Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 9 mai 2014

Taxe Tobin dénaturée

Elle revient!        
                        Mais en mode light...
                                                        D'abord tournée en dérision, comme une douce rêverie digne de gauchistes d'Attac, puis combattue et enterrée comme trop complexe, irréalisable et dangereuse pour l'économie financière, la taxe sur les transactions financières, dite taxe Tobin, du nom de son initiateur américain, refait surface dans l'espace européen.
            Tobin voyait tous les dégâts économiques générés par la jungle des transactions financières mondialisées, les risques accélérés par le Trading Haute Fréquence.. Son modeste objectif était de tenter de réduire la spéculation à court terme sur les places financières, qu'il jugeait contre-productive, déstabilisante et génératrice de désordres inco trôlables. Il suggéra aussi que les revenus de cette taxe soient confiés au FMI.
       Joseph Stiglitz disait dés 2001 : « puisque les flux accélérés de capitaux, entrants ou sortants, causent de gros problèmes, qu’ils (…) engendrent de lourds effets sur les citoyens ordinaires qui n’ont rien à voir avec ces flux de capitaux, en raison des perturbations massives que ceux-ci provoquent dans l’ensemble de l’économie, l’Etat a le droit et le devoir de prendre des mesures pour y faire face  »
                   Ce fut pendant des années the big question:  Tobin or not Tobin?
Devant l'ampleur d'une crise d'abord minimisée, N. Sarkozy finit par en reconnaître la nécessité, fustigeant l'irrationalité d'une industrie financière perdant tout repère. C'était l'époque où  A. Minc écrivait L'argent fou.  Il finissait par reconnaître la nécessité d'une mesure pourtant déjà votée!
    C'était l'époque où il fallait calmer les colères et allumer des contre-feux en annonçant par exemple qu'on allait très vite supprimer les paradis fiscaux...Le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem vend la mèche en parlant de «vitrine électorale» avant les européennes.
                          Taxer les transactions financières devenait soudain une urgence, qui ne mettrait aucun intérêt en péril, même si l'on savait que cela ne résoudrait pas tous les problèmes,
                           Mais on a appris (oui!) que la crise en zone euro était terminée. Ouf!
Même si la Tribune est moins euphorique...
       Donc, à quoi bon faire souffrir les marchés financiers? On ne va pas se démettre, mais on va faire un accord a minima entre les Européens, histoire de faire semblant de tenir parole.
       Le soupir de soulagement de Mr Sapin fait oublier la bombe que représentent notamment les produits dérivés, toxiques ou non, dont A.Merkel naguère voulait la disparition...
                   Ainsi les apparences seront sauves, et on ne suscitera pas la colère des places financières, dont l'investissement productif est le moindre des soucis. On s'est au moins mis d'accord sur ...un calendrier!
          La taxe sera donc  mise en lambeaux  (*)
Toutes les réformes annoncées à grand renfort de démagogie, vont tomber ainsi peu à peu dans le silence, l'insignifiance et la dénaturation.
        On ne change pas des équipes qui s'inclinent devant les oukases des marchés financiers et les exigences de la City, cet Etat dans le royaume, défendues par Mr Osborne.
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(*)    " . Prié de dire en quoi il avait lutté contre le monde de la finance, depuis son élection en 2012, François Hollande s'est félicité, lors de son grand oral sur BFM et RMC mardi 6 mai, de l'introduction d'une taxe sur les transactions financières en Europe : « Elle était inexistante jusqu'à présent. Elle est là », a-t-il déclaré, sans davantage de précision (à partir de la 20e minute de cette vidéo).
   Mais le président français a sans doute parlé trop vite, tant les obstacles semblent encore nombreux pour instaurer cette « taxe Tobin » à l'échelle du continent. Deux réunions clés sur le sujet, qui se sont déroulées lundi et mardi à Bruxelles, viennent de le confirmer : sur le fond, rien n'a encore été décidé. Pire : l'ambition initiale ne cesse d'être rabotée.
     Depuis le début de l'année, Paris et Berlin avaient pourtant mis les bouchées doubles sur ce dossier emblématique. Il fallait tout faire pour arracher un accord avant les élections européennes de mai. Les socialistes français, en particulier, voulaient y voir l'une des preuves de la « réorientation » de l'Europe, leur thème de campagne favori, d'ici au scrutin du 25 mai. La présidence tournante de l'UE, assurée par la Grèce jusqu'en juin, en avait aussi fait sa priorité. Mais les 11 États membres de l'Union, qui s'étaient déclarés volontaires, à l'automne 2012, pour mettre en place cette taxe, n'ont pas su s'entendre sur les modalités de cet impôt nouveau.
     Les participants, dont la France, l'Allemagne et l'Italie, ont repoussé à janvier 2015 toute décision sur l'assiette exacte de la taxe, qui continue de les diviser. Ils ne sont pas non plus tombés d'accord sur la manière dont cette taxe serait ponctionnée (selon, dans le jargon, le principe de résidence ou le principe d'émission). Seule véritable avancée : les capitales concernées se sont mises d'accord sur un calendrier.
     Une première mouture a minima de la taxe doit entrer en vigueur en janvier 2016. Celle-ci portera principalement sur les actions, et exclura les obligations d'État, mais aussi sans doute une bonne partie des produits dérivés – sans qu'on en sache beaucoup plus pour l'instant. Dans une seconde étape, encore très floue, l'assiette serait élargie et pourrait porter sur l'ensemble des dérivés – y compris les plus spéculatifs. « Il est certain que des questions complexes se posent. C'est pourquoi il nous paraît nécessaire d'engager de nouveaux travaux techniques », lit-on dans un projet de déclaration des pays participants, que Mediapart a pu consulter, et qui n'avait pas encore été publié mardi en fin de journée.   
     « C'est un accord qui va nous permettre de nous inscrire dans un calendrier, s'est défendu Michel Sapin, le ministre français des finances, lundi soir à Bruxelles. On ne va pas parler de la taxe en l'air, d'une taxe qui serait un bel objet, mais qui jamais ne redescendrait sur Terre, elle est en train de redescendre sur Terre, elle va s'appliquer. » Mais le ministre n'a rien dit sur le type de dérivés qui seraient effectivement taxés à partir de 2016. Au passage, le groupe de pays impliqués s'est réduit, de 11 membres à 10, après la défection de la Slovénie, dont le premier ministre vient de démissionner...".
(Mediapart) 
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-Maigre bilan
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