mardi 5 novembre 2019

Réunification en question

       Les dessous de la réunification allemande.
                                                      A l'occasion de l'anniversaire du processus que déclencha la chute du Mur, un certains nombre de débats resurgissent, par delà l'événementiel, sur les conditions de cette réunification, anticipée, souhaitée, mais arrivée plus vite que prévu, dans des conditions très spécifiques qui étonnèrent l'Europe.
     1989 marque le début d'un processus, dont on mesure mieux aujourd'hui la nature et les conditions, longtemps occultées ou peu diffusées. Conditions qui pourraient, dans une certaines mesure, expliquer les réactions actuelles, notamment électorales, d'une partie de la population de l'ex-Allemagne de l'Est.
  Dire que les choses auraient pu mieux se passer, surtout au niveau économique et social, est une évidence.
    La polémique resurgit, notamment dans certains débats publics. La discussion continue, comme sur Public Sénat. Des historiens continuent de s'interroger de manière critique sur les conditions imposées par Bonn à Berlin. Les critiques engendrées pas l'agence  de circonstance Treuhand n'ont pas fini de provoquer des réactions. 
   L'histoire aurait pu s'écrire autrement, après la faillite d'un système...
    Ce fut la politique de la tabula rasa qui prévalut. Une privatisation au pas de charge, selon le catéchisme ultralibéral de Kohl et de Schäuble. qui laisse encore des traces.
     Il est bien sûr encore trop tôt pour fournir une analyse assez exhaustive et nuancée de l'impressionnante réunification allemande, qui a pris tout le monde de court, et qu'il fallu largement inventer, voire bricoler.
   Arte a eu l'heureuse idée de diffuser un document sur ce événement déterminant dans l'histoire récente de l'Allemagne.       Mais  le sujet a été trop vite traité, de manière trop anecdotique.  Quelques aspects furent abordés concernant le climat affairiste, la brutalité et l'improvisation lors du démantèlement de l'ex-Allemagne de l'Est, par des capitaux privés de l'Ouest et d'autres pays.
    Quand on relit les déclarations des responsables politiques français avant les faits, on est frappé par les doutes et les réticences devant une éventualité marquée par tant d'inconnues. La gestion de ce redoutable héritage d'après-guerre n'était pas sans risque.
   L'accouchement fut difficile, après la chute du Mur, l'incertitude dominait.
L'inquiètude aussi dans les pays voisins européens, dans un climat de tension que nous avons oublié.
     Le succès de l'opération fut mitigé, avec une série d'erreurs, chères payées, dont le poids financier ne retomba pas que sur Bonn..
  La réunification fut jugée totalement asymétrique:
  ...la privatisation de l’économie est-allemande via un organisme spécialisé le Treuhand, dont la gestion ne fut pas exempte de diverses dérives. Plutôt que d’assainir dans la durée les entreprises publiques concernées, on les dépeça : 85% d’entre elles furent acquises par des Allemands de l’Ouest qui en prirent les commandes, y compris pour les liquider au plus vite ; 5% par des Allemands de l’Est. Des millions de kilomètres carrés de forêts et de terres arables furent de même cédées à très bon marché. Selon une plaisanterie répandue en ex-Allemagne de l’Est : « Les événements de 1989 ont été une vraie révolution»
    Treuhand aux commandes: les bilans furent contrastés, les décisions souvent opaques, les pratiques parfois douteuses.
    Un  bilan mitigé, en tous cas. La polémique sur les modalités de la transition, qui fut une vraie déchirure, bien qu'atténuée aujourd'hui, n'est pas éteinte et il reste beaucoup à comprendre pour les historiens sur l'événement qui reconfigura l'Europe..La crise de l'euro aurait là une de ses origines importantes selon le journaliste allemand W.Münchau..
  Les écrivains furent  plutôt partagés sur le sujet.  On se rappelle comment le romancier Gunter Grass, lui, ne fit pas dans la dentelle. 
     L'affaire coûta cher à l'Europe. Le décalage est persistant.Le dossier reste ouvert...Pour un inventaire politique?
  __Point de vue: Une unité encore problèmatique.
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__ Point de vue:  
                           ....L’hebdomadaire « Der Spiegel », « « Bild » Zeitung pour bacheliers » selon l’humoriste Volker Pispers, saisit l’occasion pour expliquer à ses lecteurs les vraies raisons des succès électoraux de la droite identitaire, notamment dans les Länder de l’ancienne RDA : « Les « Ossis » sont tout simplement racistes ». Sous le titre « Les électeurs de l’AFD sont des privilégiés » le tabloïd pour intellectuels formatés vient de présenter une étude du sociologue Alexandre Yendell, contredisant la thèse selon laquelle les gens voteraient AFD parce que les partis traditionnels ne leur offrent plus aucune perspective d’avenir.        L’argumentaire, étayé par l’hebdomadaire hambourgeois, est essentiellement basé sur un amoncellement de sondages. L’article commence par une boutade, annonçant la couleur « scientifique » d’un exposé dégoulinant de mépris. « Ce n’est pas parce que le nombre de cigognes a baissé dans les pays industrialisés et que simultanément le taux de natalité y a baissé également, que nous devrions en tirer des conclusions sur la fécondité des citoyens. De la même manière, il n’y a aucune corrélation entre les motivations des électeurs à voter AFD et une supposée pauvreté, engendrée par un chômage supposément endémique dans l’ancienne RDA. »     « Der Spiegel » fournit pourtant une analyse plus « nuancée » dans un autre article, paru en février 1997 celui-ci, intitulé « La République démocratique allemande en promotion », dans lequel l’hebdomadaire s’insurge contre « la guilde des managers rapaces, avides de dépecer l’ancienne RDA. »               L’hebdomadaire y reproche ainsi à l’establishment ouest-allemand d’avoir « laissé un des leurs, le directeur de la « Treuhandanstalt » en l’occurrence, à la vindicte populaire, préférant se servir une fois le sale boulot effectué », le licenciement de centaines de milliers d’ouvriers suite aux privatisations forcées sous le contrôle de la « Treuhandanstalt », dans le but de préparer le terrain pour les « rapaces ».    Les « Ossis » en revanche n’ont jamais été dédommagés pour le pillage de leur économie, bien que ceci fut prévu dans un paragraphe du traité entre la République fédérale d’Allemagne et la République démocratique allemande, signé le 1er juillet 1990 par les ministres des finances Theodor Waigel et Walter Romberg, formant « l’Union économique monétaire et sociale », paragraphe prévoyant « la distribution de bons de participation à tous les citoyens de la ex-RDA », une promesse jamais réalisée. De l’ensemble des firmes privatisées, 85% furent acquises par des allemands de l’Ouest, 10% par des investisseurs étrangers et 5% par des citoyens de l’ex-RDA.    Pour financer le bradage, fut introduit, en 1995, une « taxe de solidarité », « Soli », de 5,5 % de l’impôt sur le revenu à partir d’une facture fiscale de 972 EU par année, taxe qui rapporte à l’état, à ce jour, 16,8 milliards EU par année. ...
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