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mercredi 18 septembre 2013

Point d'histoire

 Olympe de Gouges au Panthéon?
                                                     Pourquoi pas?.. s'il reste de la place dans ce temple républicain jusqu'ici exclusivement masculin...
 Il a fallu du temps pour que Olympe de Gouges soit considérée comme une femme exceptionnelle, une personne de premier plan concernant la  cause des femmes.
Un esprit audacieux, dans des circonstances très particulières, au sein de la tourmente révolutionnaire.
Dans la lutte toujours continuée des femmes pour se libérer, elle fait figure de personnalité d'exception.
  Elle est actuellement l'objet d'une série d'émissions matinales sur France Culture.
En avance sur son époque?
Certainement, à beaucoup d'égards. Mais pas sur tous les plans, malgré sa lucidité et son courage.
       Selon Florence Gauthier, la figure de  Olympe de Gouges, toute exceptionnelle qu'elle fût, a subi quelques travestissements historiques.
Myriam Perfetti, par idéalisation et simplification historique, en fait une icône dont le rôle de pionnière féministe démocrate est assez discutable. 
Club patriotique de femmes 1792
"En avance sur son temps"? Pas toujours et pas sur tout, si l'on en croit certaines études récentes...
Il reste encore sans doute bien des éclaircissements à apporter pour faire la part de lumière et d'ombre d'une femme de toutes façons extraordinairement novatrice, notamment par sa Déclaration des droits de la femme.
   Difficile de reconstituer le passé avec la bonne distance, avec objectivité, sans idéalisation ou dépréciation, surtout en matière politique toujours sensible.
Toujours surgit le  risque de la simplification et de la caricature, comme à l'égard de son contemporain, souvent bouc-émissaire, Robespierre, qui considérait le fait que les femmes soient tenues à l’écart des sociétés savantes comme « le scandale d’un siècle éclairé ». Il estimait que les êtres humains des deux sexes étaient doués des mêmes facultés et avaient donc le droit de les cultiver ensemble.
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samedi 7 novembre 2009

Femmes libérées?


Un statut équivoque

Des droits à conquérir

Vraie ou fausse libération?


"Alors que la réussite des femmes ne pouvait que bénéficier aussi aux hommes.... Alors que nous sommes encore à définir le rôle de chacun dans les espaces intimes ou publiques, que le partage des fonctions n’est pas établi, que le combat émancipateur est en roue libre ou à la remorque d’une actualité biaisée, les femmes sont toujours discriminées" (E.R.)
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Féminisme, outil inconscient du libéralisme ? - AgoraVox:
"Il serait bienvenu de revenir sur l’histoire d’un mouvement qui, à force de coups d’éclat et de revendications sociales, devait restituer les droits légitimes des femmes. D’Olympe de Gouges à Simone Veil, que de luttes menèrent celles qui, aux contours d’un nouveau monde, disparurent dans les tourments des trois derniers siècles et la traîtrise d’un monde contemporain assoiffé de biens et de pouvoir.______________________Pourtant, si notre société actuelle parle beaucoup, trop peut-être, de la condition féminine, les avancées sociales et politiques peinent à venir. L’émancipation qui fut le combat de milliers de militantes, d’écrivaines, de philosophes n’est pas au rendez-vous. Le rapport annuel du Secours Catholique tire la sonnette d’alarme, de 51% des aides qu’étaient allouées aux femmes en 1999, nous sommes passés à 54,4% en 2008 et la crise faisant, rien ne permet de penser que cette augmentation s’infléchisse au cours des mois à venir. De plus nous apprenons que sur l’ensemble des femmes accueillies, 90% vivent sous le seuil de pauvreté.

Marie Olympe de Gouges préconisait dans sa "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" l’émancipation par l’égalité entre les sexes. Si l’émancipation semble s’être développée au long du XIX ème et du XXème siècle, elle prit un visage différent depuis les années soixante, d’égalité à conquérir dans toutes les strates de la société, le nouveau dogme promouvait la "libération de la femme" et déplaçait le mouvement sociétal solidaire vers une réflexion et des intentions plus individualistes. La lutte pour le droit à la contraception qui débutait cette mutation, puis l’avortement réduisirent à peau de chagrin les revendications autrement plus importantes que l’égalité nécessitait, d’autant plus que la globalité des aspirations aurait certainement généré ces mêmes conséquences.

D’autre part, la confusion qui fut faite par les féministes entre "liberté" et "autonomie" ne renforça pas la condition des femmes en les isolant par affinités intellectuelles, de classe ou même religieuses, tant est si bien que l’investissement social, politique ou syndical fut souvent dénoncé comme asservissement au pouvoir masculin. Il en résultat que les avancées que l’on pouvait présager après la fin de la deuxième guerre mondiale et le début des trente glorieuses se limitèrent à des combats spécifiques qui détournèrent nombre de militantes tant que de citoyennes du besoin élémentaire d’égalité. La trop grande spécialisation des batailles occulta, de fait, le but final.______Parallèlement, c’est au cours de ces décennies que le pouvoir industriel et financier croissait, trouvant un terreau propice dans ce féminisme favorable à l’individualisation féminine et à la réduction de la cellule familiale. Au même moment où la création de nouveaux besoins envahissait notre société, de plus en plus de femmes affirmaient leur "liberté" en rejoignant le marché du travail. Pour les industriels, le nouveau modèle n’était pas la famille vivotant d’un seul salaire, mais la femme libre s’épanouissant dans l’assouvissement de technologies modernes. L’aubaine de la multiplication par deux des besoins associée à la saturation du marché de l’emploi permettait l’accroissement des profits tout en réduisant les masses salariales. Pour les milieux d’affaire, économiquement, la famille ne satisfaisait pas, et ils trouvaient un allié objectif dans l’individualisation que les mouvements féministes défendaient. Dans le couple séparé le besoin doublait, en sus, la monoparentalité augmentait les biens dévoués aux enfants, et les salaires se trouvaient limités par la demande élargie.

Ainsi, depuis les années soixante dix, les campagnes publicitaires, les médias dédiés, les biens sexués se développent dans le cadre dénaturé de la dogmatique féministe. Liberté, émancipation, individualité sont les slogans qui envahissent la sphère publique noyant le juste combat pour l’égalité dans de vaines broutilles, os à ronger d’histoires de foulard ou de berceaux congélateurs. La liberté a pris le pas sur l’autonomie qui devait mener à l’égalité._________Pour la classe dirigeante, l’individualisation de la femme hors du couple est aussi un atout majeur dans l’espace revendicatif, moins de confrontation familiale appelle moins de débat d’idée, moins de prise de conscience et moins d’intention syndicale et ce, de la part des deux sexes. De surcroît, l’entretien par les politiques de droite du succédané qu’est l’immigration, dans la destruction de l’offre, est un moyen indéfectible pour masquer les injustices promotionnelles et salariales qui sont faites aux femmes dans le milieu du travail___________.Nous sommes passé en l’espace d’un siècle d’un objectif louable, juste et légitime, par la perversion des idées menée de concert par les pouvoirs et un militantisme extrême autant que naïf, à une déstructuration quasi accomplie d’une société prometteuse. Que ce soit par l’anéantissement des prétentions féminines aux desseins égalitaires de notre république, aujourd’hui, le seul motif d’inquiétude qui fédère est la lutte contre la paupérisation et ses corollaires que sont l’insécurité et l’immigration, alors que la réussite des femmes ne pouvait que bénéficier aussi aux hommes. Alors que nous sommes encore à définir le rôle de chacun dans les espaces intimes ou publiques, que le partage des fonctions n’est pas établi, que le combat émancipateur est en roue libre ou à la remorque d’une actualité biaisée, les femmes sont toujours discriminées, leurs salaires sont toujours inférieurs, elles sont encore victime du patriarcat entretenu par la classe dominante et de traditions obsolètes défendues par cela même qui les exploitent, l’importance de leur implication sociologique demeure secondaire aux yeux du paternalisme tout puissant. Où sont les "chiennes de garde" pour défendre la légitimité, où sont "ni putes ni soumises" pour défendre l’égalité, où sont "Choisir", le "MLF" pour définir les règles d’émancipation, où sont les "Pénélopes" pour informer ? L’espace médiatique est muet, la longue litanie des récriminations, des espoirs, des martyres de la cause féminine reste silencieuse.Les mères, les épouses, les filles et aussi toutes les femmes sont trahies par celles qui portaient leur espoir d’avenir...." (Emile Red)

« Depuis quelques années, tous les organismes internationaux s’accordent à reconnaître la féminisation de la pauvreté - aujourd’hui les femmes sont 70% des pauvres de notre planète et 60% des travailleurs pauvres (1/4 des travailleurs totaux) gagnant moins d’1 dollar par jour. Ce phénomène est accompagné de la féminisation des migrations (elles sont 51% des migrants vers les pays riches et 2/3 des réfugiés), de l’augmentation de la traite et du trafic des femmes, de l’esclavage et du travail forcé, et de la croissance des inégalités. »

Liens connexes:

:http://www.marievictoirelouis.net/textes_historiques.phphttp://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article1967 ______http://www.mix-cite.org/ _______http://www.collectifdroitsdesfemmes.org/

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-Histoire des femmes - Wikipédia

-«Les droits des femmes sont toujours mis en cause»

-Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

-Droits des femmes dans le monde
-Travail: outil de libération des femmes?
-Simone de Beauvoir

jeudi 11 mars 2021

Hommes (femmes) et pouvoir

 Une conquête encore inachevée 

            Elles ne furent pas si nombreuses, les femmes qui militèrent pour l'émancipation de leurs consoeurs, depuis le XVII ° siècle en France et en Europe. Pour les aider à sortir de l'état de minorité et de subordination dans lequel elles se trouvaient, dans le fil d'une longue et prégnante tradition. De Olympe de Gouges à Gisèle Halimi, en passant par quelques autres, dont Simone de Beauvoir, qui fut une figure profondément inspirante à l'époque où les femmes gagnaient enfin en France le droit de voter.   Cela dans la tradition patriarcale qui a profondément marqué l'histoire de l'Europe.      Mais il n'en fut pas ainsi dans la préhistoire et chez d'autres peuples, comme l'histoire et les études ethnologiques le montrent. Le problème de l'égalité formelle des droits n'a pas suffi à établir une égalité de fait, au niveau des destins, des statuts comme des comportements. Le mythe de la "femme libérée" reste encore à interroger. Le masculin et le féminin sont à étudier en parallèle, vu l'interdépendance de leurs statuts et de leurs représentations.


.        Les études de Eliane Viennot le montrent avec clarté, notamment dans la dernière sur L’âge d’or de l’ordre masculin,  « La France, les femmes et le pouvoir », dans une traversée de l’histoire de France à partir du Ve siècle sous un angle précis, celui de la domination masculine, en commençant – ce fut la première étape –, par « L’invention de la loi salique",
 ouvrage paru en 2006 et qui court du Ve au XVIe siècle.     Vinrent ensuite l’exploration des «
 résistances de la société » (2008), du règne d’Henri IV à la fin de l’Ancien Régime, puis en 2016 une troisième approche sous le titre « Et la modernité fut masculine », qui montrait comment, aux premières années de la Révolution marquées par des avancées en matière d’égalité des sexes, a bien vite succédé une « mise au pas » des femmes, lesquelles, pour reprendre la formule d’Olympe de Gouges, ne purent pas « monter à la tribune », mais en revanche à l’échafaud.                                                                              _ Du code Napoléon à la première bachelière.  Le quatrième ouvrage commence là où le précédent s’était arrêté, en 1804, année de la proclamation du Premier Empire et du code Napoléon, pour s’achever en 1860. Pourquoi 1860 ? Parce qu’un an auparavant, en juin 1859, l’institutrice Julie-Victoire Daubié remporte le premier prix du concours de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon pour un essai sur La Femme pauvre au XIXe siècle. Et parce qu’un an après, en 1861, elle sera la première femme à s’inscrire au baccalauréat et à y être reçue.  Changement considérable et effet d’une lutte acharnée menée par des femmes qui, au long des décennies précédentes de leur siècle, durent affronter un « ordre masculin » chaque année davantage consolidé.                                                            Le fil tiré par l’historienne prend le contrepied de ce qu’elle nomme une doxa et qu’elle attribue largement à « l’école de la République » (p. 7), selon laquelle l’époque contemporaine débuterait avec la Révolution française, la suite, c’est-à-dire la modernité, n’étant alors qu’une histoire de progrès sociaux et politiques. Pour les femmes aussi ? Non, pas pour les femmes, répond Éliane Viennot, quel que soit, au long des six décennies regardées, le régime en place, empire, monarchie, république. C’est qu’il s’agissait, décennie après décennie, de « contenir les femmes », de les « écarter des cercles du pouvoir », de « les rendre dépendantes des hommes, légalement, matériellement, sexuellement », de « les dénigrer sans discontinuer » (p. 345).  L’intérêt, immense, du travail ici conduit réside d’abord dans la mise en évidence de cette continuité, avec un détricotage, maille après maille, de la construction et de la légitimation de la domination masculine dans de multiples domaines.    Construction et légitimation qui, idéologiquement, reposent sur un intégrisme différentialiste qui justifie le séparatisme entre les femmes et les hommes. Mais la différence des sexes est sans cesse reconduite pour masquer le véritable enjeu, à savoir celui de la perpétuation d’un pouvoir masculin et du refus d’un partage de ce pouvoir, quel que soit son domaine de déclinaison et d’exercice : la famille, la politique, l’enseignement, la médecine, la littérature, la science, etc. Pouvoir du père, du mari, de l’empereur, du roi, du député, du professeur, du savant, de l’écrivain…                                                                                  L’organisation de la sujétion des femmes:  Acte décisif au début du siècle, l’organisation juridique de la domination des hommes et de la sujétion des femmes avec le Code civil promulgué en mars 1804, quelques semaines avant la proclamation de l’Empire. « Camisole juridique pour les femmes » (p. 46) aussi bien dans le domaine privé que public, il institutionnalise la toute-puissance du mari et du père.   Cette sujétion va se jouer aussi dans bien des aspects de la vie sociale et intellectuelle que Viennot parcourt, par exemple l’éducation. Si la première partie du XIXe siècle est riche « de progrès pour l’enseignement masculin », il n’en va pas de même, souligne-t-elle, pour les filles. Le « désinvestissement de l’État est total d’un régime à l’autre (p. 57), à l’exception des « maisons d’éducation de la Légion d’honneur » créées par Napoléon et destinées aux filles pauvres de ceux qui ont « mérité de l’Empire ». Sinon, l’éducation des filles, et encore d’un petit nombre d’entre elles, est laissée à des initiatives privées, majoritairement religieuses, jusqu’en 1836, où les communes sont invitées, mais sans obligation stricte, à ouvrir des écoles de filles. Et en 1860, c’est illégalement que Julie Daubié s’inscrira à l’examen qu’est le baccalauréat.   Sujétion aussi dans le domaine du travail, qui voit « la concentration des femmes dans les emplois déqualifiés du secteur social » (p. 61), celui de l’enseignement, où les femmes n’ont ni le statut, ni les salaires, ni la reconnaissance, ni la formation dont bénéficient leurs collègues masculins, ou encore celui de la garde des enfants en bas âge.   Sujétion dans le domaine de la politique : « deux empereurs, trois rois, un président de la République et la brochette d’hommes figurant le gouvernement provisoire de 1848 » (p. 25), mais le même horizon est bouché pour les femmes. La révolution de 1848 élargit la citoyenneté à tous les hommes, ce qui est un incontestable progrès, mais laisse les femmes en dehors du droit de vote et en dehors de l’universel, le suffrage ainsi qualifié n’étant que masculin. La fraternité porte bien son nom, étant en effet celle des frères.                              ____La légitimation de la sujétion des femmes:  Organiser avec des constitutions, des lois, des règlements, des institutions la sujétion des femmes ne suffit pas. Il faut aussi la légitimer. Et nombreux sont ceux qui s’y mettent. L’on trouve dans l’ouvrage d’Éliane Viennot un recensement précis des diverses contributions, qu’elles émanent de juristes, médecins, anatomistes, linguistes, historiens, philosophes, écrivains, critiques littéraires, éditeurs, une « classe intellectuelle à la manœuvre » pour « justifier la répartition des rôles et des pouvoirs » (p. 131). L’axe de légitimation de cette répartition est la différence des sexes, une différence naturalisée, essentialisée, incontournable donc.  La femme, c’est le corps d’abord. Il faudrait même dire l’utérus d’abord : par leur sexe et par leur ventre, les femmes sont nées pour le mariage, pour la maternité, pour le « foyer domestique », pas pour « la vie publique » (sauf pour les prostituées), encore moins pour « un effort de l’esprit » (p. 90) par exemple celui que requiert la philosophie comme le souligne, parmi beaucoup d’autres, Eugène Lerminier, professeur au Collège de France. Ou encore sous la plume de Proudhon, pour qui chez la femme, il y a « au cerveau comme dans le ventre certain organe incapable par lui-même de vaincre son inertie native et que l’esprit mâle est seul capable de faire fonctionner, ce à quoi il ne réussit même pas toujours » (p. 116).  La différence des sexes justifie les inégalités, les hiérarchies, les disqualifications. Impossible de tout détailler ici, mais arrêtons-nous un instant sur la principale cible visée : les « femmes de lettres ». « Les femmes les plus maltraitées dans les discours du XIXe siècle sont celles qui publient leurs écrits, quelque genre qu’elles pratiquent » (p. 84). Pourquoi ? Parce qu’elles osent s’aventurer sur un terrain que des hommes considèrent comme étant le leur et, surtout, qu’elles peuvent de surcroît y réussir.   Germaine de Staël, Félicité de Genlis, Louise Colet, Marie d’Agoult, George Sand sont les figures les plus connues. Mais il y en a bien d’autres, citées au fil des pages par Éliane Viennot, qui fait là un considérable travail de visibilité aussi bien des femmes qui sont parvenues à faire publier leurs écrits que des auteurs de textes misogynes, sexistes et antiféministes qui vont de la « vitupération des romancières » à la fabrication de la « bas-bleu », soit la femme qui écrit et qui par conséquent n’a jamais connu l’amour, selon Jules Janin, car « l’amour a eu peur de ces lèvres pincées qui vomissent incessamment les rimes des deux sexes ; l’amour a reculé devant ces affreux doigts tachés d’encre… » (p. 100) Mais il n’y a pas hélas que les critiques d’un Jules Janin ou d’un Gustave Lanson. D’autres s’y emploient aussi, et l’on s’emplit de tristesse à devoir citer les noms de Balzac, de Lamartine, de Stendhal. Oui, Stendhal, qui dresse de si belles figures de femmes dans ses romans, mais qui n’est pas, selon Viennot, l’un des moins actifs dans l’entreprise.                                                                                                                              ___La part des féministes:   Un peu de respiration cependant, avec le dernier chapitre du livre, celui qui se tourne du côté de celles qui résistent à « l’extraordinaire offensive menée au XIXe siècle contre l’éventualité de l’égalité des sexes, c’est-à-dire contre les femmes » (p. 263) : les féministes, encore peu nombreuses, mais néanmoins opiniâtres combattantes, écrivaines, institutrices, ouvrières, militantes politiques, qui affrontent mépris, opprobres, injures, violence des mots et des gestes, emprisonnement même parfois.   Mais elles sont là, de plus en plus décidées. Elles s’organisent, elles créent des clubs, tels l’Athénée des Dames, ou le Club de l’émancipation des femmes, ou encore le Club fraternel des lingères. Elles lancent des appels, créent des journaux pour se faire entendre, La femme libre, La tribune des femmes, Le journal des femmes, La Gazette des femmes, etc. Comment ne pas penser, en lisant ces pages, à la floraison de journaux et de revues que leurs descendantes créeront des décennies plus tard, dans les années 1970, ou à celles des blogs, sites, podcasts réalisés par les féministes actuelles !   Alors il faut citer les noms, outre ceux des écrivaines ci-dessus mentionnées, de ces inlassables militantes, Claire Démar, Jeanne Deroin, Flora Tristan, Eugénie Niboyet, Désirée Gay, Pauline Roland, Reine Guindorf, Suzanne Voilquin, Fanny Richomme. Toutes dénoncent le pouvoir donné aux hommes dans le mariage, l’exclusion des femmes de la citoyenneté, ou encore « la dévalorisation qu’entraîne l’étiquette femme auteur », à l’instar de la jeune sœur de Balzac, Laure de Surville (p. 284).   Mais toutes revendiquent d’abord et avant tout le développement de l’instruction des filles. Si les filles seront presque autant scolarisées au niveau primaire que les garçons au cours de Second Empire, il faudra encore attendre bien des années pour qu’il en soit de même aux niveaux secondaire et supérieur.   À celles et ceux qui se plaisent aujourd’hui à présenter la France comme une « patrie féminine » ou qui affirment que l’égalité entre les femmes et les hommes est une composante essentielle de l’identité française, on ne peut que conseiller la lecture de ce livre. Elle leur permettra de comprendre d’où nous venons et surtout pourquoi il a fallu tant d’années et de combats pour que l’égalité et la liberté des femmes soient conquises – une conquête encore inachevée...."   [Éliane Viennot, L’âge d’or de l’ordre masculin. La France, les femmes et le pouvoir]   ______________________________

mardi 7 juillet 2026

Des hommes, des vrais?

Qu'est-ce qu'un homme? Un vrai! 

        La question du machisme n'a jamais quitté la scène du débat sociétal. Depuis la nuit des temps, comme on dit, elle semble avoir régné longtemps sans discussion, sans débat. A l'homme, la force physique et morale, à sa partenaire, la faiblesse et les sentiments, l'amour maternel. Même si on peut s'interroger sur ce qui est sans doute un cliché. Il fut des périodes, déjà au néolithique et dans des cultures matrilinéaires où les femme avaient beaucoup d'ascendant sur l'homme et assumaient des tâches qui lui étaient dévolues., avec une force morale et parfois physique étonnante. L'ordre masculin n'a pas toujours tenu le haut du pavé. Mais leur pouvoir, domestique ou politique, a vite repris le dessus, en Europe notamment, surtout après la Grande Guerre, où les épouses assumaient toutes les tâches.                                                               Les mouvements de suffragettes, puis le début de certains mouvements féministes, initiés notamment par l'étonnante Olympe de Gouges puis confirmés par Simone de Beauvoir, commencèrent à changer la donne, pour entrer dans les mouvements actifs de libération aux USA et en Europe. Parfois avec force et audace, aux yeux de certains mâles dominants sentant le monopole leur échapper dans certains domaines réservés. Ce qui ne manqua pas de provoquer certains retours de balancier, s'exprimant aujourd'hui parfois de manière explicite et organisée. Parfois violente, comme aujourd'hui.. Un machisme assumé, un virilisme revendiqué, publiquement ou sur sur les réseaux sociaux, un masculinisme sans complexe, lié à un suprémacisme affiché, comme à Washington, sous forme de contre-révolution. Un mouvement ouvertement réactionnaire. Au delà de l'ancien patriarcat. Pouvant déboucher sur le terrorisme. Une déjà longue histoire de résistance. Une idéologie parfois inquiétante.                                                                           Des rapports du Sénat en donnent un idée. Une polarisation grandissante: "...On est face à une minorité, ultra conservatrice, souvent d'extrême droite, en tout cas de droite très radicale, souvent ultra-catholique, qui a décidé d'être déterminée sur ce sujet-là et qui conteste l'idée de faire du consentement une nouvelle norme éthique et qui dit que si on a l'égalité, donc c'est là où on voit que dans le masculinisme il y a un projet politique de réfutation de l'égalité et pas seulement entre les sexes mais aussi entre les ethnies, avec une idée de suprématie blanche. Cette petite minorité agissante, très structurée, très financée, a réussi, lors du gouvernement Barnier, à faire capoter ce projet qui avait un consensus total dans la communauté éducative. Dans tous les mouvements réactionnaires d'ampleur, et dans les mouvements fascistes, totalitaristes, le nazisme en particulier, il y a toujours eu des femmes qui ont été portées comme des alliées, comme Némécis par exemple aujourd'hui pour pouvoir être utilisée pour adoucir l'image misogyne. Et ce n'est pas que l'extrême droite qui a le monopole du masculinisme. Il y a aussi les fondamentalistes comme l'Afghanistan avec cet apartheid de genre. Ce terme est en train de se densifier aux Nations Unies pour devenir un concept et qui vise à effacer de l'espace public les femmes..."     


                                                                          
".... Les masculinistes d'aujourd'hui adoptent des argumentaires qui existent de longue date sur le continuum de l'opposition à l'égalité, des conservateurs jusqu'à l'ultradroite. Ce qui les rassemble philosophiquement est une conception naturaliste et essentialiste de la différence des sexes qui justifie l'ordre inégalitaire et la soumission féminine à l'autorité masculine. D'où la détestation particulière vouée à l'étude sociologique et historique de cet ordre patriarcal que l'on retrouve aujourd'hui dans la critique des études de genre renommées wokisme. Une détestation ancienne dont ont été victimes jadis les « femmes savantes », les « précieuses ridicules », des « bas bleus », des « cervelines »... Le pouvoir émancipateur de la lecture, de l'étude et de la recherche doit être combattu ! Le revanchisme à l'égard de la réussite scolaire des filles ainsi que l'hostilité à l'égard de comportements culturels devenus massivement féminins et perçus comme dévirilisants (comme la visite des musées ou la pratique de la danse) sont des dimensions non négligeables du masculinisme.                                                                   Les masculinistes s'opposent aux droits des femmes. À tous les droits des femmes. L'égalité civile, le partage de l'autorité parentale, et même le droit de vote sont actuellement remis en cause par des masculinistes trumpistes : l'enjeu est une restauration de l'autorité des hommes sur les femmes dans tous les domaines. L'amplitude de cette remise en cause des droits des femmes est inédite. Elle inclut bien sûr le plus fragile des droits : les droits reproductifs. La position dite prolife se combine avec des agendas natalistes, familialistes, populationnistes. Le réarmement démographique coïncide toujours avec la régression des droits des femmes.  L'imaginaire sexuel de l'idéologie masculiniste doit aussi retenir l'attention. Hétérocentré, homophobe, viriliste, il est formaté par la pornographie et une culture du viol dont nous mesurons mieux aujourd'hui la banalité. Le droit au viol, la décrédibilisation de la parole des victimes font partie du discours masculiniste. Il n'est pas exagéré de relier masculinisme militant et féminicide, comme l'a montré en France l'affaire Philétas en 2023. On observe en ce moment l'extension sémantique du mot masculinisme pour rendre compte des violences masculines requalifiées comme masculinistes, c'est sans doute une façon de souligner les enjeux de pouvoir et la dimension politique d'actes longtemps considérés comme des faits divers.                                 Si l'antiféminisme n'est pas nécessairement misogyne, le masculinisme l'est. Il propage la haine des femmes et du féminin, synonymes de faiblesse, ou au contraire de toute puissance. Dans les fantasmes de transhumanisme, de vie éternelle, d'eugénisme, le féminin est plus que jamais du côté de la nature, de la finitude. Cette haine inclut la haine du flou dans le genre, du queer, et de tout ce qui dévirilise les hommes. Le sens initial du mot - la pathologie - n'a pas disparu.  Si le masculinisme vise les femmes et les masculinités déviantes par rapport à leur norme, il s'acharne en particulier sur certaines femmes en faisant converger différentes stigmatisations. Je nomme intersectionnalité des haines ce point de rencontre. Historiquement, il concerne massivement les femmes colonisées, les étrangères, les femmes juives, les femmes appartenant à des minorités religieuses, sexuelles, de genre...  C'est à travers l'objet de haine, altérisé, méprisé, violenté que se dessine le suprémacisme masculin hétérosexuel cisgenre, blanc et chrétien...                                                                                         Pendant longtemps, le masculinisme n'a pas constitué un mouvement en France. L'antiféminisme était diffus et le droit protégeait les privilèges masculins. L'antiféminisme allait de soi dans les mouvements conservateurs et réactionnaires mixtes et féminins à l'époque de la première vague féministe. La France n'a pas connu d'organisations dédiées uniquement à la lutte antisuffragiste. L'influence de l'Église catholique était déterminante. L'antiféminisme était un peu partout : blagues de comptoir, caricatures, discours politiques, romans, théâtre, films, oeuvres savantes et publications pour la jeunesse.   L'évolution des moeurs et des lois entre les années 1960 et 1980 change la donne. En 1969, l'affaire du forcené de Cestas, ayant tué 2 de ses enfants et un gendarme avant de se suicider est un point d'origine : on compatit alors avec le meurtrier bouleversé par son divorce. En 1970, est fondée une première association pour la défense des intérêts des divorcés hommes. Puis un Mouvement de la condition masculine et paternelle se forme, prenant deux voies : la défense de la condition masculine, dans une perspective antiféministe, et la défense de la condition paternelle, au nom de l'intérêt des enfants et du modèle familial traditionnel. La victimisation des hommes et l'accusation portée contre la féminisation de la justice annoncent le masculinisme d'aujourd'hui.                                                                                           Contre les droits reproductifs, le combat continue, encouragé de fait par l'Église catholique qui n'a pas bougé sur la contraception et l'avortement et qui prend un tournant plus conservateur en rupture avec le progressisme de Vatican II. En 2012-2013, c'est la manif pour tous qui déploie sa contre-offensive contre les droits LGBT annonçant déjà son agenda anti-transidentité. Les courants masculinistes contemporains ne revendiquent pas cette filiation. L'anthropologue Mélanie Gourarier propose de désigner ainsi : « tout groupe organisé autour de la défense de la "cause des hommes" dans une confrontation/rivalité avec le féminisme et les femmes ». Cela inclut un masculinisme associatif et un masculinisme en ligne, la manosphère. Cette mouvance est hétérogène : elle compte des mouvements religieux conservateurs, certaines communautés du jeu vidéo, la communauté de la séduction, les séparatistes, les « abstinents involontaires » (incels) animés par un ressentiment misogyne. Le masculinisme associatif rassemble aujourd'hui quelques milliers d'adhérents. Aurélie Fillod-Chabaud a compté 141 associations enregistrées au Journal officiel entre 1996 et 2013. De quoi former des militants....."

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vendredi 17 novembre 2017

Une républicaine éclairée

F.Héritier en héritage 
                          Une pensée en mouvement
                                          Une grande dame s'en est allée.
     Non sans nous laisser un héritage culturel de grande valeur.
      Un pas de plus pour l'humanité. Dans le sillage d'Olympe de Gouges et de Simone de Beauvoir, mais avec un éclairage ethnologique et historique
           La pensée de Françoise Héritier restera et fructifiera. Comme ses combats. Elle a su allier théorie et pratique, n'hésitant pas à s'engager dans les luttes pour la libération des femmes. Mais jamais de manière unilatérale et étroite. Toujours en prenant en compte les relations hommes-femmes, qui sont nécessaires pour saisir les mécanismes culturels et historiques qui les fondent.   Et en les considérant comme un problème politique majeur.
    Une anthropologue ouverte sur le monde et éclairée, sortant des problématiques réductrices:
        « Nous ne vivons pas la guerre des sexes, mais le fait que les deux sexes sont victimes d’un système de représentation vieux de bien des millénaires. Il est donc important que les deux sexes travaillent ensemble à changer ce système. L’oppression et la dévalorisation du féminin ne sont pas nécessairement un gain pour le masculin. Ainsi, lorsque les positions des sexes ne seront plus conçues en termes de supériorité et d’infériorité, l’homme gagnera des interlocuteurs : il parlera avec les femmes d’égal à égal. Alors, les hommes n’auront plus honte de leur part dite « féminine » où s’exprime, selon la norme socialement convenue, les émotions et les affects. Il n’est pas évident que l’égalité des personnes supprime entre elles le désir et l’amour ».
    Nous n'aurons jamais fini d'explorer les voies qu'elle a tracées, ce que (tous) les hommes doivent à Françoise Héritier,
     Dans les traces de Lévi-Strauss, un autre passeur d'humanité, elle apprit à forger les outils intellectuels qui l'ont amenée si loin et...si près de nos problèmes, généralement mal compris parce que nous sommes rendus myopes à nos propres vies et à nos relations quotidiennes, qui nous semblent faussement naturelles. Or, comme elle le répète: «Rien de ce qui nous paraît naturel n’est naturel» ...Même dans ce qui nous paraît le plus privé.
                         Pendant toute ma période active, j’ai eu la conviction profonde que les choses pouvaient changer. Je continue de le penser bien sûr. Je me fonde en cela sur l’idée que, dans le rapport hommes-femmes qui est un rapport de domination, il n’y a rien qui soit dicté par la nature. Et c’est en même temps un rapport que l’on trouve dans toutes les sociétés du monde. J’ai été amenée à former l’hypothèse qu’au fondement du social, il y a la domination de l’homme sur la femme, et que c’est le premier grand système idéologique. Parce que les hommes n’enfantent pas directement avec leur propre corps, alors que les femmes enfantent des filles et des garçons, ils ont fait en sorte que les corps féminins soient à leur disposition. Cela a entrainé toute une série de mises au point techniques qui ont privé les femmes de la liberté d’user de leur corps librement : elles appartiennent à des hommes, - à un père, à un frère, à un oncle, … qui les cèdent à un mari -, et ces hommes décident de leur sort. Ceci depuis le tréfonds de l’humanité, depuis Neandertal, jusqu’à aujourd’hui. Ce que j’ai mis en évidence, c’est qu’on a posé une relation d’antériorité de l’homme sur la femme, une antériorité du masculin. Cette histoire d’antériorité n’est pas à prendre à la légère : dans ce que j’appelle la valence différentielle des sexes, on établit un rapport de supériorité de l’homme sur la femme en tant qu’il est considéré comme antérieur. De la même façon que les parents sont antérieurs aux enfants et que les aînés sont antérieurs aux cadets, on a établi un rapport tel que les filles sont toujours les cadettes des garçons.     Cela a été inventé par l’esprit humain, et donc par définition, c’est quelque chose que l’esprit humain peut détruire car ce n’est pas ancré dans un substrat biologique qui ferait que les femmes seraient naturellement inférieures et dépendantes....(Entretien avec M.Rotfus)