Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête allemagne excédents commerciaux. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête allemagne excédents commerciaux. Trier par date Afficher tous les articles

lundi 16 janvier 2017

Excédents commerciaux allemands

    Problème de riche
                              On pourrait croire que des excédents commerciaux sont une aubaine pour un pays, pris par la frénésie exportatrice.L'Allemagne exporte plis que la Chine, en pourcentage de son PÏB..
        Quel pays ne rêverait-il pas d'excédents commerciaux?
    Mais les excédents allemands ne seraient pas vraiment un problème pour la zone euro s'ils finançaient de l'investissement dans la périphérie, mais on en est loin...
    L'insolente bonne santé commerciale allemande (malgré sa dette et le coût migratoire) devrait réjouir les coeurs, partout dans la zône euro.
     Or L’Allemagne est de plus en plus critiquée pour cette bonne santé même et cela produit, qu'elle le veuille ou non, des effets pervers pour ses voisins.
      ...L’Allemagne exporte à tout-va et importe beaucoup moins. Et alors ? C’est, après tout, le modèle qui a permis à Berlin de redevenir, dans les années 2000, la principale puissance économique européenne. Mais un trop large excédent commercial “revient à exporter son chômage”, souligne Ben Bernanke. Cette force de frappe exportatrice se fait “au détriment de la production locale des pays importateurs”, souligne Pascal de Lima, économiste en chef du cabinet EconomicCell. L’Allemagne importe peu, ce qui n’arrange pas les affaires des entreprises exportatrices de ses partenaires commerciaux. Cette success-story du “made in Germany” pousse aussi les autres pays à chercher à “améliorer leur compétitivité, notamment en faisant pression sur les salaires, ce qui fait baisser le pouvoir d’achat, la consommation et engendre un risque déflationniste [baisse des prix] qui rend la reprise économique plus difficile en temps de crise”, souligne le Centre britannique pour la réforme de l’Europe.
     Au coeur de la question allemandeles choses ne sont pas si simples que ce proclament les pourfendeurs patentés des,tares de notre pays.
    La gestion économique de ce pays le met dans une situation de plus en plus impossible.
         L'utilisation de l'excédent public allemand décidera de l'avenir de la zone euro,et le problème n'est pas ignoré outre-Rhin:.
    La « grande coalition » entre la SPD sociale-démocrate et la CDU/CSU conservatrice se déchire sur l'utilisation des quelques 6 milliards d'euros que le budget fédéral (qui ne représente que 62 % de l'ensemble du budget public allemand) a dégagé l'an passé.
     Les critiques: ne manquent pas En accumulant des excédents extérieurs records, elle contribuerait à la faiblesse de la croissance de l’union monétaire, estiment certains économistes, comme ceux du Fonds monétaire international.
   En 2013, la Commission européenne a ouvert un « examen approfondi » sur le sujet. De son côté, le Trésor américain pointe régulièrement « l’addiction allemande » au commerce extérieur et « l’anémie » de sa demande, jugeant qu’il y a là une source de déséquilibre important pour la zone euro. Des critiques justifiées...
        L'Europe s'en inquiète: "Berlin est régulièrement attaqué pour sa dépendance envers les exportations et la faiblesse de sa demande intérieure. Comme avant eux le FMI et des pays européens, les Etats-Unis ont récemment repris le flambeau en fustigeant la politique économique allemande, sources de "déséquilibre", pour la Zone euro, dont pour l'économie mondiale. Si la procédure aboutissait à des sanctions, ce serait une première.
    Sur son blog, Olli Rehn, commissaire européen des Affaires économiques, a plaidé lundi pour que Berlin "ouvre les goulets d'étranglement à la demande intérieure". Et ce, pour aboutir à "une issue gagnant-gagnant tant pour l'Allemagne que pour la zone euro" à un problème au centre d'un "débat enflammé depuis un certain temps". Il faut dire qu'en pourcentage du PIB, l'Allemagne dégage plus d'excédents que la Chine.."
                    "S’attaquer au veau d’or allemand, c’est contester un système érigé depuis dix ans en modèle intouchable. Et «c’est une excellente nouvelle», s’exclame Thomas Klau, qui dirige l’antenne parisienne du think tank ECFR (European Council on Foreign Relations) : «Il est évident que les excédents persistants et forts sont une source de déséquilibres aussi préoccupants pour la zone euro que des déficits persistants et forts.» En clair, pendant que certains pays serrent les boulons de leurs comptes publics et redressent leur compétitivité, ceux qui sont en bonne santé doivent lâcher du lest en relançant la consommation intérieure et donc les importations.
    Pour Olli Rehn, le commissaire chargé des Affaires économiques et monétaires, il faut que l’Allemagne «ouvre les goulets d’étranglement à la demande intérieure», notamment en augmentant les salaires, en ouvrant les services à la concurrence ou en augmentant les investissements publics : ce sera «gagnant-gagnant, tant pour l’Allemagne que pour la zone euro», selon le commissaire.
    De fait, si l’Allemagne tient à l’euro, elle ne peut laisser ses partenaires périr par asphyxie. Ce n’est pas dans son intérêt, ni économiquement ni politiquement, sa politique égoïste suscitant un rejet de plus en plus grand. Mais s’il est facile de critiquer un mauvais élève - comme la France qui continue à regimber devant les réformes et va donc faire elle aussi l’objet d’une enquête -, il est plus difficile de mettre en cause un pays qui n’a pas attendu la crise pour s’adapter. D’où les atermoiements de la Commission. En février 2012, dans le cadre de ses nouveaux pouvoirs de surveillance de la zone euro, la Commission a rendu public dix indicateurs qui, comme par hasard, ont permis à l’Allemagne de passer à travers les mailles du filet. Le critère était que la balance des comptes courants doit rester entre - 4% et + 6% du PIB sur les trois dernières années. Et, miracle, celle de l’Allemagne était en moyenne de + 5,9% !"
                  _____   "Dans une ambiance européenne de croissance soutenue, l’Allemagne va alors bénéficier de la forte demande de ses partenaires européens. A l’inverse, la demande intérieure allemande pantoufle sagement en raison de la stagnation des salaires. Le déséquilibre recherché commence à produire ses effets. Ainsi, les exportations vont progresser d’autant plus que les salaires seront stables, et ce, en surfant sur la croissance européenne, notamment des pays périphériques. Pour être clair, l’Allemagne va "importer" la demande des autres pays, ce qui revient à dire que le pays exporte son chômage chez ses partenaires. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une stratégie coopérative mais bien d’une pure agression économique. Mais à cette époque, au sein de la zone euro, c’est le sacre du "vivre ensemble".
       Car si une telle stratégie peut être tolérée dans une union afin de permettre à un pays de se redresser, certaines limites doivent être respectées. Mais ces limites ont été explosées depuis longtemps par l’Allemagne. Jusqu’à en arriver à cet excédent commercial de 217 milliards d’euros."
_______________________

samedi 13 juillet 2019

Une Allemagne au carrefour

Nuages et excédents commerciaux
                                       Comme sa chancelière arrivée en fin de course, l'Allemagne arrive à la fin d'un cycle, politiquement et économiquement, dans un climat d'incertitude qui en inquiète plus d'un.
   Fortement exportatrice, elle fait aujourd'hui l'expérience de sa relative fragilité, à l'heure des turbulences des marchés internationaux. A tel point que la croissance française devance cette année celle de sa voisine. L'Europe "allemande" connaît un début d'incertitudes majeures. La Deutsche Bank continue sa chute et licencie massivement. (*)
        "...Souvent citée comme un exemple en France, l’Allemagne connaît elle aussi ses mauvais jours. La Bundesbank a fortement abaissé vendredi ses prévisions de croissance, tablant désormais sur une progression de 0,6% du produit intérieur brut (PIB) allemand en 2019, soit bien en dessous de sa précédente prévision d’une croissance de 1,6% donnée en décembre et que les + 1,5% de 2018 (selon Eurostat)....  « L’économie allemande connaît actuellement un ralentissement marqué », a indiqué la banque centrale à l’occasion de l’actualisation biannuelle de ses projections. « C’est principalement dû à un ralentissement dans l’industrie, où la faible croissance des exportations se fait sentir », ajoute la Bundesbank...."
          « L’économie allemande est massivement orientée vers les exportations. Elle est donc très dépendante du contexte économique international, rappelle Oliver Holtemöller. Or depuis quelques mois, les risques augmentent. Si les tensions avec les États-Unis devaient s’accroître et si le ralentissement économique de la Chine devait se poursuivre, les conséquences seraient importantes pour le pays. »À cela s’ajoute l’incertitude liée au Brexit...."
        Il n'y a pas de mystère...Au sein des échanges commerciaux avec une monnaie unique (non pas commune), le bonheur de l'un entraîne  le malheur de l'autre.  Ou plutôt de la prospérité de l'un entraîne la stagnation ou la régression de l'autre.


   Dans une Europe en mode libéral concurrentiel et financiarisée, la sacro-sainte convergence  ne peut s'opérer, bien au contraire. L'harmonisation n'est qu'une incantation, ou ne se réduit qu'à des normes juridiques et réglementaires.
     C'est ce que reconnaît même l'OFCE (*)
Une Europe victime de la baisse des importations; 
     La locomotive allemande ne joue pas son rôle. Les excédents allemands inquiètent même la Commission européenne. 
    Le problème n'est pas nouveau.    Guillaume Duval avait analysé le phénomène très pertinemment dans son étude sur le système très partiparticulier de la production allemande, Made in Germany, étude jamais contestée.
      Les intérêts allemands ont changé depuis l'époque Schröder, qui a vu l'émergence d'une patronat à la mode anglo-saxone, moins soucieux de l'intérêt global de l' Union, jouant à fond l'exportation mercantiliste, avec un euro-mark taillé à la mesure de ses intérêts, comme une camisole de force.
   Elle devient un problème pour ses partenaires, ne jouant plus dans la même cour.
     Les banques allemandes sont au centre du jeu. _On peut affirmer que la zone euro marche sur la tête.
---------
...Le commission européenne considère que  des excédents commerciaux régulièrement supérieurs à 6% du PIB sont dangereux pour la stabilité et a exhorté Berlin à favoriser les investissements pour doper les importations.... 
____(*) Plus dure sera la chute pour la Deutsche Bank.  Quels remèdes?
  ____________
(*)Analyse de l'OFCE": 
                                      "...La monnaie unique aboutit à ce que la situation et la politique économiques de chaque pays puissent avoir des conséquences sur ses partenaires. Ainsi, un pays dont la demande est excessive (du fait de sa politique budgétaire ou d’une exubérance financière aboutissant à un excès de crédit privé) connaît de l’inflation (ce qui peut induire une hausse du taux d’intérêt de la BCE), creuse le déficit extérieur de la zone (ce qui peut contribuer à la baisse de l’euro), oblige ses partenaires à le refinancer plus ou moins automatiquement (en particulier via Target 2, le système de transfert automatique entre les banques centrales de la zone euro) ;  son endettement peut alors devenir problématique.
Ceci amène à deux réflexions :
1. Plus un pays est grand, plus il peut avoir un impact nuisible sur l’ensemble de la zone mais plus il est aussi davantage en mesure de résister aux pressions de la Commission et de ses partenaires.
2. La nuisance doit être effective. Ainsi, un pays qui a un déficit public important ne nuira pas à ses partenaires, bien au contraire, si ce déficit compense une défaillance de sa demande privée.
Imaginons qu’un pays de la zone euro (mettons, l’Allemagne) se lance dans une politique de recherche de compétitivité en bloquant ses salaires ou en les faisant progresser nettement moins vite que la productivité du travail ; il gagne des parts de marché qui lui permettent d’impulser sa croissance grâce à sa balance extérieure tout en bridant sa demande intérieure, ceci au détriment de ses partenaires de la zone euro. Ceux-ci voient leur compétitivité se dégrader, leur déficit extérieur se creuser, leur PIB se réduire. Ils ont alors le choix entre deux stratégies : imiter l’Allemagne, ce qui plonge l’Europe en dépression par un déficit de demande ; soutenir leur demande, ce qui aboutit à creuser un fort déficit extérieur. Plus un pays réussit à brider ses salaires, plus il apparaît gagnant. Ainsi, le pays trop excédentaire peut-il se vanter d’obtenir des très bonnes performances économiques sur le plan de l’emploi, des soldes public et extérieur. Comme il prête aux autres pays membres, il est en position de force pour imposer ses choix à l’Europe. Un pays qui accumule les déficits se heurte tôt ou tard à la méfiance des marchés financiers, qui lui imposent des taux d’intérêt élevés ; ses partenaires peuvent refuser de lui prêter. Mais rien ne fait obstacle à un pays qui accumule les excédents. En monnaie unique, il n’a pas à craindre une appréciation de sa monnaie ; ce mécanisme correctif est bloqué.
    Ainsi, l’Allemagne peut jouer un rôle dominant en Europe sans avoir la politique   économique qui corresponde à ce rôle. Les Etats-Unis ont joué un rôle hégémonique à l’échelle mondiale en ayant un fort déficit courant qui compensait les déficits des pays exportateurs de pétrole et des pays d’Asie à croissance rapide, en particulier la Chine ; ils équilibraient la croissance mondiale en jouant le rôle de « consommateur en dernier ressort ». L’Allemagne fait l’inverse, ce qui déstabilise la zone euro. Elle devient automatiquement le « prêteur en dernier ressort ». Le fait est que l’accumulation d’excédents allemands doit se traduire ailleurs par l’accumulation de dettes ; elle est donc insoutenable.
    Pire, l’Allemagne veut continuer à être excédentaire tout en demandant aux pays du Sud de rembourser leurs dettes. Cela est logiquement impossible. Les pays du Sud ne peuvent rembourser leurs dettes que s’ils deviennent excédentaires, que si l’Allemagne accepte d’être remboursée, donc devenir déficitaire, ce qu’elle refuse aujourd’hui. Voilà pourquoi il est légitime que l’Allemagne soit soumise à une PDM. Et cette PDM doit être contraignante..."
______________________

mercredi 5 août 2015

Europe et excédents commerciaux allemands

 A armes égales?  
                            Il n'y a pas de mystère...
Au sein des échanges commerciaux avec une monnaie unique (non pas commune), le bonheur de l'un entraîne  le malheur de l'autre.
  Ou plutôt de la prospérité de l'un entraîne la stagnation ou la régression de l'autre.
        Sans relative liberté monétaire, sans ajustement potentiel, sans inflation contrôlée occasionnelle, aucune marge de manoeuvre ou d'adaptation n'est possible....Ce qui suppose la maîtrise du système bancaire, avec droit de regard politique.
   Dans une Europe en mode libéral concurrentiel et financiarisée, la sacro-sainte convergence  ne peut s'opérer, bien au contraire. L'harmonisation n'est qu'une incantation, ou ne se réduit qu'à des normes juridiques et réglementaires.
     C'est ce que reconnaît même l'OFCE (*)
Une Europe victime de la baisse des importations; 
     La locomotive allemande ne joue pas son rôle. Les excédents allemands inquiètent même la Commission européenne.
    Le problème n'est pas nouveau.    Guillaume Duval avait analysé le phénomène très pertinemment dans son étude sur le système très particulier de la production allemande, Made in Germany, étude jamais contestée.
      Les intérêts allemands ont changé depuis l'époque Schröder, qui a vu l'émergence d'une patronat à la mode anglo-saxone, moins soucieux de l'intérêt global de l' Union, jouant à fond l'exportation mercantiliste, avec un euro-mark taillé à la mesure de ses intérêts, comme une camisole de force.
   Elle devient un problème pour ses partenaires, ne jouant plus dans la même cour.
     Les banques allemandes sont au centre du jeu. _On peut affirmer que la zone euro marche sur la tête.
---------
...Le commission européenne considère que  des excédents commerciaux régulièrement supérieurs à 6% du PIB sont dangereux pour la stabilité et a exhorté Berlin à favoriser les investissements pour doper les importations....
    ____________
(*)Analyse de l'OFCE":
                                      "...La monnaie unique aboutit à ce que la situation et la politique économiques de chaque pays puissent avoir des conséquences sur ses partenaires. Ainsi, un pays dont la demande est excessive (du fait de sa politique budgétaire ou d’une exubérance financière aboutissant à un excès de crédit privé) connaît de l’inflation (ce qui peut induire une hausse du taux d’intérêt de la BCE), creuse le déficit extérieur de la zone (ce qui peut contribuer à la baisse de l’euro), oblige ses partenaires à le refinancer plus ou moins automatiquement (en particulier via Target 2, le système de transfert automatique entre les banques centrales de la zone euro) ;  son endettement peut alors devenir problématique.
Ceci amène à deux réflexions :
1. Plus un pays est grand, plus il peut avoir un impact nuisible sur l’ensemble de la zone mais plus il est aussi davantage en mesure de résister aux pressions de la Commission et de ses partenaires.
2. La nuisance doit être effective. Ainsi, un pays qui a un déficit public important ne nuira pas à ses partenaires, bien au contraire, si ce déficit compense une défaillance de sa demande privée.
Imaginons qu’un pays de la zone euro (mettons, l’Allemagne) se lance dans une politique de recherche de compétitivité en bloquant ses salaires ou en les faisant progresser nettement moins vite que la productivité du travail ; il gagne des parts de marché qui lui permettent d’impulser sa croissance grâce à sa balance extérieure tout en bridant sa demande intérieure, ceci au détriment de ses partenaires de la zone euro. Ceux-ci voient leur compétitivité se dégrader, leur déficit extérieur se creuser, leur PIB se réduire. Ils ont alors le choix entre deux stratégies : imiter l’Allemagne, ce qui plonge l’Europe en dépression par un déficit de demande ; soutenir leur demande, ce qui aboutit à creuser un fort déficit extérieur. Plus un pays réussit à brider ses salaires, plus il apparaît gagnant. Ainsi, le pays trop excédentaire peut-il se vanter d’obtenir des très bonnes performances économiques sur le plan de l’emploi, des soldes public et extérieur. Comme il prête aux autres pays membres, il est en position de force pour imposer ses choix à l’Europe. Un pays qui accumule les déficits se heurte tôt ou tard à la méfiance des marchés financiers, qui lui imposent des taux d’intérêt élevés ; ses partenaires peuvent refuser de lui prêter. Mais rien ne fait obstacle à un pays qui accumule les excédents. En monnaie unique, il n’a pas à craindre une appréciation de sa monnaie ; ce mécanisme correctif est bloqué.
    Ainsi, l’Allemagne peut jouer un rôle dominant en Europe sans avoir la politique   économique qui corresponde à ce rôle. Les Etats-Unis ont joué un rôle hégémonique à l’échelle mondiale en ayant un fort déficit courant qui compensait les déficits des pays exportateurs de pétrole et des pays d’Asie à croissance rapide, en particulier la Chine ; ils équilibraient la croissance mondiale en jouant le rôle de « consommateur en dernier ressort ». L’Allemagne fait l’inverse, ce qui déstabilise la zone euro. Elle devient automatiquement le « prêteur en dernier ressort ». Le fait est que l’accumulation d’excédents allemands doit se traduire ailleurs par l’accumulation de dettes ; elle est donc insoutenable.
    Pire, l’Allemagne veut continuer à être excédentaire tout en demandant aux pays du Sud de rembourser leurs dettes. Cela est logiquement impossible. Les pays du Sud ne peuvent rembourser leurs dettes que s’ils deviennent excédentaires, que si l’Allemagne accepte d’être remboursée, donc devenir déficitaire, ce qu’elle refuse aujourd’hui. Voilà pourquoi il est légitime que l’Allemagne soit soumise à une PDM. Et cette PDM doit être contraignante..."
______________________ 

jeudi 13 août 2015

Post scriptum à Angela

Sehr geeherte Frau Merkel,
                                                  J'espère que ma dernière missive vous est bien parvenue.
J'espère que vous n'en avez pas pris ombrage. Je comprends que la période estivale ait retardé la réponse aux naïves interrogations d'un simple petit Français, un tantinet troublé par la ligne de votre gouvernement et la place hégémonique que prennent les choix financiers et économiques de Berlin dans les décisions dites de Bruxelles, qu'on appelle encore communautaires.
Ah! la propagande de 14-18....
   Je voulais juste ajouter un petit mot, au vu des réactions parfois furibondes de certains éleveurs de votre pays à l'égard de leurs confrères d'Outre-Rhin, les braves éleveurs franchouillards, qui, malgré des aides vitales, tire  le cochon le diable par la queue.
   Il s'agit d'une histoire de cochons
Pas seulement de vaches, sujet aussi sensible.

                 Mais du cochon!  
                                                                                      Tout est bon dans le cochon.    Quoique...
          Nous connaissons la prédilection du consommateur germain pour la viande de ce vieil ami de l'homme, plus populaire chez vous que chez nous; Vous en consommez environ 40 kilos par personne et par an.
    Nous, bien moins, et nos Bretons ne sont pas toujours très bons...

         Mais, là est le problème, vous en produisez dans des conditions qui n'ont pas d'équivalent chez nous, pour gagner la bataille des prix à l'exportation, votre souci journalier. Mercantilisme oblige.
       Der Krieg ist wirtschaftlich. Immer grösser, immer billiger! Kolossal Produktion! C'est la grosse Bertha de l'agrobusiness offensif...
   Pourquoi vos amis les Verts-très-pâles, pointilleux sur certains choix, sont muets sur le sort peu enviable de quadrupèdes entassés à l'américaine dans les méga-fermes du Brandebourg. Notre ferme des mille vaches est ridicule au regard de votre industrialisation porcine à la californienne. Ist.französisch  zu klein?
      Si je puis me permettre, ne craignez vous pas, que malgré vos immenses cochonneries élevages de cochons et les salaires préférentiels alloués à vos ouvriers (Gastarbeiter) venus de l'Est (les plombiers polonais à vous), vous ne soyez un jour dépassée par la production espagnole, ukrainienne ou bulgare, voire chinoise. Des salaires toujours moins onéreux, on peut toujours trouver. Avec les 80000 salariés dans vos abattoirs, venus de l' Hinterland, qui font de l'ombre aux nôtres, parce que peu revendicatifs (on va dire ça comme ça), on comprend mieux, et le smic, que vous avez finalement adopté de mauvais gré, est à géométrie variable, quand il est appliqué..
     Je sais qu'il faut être compétitif, comme dit votre partenaire hollandais français. mais l'esprit des fondateurs de l'Europe prévoyaient-ils le dumping comme mode concerté de développement?
 Qu'en est il du principe de la fameuse divergence convergence européenne, dont on n'entend plus guère parler?
         Ne croyez pas que je sois devenu germanophobe. Ce serait non seulement désobligeant, mais idiot. Mais je suis sans angélisme. 
     Et j'ai de bons amis westphalien, friands de cochonneries diverses et avariées, qui sont loin d'approuver vos choix, de même que votre prédécesseur H. Scmidt, redoutant que vous ne confondiez partenariat et  hégémonie, et bien d'autres, même au Süd Deutsche Zeitung,qui ne mâche pas ses mots à votre égard.
        Je sais que vous avez hérité du système Schröder-Hartz, très thatcherien finalement, qui vous laisse peu de marge de manoeuvre dans une Europe que vous pilotez de fait, avec votre ami Schaüble, bien aidé par un euro-Mark qui favorise à merveille vos affaires et le dumping salarial (pardon pour les gros mots!), notamment les fameux jobs à un euro de l'heure, qui feraient se pâmer d'envie Mr Macron.. Mais il vous revient de le contester.
      Bravo pour vos excédents commerciaux! Mais dans les conditions d'une l'Europe bridée par vos obsessions monétaires, ils risquent de se retourner un jour contre vous.

    Achtung! Chère Angela, ce n'est pas vous qui êtes en cause, mais le système que défend becs et ongles votre très rigide ministre de l'économie.
        Il faudrait en parler à Bruxelles, cet espace estimé encore par certains démocratique, avant que l'Europe ne se fissure un peu plus. Il n'y a pas que l'Est jusqu'à Shanghaï qui compte...Je sais, les Mercédes, Audi et BMW fascinent là-bas. Mais jusqu'à quand?
      On a besoin de vous, si on veut sauver une certaine idée de l'Europe,  à condition que vous sortiez d'une certaine obsession de l'austérité, qui ne mène nulle part.  Holzwege, comme disait un philosophe de chez vous.
        Je vous souhaite une bonne reprise politique, avec un esprit européen plus convergent et plus solidaire. Donnez de la voix dans votre pays qui entretient trop de rentiers et une idée de l'avenir à trop court terme.
     Parlez-en avec Mr Juncker, ce homme affable et ouvert qui vous doit son poste, et qui est dans le même ligne libérale que vous, même s'il redoute (un peu) les effets des  immenses excédents de l'euroreich sur la santé de l'économie européenne..
             Veuillez croire, Madame la Chancelière....
________________
- L'Allemagne principale bénéficiaire de la crise Grecque
L'Allemagne, double bénéficiaire de l'euro
- La question des excédents commerciaux
Le salaire minimum s'avère impuissant face à un niveau de pauvreté record en Allemagne
____________________________
 .

lundi 24 avril 2017

Allemagne incertaine

  Sonderweg
                    Force et faiblesses d'un "modèle"
                                             Nos attitudes vis à vis d'une Allemagne qui a opéré il y a plus de dix ans un virage ordo-libéral radical sous l'impulsion de Schröder, poursuivi par la droite au pouvoir, sont le plus souvent équivoques. A la fois tantôt admiratives vis à vis de ses performances industrielles, ou tantôt inquiètes ou critiques par rapport au coût social interne et à ses choix vis à vis de ses partenaires européens.
Au delà des mythes
   lI y a un problème avec l'Allemagne, telle qu'elle fonctionne actuellement, sous la houlette du couple Merkel-Schlaüble.
    D'abord il y a une croyance un peu mythique qui tourne autour d'une l'Allemagne dite forte
  Cette force a une histoire, elle est relative et connaît des fragilités dont beaucoup d'Allemands avertis s'inquiètent. Son hégémonie pose problème ainsi que la question de ses excédents commerciaux, préoccupant et source de profonds déséquilibres.
    Le modèle allemand n'est pas ce qu'on croit
        Il y a bien des nuances à apporter. Les sous-investissements publics, la faiblesse de la consommation intérieure et des naissances, le nombre élevé de travailleurs pauvres posent des problèmes parfois préoccupants.
 ...Dans la capitale allemande, qui se veut « pauvre, mais sexy », un Berlinois sur cinq vit désormais des allocations de chômage Hartz IV. Face aux prix immobiliers qui explosent, les sans-logis se multiplient et la pauvreté visible s’accroît sensiblement dans les plus grandes villes allemandes. Plusieurs groupes sont particulièrement exposés au risque de pauvreté : les chômeurs, les familles monoparentales et nombreuses, les personnes âgées et les personnes issues d’un contexte migratoire. Les experts allemands s’inquiètent en particulier de la situation des enfants : on estime que 19% des enfants grandissent actuellement dans un contexte défavorisé, au sein de familles bénéficiaires de l’allocation Hartz IV, et que l’augmentation du nombre de parents célibataires expliquerait la précarisation des plus jeunes. Ce constat laisse perplexe : comment l’économie allemande, caractérisée par son insolente croissance, son taux de chômage proche du plein emploi et son budget quasi équilibré, peut-elle produire autant de laissés pour compte du système ? L’éthique protestante serait-elle donc soluble dans cet esprit du capitalisme délétère qui creuserait les inégalités ? Pis encore, il y aurait donc une fabrique spécifiquement teutonne de la pauvreté ?...
     De là à dire que notre voisin est un colosse aux pieds d'argileil n'y a qu'un pas.
Diplomatiquement, l'Allemagne se retrouve forte mais souvent seule:
        L’Allemagne fait aujourd’hui face au risque de la solitude géopolitique à l’égard de ses alliés traditionnels. Elle réalise pourtant un notable aggiornamento diplomatique et militaire. Mais la relation privilégiée avec les Etats-Unis, le couple franco-allemand, son influence en Europe et les liens historiques avec la Turquie se dégradent inexorablement. Fondée sur le « Plus jamais ça ! » (Nie wieder) en rejet de l’impérialisme militaire, l’action extérieure de l’Allemagne s’est déployée en Afghanistan et au Sahel dans le cadre du « Jamais seule » (Nie allein) exigeant l’action en coalition. A la veille d’une série d’élections majeures, l’Allemagne saura-t-elle rompre la spirale qui la coupe de ses alliances historiques ?..
_____
- Point de vue
___________________

mercredi 19 février 2020

Quand l'Allemagne tangue

Achtung! Turbulences...
                                   Le pays a encore les reins solides, mais des nuage planent sur Berlin, de nature autant économique que politique.
  De plus la donne internationale se modifiant, les USA de Trump n'étant plus l'allié traditionnel et le partenaire privilégié, les projets européens tendant à se réduire, Berlin se retrouve en voie de déstabilisation,  même en interne, et s'interroge sur de nouveaux équilibres. Une période de grands défis s'annonce.

  Les élections de Thuringe ont confirmé la montée d'une droite extrême sur laquelle on s'interroge un peu tard, des années après une réunification qui ne s'est pas passée dans les meilleures conditions et qui a des effets à retardement.
  La chancelière est usée et subit des critiques de l'intérieur. La CDU se déchire.
    Sans parler de déclin, des craintes sont présentes. Un contexte récessif est bien présent.
L'ambiguité de l'Allemagne ne date pas d'aujourd'hui. La relation avec Paris est à géométrie variable. L'Allemagne, à la fois forte et fragile, redevient une question en Europe. Les importants excédents commerciaux sont à la fois une force et un risque. 
                A l'heure où à Berlin on semble à la croisée des chemins, où la relative stabilité tant vantée ne semble plus d'actualité, où la culture du compromis est profondément affectée par un remodelage du paysage politique, où les piliers de la vie politique des dernières années semblent s'effriter, la montée d'une droite parfois extrême, minoritaire jusque là, dans le contexte d'une ascension de ce qu'il est convenu d'appeler les populismes européens, beaucoup d'observateurs et de connaisseurs de la vie politique allemande s'interrogent sur le devenir de la Bundesrepublik et les conséquences sur l'édifice créé par Adenauer et ses héritiers.
       Difficile, dans le contexte mouvant et évolutif d'aujourd'hui, de tirer des plans sur la comète, mais de nouveaux contours politiques se dessinent qui ne manquent pas d'inquiéter.   Beaucoup d'Allemands se sentent aussi désemparés. Certains tentent d'y voir plus clair, en cherchant les causes proches ou plus lointaines de ce qui apparaît comme un ébranlement profond. qui met en péril les années tranquilles de la chancelière, menacée de  disparition.
   Les rouages traditionnels sont bel et bien grippés et les soucis européens ne semblent plus d'actualité. La montée de l'ambiguë, de l'AfD le confirme.
     On est à la croisée des chemins, peut-être historique.Pour le meilleur ou pour le pire. En réalité, la contestation interne n'a jamais cessé depuis des années, surtout depuis celles d'une réunification souvent contestée dans ses formes et de la crise, même si elle restait minoritaire. Et la fin de l'épisode schröderienne a laissé des traces.
       Certains observateurs s'efforcent de comprendre les dessous de ce qui nous apparaît d'ici comme chaotique. (*)
  L'Allemagne se réveillera-t-elle de son sommeil dogmatique, entre alignement atlantiste et intérêts russo-chinois? Et comment? 
  Personne n'a intérêt à voir l'Allemagne s'enfoncer dans une crise prolongée et plus profonde, surtout pas la France. Une réorientation de ses choix nationaux est cependant urgente si Berlin veut tenir son rang et devenir un partenaire moins mercantile et moins versatile.
______
              (*) ....En Allemagne, à Chemnitz puis dans la petite ville de Köthen, on a vu se produire plusieurs manifestations d’extrême-droite suite au meurtre d'un jeune homme imputé à des migrants. Que se passe-t-il outre-Rhin? La situation peut-être devenir hors de contrôle ?
         Il faut se rappeler que lorsqu'on a redonné sa souveraineté à l'Allemagne après la guerre, on l'a fait avec beaucoup de précautions. Tant en RFA qu’en RDA on écrivit dans la Constitution l’obligation de combattre les idéologies issues de l’extrême-droite. Dès que l’extrême-droite donnait des signes de renouveau, les chancelleries réagissaient. Au milieu des années 80, les « Républicains » (Die Republikaner), menés par un ancien Waffen SS, remportèrent des sièges dans des parlements régionaux de l'Ouest. Les autres pays firent les gros yeux, menaçant l'Allemagne de ne pas être accommodants sur certaines de ses revendications en Europe si elle ne maîtrisait pas le problème. Pendant le processus de réunification, on fit également les gros yeux lorsque des ratonnades aboutirent à la mort de migrants en ex-RDA, à Rostock par exemple.
     Mais après la création du marché commun puis de marché et de la monnaie uniques, le choix fut progressivement fait de ne plus surveiller l'Allemagne. En Allemagne, le travail sur la mémoire n’a pas empêché, selon le travail fascinant de Harald Welzer, de disculper « Papi qui n’était pas nazi ». En France, entre 2000 et 2015, toute évocation de la résurgence de l’extrême-droite allemande était rejetée comme « germanophobe » ou relativisé par la comparaison des scores de l’extrême-droite française. Dans nos deux pays, il y a eu un processus dissociant l’Allemagne de la guerre de l’Allemagne actuelle.
     Pourtant, des signes d’un tsunami en devenir étaient visibles. Dans la décennie 2002-2012, le NPD remporta des succès électoraux en étant ouvertement sympathisant du neonazisme. Une procédure d’interdiction échoua parce que l’imbrication des services secrets allemands dans la direction était telle qu’il était impossible de déterminer si les actes illégaux reprochés étaient issus du NPD, ou provoqués par les agents infiltrés des services secrets, indicateurs ou agents, placés jusqu’à la direction nationale du NPD. 
        Ces succès du NPD coïncident avec deux autres événements. En 2006, c’est la coupe du monde de football en Allemagne, où les Allemands issus de générations sans connexion directe à 1933-1945, découvrent la joie de fêter leur équipe nationale, leur drapeau, leur fierté innocente d’être Allemands. La même année, la presse s’interroge sur une mystérieuse « d'infirmière fantôme » tueuse de la mafia turque, qui aurait assassinée une demi douzaines de petits commerçants d’origine turque et grecque, et posé une bombe dans un quartier d’immigration de Cologne, faisant 200 blessés. Ce n’est qu’en novembre 2011 que l’on découvrira que ces meurtres n’étaient en rien liés à « la mafia turque », construction raciste n’existant que dans l’esprit des enquêteurs allemands, mais à un groupe terroriste néonazi, la NSU, qui filmait ses actes et diffusait ses vidéos de propagande dans les réseaux clandestins de l’extrême droite allemande. Neuf migrants et une policière furent ainsi assassinés. Dès la découverte, fortuite, de cette cellule terroriste, les services secrets allemands engagèrent immédiatement ... la destruction complète de leurs archives concernant les membres de ce groupe... 
       L'année 2011 marque aussi une césure dans le recensement des actes de violence de l’extrême-droite en Allemagne. A partir de cette date, le nombre d’actes de violence motivée par l’extrême-droite va doubler chaque année dans l’indifférence générale, jusqu’à atteindre plus de 2000 actes, soit 10 fois plus que l’extrême-gauche et 25 fois plus que les islamistes, chaque année. Cependant, la médiatisation est modérée. L’attention des politiques comme des services secrets se porte sur l’islamisme et sur l’ultra-gauchisme après les manifestations contre les réunions du G8 en 2007 dans la campagne du Mecklembourg, puis du G20 en 2017 à Hambourg. Dans le même temps, l’attrait électoral pour l’extrême-droite croit selon un modèle très simple à suivre : d’abord, l’électeur perd confiance dans les institutions démocratiques et passe par une phase apathique d’abstention. Ensuite, dans certaines régions, un parti alibi sert à rompre des résistances profondes dans le comportement électoral. C’est ainsi que l’ovni politique du Parti Pirate devient le réceptacle d’une poussée populiste non cristallisée, faisant des scores entre 6 et 15% des voix et entrant dans 9 parlements régionaux. Partout où les Pirates sont forts - et cela s’observe jusqu’au niveau des bureaux de vote - le NPD est faible. Mais les Pirates étaient un feu de paille et n'ont existé qu'entre 2011 et 2013.
    A partir de 2013, un nouveau parti en Allemagne est prêt à recueillir les braises dans le foyer, l'AfD, qui, de parti élitaire anti-euro, se transforme peu à peu en synthèse allemande de l'UKIP britannique, du FN et de la Lega italienne. Aujourd’hui, les sondages donnent l'AfD à égalité avec le SPD à 17%, et des dirigeants de la droite parlementaire évoquent des alliances avec elle.
     Les émeutes de Chemnitz n'arrivent donc pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elles instrumentalisent la question des réfugiés, devenue critique dans l’opinion allemande après septembre 2015, mais la genèse est ancienne. D’ailleurs, le cadre théorique et idéologique d'un parti islamophobe tel Pegida, a été posé dès 2008 par ... un ancien dirigeant du SPD, Thilo Sarrazin, ancien responsable des finances de la ville de Berlin, puis membre du directoire de la Bundesbank, dès la publication de son livre « L’Allemagne s’auto-dissous », suivi depuis par un livre tous les 18 mois.  
      Les émeutes de Chemnitz furent extrêmement bien préparées. Déjà, en 2017, la fachosphere de Saxe avait lancé des rumeurs d’agressions de femmes allemandes par des migrants en marge de la fête populaire de la ville mais la campagne n’avait pas pris. Dans la préparation de la fête de Chemnitz de 2018, les associations de lutte contre le racisme prévoyaient une nouvelle action des réseaux clandestins de l’extrême-droite, sans cependant pouvoir prédire le fait divers dramatique à son origine – dans une rixe à 3h du matin un réfugié tue d’un coup de couteau un germano-cubain - ni son exploitation politique. Depuis, le procureur fédéral d'Allemagne a annoncé fin septembre le démantèlement d’une cellule terroriste néonazie planifiant des meurtres de réfugiés et d’élus de gauche. Ce groupe a utilisé les manifestations de Chemnitz pour tester ses modes opératoires en vue d’enlever et d’assassiner des réfugiés. Il a été démantelé alors qu’il se procurait un arsenal pour passer aux assassinats.
     Ne nous leurrons pas : le rejet de l’islam par Pegida sert de cache-nez à la résurgence d’idéologies très allemandes. A Chemnitz, un restaurant casher au nom hébraïque a été ravagé par une foule criant « Judensau raus » - (porcs de Juifs dehors). A Dortmund, dans deux défilés néonazis, l’un des slogans était « qui aime l‘Allemagne est antisémite ». On le voit, il n’y a pas d’ambiguïté ni de détour par une rhétorique anti-Israël. C’est de l’antisémitisme pur, recyclant les mots mêmes du nazisme.
      Un dernier groupe de la malheureusement très importante fachosphère allemande mérite d’être mentionné : ce sont les « Reichsbürger » ou « Citoyens de l'Empire ». Ces derniers refusent toute légitimité institutionnelle à la République fédérale, considérant que l'Empire n’a pas été dissous de manière légale en 1918. Ils battent leur propre monnaie, arborent leur drapeau, refusent de payer l’impôt ou de reconnaître l’autorité légitime de la police. Cela peut paraître folklorique mais ils sont armés et ont tué plusieurs policiers ces dernières années, et la dernière estimation publiée évalue leur nombre à ... 50 000.
    L'Europe a décidé en toute conscience de fermer les yeux et de faire confiance à l'Allemagne pour étouffer ces vieux démons. Elle a tort : l'Allemagne doit être surveillée et rappelée à ses devoirs particuliers. Malheureusement, l’idéologie de « l'Europe, source de paix », dénuée de fondement, est aussi construite sur l’idée d’une Allemagne enfin démocratique et apaisée au cœur de l'Europe. Dénoncer son extrême-droite est suspect de « germanophobie ». C’est mal. C’est ce qui explique l’effet de surprise et de sidération en France. Mais le phénomène de la montée de ces nouvelles extrême-droites était visible et prévisible. D’ailleurs, à mon humble niveau, je l’annonçais et la dénonçais déjà il y a dix ans.
    Alors est-ce que ces mouvements sont de nature à renverser l’ordre constitutionnel allemand ? Non. Pas encore. Mais l‘Allemagne ne va pas s’en sortir seule, et doit comprendre qu’il est important pour ses partenaires qu’elle agisse enfin.
    Köthen se situe dans le Land de Saxe-Anhalt et Chemnitz en Saxe. La Saxe est également le lieu de naissance du mouvement Pegida, et l'ex Allemagne de l'Est est l'endroit où le parti AfD réalise ses meilleurs scores électoraux. La Réunification allemande est-elle inachevée, ainsi que l'écrit le sociologue Italien Vladimiro Giacche ?
    Lorsque je suis arrivé en Allemagne, le premier livre dédicacé qu'on m'a offert était un recueil d’articles et de discours de Wolfgang Thierse, ancien fondateur du SPD de l'Est, puis président du Bundestag entre 1998 et 2005. Ce livre s’appelle « Parler de sa propre voix » et décrit le processus extrêmement violent et traumatisant d’une réunification vécue comme une colonisation par l'Ouest. Certains parlent même aujourd’hui d’une « annexion », et si le terme peut paraître exagéré en droit, il décrit pourtant le ressenti de nombreux allemands de l'Est. D’ailleurs, cette souffrance reste un thème d’actualité, qui, à l’occasion de la fête de la Réunification de cette année, a même trouvé son chemin dans des discours d’hommes politiques conservateurs de l‘Ouest.
     Dans les mois ayant précédé la Réunification, Helmut Kohl a prononcé une phrase essentielle : il a promis à la RDA, qui menait ses premières élections libres, « des paysages florissants » et une prospérité sans égale. Vingt-huit ans après, la réalité est bien différente. Près de trois millions d’Allemands de l'Est ont migré vers l'Ouest, vidant les campagnes et les villes moyennes. Les régions les plus pauvres d‘Allemagne, les cantons aux salaires les plus faibles sont à l'Est. Le nombre des foyers dépendant du minimum social appelé « Harz 4 » est deux fois plus important qu’en Bavière. Le centre des villes dynamiques de l'Est - Dresde, Leipzig, Iéna - voient arriver de nombreux cadres de l’Ouest qui achètent des biens immobiliers pas chers et travaillant en semaine à Berlin, Nuremberg où Munich.
     Cependant, si l'AfD fait 22% en Saxe, elle atteint aussi ce score dans certains coins de l'Ouest, par exemple en Rhénanie, dans certaines villes autrefois bastion du SPD. Si les émeutes en Saxe ont défrayé la chronique, deux cortèges de néonazis criant « qui aime l'Allemagne est antisémite » ont pu défiler le même jour à Dortmund avec une police dépassée incapable de mettre fin à ce trouble à l’ordre public. C'est en partie lié à la crise sociale, qui touche aussi l'Ouest. Il y a beaucoup de contradictions dans une société qui se vante de sa croissance, de son équilibre budgétaire, de son plein emploi, de ses excédents commerciaux, mais qui est incapable d’expliquer à 40% de sa population pourquoi son pouvoir d’achat est inférieur à ce qu'il était en 1996, pourquoi 17% d'Allemands vivent sous le seuil de pauvreté, pourquoi les inégalités de patrimoine ont retrouvé le niveau de ... 1910.
     Ces fractures, avec 40% de personnes qui souffrent, 30% qui jouissent et 30% qui ont peur de souffrir tout en rêvant de jouir, expliquent d’ailleurs le vote des législatives de septembre 2017, qui a été toutes les analyses en catégories socioprofessionnelles ou en niveau de revenu le démontrent, un vote de classes. Les 40% qui souffrent ont majoritairement voté Die Linke ou AfD, les 30% qui vont bien ont voté Libéraux et Verts, et les 30% d’inquiets, dont beaucoup de retraités, CDU et SPD.
     Ce qui est vraiment inquiétant, c’est la perte de confiance dans l’ordre démocratique comme ordre garantissant la prospérité du plus grand nombre, et l’échec tant de l’économie sociale de marché des conservateurs, que de la social-démocratie de marché du SPD.
     Il semble que la situation échappe peu à peu à une Angela Merkel de plus en plus fragilisée. Est-il possible que la chancelière ne termine pas son mandat ? Qu'est-ce qui pourrait venir ensuite ?
     J’ai parié en février 2018 que Merkel ne serait plus chancelière fin octobre, après les élections régionales en Bavière. Ça se rapproche, et elle a déjà failli chuter à deux reprises en juin et en septembre, après avoir eu besoin de six mois pour former un gouvernement après les élections de septembre 2017.
     C’est là où le concept de « Weimarisation » de la vie politique européenne que je développe depuis cinq ans trouve sa confirmation. La « Grande coalition » ne pèse plus que 56% des électeurs. Elle en pesait 70% il y a onze ans. Dans les sondages récents, elle ne serait même plus capable de constituer une majorité parlementaire à 44%. Si le SPD semble avoir atteint un plancher à 16%, la droite - constituée de deux partis, la CDU de Merkel et la CSU en Bavière - s’est encore effondrée et a enregistré son plus mauvais score dans un sondage depuis ... 1949 : à 27% des intentions de vote.
     Merkel voit également sa popularité s’effondrer. Les observateurs constatent d’ailleurs son impuissance croissante au sein même de son cabinet, de sa propre majorité. La semaine dernière, le groupe parlementaire CDU-CSU devait élire son président de groupe. L'homme de confiance de Merkel, qui occupait la fonction depuis treize ans, a été battu par un député quasiment inconnu et ne disposant d’aucun appui d'importance dans la hiérarchie des deux partis. La candidature « de témoignage » de Brinkhaus a rassemblé plus de trente députés de plus que l’homme de Merkel.Cette dernière n’est donc même pas majoritaire au sein de son groupe. Paradoxalement, à l’heure actuelle, le groupe parlementaire le plus soucieux de faire durer la chancelière est ... le SPD !
     Tout cela survient après deux crises initiées par le ministre de l’intérieur, Horst Seehofer, également président de la CSU bavaroise. Les deux crises ont eu pour toile de fond la politique migratoire, notamment la gestion de l’ouverture des frontières irresponsable car complètement improvisée, en septembre 2015. Depuis cette date, Seehofer est sans cesse en opposition à la chancelière. En mars 2018, elle a accepté qu’il entre dans le cabinet de la nouvelle Grande coalition en espérant ainsi le contrôler. C’est l’inverse qui se produit : il sape autant qu’il peut son autorité.
      Le 14 octobre auront lieu les élections régionales de Bavière. La CSU pourrait perdre sa majorité absolue, voire devoir s’allier à un ennemi - idéologique autant que de classe-, les écologistes, montés à 18%. La CSU a déjà laissé entendre à quoi elle imputerait un éventuel désastre : c’est la politique nationale. Merkel tentera sans doute de faire sauter le fusible Seehofer, mais il est probable que l’aile conservatrice de la CDU, menée par le ministre de la Santé Jens Spahn, lance une offensive avec la CSU contre la chancelière.
     Le 28 octobre, la région de Hesse, un bastion de la CDU, votera à son tour. Le président sortant, le très conservateur Bouffier, gère avec ... les Verts. En cas de défaite ( là non plus les sondages ne sont pas bons)  il pourrait, vu son âge, servir de chancelier de rechange et de transition. Ça laisserait le temps de choisir à quel moment revenir devant les électeurs et avec quel leader de la droite de long terme. En effet, une chute éventuelle de Merkel ne signifie pas forcément de nouvelles élections car il existe d'autres options institutionnelles. En 1982, lorsque Helmut Schmidt a perdu un vote de confiance suite au ralliement de son partenaire de coalition à l’opposition, Helmut Kohl devint par exemple chancelier sans élection. Wolfgang Schauble, aujourd'hui président du Bundestag, a également évoqué la possibilité d’un gouvernement minoritaire de droite au cas où le SPD quittait la coalition. En tout état de cause, Merkel a compris que la bataille de succession occupe tout le monde dans son camp. Elle espère encore pouvoir l’organiser elle-même. Elle a en notamment intronisé une possible dauphine (Annette Kramp-Karrenbauer, surnommée AKK, ancienne présidente de la région de Sarre et secrétaire générale de la CDU), et souhaite se présenter en décembre  à la présidence de la CDU sans doute pour être maîtresse du rythme de son éviction. Toutefois, l’aile droite de son parti lui a déjà demandé de renoncer à se présenter....
     L'une des conséquences de tout cela, c’est que depuis septembre 2017, l'Allemagne s’occupe de son nombril. Toute initiative française pour relancer « le moteur franco-allemand » en Europe est ainsi assimilable à vouloir faire du vélo en tandem avec un invalide. L'attitude française témoigne d’ailleurs d'une profonde méconnaissance de l'Allemagne, qui n'est pas en mesure et ne désire pas aller plus loin dans la voie de l'intégration européenne.
     La presse française s'applique à décrire la fondation d'une nouvelle gauche qu'elle qualifie « d'anti- migrants ». Son chef de file  serait la députée Sahra Wagenknecht, qui vient de fonder « Aufstehen » . Que vous en semble ?
    C’est de la propagande pure et simple, qui vise à limiter le paysage politique européen à deux forces antagonistes uniquement : d'un part un populisme nationaliste et xénophobe liant la critique sociale à un discours de bouc émissaire, d'autre part un néolibéralisme décomplexé exprimant les intérêts de classes supérieures désireuses d'assumer sans entrave leur domination économique, culturelle et sociale, au détriment des autres groupes sociaux et économiques au nom de leur supériorité morale. On souhaite évacuer l'existence d'une troisième option : une gauche radicale renouvelant sa critique du capitalisme financier et des excès du néolibéralisme européen à la lumière des évolutions réelles des deux dernières décennies.
     La biographie de Sahra Wagenknecht rend peu crédible le fait qu'elle soit « anti-migrants », car elle est binationale (allemande et iranienne). Au delà de ça, le texte de son mouvement ne parle quasiment pas de migration. Et quand il en est question, voilà mot pou mot ce qui est proposé : « Aide aux personnes dans le besoin : garantir le droit d'asile aux personnes persécutées, arrêter les exportations d'armes vers les zones de tension et mettre fin aux pratiques commerciales déloyales, aider les réfugiés de guerre et climatiques, lutter contre la pauvreté, la faim et la misère sur le terrain et créer des perspectives dans les pays d'origine ». Ce que Aufstehen met bien en cause en revanche, ce sont les mécanismes de concurrence salariale au sein de l'Union Européenne, dont l’un des instruments est la libre circulation des personnes dans un espace de sous-investissement dramatique et de chômage de masse.
     Aufstehen est un danger évident pour les autres formations politiques. En effet, 35% des Allemands sont intéressés par ce mouvement d’après un sondage du magazine Focus d’août 2018. Par ailleurs, le mouvement revendique déjà plus de 150 000 inscrits sur sa plate-forme en un mois d’existence. Le niveau de calomnie va donc augmenter au fur et à mesure qu'il montera en puissance.
______________