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mercredi 26 juin 2019

Le monde à l'envers?

Les taux négatifs:une aubaine? 
                                        Ce phénomène transitoire, mais destiné à durer encore un moment,  peut paraître intéressant à court terme . Des loyers de l'argent si bon marché, parvenant parfois à descendre sous la barre des 0%, voilà qui n'est pas banal et qui semble violer les lois du marché, voire le bon sens.
      Certain économistes voient dans ce phénomène une source d'inquiétude à plus long terme pour l'économie réelle. On ne voit pas celle-ci en profiter pour investir à moindres frais, par contre on voit flamber le cours de l'immobilier, aux dépends des foyers modestes.
     Pour les Etats comme pour les particuliers, la dette tend à ne plus devenir un souci. Les banques, encouragées par les banques centrales et pour des raisons de marketing, offrant même l'occasion de faire de bonnes affaires.
     C'est le monde à l'envers, un phénomène presque surréaliste, qui voit les détenteurs de capitaux de délester d'une partie de leurs revenus, en cette période de déflation.
    Pourquoi ce phénomène, qui semble défier le bons sens? 
           "...Dans la zone euro, l’action de la BCE inscrit les marchés dans un contexte de taux très bas, voire parfois négatifs. Une politique monétaire qui tient au fait que la banque centrale n’a plus beaucoup de marge de manœuvre pour relancer l’économie. Des taux très faibles, voire négatifs, permettent d’exercer une pression à la baisse sur le taux de change et d’inciter les acteurs économiques à faire circuler l’argent dans l’économie réelle plutôt que de le laisser dormir dans un coffre, où il ne rapporte rien"....
       Mais rien n'est garanti et les effets pourraient être négatifs:
              "  ... La pensée dominante prétend en effet que les entreprises augmentent leurs dépenses d’investissement pour produire davantage chaque fois que les taux d’intérêt diminuent – sans tenir compte de l’évolution conjoncturelle.  En fait, comme Keynes l’observa déjà de son temps, les entreprises n’investissent pas davantage si les perspectives de vente ne sont pas encourageantes pour accroître le niveau de production. Cela signifie qu’il n’est pas suffisant (voire qu’il n’est pas nécessaire) de réduire les taux d’intérêt de la politique monétaire pour induire les entreprises à investir davantage dans le système économique.    De l’autre côté, l’introduction de taux d’intérêt négatifs incite les banques à prendre davantage de risques sur le marché immobilier, octroyant plus facilement des crédits hypothécaires aux débiteurs privés et institutionnels qui veulent avoir accès à la propriété de leur logement ou gagner des rentes suite à la location de leurs immeubles. Cette bulle du crédit induit une surchauffe des prix immobiliers qui peut créer les conditions pour l’éclatement d’une crise immobilière et bancaire...".
    Le bonheur des uns fait le malheur des autres.
    La politique de quantitative easing porte des fruits ambigüs.
  Les épargnants ne sont pas à la fête.
  Les Etats, le nez dans le guidon, se font moins de souci pour leurs dettes, mais le risque d'une bulle obligataire n'est pas exclue.
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mercredi 6 novembre 2019

Brèves de comptoir

Méli-mélo
                      ____ Junk food : 350 millions de Chinois sont en surpoids ou obèses. Un sur 5 d’entre eux est un enfant. Au milieu des années 1990, avant qu’une croissance économique sans précédent ne rende la malbouffe largement disponible dans le pays, un seul enfant sur 20 était en surpoids. [Bombe pondérale]


___ Drapeau : Le petit État ouest-africain du Libéria possède l’un des plus grandes flottes maritimes du monde. Plus de 4 400 navires (environ 12 % du transport maritime mondial) battent pavillon libérien. Cela rapporte au Trésor libérien 20 millions de dollars par an. Une moyenne de 4 500 dollars par navire.
___ Etats-Unis :  Le nombre de personnes gagnant 1 million de dollars par an a augmenté de 40% entre 2000 et 2016. Mais une étude récente de l’Université Harvard conclut que les gens qui possèdent 8 millions de dollars ou plus ne sont guère plus heureux que ceux qui n’ont « qu' » un million de dollars sur leur compte bancaire.
___ Etats-Unis: Le déficit budgétaire américain a atteint cette année près de 1 000 milliards de dollars. C’est le plus haut niveau depuis 2012. Le déficit croissant est le résultat de la politique du gouvernement Trump. Il a introduit des réductions d’impôts et a permis aux dépenses publiques d’augmenter sensiblement. A la fin du mois d’août, le déficit budgétaire s’élevait à 984 milliards de dollars, soit 4,6 % du PIB des États-Unis.
___ Belgique : L’an dernier, les Belges ont dépensé 1 milliard d’euros dans la prostitution. C’est 27 % de plus qu’en 2008. Il s’agit d’une estimation de la Banque nationale de Belgique (BNB). Ce montant a été ajouté au produit intérieur brut (PIB) du pays depuis 2014, comme l’a indiqué l’Union européenne.
___ Sex sells on line :  Les magasins en ligne publient deux fois plus souvent des photos de femmes dans des poses « sexualisées » que les boutiques qui ont également des commerces physiques. L’offre de vendeurs en ligne contient en moyenne 16 % de photos « épicées », contre 8 % pour les magasins traditionnels.
___ Top mondial 2 :  Google a annoncé une percée majeure dans le «quantum computing». La société dit que son superordinateur peut faire un calcul en 200 secondes pour lesquels les superordinateurs classiques les plus rapides auraient besoin de 10.000 ans. Le concurrent IBM remet en question les résultats.
___ Méfiez-vous des femmes criminelles: Europol a publié les noms des criminels les plus dangereux et les plus fugitifs. 18 de ces 21 criminels sont des femmes. Selon Europol, les femmes sont aussi qualifiées que les hommes pour commettre des crimes graves.
___ Méfiez-vous d’El Chapo et Co: L’arrestation d’Ovidio Guzman Lupez a conduit à un véritable massacre la semaine dernière au Mexique. Ovidio est l’un des 15 fils du chef du cartel de la drogue ‘El Chapo’ Guzman, qui purge une peine de prison à vie dans une prison américaine. Il aurait eu 24 enfants, dont 4 sont actifs dans le cartel. Après que 8 personnes sont tombées sous les balles, la police mexicaine a décidé de relâcher Ovidio.
___ Méfiez-vous des prénoms inappropriés:  Nutella, Oussama Ben Laden, Metallica et Ikea figurent sur une liste de 35 noms qui ont été interdits pour une raison quelconque dans un pays ou un autre.
___ Viva Las Vegas :  L’industrie du mariage à Las Vegas génère un chiffre d’affaires annuel de 2,5 milliards de dollars. C’est 1 milliard de moins qu’à l’époque glorieuse de ce secteur. Coût moyen d’une cérémonie de 10 minutes : 77 dollars.
___ Decafino :  Une start-up de Seattle a mis au point un sachet (de la taille d’un sachet de thé) qui absorbe toute la caféine dans une tasse de café, sans affecter son goût. L’entreprise vise donc les millennials qui veulent limiter leur consommation de caféine.
___ Inde :  630 millions d’Indiens sont connectés à Internet. C’est plus que les populations des États-Unis, du Royaume-Uni, de la Russie et de l’Afrique du Sud réunies. Mais pour chaque Indien qui a accès à Internet, il y en a au moins un autre qui ne l’est pas. Près de 7 Indiens sur 10 vivent en milieu rural.
___ Walmart :  1 dollar sur 4 $ dépensé enépicerie aux Etats-Unis revient à Walmart. Ainsi, la chaîne de supermarchés détient une part ]de marché supérieure à celle de ses 5 plus gros concurrents cumulés. Dans 203 régions, cette part est supérieure à 50 % ; dans 38 d’entre elles, elle dépasse même les 70 %.  [ Un géant ]
___ SUV :  Selon un nouveau rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les SUV ont été à l’origine de la deuxième plus fo rte augmentation des émissions de CO2 dans le monde entre 2010 et 2018. Au cours de la même période, le nombre de SUV dans le monde est passé de 35 à 200 millions.
___ Obésité: Plus de la moitié de la population des pays de l’OCDE souffre d’obésité. 25 % sont obèses. Dans notre pays, 68 % des hommes et 51 % des femmes sont en surpoids. Le chiffre est de 24 % pour les jeunes. Les maladies liées à l’obésité coûtent aux pays de l’OCDE 385 milliards d’euros par an. 
___ Smartphone :Trois adultes sur quatre prennent leur smartphone avec eux lorsqu’ils sont au lit, comme en témoigne un sondage de la société de technologie Asturion. Une personne sur quatre admet que la dernière chose qu’elle regarde avant de fermer les yeux n’est pas son partenaire, mais son smartphone.
___ Uber über alles ? : Des services de taxi alternatifs comme Uber conduisent 62 % du temps sans passager, à la recherche de clients, ou en attente de clients. Ces services contribuent ainsi au chaos de la circulation, plutôt que d’apporter une réponse à celui-ci. De façon remarquable, Uber et Lyft l’admettent toutes les deux.
___ Argent Gratuit : La Grèce, un pays qui n’a retrouvé l’accès aux marchés financiers qu’en avril 2018 après la crise financière, est désormais payée pour emprunter de l’argent. Le pays a levé 487 millions d’euros en début de semaine avec une échéance de 13 mois, et un taux d’intérêt négatif de -0,02%.
___ CO2:  20 Les compagnies pétrolières sont responsables de plus d’un tiers des émissions de CO2 dans le monde entre 1965 et 2017. Le top 5:1. Saudi Aramco 59 milliards de tonnes/2. Chevron 43 milliards/3. Gazprom 43 milliards/4. ExxonMobil 42 milliards/5. National Iranian Oil Co. 35 milliards. (The Guardian)
___ E-Cigarette:  Selon une étude publiée par la revue spécialisée Proceedings of the National Academy of Sciences, près d’un quart des souris exposées à la fumée des e-cigarettes développent un cancer du poumon.
___ Etats-Unis: 1 prêt sur 3 contracté aux États-Unis pour acheter une voiture a une échéance de plus de 6 ans. Il y a dix ans, c’était moins d’un sur dix.
___ Mexique: Le parti du président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) veut nationaliser le commerce du cannabis au Mexique et permettre aux gens de cultiver la plante chez eux.
___ Aux États-Unis, les bénéfices des entreprises US stagnent depuis 2012 alors que les cours s’envolent. La dette publique et privée des États-Unis s’élève à 73.000 milliards de dollars, soit plus de trois fois le PIB américain, dont 25.000 milliards de dollars ont été ajoutés ces des dix dernières années, d’où, à terme, une charge de la dette insupportable. Le 24 octobre, la Fed a dû injecter une somme anormale de 134 milliards de dollars pour éteindre un nouvel incendie sur le marché monétaire du « repo », ce qui montre qu’il y a des limites à l’endettement. Une récession à venir est plus que probable tandis que la Fed songe, pour la troisième fois, en 2019, à abaisser son taux d’intérêt, tout en ayant repris le dangereux rachat laxiste de 60 milliards de dollars de dettes par mois.
___ Mario Draghi a fait acheter par la BCE, durant son mandat, 2.600 milliards d’euros de titres souverains payés par création monétaire, soit le quart des dettes publiques des États de la zone euro. Sa politique monétaire laxiste l’a amené à taxer les liquidités excédentaires des banques avec des taux négatifs qu’il vient d’abaisser à -0,5 %, tout en annonçant la reprise par la BCE, à partir du 1er novembre, « aussi longtemps que nécessaire », d’un programme de rachat d’actifs de 20 milliards d’euros par mois. Le conseil sublime de Mario Draghi à Lagarde dans son testament : « Ne jamais abandonner. »
___ Les taux négatifs mettent les assureurs-vie sous pression, avec la faillite comme seule perspective à terme. En France, après Suravenir, filiale de Crédit mutuel Arkéa, c’est au tour d’AG2R La Mondiale d’annoncer un emprunt obligataire non subordonné de 500 millions d’euros, pour renforcer ses fonds propres. Le spectre de la fin des fonds en euros traditionnels apparaît et l’on cherche des « épargnants suicidaires » prêts à prendre plus de risques, à la veille d’un krach, pour compenser les taux bas… qui pénalisent le rendement du portefeuille des assureurs.
___ La célèbre association française des épargnants AFER, avec 750.000 adhérents, demande déjà un pourcentage minimum de 30 % d’unités de compte (c’est-à-dire des actions au lieu des obligations des fonds euros) pour les nouveaux contrats de plus de 100.000 euros (entre 35 % et 70 % pour AG2R la Mondiale selon les montants versés). Les compagnies tentent de dissuader les épargnants de se « ruer » sur les fonds en euros, dont le rendement baisse, mais qui peuvent encore rester positifs quelques années, en raison de l’inertie des portefeuilles, car il faut environ quinze ans pour remplacer en totalité les obligations contenues dans les portefeuilles d’assureur en fonds euros.
___ Selon le cabinet de conseil international McKinsey, alors qu’on nous explique que tout va bien, plus d’une banque sur trois pourrait disparaître dans le monde, 47 % de ces dernières se trouvant en Asie et 37 % en Europe de l’Ouest. Les taux bas diminuent, aussi les marges des banques, suite à des crédits de plus en plus risqués et de moins en moins rémunérateurs, tandis que le coût des dépôts reste stable. Le spectre de la perte de confiance dans le Système apparaît… tandis qu’on nous annonce une croissance chinoise bientôt sous les 5 %.
___ Le  a vu son prix multiplié par 7, entre 1980 et 2008, à environ 14.000, pour retomber à environ 6.000, en 2009, et se retrouver, aujourd’hui, au chiffre stratosphérique d’environ 27.000. La Bourse de Paris, à 5.700, est aussi à son plus haut niveau depuis le 12 décembre 2007. Quant à l’indice du prix des logements rapporté au revenu par ménage, en prenant l’année 1965 comme base de référence, il a toujours oscillé autour de 1 de 1965 à 2000, pour s’élever brusquement à la verticale, à 1,7, de 2000 à 2019.
___ L’horizon économique s’assombrit en Allemagne, avec 1 % de croissance pour 2020 et 0,5 % pour 2019. L’économie chinoise ralentit, avec une croissance à 6 % au troisième trimestre, soit sa plus faible performance depuis 27 ans, malgré plus de 100 mesures de soutien monétaires et fiscales. Les USA vivent le plus long cycle de croissance répertorié depuis 1854, avec de mauvais chiffres de production industrielle, suite à une croissance artificielle générée par des mesures fiscales et l’injection, en moyenne, de 4 dollars de liquidités par les banques centrales pour un dollar de croissance obtenu. La Banque mondiale et le FMI alertent, de leur côté, sur une chute drastique de la croissance « dans près de 90 % du monde » et des échanges commerciaux.
___ Kristalina Georgieva, nouvelle patronne du FMI, enfonce le clou : « Si un ralentissement majeur se produisait, la dette des entreprises exposées au risque de défaut de paiement augmenterait à 19.000 milliards de dollars, soit près de 40 % de la dette totale dans huit économies majeures » (notamment Chine, Japon, États-Unis et Europe). En Chine, les dettes risquées ont bondi, en dix ans, de 40 à 75 % du PIB. Le risque de défaut de paiement dans le monde serait alors supérieur aux niveaux observés pendant la crise financière de 2008. Les dettes des entreprises pourraient jouer le rôle des prêts immobiliers subprime aux États-Unis en 2008.
___ En Europe, le Parlement des Pays-Bas a alerté la BCE sur les risques de diminution des retraites que les taux très bas et négatifs causaient aux fonds de pension de retraite. En France, pour éviter la faillite de l’assureur Suravenir, suite aux taux négatifs, le Crédit mutuel Arkéa a dû recapitaliser sa filiale à hauteur de 500 millions d’euros. Après Lombard Odier en France, UniCredit, la première banque italienne, toujours en raison des taux d’intérêt négatifs, vient de déclarer qu’elle allait taxer les dépôts de plus de 100.000 euros. La bombe à retardement des taux négatifs pourrait bien même se propager un jour aux États-Unis.
___ La France, avec une dette de 99,5 % du PIB, rejoint le « club » des pays surendettés dépassant les 100 % du PIB, soit les États-Unis (106 %), la Belgique (102 %), la Grèce (181 %) et le Japon (238 %). Les emprunts des États et des entreprises affichant des rendements négatifs viennent d’atteindre 17.000 milliards de dollars, soit 20 % du PIB mondial. Les fonds en euros d’assurance-vie, acheteurs obligés de ces titres, selon les réglementations prudentielles, continuent donc leur lente marche vers l’agonie en prélevant, pendant quelque temps encore, sur les réserves de la PPB (provisions pour participation aux bénéfices). Mais ces fonds seront un jour dans l’incapacité de faire face à la liquidité et de garantir le capital des épargnants.
                                                                        D'apres Lupus
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samedi 20 novembre 2021

Quelle dette? (2)

 Une autre lecture de la dette

                                    Sortir de la culpabilsation. ( M. Raffarin et les autres...: « Pendant que nous parlons, il y a sans doute un bébé en train de naître dans une clinique, quelque part. Sur ses épaules, dès qu’il va commencer à respirer, il y aura déjà 100 000 francs de dette, soit 15 000 euros."____ Michel Rocard en son temps avait bien montré que de 1901 à 1973 la Banque de France a financé l’État sans intérêt. Si c’était encore le cas, notre dette serait 17% du PIB    )                  

   _____                 Points de vue:                      " depuis quelques années, de grands pays tels que la France ou l’Allemagne parviennent à s’endetter à des taux négatifs (1). Autrement dit, ils gagnent de l’argent en en empruntant et, plus surprenant encore, des investisseurs acceptent d’en perdre pour le leur prêter. Comment expliquer une situation aussi saugrenue ? Sans doute par le fait que les obligations d’État constituent une ressource essentielle pour les marchés financiers. Avant même l’apparition des taux négatifs, la dette publique a joué un rôle essentiel dans leur développement. La perspective mériterait donc d’être renversée : la dette publique serait moins une faveur gracieusement consentie à des États impécunieux par des créanciers généreux que la « nourriture terrestre dont les marchés ont besoin », selon les termes du directeur du quotidien financier La Tribune (2).                ____Dans les années 1970 et 1980, la dette publique a d’abord permis d’éponger une épargne surabondante, qui menaçait l’économie mondiale. Les pays exportateurs de pétrole accumulaient alors des montagnes de dollars qui ne trouvaient pas de débouchés. Leurs économies de dimension modeste se révélaient incapables de les absorber sous la forme d’investissements ou d’importations, et leurs systèmes bancaires n’étaient pas assez développés pour faire gonfler le pactole par le biais de prêts rémunérés. L’inflation aux États-Unis — qui atteignit des taux à deux chiffres en 1973 et 1979 — érodait la valeur de ces réserves, que leurs détenteurs souhaitaient au contraire faire fructifier. D’autre part, de nombreux pays importateurs de pétrole accusaient d’importants déficits commerciaux à la suite des hausses successives du prix de l’« or noir ».           Cette situation a été une aubaine pour la finance offshore — alors en pleine expansion —, qui opérait sur le marché des eurodollars. Constitué de grandes banques américaines et européennes installées à Londres, ce marché rendait possibles des dépôts et des prêts en dollars à l’échelle internationale en contournant les réglementations nationales. Les États-Unis, par exemple, imposaient à l’époque un plafonnement des taux d’intérêt hérité du New Deal (regulation Q), qui contraignait les banques opérant sur leur sol à pratiquer des taux réels (une fois l’inflation prise en compte) faibles, voire négatifs. Le marché des eurodollars permettait également d’échapper à la taxation américaine des prêts obligataires à l’étranger ainsi que de contourner l’imposition des revenus d’intérêt qui pouvait décourager les créanciers des États-Unis d’investir leurs dollars sur place. Avec la bénédiction de la Banque d’Angleterre et la complaisance de la Réserve fédérale, les banques américaines ont donc profité du marché des eurodollars pour glaner les occasions d’investissement qu’offrait la planète, afin de servir des rémunérations plus élevées à leurs clients. Parmi lesquels figuraient des pétromonarchies, mais également de riches épargnants américains souhaitant échapper aux taux faibles ou négatifs causés par l’inflation sur le territoire national.         Pour recycler les surplus de l’économie mondiale, la dette publique faisait une cible de choix. Notamment celle des pays en développement (3) : les besoins de financement y semblaient illimités, aiguisés par les velléités d’industrialisation et de rattrapage économique ou par l’avidité de régimes autoritaires. Les banquiers n’eurent pas de difficulté à convaincre ces gouvernements de céder aux sirènes de l’« argent facile ». Entre 1970 et 1980, les prêts des grandes banques internationales aux pays en développement ont été multipliés par 33,6, passant de 3,8 milliards de dollars à 128 milliards (4) — ouvrant la voie aux grandes crises de surendettement des années 1980. En 2005, pourtant, celui qui deviendrait président de la Réserve fédérale (de 2006 à 2014), M. Ben Bernanke, proposait une tout autre explication du surendettement public — celui des États-Unis, cette fois. Il résultait moins, selon lui, du laxisme budgétaire des pouvoirs publics que d’un excès d’épargne — « a savings glut (5) » — en quête de placement.        Idéale éponge à devises permettant que le vase de l’épargne ne déborde pas, la dette publique joue un rôle déterminant dans l’extension des marchés financiers à partir des années 1980. À l’époque, les modalités de financement de l’État (par le circuit du Trésor en France, par exemple (6)) cèdent un peu partout la place à l’émission de titres de dette négociés sur les marchés. Fer de lance de la financiarisation des économies, ces produits constituent une martingale idéale pour les riches particuliers et investisseurs. D’autant plus que la période est (déjà) à la réduction de la fiscalité des ménages les plus riches, censée stimuler l’investissement privé. Résultat : « Les concessions fiscales accordées aux riches ont créé d’un seul coup un surcroît de dette publique et de rente privée, expliquent Bruno Tinel et Franck Van de Velde. Elles ont mis en place un flux de redistribution à l’envers. Les riches bénéficient d’une double récompense : le cadeau fiscal d’un côté, le paiement d’intérêts de l’autre. Le premier leur permet de dégager l’épargne qui financera la dette. Laquelle a été créée par le cadeau fiscal lui-même (7). »                                                        La première obligation assimilable du Trésor (OAT) est émise en 1985. Depuis, le volume de dette négociable sur les marchés n’a cessé de croître. L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) estime l’endettement de la France à 233 milliards d’euros « base 2014 » (8) en 1985 (30,7 % du produit intérieur brut, PIB). Il sera pratiquement multiplié par six en 2008, soit 1 370 milliards (68,8 % du PIB), avant d’atteindre 2 650 milliards d’euros en 2020 (116,4 % du PIB), dont plus de 2 000 milliards de dette négociable. Cet afflux de titres de dette publique fournit autant de « matière première » pour les investisseurs des marchés : un placement sûr, liquide et rémunérateur — en particulier entre 1985 et 2010 — qui occupe une part importante des portefeuilles-titres des grandes institutions financières (banques et surtout investisseurs institutionnels (9)). Puisque nul ne s’attend à ce que Paris ou Berlin fassent défaut, les titres de leur dette sont considérés comme très sûrs : en acquérir permet — entre autres — de compenser des investissements beaucoup plus risqués, en actions par exemple. Ce qui explique pourquoi la croissance des marchés d’actions et l’envol de la dette publique participent d’un même mouvement : « Lorsque je demande des actions, je demande aussi des obligations dans diverses proportions », résume Tinel (10).                  _____ Mais la dette publique a également constitué, à partir des années 2000, l’adjuvant indispensable à l’essor des marchés financiers. Elle facilite, au cours de cette période, la généralisation d’un modèle bancaire « de marché » distinct de son ancêtre, fondé sur le crédit. Soudain, les banques parviennent à gonfler leurs activités, notamment sur les marchés de titres, et à doper leurs profits.                                  Dans ce modèle bancaire « de marché », les banques ont largement recours à l’emprunt à court terme pour financer leur actif (portefeuilles de titres, obligations et actions, et autres investissements). La dette contractée, par exemple pour acquérir des titres financiers, est « roulée » quotidiennement : une nouvelle dette est contractée pour rembourser la précédente. Emprunter des liquidités aux taux les plus avantageux devient dès lors un enjeu majeur pour la rentabilité. Pour ce faire, les établissements ont massivement recours à des transactions appelées « repo » (repurchase agreement), qui consistent à mettre en gage des titres auprès de leurs créanciers pour garantir des emprunts de très court terme (dont les taux sont plus bas). La garantie apportée permet de diminuer la prime de risque, et donc le taux de l’emprunt. Le titre mis en gage, appelé « collatéral », doit pour cela offrir tous les gages de sûreté et de liquidité : en décembre 2020, dans 92 % des transactions de « repo » sur le marché européen, il s’agissait de titres de dette publique, selon l’International Capital Market Association (11).      Pendant les années 2000, ce type de montage permet de faciliter la circulation de la liquidité. La dette publique devient le lubrifiant indispensable au fonctionnement des grandes banques, alors soucieuses d’augmenter leur « cylindrée » et de gonfler leurs bilans. Tous les acteurs semblent y gagner : les investisseurs de long terme, qui font fructifier leur portefeuille d’obligations publiques ; les banques, qui diminuent leurs coûts de financement ; et les États, qui voient l’appétit des acteurs financiers pour la dette obligataire grandir. Les banques se trouvent même rapidement confrontées au manque de collatéral, c’est-à-dire de titres émis par des pays riches. Au point que diverses pistes sont explorées pour compenser cette pénurie.                     ___Aux États-Unis, le développement de la titrisation des dettes privées (dont sont issus les produits subprime) vise (entre autres) à produire des titres d’une qualité suffisante pour prétendre au statut de collatéral et alimenter, comme une sorte de lubrifiant de synthèse, l’activité des grandes banques. Dans l’Union européenne, les obligations allemandes, éligibles au statut de collatéral, ne sont pas disponibles en quantité suffisante pour répondre à la demande. L’Union européenne adopte donc en 2002 une directive « collatéral », stipulant que les dettes souveraines de tous les pays de la zone euro doivent être traitées de manière identique dans le cadre des transactions « repo ». Les obligations de ces pays accèdent ainsi au statut convoité de collatéral, ce qui contribue à gommer les écarts de taux d’intérêt… Avec le soutien actif de Bruxelles et de la Banque centrale européenne (BCE), le marché européen des repos, dominé par les grandes banques, ne cesse alors de gonfler, pour atteindre 6 000 milliards d’euros en 2008 (12).            La crise financière mondiale fait cependant apparaître les dangers inhérents au modèle bancaire « de marché ». Et tout particulièrement les risques de contagion d’une crise majeure que posent l’interconnexion et l’interdépendance entre acteurs financiers, auxquelles contribuent les transactions de « repo ». Elle tarit par ailleurs les nouvelles sources de collatéral, en jetant la suspicion sur leur qualité, qu’il s’agisse des produits de titrisation ou des dettes obligataires des pays les plus fragiles — ce qui contribue à précipiter la crise de la zone euro. Dans une période de grande incertitude et d’instabilité financière, les acteurs financiers favorisent les « valeurs refuge » jugées les plus sûres, en l’occurrence les titres de dette souveraine des grands pays industrialisés. Cela conduit à un double mouvement : une diminution du coût de l’emprunt pour les pays les plus riches et une augmentation des taux pour les dettes obligataires des autres pays, qui perdent par la même occasion leur statut de collatéral.    Cette « fuite vers la qualité » n’est pas le seul facteur expliquant les taux faibles ou négatifs des titres de dette allemande ou française ces dernières années. Dans le contexte de l’après-crise financière, ces titres restent une ressource indispensable pour les transactions de « repo », au point qu’on assiste à des pénuries d’obligations souveraines allemandes et françaises, par exemple fin 2016. Les nouvelles dispositions de la réglementation prudentielle de Bâle précisent également que les banques doivent détenir un certain montant d’actifs de « haute qualité », essentiellement des obligations. Les titres de dette jouent également un rôle-clé dans les interventions de la Banque centrale européenne (BCE) pour fournir des liquidités au secteur financier, comme garanties dans les opérations de refinancement, ou via l’achat direct de dettes souveraines sur le marché secondaire (quantitative easing). Toujours est-il que la dette obligataire, par sa sécurité, sa liquidité, la profondeur de son marché, s’avère un sésame indispensable dans la finance post-2008.           Ces différentes perspectives montrent combien, depuis quarante ans, la dette publique joue un rôle essentiel pour les créanciers et investisseurs. Elles appellent à prendre à rebours le discours dominant sur la dette : ne sont-ce pas les marchés qui sont « accros » à la dette publique ? Et n’est-ce pas l’essor de la finance qui suppose et suscite son explosion, bien plus qu’un laxisme inhérent aux pouvoirs publics ? Le rapport de forces ne serait donc pas celui que nous présentent en général les discours alarmistes sur la dette et sur la nécessité de susciter la « confiance » des créanciers..". (Merci à Frédéric Lemaire_ Le Monde Diplo)

(1Lire Frédéric Lemaire et Dominique Plihon, « Le poison des taux d’intérêt négatifs », Le Monde diplomatique, novembre 2019.  (2Extrait d’un entretien de Benjamin Lemoine avec Philippe Mabille, cité dans L’Ordre de la dette. Enquête sur les infortunes de l’État et la prospérité du marché, La Découverte, Paris, 2016.  (3Mais pas seulement les pays en développement : d’autres pays, comme la France, les Pays-Bas, la Belgique et l’Italie, se sont massivement endettés dans les années 1970 pour financer leurs déficits commerciaux et leurs investissements (par exemple le programme nucléaire français).   (4Georges Corm, « Nouvel ordre économique mondial », dans « Faut-il payer la dette ? », Manière de voir, n° 173, octobre-novembre 2020.    (5Rebecca Stropoli, « How the 1 percent’s savings buried the middle class in debt », Chicago Booth Review, 25 mai 2021.    (6Cf. Benjamin Lemoine, L’Ordre de la dette, op. cit.    (7Cf. Bruno Tinel et Franck Van de Velde, « L’épouvantail de la dette publique », Le Monde diplomatique, juillet 2008.     (8Calculé sur la base de la valeur de 1 euro en 2014, corrigée de l’inflation.     (9La dette publique française est aujourd’hui détenue à plus de 50 % par des investisseurs étrangers, ce qui est un facteur de vulnérabilité pour la France, soumise aux marchés financiers internationaux.      (10Bruno Tinel, Dette publique : sortir du catastrophisme, Raisons d’agir, Paris, 2016.      (11International Capital Market Association European Repo Market Survey, n° 40, mars 2021.     (12Daniela Gabor, « A step too far ? The European financial transactions tax on shadow banking », Journal of European Public Policy, vol. 23, n° 6, Londres, 2015.________________________________