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jeudi 19 mai 2022

Un Etat à la dérive

Soumis à la loi des narcotrafiquants

                    C'est une vraie faillite des institutions, face aux tout puissants barons de la drogue, qui continuent de faire la loi, du moins dans les Etats les plus exposés. Le pouvoir est sans moyens, les forces de l'ordre souvent corrompues, un gang chasse l'autre sans ménagement, la population subit les conséquences d'une violence souvent d'une grande cruauté. Le narco-état est soumis à un traitement sans égal, à l'ombre de son partenaire du Nord. Malgré les déclarations et les engagements successifs, rien ne change. Le pays s'enfonce toujours plus dans la tourmente où le droit du plus fort souvent s'impose. C'est comme une guerre. Une histoire déjà longue. Sale temps pour les journalistes et pour ceux qui se trouvent sur le chemin des narcos. C'est souvent un régime de terreur. Le nombre des disparus ne cesse de croître, la violence urbaine ne connaît pas de pause. Les armes circulent, faisant les affaires des marchands US.                                                                                                                                       Les USA , avec lequel le Mexique partage une frontière de 3 000 kilomètres sont le premier consommateur de drogues du monde . Selon le gouvernement mexicain, 90 % des armes saisies aux narcotrafiquants proviennent des Etats-Unis ; 2 000 armes passeraient chaque jour la frontière, du nord vers le sud. L’argent du narcotrafic emprunte cette même route nord-sud et est blanchi dans les banques tant mexicaines qu’américaines avec une facilité déconcertante.        Une guerre qui ne dit pas son nom et qui vient de loin. Une situation qui se dégrade encore depuis 2016.            "...Lorsque le Congrès  des États-Unis vota le Harrison Narcotics Tax Act en 1914, le pavot à opium était cultivé au Mexique depuis déjà longtemps. Cette loi américaine avait pour cibles l’opium et la coca ainsi que leurs produits dérivés. La marijuana, dérivée du cannabis, ne préoccupait pas encore les Américains. À l’inverse du pavot et du cannabis la coca n’a jamais été cultivée au Mexique. La production et la commercialisation de marijuana furent interdites au Mexique en 1920, celles de l’opium en 1926. Les zones de production de pavot à opium étaient alors concentrées dans le nord-ouest du pays, principalement dans les États de Sonora, Sinaloa, Chihuahua et Durango, Sonora et Chihuahua étant frontaliers des États-Unis.


                                                                                                    
« Les Etats-Unis ont reconnu leur co-responsabilité dans cette guerre. C’est un premier pas, mais bien sûr ce n’est pas suffisant », estime M. Alejandro Díaz de León Carrasco, directeur de la coopération internationale au ministère de la justice. Le discours américain ne s’est en effet pas traduit par des actes. Les « narcos » profitent sans encombre de la « sacro-sainte » liberté qui, aux Etats-Unis, permet de posséder des armes. Ce qui n’existe pas côté mexicain. « Nous savons, comme le sait le gouvernement américain, que les trafiquants se fournissent dans les cent mille armureries installées au nord de la frontière ou lors des trois mille foires d’armement [gunshows] qui se déroulent chaque année dans les Etats du Texas, de l’Arizona et de la Californie, ajoute le fonctionnaire. Il suffit d’avoir une carte de résident pour acquérir un, dix ou vingt-cinq fusils-mitrailleurs AK-47. Il n’y a ni limite d’achat ni contrôle sur leur destination. »       Selon les chiffres du ministère de la justice mexicain, 90 % des armes confisquées aux « narcos » proviennent du « grand voisin du Nord ». Et les chiffres augmentent de manière spectaculaire : entre 2002 et 2006, la moyenne des confiscations annuelles était de deux mille cinq cents armes lourdes et quatre cent cinquante mille munitions ; entre janvier et septembre 2008, l’armée assure avoir récupéré plus de neuf mille six cents armes lourdes et un million deux cent mille munitions . Et elle reconnaît que la différence n’est pas la seule conséquence de la lutte du gouvernement, mais bien une augmentation des achats d’armement de la part des narcotrafiquants. Les luttes pour le territoire exigent du matériel.« Le pire, dans ce trafic, poursuit M. Díaz, c’est que l’argent de la drogue est blanchi dans l’industrie d’armement américaine. La route de la drogue et celle des armes sont exactement les mêmes. » Un tel discours peut surprendre : jusqu’à présent, le gouvernement mexicain n’avait jamais fait un tel aveu publiquement. Mais, devant la faible coopération américaine sur le sujet, les langues se délient. Même le très conservateur président Calderón n’a pas hésité à déclarer : « Il est devenu prioritaire de freiner le trafic des milliers d’armes qui proviennent des Etats-Unis et entrent au Mexique. Ce sont elles qui contribuent fortement à l’augmentation de la violence et sont responsables de la mort de dizaines de policiers et de soldats mexicains chaque année...-M. Arenas ne nie pas les faits, mais s’irrite quand on n’évoque qu’un aspect du problème : « On croit toujours que seuls les policiers mexicains sont corrompus. Ce n’est évidemment pas aussi simple. Plusieurs de mes collègues américains viennent d’être incarcérés pour avoir reçu de l’argent des “narcos”. Cela coûte simplement bien plus cher de corrompre côté américain ; dix fois plus cher. Reste que la drogue ou les armes, quand elles passent ainsi la frontière, ont besoin de relais des deux côtés. » Que penser alors de l’initiative Merida, cette aide américaine de 500 millions de dollars reconductible sur trois ans pour le Mexique, et de 50 millions de dollars pour l’Amérique centrale, afin de lutter contre le narcotrafic ? Censée améliorer la formation comme l’armement des policiers, elle est peu appréciée par les intéressés. « Une fois de plus, les Etats-Unis refusent de regarder ce qui se passe chez eux, s’insurge M. Arenas. Avant de venir nous former, qu’ils réduisent leur consommation de drogue ! » Sur son sol, le premier pays consommateur de drogues du monde consacre trois fois plus d’argent à la détention des consommateurs et des trafiquants qu’à la prévention."                          Le trafic d'armes est bien le problème majeur, gangrénant le pays. La presse est menacée. Le problème est politique.  __________

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