Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête delors. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête delors. Trier par date Afficher tous les articles

mercredi 6 mai 2009

Investir dans le social ?


Une idée originale...?

J.Delors :...'du 23 juin 1981 au 22 mars 1983 : ministre de l'Économie et des Finances, dans le gouvernement Pierre Mauroy . À ce titre, il est l'un des initiateurs du tournant de la rigueur à partir de 1982 ; il est chargé en plus du Budget à partir de mai 1983. Bénéficiant de la confiance des milieux économiques internationaux, il applique d’abord une politique de « rupture » pendant la période dite de l’« état de grâce » : nationalisations, dévaluations du franc, amélioration de l’efficacité des circuits de financement, et politique de relance. Après une première pause dans les réformes sociales qu’il propose dès 1982, Jacques Delors encourage le maintien de la France dans le Système monétaire européen (SME) et pratique une politique de rigueur. Il supprime, notamment, l'échelle mobile des salaires en 1982, ce qui aura pour conséquence la perte de pouvoir d'achat des français depuis cette date....(Wiki)

- « La social-démocratie convertie au néo-libéralisme ne souhaite pas cette Europe sociale. Les gouvernements sociaux-démocrates persévèrent dans leur erreur historique : le libéralisme d’abord, le « social » plus tard, c’est-à-dire jamais, parce que la dérégulation sauvage rend toujours plus difficile la construction de l’Europe sociale " (Bourdieu)
________________
Malgré des déclarations louables:
"Je refuse une Europe qui ne serait qu'un marché, une zone de libre-échange sans âme, sans conscience, sans volonté politique, sans dimension sociale. Si c'est vers ça qu'on va, je lance un cri d'alarme."
"Le modèle économique européen doit se fonder sur trois principes : la concurrence qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit."...
J.Delors fut un chaud partisan de la liberté absolue de circulation des capitaux, un artisan, avec Pascal Lamy, d'une forme de mondialisation , qui montre aujourdhui ses effets pervers. Lamy affirmait:"

« Nous avons besoin du soutien du monde des affaires au système de l’OMC pour davantage de libéralisation. »

À Strasbourg, le 6 octobre 1999, il déclarait :« L’OMC doit élargir ses attributions pour englober des questions de société telles que l’environnement, la culture, la santé et la nourriture, qui, à l’instar de la concurrence et de l’investissement, ne peuvent plus être tenues à l’écart du commerce . »



Investir dans le social ...après l’avoir détruit !
"Jacques Delors, initiateur de l’orientation néolibérale de l’Union européenne (notamment à travers l’Acte unique signé en 1986), artisan du « tournant » de la politique économique française en 1982-83, se vantait naguère d’avoir désindexé les salaires par rapport aux prix, chose qu’aucun gouvernement de droite n’était capable de faire accepter aux syndicats, d’avoir imposé un plan de rigueur et d’avoir convaincu ses amis socialistes que le marché était indépassable. Aujourd’hui, il veut investir dans le social. Comment ?En prolongeant la durée de la vie active pour réformer les retraites et en refusant d’augmenter les cotisations sociales.En incitant les chômeurs à reprendre un travail, première qualité du RSA.En dégraissant le « mammouth », l’« État obèse », « difficilement contestable » ; il suffit de discuter les « modalités d’application ».En faisant référence à la notion libérale néoclassique de « capital humain » pour désigner le savoir et le savoir-faire des travailleurs. Mieux encore, en remplaçant le mot « travailleur » par celui de « capital humain ». Ainsi, Jacques Delors parle des « 14 millions de capital humain dans l’industrie automobile ». Il ne craint pas l’aporie en définissant le capital humain comme « la capacité des individus à participer à la société, d’abord par le… travail » !!!Bref, en approfondissant les politiques néolibérales qui ont mené à la crise."

-Fiction-parodie-crise

-On ne leur pardonnera pas facilement
"...N’est-ce pas Jacques Delors qui se vantait naguère d’avoir désindexé les salaires par rapport aux prix, imposé un plan de rigueur et convaincu ses amis socialistes que le marché était indépassable ? N’est-ce pas lui qui avait écrit un « Livre blanc » préfigurant l’Acte unique de 1986, son « traité favori », disait-il, qui allait achever de transformer la construction européenne en une machine néolibérale ?"
________________
-Le symptôme de la déflation salariale
-Un Appel pour le salaire maximum
-Vers un retour de la question sociale au coeur de la crise
_____________
-PS : obsèques programmées ?
-Et la gauche?
-Aux origines de la construction européenne

lundi 30 mars 2020

Keine Frage!

L'UE: une fin programmée?
                            Mutti a dit "Nein"!
                                          Mais pas seulement elle.
  Les eurobonds n'auront pas lieu. Sur ce débat déjà ancien, c'est encore le refus, même en situation d'extrême urgence, de quasi mort clinique annoncée des économies supposées interdépendantes.  La dite solidarité européenne explose encore un peu plus. Priorité aux égoïsmes nationaux. 
  Pas de dettes en commun! Chacun se démerde. Bien fait pour la gueule de ceux qui n'ont pas imité la fourmi berlinoise., les mauvais élèves C'est comme pour la Grèce, cela servira de leçon. Priorité aux marchés et aux intérêts bancaires.

   C'est le coup de grâce. Après le Brexit, la zône euro a peu de chances de se remettre. Le retour sur les sphères nationales, avec quelques échanges privilégiés comme à l'Epoque de Schuman et d'Adenauer est-il inscrit d'avance? Il y a beaucoup de chances que chaque capitale retire ses billes. Il n'est plus question d'harmonisation , déjà bien mise à mal. Pour le projet des pères fondateurs, on verra aux calendes grecques.
  La crise sanitaire est un révélateur des blocages et des replis européens déjà anciens et on s'oriente vers un éclatement de l'UE. La zizanie s'est établie en haut-lieu, sous le signe du coronavirus.
  L'euro n'était déjà plus un instrument de solidarité dans les échanges, étant donné l'économie dominante des pays du nord, les déséquilibres s'accentuant dans cet espace de libre échange à l'anglo-saxonne, la "question allemande" étant toujours au centre des débats.
Berlin impose son droit à propos des euro-obligations. Inflexible. Prémisses d'un éclatement assuré, si...
     Ce serait pourtant dans l'intérêt de l'Allemagne elle-même à terme, comme le signale Delors, surtout que les nuages s'amoncellent sur Berlin.
      Chacun pour soi et Gott pour tous...
 Delors sort de sa réserve, voyant venir le risque d'éclatement, lui qui avait déjà regretté le tournant de l'après 2008:
      ...Le manque de solidarité fait “courir un danger mortel à l’Union européenne”, a averti ce samedi 28 mars l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, dans une déclaration transmise à l’AFP par l’institut à son nom qu’il a fondé.
“Le climat qui semble régner entre les chefs d’État et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l’Union européenne”, estime l’ancien ministre français de l’Economie, qui a présidé la Commission de 1985 à 1995.“Le microbe est de retour”, ajoute ce grand défenseur de l’Europe, qui a suivi, selon l’Institut, les derniers développements au sein de l’Union et sa réponse face à la pandémie, en particulier le Conseil européen de jeudi qui a montré les divisions entre les 27, en particulier entre pays du Nord et du Sud. En retrait de la vie politique, Jacques Delors, aujourd’hui âgé de 94 ans, s’exprime très rarement....
Réveiller une morte vivante?

           Le ver était déjà dans le fruit, comme le signalait le pourtant fédéraliste J.Quatremer.  L'UE était déjà un organisme très affaibli. L'hégémonie de fait de Berlin était devenue l'objet de critique et de crainte an Allemagne même, de la part des plus lucides, comme Ulrich Beck.
             Les injonctions n'aboutissent pas.
" ...En quelques jours à peine, des totems de l’orthodoxie budgétaire européenne sont tombés un à un : suspension du pacte de stabilité et de croissance (qui fixe la règle des 3 % du déficit public), programme de rachat des dettes publiques et privées à hauteur de 750 milliards d’euros par la BCE, plan de relance massif en Allemagne, d’ordinaire haut lieu de l’ordolibéralisme…  Mais il en reste au moins un que les pays du nord de l’Europe, emmenés par l’Allemagne et les Pays-Bas, semblent décidés à préserver, malgré l’ampleur de la crise : la mise en place d’une capacité d’endettement commune, à l’échelle de l’Union, pour aider les pays les plus touchés par l’épidémie.     Ce que certains ont appelé, dans le sillage du chef de gouvernement italien Giuseppe Conte, des « corona-bonds ». Manière de ressusciter les « eurobonds », ou « euro-obligations », vieux serpent de mer bruxellois, très discuté lors de la crise des dettes souveraines de 2008, avant d’être écarté.           Le sommet des dirigeants européens qui s’est tenu jeudi 26 mars dans une ambiance tendue, par vidéoconférence, a relancé le bras de fer (le communiqué final est à lire ici). Mais les 27 n’ont pu que constater leurs désaccords sur ce sujet sensible : faute de mieux, ils ont temporisé, demandant à l’Eurogroupe, la réunion des ministres des finances de la zone euro, de leur formuler des propositions « d’ici deux semaines ». Ce qui leur a permis, au moins, de sauver les apparences, et s'entendre sur une déclaration finale particulièrement floue sur le volet économique.          Lors d'une conférence de presse à Lisbonne, à l'issue du sommet, Antonio Costa est allé jusqu'à qualifier de « répugnante » la position des Pays-Bas, qui aurait fait remarquer durant les discussions que certains pays auraient dû économiser davantage au cours des dernières années: « Ce type de réponse est d’une inconscience absolue et cette mesquinerie récurrente mine totalement ce qui fait l’esprit de l’Union européenne et représente une menace pour l’avenir de l’Union européenne ».          Dès mercredi, neuf États, dont la France, l’Italie et l’Espagne, le Portugal ou l’Irlande, avaient défendu l’idée d’un endettement en commun, dans une lettre envoyée à Charles Michel, le libéral belge qui préside les Conseils européens.            « À ce stade, nous avons mis en place des pare-feu économiques et accordé plus de flexibilité aux États, pour qu’ils puissent agir au niveau national, expliquait-on à l’Élysée en amont du sommet. Il faut maintenant discuter de la solidarité que l’on veut démontrer dans la durée, pour la sortie de crise, et après. » Pour la France, ce choix tactique de contourner le couple franco-allemand, en amont d’un sommet, est quasiment inédit depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017.    « Si l’on n’est pas capables de dépasser les tabous, nous ne serons pas à la hauteur. C’est une question de survie du projet européen, et la chancelière [Angela Merkel] l’a perçue », dramatise-t-on dans l’entourage du président français. Au Handelsblatt mardi, le ministre de l’économie allemand, Peter Altmaier (CDU, droite), a qualifié les discussions sur les « eurobonds » de « débat fantôme » « J’appelle à la prudence quand je constate que des concepts présentés comme supposément neufs et ingénieux sont en fait des idées zombies, écartées de longue date. »    Réponse du camp français, où l’on essayait encore d’arrondir les angles, pour ne pas braquer Berlin : « Le slogan est moins important que le contenu. Nous aurons besoin d’un instrument de solidarité accrue. »    La réunion des ministres des finances de la zone euro, mardi, avait déjà donné une idée de l’ampleur des désaccords. En particulier sur l’usage qu’il pourrait être fait du Mécanisme européen de stabilité (MES), ce fonds de 400 milliards d’euros créé lors de la crise de 2008 : l’ensemble des États y auront-ils accès ou s’agit-il de cibler certains États fragiles, au risque de les stigmatiser aux yeux des marchés ? Et à quelles conditions cette ligne de crédit nouvelle – une « covid-line credit » – pourrait-elle être débloquée ?     Quoi qu’il en soit, l’argent prêté dans le cadre du MES devra bien être remboursé par l’État membre qui a bénéficié du prêt – c’est l’inverse d’une mutualisation de la dette, qui permettrait de faire jouer la solidarité sur le continent. Jeudi soir, le communiqué final du Conseil ne mentionne même pas l’option d’un recours au MES, en raison de l’opposition de l’Italien Giuseppe Conte. Durant la réunion, ce dernier a écarté cet instrument associé, à ses yeux, à la crise des dettes souveraines, et réclamé davantage d’ambition dans la mutualisation de la dette.      Sans surprise, certains pays « frugaux » veulent durcir les conditions d’accès au crédit et mettent en garde contre le risque d’ouvrir en grand les vannes, alors que la crise sanitaire est encore loin d’être réglée. L’eurodéputée Place publique Aurore Lalucq confie : « L’Eurogroupe [de mardi soir – ndlr] m’a dépitée. Même les morts ne permettent pas de faire bouger les idéologies, ou d’en finir avec les égoïsmes nationaux. Pour l’avenir de l’Europe, je trouve ça consternant, et même perturbant. Je pensais que la pression éthique serait telle que certains pays nordiques ne pourraient plus refuser cette solidarité. »       L’eurodéputée LFI Manon Aubry juge, elle, qu’il faut franchir le pas : « J’ai envie de dire à Macron : allez jusqu’au bout de la démarche, émettez des “coronabonds” à trois, entre la France, l’Espagne et l’Italie. Ce qui aura déjà un impact positif pour l’Italie, et même pour les trois pays, qui seront moins attaquables par les marchés. Commençons par quelques-uns. » L’élue précise qu’à ses yeux, les « euro-obligations », qui impliquent un renforcement de l’intégration économique en Europe, « ne peuvent être qu’une solution à court terme, dans l’attente d’une refonte de la politique monétaire européenne »    Dès le 23 mars, quelque 400 économistes, dont le Français Thomas Piketty, ont signé une lettre ouverte exhortant les dirigeants européens à émettre de la dette en commun. « La crise du Covid-19 va concrétiser, ou faire éclater, la zone euro », écrivent-ils. Jeudi, le président du Parlement européen, le social-démocrate italien David Sassoli, a plaidé dans le même sens. Dans le détail, plusieurs pistes sont sur la table, et le débat devrait durer, au moins aussi longtemps que le confinement.    Les propositions pour émettre de la dette en commun vont d’un assouplissement plus ou moins total des conditions de prêt du MES (un montant le plus vaste possible, un guichet ouvert à tous les pays), à une émission de dette commune en bonne et due forme, qui alimenterait le budget de l’UE. « Le vrai débat, c’est de savoir si ce mécanisme servirait à prêter aux États membres ou s’il servirait à financer des politiques communes au niveau européen », précise l’économiste Shahin Vallée, ex-conseiller économique de Herman Van Rompuy à la présidence du Conseil européen, aujourd’hui chercheur associé pour le think tank allemand DGAP.       Il met en garde contre des solutions au rabais, qui se contenteraient d’une réforme du MES : « La BCE permet déjà aux États de la zone euro d’emprunter dans des conditions excellentes. Le risque d’ouvrir une “covid-credit line” au sein du MES, c’est de faire la même chose que la BCE, en moins bien. Et d’affaiblir, par ricochet, le mécanisme mis en place par la BCE. »  « Il faut créer de nouvelles ressources pour le budget européen, insiste-t-il. Une taxe sur la vente de droits à polluer ou encore une taxe carbone aux frontières de l’UE amèneraient des dizaines de milliards d’euros dans l’année. En échange, on s’engagerait à créer de la dette en commun, à même hauteur, pour financer des investissements dans la santé ou l’environnement au sein des 27. »     Hasard du calendrier, la pandémie se propage sur le continent quelques semaines après l’échec des 27 à s’entendre sur les grandes lignes du budget européen, sur la période 2021-2027. « Il serait surréaliste, sinon indécent, de reprendre la discussion là où on l’a laissée en février, de passer encore quelques nuits sur la deuxième décimale du budget européen », jugeait mercredi un proche des négociations, convaincu que la crise permettrait d’augmenter le plafond budgétaire pour l’UE.....
_______
"...Les pays du Nord de l’Europe sont restés campés sur leurs positions, refusant d’étendre les mécanismes de solidarité avec les pays du Sud pourtant les plus touchés par cette crise et obligés d’activer la dépense publique pour y répondre.
     Ils ont ainsi refusé la création d’eurobonds, des obligations garanties au niveau européen, permettant de mutualiser et donc de réduire l’incertitude pour l’ensemble des économies de la zone euro et notamment les plus fragiles telles que l’Italie, le Portugal ou la Grèce. Ces eurobonds auraient pourtant permis de partager la dette et sa charge et d’éviter ainsi une possible crise des dettes souveraines comme celle que l’Europe a vécue en 2010. Car la dernière chose dont nous avons besoin, c’est bien de créer une nouvelle crise en tentant de résoudre celle que nous traversons...."
                                 _Le pont de vue de Coralie._
                                                 __________________________

Résultats de recherche

Résul

lundi 27 juillet 2020

Entre deux chaises

Furieux.
           L'ayatollah de l'Europe intégrée n'est pas content.

      Le voilà qui se fâche tout rouge contre ce que certains appellent pudiquement les "défauts" de l'Europe.

               En des termes qu'on attendait pas de lui.
                                                                Jean Quatremer, figure bien connue dans le monde du journalisme, spécialiste un peu atypique à Libération, suivant les question européennes de très près, laisse éclater une colère à première vue violente, mais légitime et salutaire à l'égard du système européen tel qu'il est devenu, de manière un peu provocatrice, pour susciter un réveil nécessaire des hommes et un changement radical des institutions. Il met les pieds résolument dans le plat. Ce n'est pas nouveau, mais de la part d'un auteur qualifié d'europhile, parfois d' eurocrate, cela amène quelques questions.
[On peut consulter les premières pages]
       Tout cela sur fond de croyance fédéraliste, lui qui n'a cessé, depuis ses premiers billets, de faire appel à plus d'unité politique et de dénoncer les dérives marchandes, les scandales et les élargissements aveugles. Sa critique est au début de son livre très véhémente, reprenant à son compte les plus sévères émanant de certains courants anti-européens.
     On pourrait le comparer à un nouveau Luther fustigeant avec force et parfois violence les excès et les déviations de l'Eglise de son temps et de sa hiérarchie souvent corrompue, détournées de leur mission essentielle, et centrant son message rénovateur sur le dépouillement, les textes fondamentaux et la foi, en deçà du désolant  virage maastrichtien.
    Quatremer veut encore croire à une reconstruction de l'Europe, à un certain retour des idéaux fondateurs d'après-guerre, à un projet fédérateur dont nous sommes éloignés par aveuglement et par égoïsme national. Retrouver le chemin d'une politique commune, qu nécessiterait d'autres institutions, une vraie révolution. Pour faire face aux défis économiques qui nous attendent.
     Retrouver le chemin de la foi. Mais la question est de savoir si la seule foi peut sauver et permettre d'opérer le virage salutaire qui nous sortirait des lois d'un simple marché libéral, voulu par les anglo-saxons, accepté par les élites pantouflardes de l'UE, de la suprématie de fait de l'Allemagne devenue la référence et la donneuse de leçon. L'auteur est silencieux ou vague sur les conditions qui permettraient à Bruxelles de sortir de la bureaucratie tatillonne et à courte vue qu'elle est devenue, de dépasser l'extrême financiarisation dans laquelle elle s'est elle-même piégée, après avoir joué un certain rôle redistributeur, mais sans solidarité durable.. Il est surtout bien allusif sur les influences néolibérales qui n'ont cessé de marquer de leur empreinte des institutions, que Delors lui-même ne reconnait plus sur ses vieux jours.
 _____________         Dans son livre Les salauds de l'Europe, l'auteur, désabusé, dit:
                  "« Longtemps, j'ai cru en l'Europe. Longtemps, j'ai souhaité l'émergence des États-Unis d'Europe. Longtemps, j'ai pensé qu'elle était notre Terre promise, celle qui nous permettrait de dépasser les États-nations, ces fauteurs de guerre. Aujourd'hui, c'est fini. Je n'y crois plus. Elle n'a pas été inutile, mais son rôle historique est derrière elle... »
     Comme dit Joseph Savès, "c'est par cette confession désabusée et sans équivoque que débute l'essai iconoclaste de Jean Quatremer. Le journaliste rappelle avec brio les origines de l’aventure européenne. Mais c’est pour mieux dénoncer ensuite les dérives qui, du talentueux Jacques Delors au piteux Jean-Claude Juncker, ont mené à l’impasse actuelle.
    Y a-t-il une lumière au bout du tunnel ? Jean Quatremer détaille en quelques pages une possible sortie par le haut. Mais lui-même n’y croit pas vraiment. Son essai s’adresse aux européistes convaincus : quand le clergé lui-même ne croit plus à son dieu, est-il encore raisonnable de le prier ? N’est-il pas temps de repenser l’avenir ? Ce qui reste de l’Union est plus néfaste qu’autre chose. Mais le projet communautaire demeure nécessaire. Il s’agit de le refonder....
     "..La Commission européenne a affirmé son autorité sous la présidence de Jacques Delors (1985-1995), lequel a pu convaincre les États d’adopter aussi bien Schengen que l’Acte Unique et la monnaie unique. Il a seulement échoué sur l’Europe sociale.
Mais ses successeurs, rivalisant d’incompétence, ont rapidement réduit la Commission à n’être plus que le secrétariat du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement. Jean Quatremer a des mots très durs pour Jacques Santer, dont il a provoqué la chute en 1999 pour cause de corruption, comme pour Romano Prodi (1999-2004) et son commissaire à la concurrence Mario Monti, qui ont bradé l’industrie européenne, Manuel Barroso (2004-2014), homme-lige de la banque Goldman Sachs, impliquée dans la crise de 2007, et bien sûr Jean-Claude Juncker, qui a érigé son grand-duché en paradis fiscal.
Le Conseil européen, organe suprême de l’Union, est donc revenu au cœur du jeu. Il se réunit désormais tous les mois ou tous les deux mois. Mais c’est seulement pour constater ses désaccords sur tous les sujets d’importance : Ukraine, Russie, énergie, libre-échange, travailleurs détachés, terrorisme, migrants etc. La faute en est à l’élargissement intempestif de l’Union de quinze membres en 1995 à 27 ou 28 aujourd’hui, avec des niveaux de développement très différents.
     Jean Quatremer exécute en passant le Parlement européen, caution démocratique de l’ensemble : ses députés n’ont d’européens que le nom car ils sont élus sur des logiques partisanes nationales. « Quand sur certains textes, on voit les députés allemands voter comme un seul homme pour ou contre, de l’extrême droite à l’extrême gauche, comment ne pas ressentir un malaise ? » (p. 23). Leur légitimité est contestable quand on songe qu’un député français représente douze fois plus d’électeurs qu’un maltais. Enfin, le Parlement n’a pas l’initiative des lois et dans le domaine législatif, « il a le même poids que le Conseil des ministres qui n’est, au mieux, qu’élu au suffrage indirect » (p. 24).
   Fait aggravant pour Jean Quatremer : la médiocrité des chefs qui y siègent aujourd’hui et notamment du couple franco-allemand. « Aucune personnalité d’envergure ne sort du lot, si ce n’est par défaut, celle d’Angela Merkel, la chancelière allemande » (p. 21). Les conséquences en sont dramatiques : « Il suffit de voir dans quel état de panique cet aréopage distingué a géré en dépit du bon sens la crise de la zone euro entre 2010 et 2012, entraînant les uns après les autres les pays dans le gouffre, dont la Grèce n’est toujours pas sortie sept ans après ! Et cela se paie par des centaines de milliers de vies brisées » (p. 22).
      Jean Quatremer s’alarme des conséquences de l’incurie européenne : « Le ‘doux monstre de Bruxelles’ qui impose le bien européen à coups de normes rigides et souvent idiotes, est devenu le principal destructeur, non seulement de l’idéal européen, mais aussi de la démocratie. Par une sorte de retournement historique, il en vient même, par son existence, à menacer la paix… » (p. 10).
      Le journaliste en voit la raison dans le dogmatisme étroit des agents européens :
« Engluée dans une idéologie libérale et libre-échangiste promue par la Commission, l’Union refuse par principe d’offrir une protection aux citoyens européens alors qu’elle a été fondée sur le principe de la préférence communautaire. L’Union est devenue l’idiot utile de la globalisation et le reste du monde en profite : la Chine par exemple… » (p. 31). « Pour l’Union, tout ce qui est une barrière, même si celle-ci obéit à une bonne raison, doit être abattu, quel qu’en soit le prix à payer. Le dogme avant tout et le dogme, c’est l’absence de frontière » (p. 30).
     Jean Quatremer constate aussi l’échec de la monnaie unique et ses effets délétères sur la solidarité européenne. Il rejoint le point de vue que développe depuis plusieurs années Joseph Savès sur notre site : « Lancée en fanfare en 1999, la monnaie unique, qui devait elle aussi doper la croissance et protéger les Européens contre les chocs extérieurs, n’a pas rempli son rôle, comme l’ont montré la crise financière et économique de 2007-2008, puis la crise de la zone euro de 2010-2012. (…) Depuis le lancement de l’euro, la France est en déficit commercial alors que l’Allemagne accumule les excédents dans des proportions sans précédent. L’euro, qui peut le contester, a appauvri la France et tous les pays du Sud, mais a bénéficié plus que de raison à l’Allemagne » (p.31).
      Et l’auteur d’en tirer la conclusion avec l’amertume que l’on devine chez un jeune sexagénaire qui découvre s’être illusionné toute sa vie : « Un triste bilan. Cet astre mort qu’est devenu l’Union n’a plus de raison d’être, il n’apporte plus aucune chaleur, bien au contraire. Elle est un problème en elle-même. Il est temps de redonner leur liberté aux nations européennes qui ont été la source de la grandeur du Vieux Continent. Il faut libérer les énergies au lieu de les entraver ! » (p. 38).
     Un exemple cité par l'auteur des nombreuses dérives d'une Europe bien lointaine: Le monolinguisme, l’un des traits les plus significatifs de la « Bulle européenne »:Par négligence et lâcheté, les dirigeants de l’Union et les fonctionnaires de Bruxelles ont laissé choir le multilinguisme et n’usent pratiquement plus que d’un seul idiome… L’anglais ? Que nenni. « À Bruxelles, c’est le globish qui règne en maître, une forme appauvrie à l’extrême de la langue de Shakespeare qui permet tout le monde de communiquer sans problème » (p. 155). Cet idiome est semé de néologismes propres à la Commission au point qu’il a fallu publier un dictionnaire des correspondances entre le mot anglais et sa traduction en globish bruxellois (comme for example au lieu de for instance).____Il ne s’agit pas d’un trait secondaire ! « La langue n’est pas neutre, rappelle Jean Quatremer. Elle véhicule des valeurs et des concepts et, surtout, seule la langue de naissance permet de communiquer au plus près de sa pensée : ce n’est pas un hasard si un Américain, un Chinois ou un Japonais ne négocie jamais dans une autre langue que la sienne » (p. 155).
_______________Un magazine eurocitoyen renchérit mollement. 
       Mais une grande interrogation surgit au sein de cette critique assez violente et inattendue, quoique justifiée pour beaucoup d'observateurs, même europhiles de la première heure: comment un retournement pourrait-il se faire dans les conditions actuelles, à moins d'une crise majeure? Aucune tendance forte ne se dessine, même au sein des courants progressistes qui siègent au parlement européen sans grand pouvoir. Pas d'homme d'exception à l'horizon susceptible de marquer d'un empreinte réformatrice forte le système berlino-bruxellois. Il semble bien que le ver soit dans le chou.
        Quatremer n'est-il pas condamné encore longtemps à la désillusion? On peut le craindre.
__________
- L'euro est-il viable à long terme?
- Nouvelle question allemande
- Où est passé le peuple européen?
Europe vassalisée
Sauver le projet européen?
- Et pourtant elle ne tourne pas...
L'Europe fait fausse route
Revoir le chantier.
- L’euro n’est pas viable à long terme», selon l'Institut Jacques Delors
Aux origines de la construction européenne
______________________________________________________________________

mardi 29 août 2017

Coup de gueule

Il a osé...      [Quelques notes de lecture]
                                                                Jean Quatremer, figure bien connue dans le monde du journalisme, spécialiste un peu atypique à Libération, suivant les question européennes de très près, laisse éclater une colère à première vue violente, mais légitime et salutaire à l'égard du système européen tel qu'il est devenu, de manière un peu provocatrice, pour susciter un réveil nécessaire des hommes et un changement radical des institutions. Il met les pieds résolument dans le plat. Ce n'est pas nouveau, mais de la part d'un auteur qualifié d'europhile, parfois d' eurocrate, cela amène quelques questions.
[On peut consulter les premières pages]
       Tout cela sur fond de croyance fédéraliste, lui qui n'a cessé, depuis ses premiers billets, de faire appel à plus d'unité politique et de dénoncer les dérives marchandes, les scandales et les élargissements aveugles. Sa critique est au début de son livre très véhémente, reprenant à son compte les plus sévères émanant de certains courants anti-européens.
     On pourrait le comparer à un nouveau Luther fustigeant avec force et parfois violence les excès et les déviations de l'Eglise de son temps et de sa hiérarchie souvent corrompue, détournées de leur mission essentielle, et centrant son message rénovateur sur le dépouillement, les textes fondamentaux et la foi, en deçà du désolant  virage maastrichtien.
    Quatremer veut encore croire à une reconstruction de l'Europe, à un certain retour des idéaux fondateurs d'après-guerre, à un projet fédérateur dont nous sommes éloignés par aveuglement et par égoïsme national. Retrouver le chemin d'une politique commune, qu nécessiterait d'autres institutions, une vraie révolution. Pour faire face aux défis économiques qui nous attendent.
     Retrouver le chemin de la foi. Mais la question est de savoir si la seule foi peut sauver et permettre d'opérer le virage salutaire qui nous sortirait des lois d'un simple marché libéral, voulu par les anglo-saxons, accepté par les élites pantouflardes de l'UE, de la suprématie de fait de l'Allemagne devenue la référence et la donneuse de leçon. L'auteur est silencieux ou vague sur les conditions qui permettraient à Bruxelles de sortir de la bureaucratie tatillonne et à courte vue qu'elle est devenue, de dépasser l'extrême financiarisation dans laquelle elle s'est elle-même piégée, après avoir joué un certain rôle redistributeur, mais sans solidarité durable.. Il est surtout bien allusif sur les influences néolibérales qui n'ont cessé de marquer de leur empreinte des institutions, que Delors lui-même ne reconnait plus sur ses vieux jours.
 _____________         Dans son livre Les salauds de l'Europe, l'auteur, désabusé, dit:
                  "« Longtemps, j'ai cru en l'Europe. Longtemps, j'ai souhaité l'émergence des États-Unis d'Europe. Longtemps, j'ai pensé qu'elle était notre Terre promise, celle qui nous permettrait de dépasser les États-nations, ces fauteurs de guerre. Aujourd'hui, c'est fini. Je n'y crois plus. Elle n'a pas été inutile, mais son rôle historique est derrière elle... »
     Comme dit Joseph Savès, "c'est par cette confession désabusée et sans équivoque que débute l'essai iconoclaste de Jean Quatremer. Le journaliste rappelle avec brio les origines de l’aventure européenne. Mais c’est pour mieux dénoncer ensuite les dérives qui, du talentueux Jacques Delors au piteux Jean-Claude Juncker, ont mené à l’impasse actuelle.
    Y a-t-il une lumière au bout du tunnel ? Jean Quatremer détaille en quelques pages une possible sortie par le haut. Mais lui-même n’y croit pas vraiment. Son essai s’adresse aux européistes convaincus : quand le clergé lui-même ne croit plus à son dieu, est-il encore raisonnable de le prier ? N’est-il pas temps de repenser l’avenir ? Ce qui reste de l’Union est plus néfaste qu’autre chose. Mais le projet communautaire demeure nécessaire. Il s’agit de le refonder....
     "..La Commission européenne a affirmé son autorité sous la présidence de Jacques Delors (1985-1995), lequel a pu convaincre les États d’adopter aussi bien Schengen que l’Acte Unique et la monnaie unique. Il a seulement échoué sur l’Europe sociale.
Mais ses successeurs, rivalisant d’incompétence, ont rapidement réduit la Commission à n’être plus que le secrétariat du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement. Jean Quatremer a des mots très durs pour Jacques Santer, dont il a provoqué la chute en 1999 pour cause de corruption, comme pour Romano Prodi (1999-2004) et son commissaire à la concurrence Mario Monti, qui ont bradé l’industrie européenne, Manuel Barroso (2004-2014), homme-lige de la banque Goldman Sachs, impliquée dans la crise de 2007, et bien sûr Jean-Claude Juncker, qui a érigé son grand-duché en paradis fiscal.
Le Conseil européen, organe suprême de l’Union, est donc revenu au cœur du jeu. Il se réunit désormais tous les mois ou tous les deux mois. Mais c’est seulement pour constater ses désaccords sur tous les sujets d’importance : Ukraine, Russie, énergie, libre-échange, travailleurs détachés, terrorisme, migrants etc. La faute en est à l’élargissement intempestif de l’Union de quinze membres en 1995 à 27 ou 28 aujourd’hui, avec des niveaux de développement très différents.
     Jean Quatremer exécute en passant le Parlement européen, caution démocratique de l’ensemble : ses députés n’ont d’européens que le nom car ils sont élus sur des logiques partisanes nationales. « Quand sur certains textes, on voit les députés allemands voter comme un seul homme pour ou contre, de l’extrême droite à l’extrême gauche, comment ne pas ressentir un malaise ? » (p. 23). Leur légitimité est contestable quand on songe qu’un député français représente douze fois plus d’électeurs qu’un maltais. Enfin, le Parlement n’a pas l’initiative des lois et dans le domaine législatif, « il a le même poids que le Conseil des ministres qui n’est, au mieux, qu’élu au suffrage indirect » (p. 24).
   Fait aggravant pour Jean Quatremer : la médiocrité des chefs qui y siègent aujourd’hui et notamment du couple franco-allemand. « Aucune personnalité d’envergure ne sort du lot, si ce n’est par défaut, celle d’Angela Merkel, la chancelière allemande » (p. 21). Les conséquences en sont dramatiques : « Il suffit de voir dans quel état de panique cet aréopage distingué a géré en dépit du bon sens la crise de la zone euro entre 2010 et 2012, entraînant les uns après les autres les pays dans le gouffre, dont la Grèce n’est toujours pas sortie sept ans après ! Et cela se paie par des centaines de milliers de vies brisées » (p. 22).
      Jean Quatremer s’alarme des conséquences de l’incurie européenne : « Le ‘doux monstre de Bruxelles’ qui impose le bien européen à coups de normes rigides et souvent idiotes, est devenu le principal destructeur, non seulement de l’idéal européen, mais aussi de la démocratie. Par une sorte de retournement historique, il en vient même, par son existence, à menacer la paix… » (p. 10).
      Le journaliste en voit la raison dans le dogmatisme étroit des agents européens :
« Engluée dans une idéologie libérale et libre-échangiste promue par la Commission, l’Union refuse par principe d’offrir une protection aux citoyens européens alors qu’elle a été fondée sur le principe de la préférence communautaire. L’Union est devenue l’idiot utile de la globalisation et le reste du monde en profite : la Chine par exemple… » (p. 31). « Pour l’Union, tout ce qui est une barrière, même si celle-ci obéit à une bonne raison, doit être abattu, quel qu’en soit le prix à payer. Le dogme avant tout et le dogme, c’est l’absence de frontière » (p. 30).
     Jean Quatremer constate aussi l’échec de la monnaie unique et ses effets délétères sur la solidarité européenne. Il rejoint le point de vue que développe depuis plusieurs années Joseph Savès sur notre site : « Lancée en fanfare en 1999, la monnaie unique, qui devait elle aussi doper la croissance et protéger les Européens contre les chocs extérieurs, n’a pas rempli son rôle, comme l’ont montré la crise financière et économique de 2007-2008, puis la crise de la zone euro de 2010-2012. (…) Depuis le lancement de l’euro, la France est en déficit commercial alors que l’Allemagne accumule les excédents dans des proportions sans précédent. L’euro, qui peut le contester, a appauvri la France et tous les pays du Sud, mais a bénéficié plus que de raison à l’Allemagne » (p.31).
      Et l’auteur d’en tirer la conclusion avec l’amertume que l’on devine chez un jeune sexagénaire qui découvre s’être illusionné toute sa vie : « Un triste bilan. Cet astre mort qu’est devenu l’Union n’a plus de raison d’être, il n’apporte plus aucune chaleur, bien au contraire. Elle est un problème en elle-même. Il est temps de redonner leur liberté aux nations européennes qui ont été la source de la grandeur du Vieux Continent. Il faut libérer les énergies au lieu de les entraver ! » (p. 38).
     Un exemple cité par l'auteur des nombreuses dérives d'une Europe bien lointaine: Le monolinguisme, l’un des traits les plus significatifs de la « Bulle européenne »:Par négligence et lâcheté, les dirigeants de l’Union et les fonctionnaires de Bruxelles ont laissé choir le multilinguisme et n’usent pratiquement plus que d’un seul idiome… L’anglais ? Que nenni. « À Bruxelles, c’est le globish qui règne en maître, une forme appauvrie à l’extrême de la langue de Shakespeare qui permet tout le monde de communiquer sans problème » (p. 155). Cet idiome est semé de néologismes propres à la Commission au point qu’il a fallu publier un dictionnaire des correspondances entre le mot anglais et sa traduction en globish bruxellois (comme for example au lieu de for instance).____Il ne s’agit pas d’un trait secondaire ! « La langue n’est pas neutre, rappelle Jean Quatremer. Elle véhicule des valeurs et des concepts et, surtout, seule la langue de naissance permet de communiquer au plus près de sa pensée : ce n’est pas un hasard si un Américain, un Chinois ou un Japonais ne négocie jamais dans une autre langue que la sienne » (p. 155).
_______________Un magazine eurocitoyen renchérit mollement. 
       Mais une grande interrogation surgit au sein de cette critique assez violente et inattendue, quoique justifiée pour beaucoup d'observateurs, même europhiles de la première heure: comment un retournement pourrait-il se faire dans les conditions actuelles, à moins d'une crise majeure? Aucune tendance forte ne se dessine, même au sein des courants progressistes qui siègent au parlement européen sans grand pouvoir. Pas d'homme d'exception à l'horizon susceptible de marquer d'un empreinte réformatrice forte le système berlino-bruxellois. Il semble bien que le ver soit dans le chou.
        Quatremer n'est-il pas condamné encore longtemps à la désillusion? On peut le craindre.
__________
- L'euro est-il viable à long terme?
- Nouvelle question allemande
- Où est passé le peuple européen?
- Europe vassalisée
- Sauver le projet européen?
- Et pourtant elle ne tourne pas...
- L'Europe fait fausse route
- Revoir le chantier.
- L’euro n’est pas viable à long terme», selon l'Institut Jacques Delors
- Aux origines de la construction européenne
______________________________________________________________________

lundi 2 avril 2018

Quatremer s'enferre

Il peste, il fulmine
                 Comme hier soir, dans l'émission C'est politique.
    C'est aux Etats que Jean Quatremer s'en prend, à leurs égoïsmes, aux institutions bruxelloises dévoyées, ce puriste de l'Europe à venir, ce prophète des temps nouveaux de l'intégration, ce mystique de la transcendance schumanienne par delà les Etats.
    Comme dans son dernier livre, où il pousse un coup de gueule bien senti, mais sur la base d'un paradoxe dont on ne voit comment sortir. L'idée d'Europe ne préexiste pas à ce qu'on font les Etays, dans leur diversité et, si elle est devenue ce qu'elle est, objet de critiques de plus en plus vives, c'est que le projet était mal ficelé, qu'on a mis la charrue avant les boeufs. Il subit admiration ou critique, c'est selon:
[On peut consulter les premières pages]
        ....Pour l'ancien ministre des Affaires étrangères socialiste Hubert Védrine, Jean Quatremer est « un ayatollah du fédéralisme »européen.. L'économiste Frédéric Lordon a consacré à Jean Quatremer un article critique dans lequel il lui reprochait sa tendance à confondre critique de l'Union européenne et conspirationnisme. Selon lui, Quatremer serait le « journaliste le plus attaché à traîner dans la boue – y compris pour conspirationnisme – toute position de gauche critique de l’Europe ». Cette façon de défendre l'Union européenne fait de Jean Quatremer « le meilleur agent de l'europhobie en France » pour le journaliste Daniel Schneidermann....
        Jean Quatremer, figure bien connue dans le monde du journalisme, spécialiste un peu atypique à Libération, suivant les question européennes de très près, laisse éclater une colère à première vue violente, mais légitime et salutaire à l'égard du système européen tel qu'il est devenu, de manière un peu provocatrice, pour susciter un réveil nécessaire des hommes et un changement radical des institutions. Il met les pieds résolument dans le plat. Ce n'est pas nouveau, mais de la part d'un auteur qualifié d'europhile, parfois d' eurocrate, cela amène quelques questions.
       Tout cela sur fond de croyance fédéraliste, lui qui n'a cessé, depuis ses premiers billets, de faire appel à plus d'unité politique et de dénoncer les dérives marchandes, les scandales et les élargissements aveugles. Sa critique est au début de son livre très véhémente, reprenant à son compte les plus sévères émanant de certains courants anti-européens.
     On pourrait le comparer à un nouveau Luther fustigeant avec force et parfois violence les excès et les déviations de l'Eglise de son temps et de sa hiérarchie souvent corrompue, détournées de leur mission essentielle, et centrant son message rénovateur sur le dépouillement, les textes fondamentaux et la foi, en deçà du désolant  virage maastrichtien.
    Quatremer veut encore croire à une reconstruction de l'Europe, à un certain retour des idéaux fondateurs d'après-guerre, à un projet fédérateur dont nous sommes éloignés par aveuglement et par égoïsme national. Retrouver le chemin d'une politique commune, qu nécessiterait d'autres institutions, une vraie révolution. Pour faire face aux défis économiques qui nous attendent.
     Retrouver le chemin de la foi. Mais la question est de savoir si la seule foi peut sauver et permettre d'opérer le virage salutaire qui nous sortirait des lois d'un simple marché libéral, voulu par les anglo-saxons, accepté par les élites pantouflardes de l'UE, de la suprématie de fait de l'Allemagne devenue la référence et la donneuse de leçon. L'auteur est silencieux ou vague sur les conditions qui permettraient à Bruxelles de sortir de la bureaucratie tatillonne et à courte vue qu'elle est devenue, de dépasser l'extrême financiarisation dans laquelle elle s'est elle-même piégée, après avoir joué un certain rôle redistributeur, mais sans solidarité durable.. Il est surtout bien allusif sur les influences néolibérales qui n'ont cessé de marquer de leur empreinte des institutions, que Delors lui-même ne reconnait plus sur ses vieux jours.
 _____________         Dans son livre Les salauds de l'Europe, l'auteur, désabusé, dit:
                  "« Longtemps, j'ai cru en l'Europe. Longtemps, j'ai souhaité l'émergence des États-Unis d'Europe. Longtemps, j'ai pensé qu'elle était notre Terre promise, celle qui nous permettrait de dépasser les États-nations, ces fauteurs de guerre. Aujourd'hui, c'est fini. Je n'y crois plus. Elle n'a pas été inutile, mais son rôle historique est derrière elle... »
     Comme dit Joseph Savès, "c'est par cette confession désabusée et sans équivoque que débute l'essai iconoclaste de Jean Quatremer. Le journaliste rappelle avec brio les origines de l’aventure européenne. Mais c’est pour mieux dénoncer ensuite les dérives qui, du talentueux Jacques Delors au piteux Jean-Claude Juncker, ont mené à l’impasse actuelle.
    Y a-t-il une lumière au bout du tunnel ? Jean Quatremer détaille en quelques pages une possible sortie par le haut. Mais lui-même n’y croit pas vraiment. Son essai s’adresse aux européistes convaincus : quand le clergé lui-même ne croit plus à son dieu, est-il encore raisonnable de le prier ? N’est-il pas temps de repenser l’avenir ? Ce qui reste de l’Union est plus néfaste qu’autre chose. Mais le projet communautaire demeure nécessaire. Il s’agit de le refonder....
     "..La Commission européenne a affirmé son autorité sous la présidence de Jacques Delors (1985-1995), lequel a pu convaincre les États d’adopter aussi bien Schengen que l’Acte Unique et la monnaie unique. Il a seulement échoué sur l’Europe sociale.
Mais ses successeurs, rivalisant d’incompétence, ont rapidement réduit la Commission à n’être plus que le secrétariat du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement. Jean Quatremer a des mots très durs pour Jacques Santer, dont il a provoqué la chute en 1999 pour cause de corruption, comme pour Romano Prodi (1999-2004) et son commissaire à la concurrence Mario Monti, qui ont bradé l’industrie européenne, Manuel Barroso (2004-2014), homme-lige de la banque Goldman Sachs, impliquée dans la crise de 2007, et bien sûr Jean-Claude Juncker, qui a érigé son grand-duché en paradis fiscal.
Le Conseil européen, organe suprême de l’Union, est donc revenu au cœur du jeu. Il se réunit désormais tous les mois ou tous les deux mois. Mais c’est seulement pour constater ses désaccords sur tous les sujets d’importance : Ukraine, Russie, énergie, libre-échange, travailleurs détachés, terrorisme, migrants etc. La faute en est à l’élargissement intempestif de l’Union de quinze membres en 1995 à 27 ou 28 aujourd’hui, avec des niveaux de développement très différents.
     Jean Quatremer exécute en passant le Parlement européen, caution démocratique de l’ensemble : ses députés n’ont d’européens que le nom car ils sont élus sur des logiques partisanes nationales. « Quand sur certains textes, on voit les députés allemands voter comme un seul homme pour ou contre, de l’extrême droite à l’extrême gauche, comment ne pas ressentir un malaise ? » (p. 23). Leur légitimité est contestable quand on songe qu’un député français représente douze fois plus d’électeurs qu’un maltais. Enfin, le Parlement n’a pas l’initiative des lois et dans le domaine législatif, « il a le même poids que le Conseil des ministres qui n’est, au mieux, qu’élu au suffrage indirect » (p. 24).
   Fait aggravant pour Jean Quatremer : la médiocrité des chefs qui y siègent aujourd’hui et notamment du couple franco-allemand. « Aucune personnalité d’envergure ne sort du lot, si ce n’est par défaut, celle d’Angela Merkel, la chancelière allemande » (p. 21). Les conséquences en sont dramatiques : « Il suffit de voir dans quel état de panique cet aréopage distingué a géré en dépit du bon sens la crise de la zone euro entre 2010 et 2012, entraînant les uns après les autres les pays dans le gouffre, dont la Grèce n’est toujours pas sortie sept ans après ! Et cela se paie par des centaines de milliers de vies brisées » (p. 22).
      Jean Quatremer s’alarme des conséquences de l’incurie européenne : « Le ‘doux monstre de Bruxelles’ qui impose le bien européen à coups de normes rigides et souvent idiotes, est devenu le principal destructeur, non seulement de l’idéal européen, mais aussi de la démocratie. Par une sorte de retournement historique, il en vient même, par son existence, à menacer la paix… » (p. 10).
      Le journaliste en voit la raison dans le dogmatisme étroit des agents européens :
« Engluée dans une idéologie libérale et libre-échangiste promue par la Commission, l’Union refuse par principe d’offrir une protection aux citoyens européens alors qu’elle a été fondée sur le principe de la préférence communautaire. L’Union est devenue l’idiot utile de la globalisation et le reste du monde en profite : la Chine par exemple… » (p. 31). « Pour l’Union, tout ce qui est une barrière, même si celle-ci obéit à une bonne raison, doit être abattu, quel qu’en soit le prix à payer. Le dogme avant tout et le dogme, c’est l’absence de frontière » (p. 30).
     Jean Quatremer constate aussi l’échec de la monnaie unique et ses effets délétères sur la solidarité européenne. Il rejoint le point de vue que développe depuis plusieurs années Joseph Savès sur notre site : « Lancée en fanfare en 1999, la monnaie unique, qui devait elle aussi doper la croissance et protéger les Européens contre les chocs extérieurs, n’a pas rempli son rôle, comme l’ont montré la crise financière et économique de 2007-2008, puis la crise de la zone euro de 2010-2012. (…) Depuis le lancement de l’euro, la France est en déficit commercial alors que l’Allemagne accumule les excédents dans des proportions sans précédent. L’euro, qui peut le contester, a appauvri la France et tous les pays du Sud, mais a bénéficié plus que de raison à l’Allemagne » (p.31).
      Et l’auteur d’en tirer la conclusion avec l’amertume que l’on devine chez un jeune sexagénaire qui découvre s’être illusionné toute sa vie : « Un triste bilan. Cet astre mort qu’est devenu l’Union n’a plus de raison d’être, il n’apporte plus aucune chaleur, bien au contraire. Elle est un problème en elle-même. Il est temps de redonner leur liberté aux nations européennes qui ont été la source de la grandeur du Vieux Continent. Il faut libérer les énergies au lieu de les entraver ! » (p. 38).
     Un exemple cité par l'auteur des nombreuses dérives d'une Europe bien lointaine: Le monolinguisme, l’un des traits les plus significatifs de la « Bulle européenne »:Par négligence et lâcheté, les dirigeants de l’Union et les fonctionnaires de Bruxelles ont laissé choir le multilinguisme et n’usent pratiquement plus que d’un seul idiome… L’anglais ? Que nenni. « À Bruxelles, c’est le globish qui règne en maître, une forme appauvrie à l’extrême de la langue de Shakespeare qui permet tout le monde de communiquer sans problème » (p. 155). Cet idiome est semé de néologismes propres à la Commission au point qu’il a fallu publier un dictionnaire des correspondances entre le mot anglais et sa traduction en globish bruxellois (comme for example au lieu de for instance).____Il ne s’agit pas d’un trait secondaire ! « La langue n’est pas neutre, rappelle Jean Quatremer. Elle véhicule des valeurs et des concepts et, surtout, seule la langue de naissance permet de communiquer au plus près de sa pensée : ce n’est pas un hasard si un Américain, un Chinois ou un Japonais ne négocie jamais dans une autre langue que la sienne » (p. 155).
_______________Un magazine eurocitoyen renchérit mollement. 
       Mais une grande interrogation surgit au sein de cette critique assez violente et inattendue, quoique justifiée pour beaucoup d'observateurs, même europhiles de la première heure: comment un retournement pourrait-il se faire dans les conditions actuelles, à moins d'une crise majeure? Aucune tendance forte ne se dessine, même au sein des courants progressistes qui siègent au parlement européen sans grand pouvoir. Pas d'homme d'exception à l'horizon susceptible de marquer d'un empreinte réformatrice forte le système berlino-bruxellois. Il semble bien que le ver soit dans le chou.
        Quatremer n'est-il pas condamné encore longtemps à la désillusion? On peut le craindre.
__________
- L'euro est-il viable à long terme?
- Nouvelle question allemande
- Où est passé le peuple européen?
Europe vassalisée
Sauver le projet européen?
- Et pourtant elle ne tourne pas...
L'Europe fait fausse route
Revoir le chantier.
- L’euro n’est pas viable à long terme», selon l'Institut Jacques Delors
Aux origines de la construction européenne
______________________________