ♪♫♪

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vendredi 8 septembre 2023

Grand ruissellement

   L'heure est au philanthrocapitalisme.

                                Ruissellement assuré

                       __   Cela ferait combien pour moi?  ... 5, 57 euros!😨    _________________

Alertez les bébés!

 Businesse as usual

                                    On connaissait Orpéa et ses pratiques financières douteuses, dans le secteur de l'"or gris". Une affaire toujours en cours. Un gestion scandaleuse des plus âgés, sur laquelle les services de l'Etat se sont enfin penchés, après des révélations fracassantes sur des pratiques scandaleuses. Un gestion purement mercantile derrière une façade avenante. La cotation en bourse se présentait sous les meilleurs jours. Côté jardin, c'est la détresse, amplement décrite.  Business is business...                                                         Gérer les anciens étaient d'abord une affaire de gros sous; l'appât du gain attirait les investisseurs sur ce marché d'avenir, que l'Etat subventionnait. Mais cette affaire mercantile ne s'est pas arrêtée là.. Voilà que le domaine  de la petite enfance se révèle elle aussi touchée par la même logique intéressée. On a laissé proliférer des crèches à gestion privée, pour le plus grand profit de groupes commerciaux parfaitement intéressés. Ce furent des abus en tous genres, notamment en matière de personnels défaillants et d'alimentation à flux tendu...Gérer les bébés est devenu une activité comme une autre, sans grand souci des soins spécifiques que nécessite cette période cruciale. On assista, dans certaines villes, à une marchandisation de la petite enfance, une gestion à flux tendu. Comme toujours, quand on ouvre les portes à une libéralisation des services sans vigilance, on aboutit aux mêmes effets. Peut-on demander à des investisseurs et à des actionnaires sans vision d'avoir un souci quelconque de l'humain? Une fois encore, l'Etat a failli en laissant libre cours aux forces du marché, comme à des époques plus anciennes de privatisations pures et dures. La liquidation de France Telecom, pas exemple ou, plus grave, la privatisation rampante du secteur hospitalier. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.


                     ".... Comme le signalent  Mathieu Périsse et Daphné Gastaldi,  " ...qu'ont en commun l’autoroute A2 en Pologne, la concession de l’aéroport de Venise, les maisons de retraite irlandaises CareChoice et le groupe de crèches Grandir, la maison mère des Petits Chaperons Rouges ? Tous figurent dans le portefeuille du fonds d’investissement Infravia Capital Partners. Basé à Paris, ce poids lourd européen du « capital‐risque » injecte des milliards d’euros dans des infrastructures de toutes sortes, pourvu qu’elles assurent des rendements intéressants. En 2023, il a par exemple lancé une levée de fonds de près de 2 milliards d’euros pour investir dans des métaux stratégiques comme le nickel ou le lithium. Mais en 2021, c’est une autre mine d’or qui a suscité son appétit : celle de la petite enfance.    Cette année‐là, alors que le Covid provoque encore des fermetures à répétition dans les crèches françaises, Infravia rachète une bonne partie du groupe Grandir. Le fonds vient de lever 5 milliards d’euros, provenant principalement de compagnies d’assurances, de fonds de pension, de banques privées ou de « family offices », c’est-à-dire de gestionnaires de patrimoine de grandes fortunes du Vieux Continent. Au moment de ce rachat, Infravia valorise le groupe Grandir à près de 850 millions d’euros.                                                                             Dans un communiqué, le fonds explique être très intéressé par les « perspectives de croissance régulière » qu’offre cette entreprise, dans un contexte de manque de places de crèche un peu partout en Europe. De son côté, le président des Petits Chaperons Rouges rappelle être passé de 250 crèches en France en 2016 à plus de 650 établissements en Europe et en Amérique du Nord en 2021 et se réjouit de cette « nouvelle étape » dans la vie de son entreprise. Peu après, Grandir‐LPCR frappe fort en France en rachetant les quelque 300 crèches du groupe Sodexo pour plus de 200 millions d’euros. Un coup d’accélérateur qui lui permet de devenir le leader du secteur dans l’Hexagone.                          ____Ces dernières années, ces opérations de rachats et de fusions se sont multipliées. Au point que l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) estime, dans son dernier rapport, que les crèches lucratives ont suivi « le même type d’évolution que celui du secteur des personnes âgées », marqué par la constitution de mastodontes comme Orpea ou Korian. Cette valse des millions a été pointée du doigt en 2021 par le Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE), première organisation interprofessionnelle du secteur, créée en 2020 dans la foulée de la crise du Covid. « Les bébés ne sont pas des transactions financières », mettait‐il en garde.                                                   Combien de parents ont conscience de la grande industrie financiarisée qu’est devenu le secteur ? En vingt ans, des empires du berceau se sont constitués en France, de rachats en levées de fonds. Peu à peu, ils se sont exportés jusqu’en Chine, en Argentine ou aux États‐Unis. Si ces entreprises cultivent encore une image familiale, le temps des pionniers à la tête d’une poignée d’établissements paraît bien loin.                                                       Dans le monde de la finance, on parle des « Big Four » pour désigner les quatre plus grands cabinets mondiaux d’audit et de conseil financier, les Ernst & Young, Deloitte, KPMG ou PwC. L’expression pourrait aussi s’appliquer aux quatre réseaux qui dominent actuellement le marché des crèches privées en France : le groupe Grandir‐Les Petits Chaperons Rouges, Evancia et sa marque principale Babilou, La Maison Bleue et People&Baby. À elles quatre, ces entreprises représentent près de 65 % du secteur marchand. Des incontournables avec qui les pouvoirs publics doivent désormais composer.    Quelques minutes après le début de notre entretien, la voix de Catherine se trouble. « Je suis tenace mais ce n’est plus possible. Ce système malmène tout le monde. C’est ma responsabilité de témoigner », lâche‐t‐elle, au bord des larmes. Son parcours ressemble à celui de nombreuses professionnelles de la petite enfance : une carrière sur le terrain, puis l’envie de progresser. Un poste de cadre en tant que coordinatrice d’une quinzaine de crèches dans la région Auvergne‐Rhône‐Alpes pour un grand groupe. Des journées à rallonge, le sentiment de perte de sens, la pression, l’épuisement permanent et le burn‐out qui explose « logiquement », comme une fatalité. En arrêt maladie lorsque nous l’appelons, Catherine sait déjà qu’elle ne reviendra pas.                                                                                 Cette quinquagénaire ne découvre pas la crise majeure qui traverse le secteur : manque de professionnelles qualifiées, pénurie de places ou salaires « au lance‐pierre ». Tout cela, elle l’a intégré depuis longtemps. Mais son quotidien a été chamboulé il y a quelques années, quand son entreprise de crèches a été rachetée par un « mastodonte » du secteur. Dans leurs bagages, les nouveaux dirigeants ont amené de nouveaux mots : des « process » pour optimiser la performance de l’entreprise, qui écrasent tout sur leur passage et dépouillent les professionnelles de leur marge de manœuvre. Des « revues mensuelles d’activité », pendant lesquelles les directeurs de crèche sont passés au gril par leurs « N+1 ». Des fiches d’objectifs et leur cortège de données chiffrées. Des primes de résultats, liées au remplissage de la crèche ou à d’autres indicateurs de performance.  En tant que coordinatrice, Catherine est la courroie de transmission entre le siège du groupe et les équipes sur le terrain. « Entre le marteau et l’enclume », dit‐elle. Bien sûr, il y a la pénurie de personnel, le stress de gérer des crèches avec des budgets serrés, le turnover permanent. « Dans mes quinze crèches, seul un quart des équipes sont stables depuis deux ans, comment voulez‐vous construire un accueil correct dans ces conditions ? » Mais ce qui plombe le plus Catherine, c’est ce sentiment de ne pas être en accord avec ses propres valeurs.                                                                        « On vend du rêve aux familles. » Les jolis prospectus de son employeur parlent de respect du rythme de l’enfant, de pédagogies innovantes, de crèches écolos ou bilingues. « Aux yeux du public, nous passons pour des passionnées avec un dévouement presque religieux, mais derrière, ça ne suit pas. Je suis heurtée dans mes convictions profondes que la petite enfance est là pour assurer de bonnes fondations aux tout‐petits. Si on ne peut plus le faire, tout s’effondre », soupire‐t‐elle.  En toile de fond, la peur de l’erreur ou du drame irréparable. En juin 2022, Catherine a été secouée par le décès d’un enfant de onze mois au sein d’une crèche du groupe People&Baby à Lyon. « Quand vous avez la tête dans le guidon, vous ne pouvez plus garantir la sécurité des enfants. Je pense que beaucoup de directrices se sont dit “ça aurait pu arriver dans ma crèche”. 

        […] Dans le milieu, le Graal est de signer un contrat avec de grandes entreprises ou des ministères présents sur tout le territoire. Faire affaire avec L’Oréal, Total, le ministère de l’Intérieur ou EDF, c’est la garantie de centaines de places commercialisées. Mais pour y parvenir, les groupes doivent être implantés partout en France, voire à l’étranger, pour que chaque salarié de ces multinationales puisse disposer d’une structure proche de chez lui. « Le nerf de la guerre, c’est le maillage territorial », confirme Amaury Chaumette [ancien directeur des ventes aux Petits Chaperons rouges – ndlr].    Afin d’augmenter ce maillage, les groupes rachètent, créent des structures ou bien nouent des partenariats avec d’autres crèches. Certaines entreprises comme Ma place en crèche ou Crèches pour tous (le réseau de People&Baby) se sont spécialisées dans cette activité. Elles deviennent alors des « bookers », que l’on peut comparer à des entreprises de courtage. Ces apporteurs d’affaires proposent les places de leurs crèches partenaires à des employeurs ou à des particuliers, moyennant une commission. Des grossistes en berceaux, en quelque sorte.    Car il faut remplir, coûte que coûte. Quelle que soit l’entreprise, la moindre place vacante, même une demi‐journée, est vue comme un manque à gagner. Qu’importe si les professionnelles sont déjà à bout de souffle. « C’est comme un avion : vous avez des charges fixes pour un trajet, donc il faut remplir au maximum », détaille Clémentine. Les directrices de crèche sont donc incitées à « faire de l’occasionnel », c’est-à-dire à faire signer des contrats à des familles pour quelques heures éparpillées çà et là. « On cherche des bouche‐trous », résume notre interlocutrice « Les consignes sont orales, parce que nous sommes parfois en dehors des clous. »                                       Selon la jeune femme, les marges nettes des crèches qu’elle pilotait étaient « importantes » sans que rien ne soit redistribué au personnel souvent payé au Smic, qui sert pourtant de « variable d’ajustement », déplore‐t‐elle. Et d’évoquer, elle aussi, les « revues de périmètres », ce moment où les directrices rendent des comptes à leurs supérieurs. « Ça se fait avec un enrobage de bienveillance. On ne leur dira jamais : “Il faut que tu rationnes les enfants” », raconte Clémentine. « Mais elles n’ont pas beaucoup de leviers, à part ne pas remplacer quelques absences ou grappiller sur quelques fournitures. Sauf que les filles sur le terrain le prennent en pleine tête ! »  « Les consignes sont orales, parce que nous sommes parfois en dehors des clous », souffle Bertrand (le prénom a été modifié). Jusqu’au début de l’année 2022, ce cadre a été le coordinateur de sept crèches d’un des plus gros groupes du secteur, en Bourgogne. « L’obsession de la direction, c’est de ne pas avoir de gras, pas de personnel en trop », raconte‐t‐il. Quitte à flirter avec la ligne rouge. « Régulièrement, sur certaines plages horaires, on arrivait à douze enfants pour une professionnelle, au lieu de six autorisés. La direction était parfaitement au courant. Elle disait que le directeur devait donner un coup de main, voire l’agent de service. L’idée d’un recrutement ou d’un intérimaire n’était jamais envisagée. »                                                                                                         Comme ses concurrents, Babilou a une obsession : ne pas faire travailler plus de professionnels que le minimum nécessaire. La masse salariale représente près de 80 % des coûts de fonctionnement d’une crèche. Tout le jeu consiste à ajuster en permanence le nombre de salariés présents dans la crèche en fonction du remplissage plus ou moins élevé de l’établissement. Tout en maintenant le taux d’encadrement prévu par la loi en atteignant les objectifs fixés par la CAF, pour bénéficier du niveau de subvention publique le plus haut. Il s’agit de ne pas laisser de « gras », pour grappiller un peu plus de marge.   Pour cela, l’entreprise dispose d’outils comme le Babilog. Un tableau de bord numérique où sont centralisés, jour par jour, les indicateurs de ses crèches : nombre d’heures facturées, places disponibles, taux d’occupation… Les statistiques de chaque crèche sont scrutées par le groupe, en temps réel, pour ajuster les effectifs au nombre d’enfants présents. Si la crèche n’est pas assez pleine, l’entreprise n’hésite pas à réduire le nombre de personnel auprès des enfants, pour rester au strict minimum légal...."   ____________

jeudi 7 septembre 2023

Vous avez dit abaya?...

 Un marqueur religieux

             Profilage: plus qu'un vêtement traditionnel.

                     Il y en a pour tous les goûts

                           Un test pour la République ou une "chiffon rouge"?
 

Varia

__ Délabrement

__ Mal logement

__ Allemand en danger 

__ Coup de semonce

Il n'y a pas qu'Amazon
__ De François à Gérald

__ Halte aux entrepôts!                  

__ Faim égyptienne

__ Pas cohérent

__ Au loup!?

__ Suède: en crise

__ Rien ne va plus

__ Sans vergogne

__ Soleil à tout prix?

__ Ecole et autorité

__ Ecrire, disent-ils...

__ Quand l'Etat se désengage

____________A Flint, l'eau des plus pauvres. Un problème qui n'est pas d'aujourd'hui...

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mercredi 6 septembre 2023

On s'active

  Souvent avec succès. La porosité est grande.

                      Surtout  les multinationales

Des méthodes parfois peu scrupuleuses.
     
                    Pas seulement au Congrès américain...  

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