Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 4 juillet 2016

Le peuple, problème de l'Europe

 Le peuple, par sa faute, a perdu
           La confiance du gouvernement
               Et ce n’est qu’en travaillant doublement
                  Qu’il pourra la regagner.
                             Ne serait-il pas plus simple
                               Pour le gouvernement
                                    De dissoudre le peuple
                                            Et d’en élire un autre ?
     La critique de Bertold Brecht met l'accent sur le décalage qui peut se produire dans un régime  qui ignore ou quitte les voies de la démocratie et parfois en trahit les principes essentiels.
 La notion de peuple est une notion d'emploi délicat et non exempte d'ambiguïté.
   Le pire régime l'a revendiqué pour cautionner ses propres projets antidémocratiques.
   Notion floue, qui ne prend un sens politique fort qu'avec l'avènement de la démocratie, partiellement chez les Grecs anciens, plus pleinement avec la période révolutionnaire, où il s'identifie à la souveraineté, quand s'effondrent les institutions féodales et royales. Le peuple souverain, oui, mais éduqué, éclairé, ne délégant temporairement son pouvoir qu'à des représentants librement choisis et contrôlées, selon des règles acceptées par tous.
     C'est dire qu'en démocratie tout est  toujours imparfait et, telle qu'elle fonctionne, qu'il existe toujours un décalage plus ou moins marqué entre le peuple et ses représentants. Décalage d'intérêts, dans une démocratie parfois purement formelle.
      La légitimité réduite du peuple en Europe telle qu'elle fonctionne fait problème, comme le mettent en évidence les débats de fond sur le déficit de souveraineté, à propos du Brexit, après le  cas de la Grèce, les referendums oubliés...
      Le Brexit , malgré ses malentendus et ses ambiguïtés sanctionne vingt années d’errements de la construction européenne, dont les dirigeants (Commission, Conseil, Parlement européen, Cour de Justice) ont voulu, construit, consolidé un espace économique et social mettant systématiquement les travailleurs et leurs systèmes de protections en concurrence, vue par les élites comme le moyen de dynamiter les avantages sociaux obtenus par les salariés dans le vieux monde keynésien des années 70. Dans ce combat douteux, les gouvernements britanniques de droite et de gauche ont joué un rôle moteur. C’est un commissaire anglais conservateur, Sir Leon Brittan, qui a mis au point la doctrine de la concurrence sans frein de l’Union européenne, qui a conduit au démantèlement des grands groupes industriels. C’est aussi un conservateur John Major, qui refuse la directive temps de travail. C’est le travailliste Tony Blair qui refuse la charte sociale européenne, etc…
  L'Europe s'est donc faite dans le dos des peuples, dans les intérêts des gagnants d'une mondialisation ultralibérale, avec la complicité des élites.
       La consultation du peuple, rare et biaisée, n'a été qu' un alibi pour entériner des décisions déjà prises et enrobées de discours à l'apparence démocratique.
   L'isolement des élites, souvent autoproclamées, apparaît de plus en plus.
    Une grande part des institutions européennes et de leurs décisions échappe au contrôle de ceux à qui on a demandé la confiance et à qui on a caché l'essentiel.
     Comme le signale assez bien JP Chevénement.
            On ne s'étonnera pas du développement du national-populisme en Europe, symptôme  de l'abandon progressif de souveraineté et conséquence de l'installation d'une austérité pour le grand nombre, surtout suite à une crises révélatrice.
      L'exigence d'une autre Europe fait son chemin, mais le renversement sera difficile. Les changements actuellement reconnus comme nécessaires risquent de se limiter à des aspects seulement annexes ou superficiels, sans toucher les questions de fond.
   Sauver l' Europe, disent-ils. Oui, mais comment? Sinon en recréant un espace enfin réellement démocratique, une autre forme de légitimité,  (*)
       Mais, au vu des résistances, des dénégations et des aveuglements en tous genres, on peut redouter (ou souhaiter?) une issue plus que problématique.
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                (*) , l’actualité des semaines les plus récentes suffit à illustrer à quel point l’UE est empêtrée dans ce que les milieux bruxellois appellent une « poly-crise ». Confrontée à sa propre désagrégation, embarrassée par la gestion de ses frontières, aux prises avec une crise économique et sociale interminable, l’UE voit sa légitimité s’effriter de manière significative. Non seulement les opposants à l’intégration européenne existante ont gagné plusieurs référendums, mais de nombreux scrutins ont vu la montée en puissance de forces politiques étrangères aux trois familles (conservateurs, libéraux et sociaux-démocrates) qui gouvernent l’Union ensemble. 
___Le consentement populaire à ce consensus élitaire est bien en train de décliner, comme l’indique également une récente enquête du Pew Research Center.  
Avant même le résultat du référendum sur le Brexit, de nombreux responsables politiques évoquaient d’ailleurs la nécessité d’initiatives pour redonner du sens à l’intégration européenne, ou en tout cas juguler tout risque de contagion. Fait révélateur, la revue scientifique Politique européenne fêtait récemment son cinquantième numéro en s’interrogeant sur la façon de prendre en compte le désenchantement produit par l’UE. Le professeur Yves Mény, présenté comme un « Européen convaincu » et défenseur assumé du traité constitutionnel en 2005, y affirme sans ambages que les « outils extrêmement intrusifs » de l’UE ne se sont guère accompagnés d’« instruments de légitimation suffisants », et même que « le pouvoir [à ce niveau] est aujourd’hui détenu par des bureaucrates ».
     Le fameux scepticisme qui rôdait autrefois en marge de ce champ d’études aurait ainsi tendance à gagner même les plus fervents partisans de l’Europe...
     Le territoire physique de l’UE est mouvant et tend à l’expansion, le marché commun est particulièrement ouvert à la globalisation productive et financière, les systèmes légaux publics de l’UE ne sont plus considérés comme les seuls producteurs de droit (comme en atteste la reconnaissance croissante de normes globales et/ou d’origine privée), et ce sans qu’un sentiment significatif d’appartenance commune ait été créé. La consolidation du centre européen par les élites dirigeantes de l’UE, mais sans possibilité d’intégrer les citoyens dans une communauté politique préalablement structurée sur les plans territorial, juridique, économique et culturel, nourrit l’impuissance des électorats nationaux. Il ne faut dès lors pas s’étonner de leur loyauté déclinante envers leurs systèmes représentatifs et les traditionnels partis de gouvernements, ni de leurs réponses déplaisantes lorsqu’ils sont invités à s’exprimer sur des enjeux spécifiquement européens...
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