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jeudi 18 décembre 2025

IA générative en question

Revers de la médaille

                 Non, le développement de l'IA générative ne se fait pas sans problème

    Des menaces sur l'emploi sont déjà perceptibles. Comme du pillage de données. Dans le domaine de la traduction notamment. C'est un partie du monde du travail qui pourrait être touchée.                                                                                                     " Bien que l’école soit en train de s'effondrer, que l’hôpital public est en lambeau, que les acquis sociaux sont détricotés et que la France croule sous le poids de la dette, les investissements dans le secteur de l'Intelligence Artificielle sont légions. Pourtant, aucune réflexion de fond n'est menée sur le sujet alors même que les conséquences d'un usage massif de l'IA sont déjà visibles.      Alors qu'Emmanuel Macron se targue d'investir 109 milliards d'euros dans l'IA afin de faire de la France le premier pays européen de l'Intelligence Artificielle et le troisième au monde, on peut légitimement s'interroger. Premièrement de la pertinence d'un investissement aussi important alors que les coupes budgétaires sont de rigueur dans tous les autres domaines. Deuxièmement sur l'IA elle-même que l'on nous présente comme un progrès considérable mais qui semble avoir bien plus d'effets négatifs que positifs.                                        Les conséquences du recours généralisé à l'Intelligence Artificielle en matière d'emploi commencent à se faire sentir alors que les premiers licenciés de l'IA apparaissent. Le problème est que nous ne sommes qu'au début du processus, lequel va s'accentuer dans les années à venir.


      Selon une étude récente, les métiers suivants sont les plus menacés d'ici 2030 : opérateurs de saisie, caissiers, secrétaire, guichetiers, traducteurs, standardistes ou encore comptables1. Sur le long terme, d'autres emplois risque de disparaître, y compris celui de chauffeur. De plus, d'autres professions, ne sont pas menacées directement mais vont connaître de profondes mutations, déjà en cours pour certaines, comme les métiers de l'enseignement.           Selon le site capital.fr, aux États-Unis, 25000 emplois ont été supprimés à cause de l'usage de l'IA, sur la seule année 2025. Un chiffre auquel on peut ajouter les 40000 suppressions de postes chez UPS ainsi que les 14000 emplois dont Amazon vient d'annoncer la suppression. Le géant de l'agroalimentaire Nestlé prévoit de supprimer 16000 emplois dans le monde d'ici 2027, toujours à cause du recours à l'IA. Une véritable hécatombe s'annonce donc dans les prochaines années.                                                                                                                      L'utilisation de l'Intelligence Artificielle a aussi de graves conséquences sur l'environnement. Par exemple, une recherche internet via l'IA consomme trente fois plus d'énergie qu'avec un moteur de recherche classique. La génération d'une seule image consomme autant qu'une recharge complète de smartphone soit en moyenne 1,6 Wh. Ce n'est pas tout, entre 2 et 5 litres d'eau sont nécessaires par image générée. Selon l'OCDE, l'IA pourrait consommer jusqu'à 6,6 milliards de mètres cubes d'eau par an d'ici 2027, soit plus que certains pays comme la Tunisie ou le Liban.

                  Pour son utilisation, d’immenses data center fleurissent aux quatre coins du monde. Il se trouve que ces immenses fermes numériques sont extrêmement énergivores. Pour les alimenter des centrales au gaz ou même au charbon sont relancées, c'est le cas en Irlande et aux États-Unis.  Cette gloutonnerie énergétique est loin d'être sans conséquences. Consommation d'eau et d'électricité mais aussi rejet de gaz à effet de serre et contribution au réchauffement climatique. Le géant américain Google a constaté une augmentation de 48% de ses émissions de gaz à effet de serre ces cinq dernières années                                                                                                     Le recours à l'IA générative a aussi de graves répercussions sur le cerveau humain. Déjà, de nombreux jeunes, biberonnés à ChatGPT, sont incapables de penser par eux-mêmes. Le recul du niveau de connaissances et de compétences des étudiants, constaté tant par les enseignants que par les enquêtes internationales2 est un fait indéniable. Si les causes sont multiples, l'usage des écrans, des réseaux sociaux et désormais de l'Intelligence Artificielle en sont la pierre angulaire. En effet, ces cinq dernières années, la baisse de niveau est significative et inquiétante.                              Une étude menée par des chercheurs de Cambridge et de Pennsylvanie montre que plus l'utilisation de l'IA est importante, plus l'esprit critique diminue. Ces chercheurs pointent « une dépendance à long terme et une diminution de la capacité à résoudre les problèmes de manière indépendante ».                                                                                               Pourtant, les injonctions au recours à l'IA sont omniprésentes, y compris dans l’Éducation Nationale qui fonce tête baissée et ne semble pas avoir tiré les leçons de ces erreurs précédentes. En effet, pendant 15 ans, l'EN a mis le paquet sur les tablettes et autres écrans tactiles avant de faire marche arrière devant les dégâts cognitifs désormais prouvés et de prôner le « zéro écran ».                        ___    Si l'Intelligence Artificielle peut être bénéfique dans certains domaines précis, investir massivement dans l'IA ne ressemble pas à une stratégie de développement profitable au plus grand nombre mais davantage à un suicide collectif. Licenciements massifs, contribution conséquente au dérèglement climatique et abolition de l'esprit critique sont les résultats directs de l'irruption de l'IA dans nos quotidiens. La globalisation du phénomène est particulièrement inquiétante. Continuer dans ce chemin revient à ouvrir grand les portes de l'enfer...   [Source : Etude Zety, basée sur les rapports de France Stratégie, de l’OCDE, de l’INSEE ainsi que du Forum économique mondial.]  ___ Lbres propos__ Mediapart_

mercredi 7 février 2024

Une école dématérialisée?

  VISIO-PROFS ET TALETTES

                             LES MARCHANDS DU NUMÉRIQUE EN ONT RÊVÉ. LES DÉBUTS D'UNE OPÉRATION MARKETING À L'ÉCOLE? A LA FAVEUR DE LA CRISE QUI TRAVERSE L'INSTITUTION ET DE LA DÉGRADATION DES CONDITIONNEMENTS D'ENSEIGNEMENT. LA COURSE AU NUMÉRIQUE VA ACCÉLÉRER ENCORE LA DÉCONSTRUCTION DE L'ÉCOLE.

    Miracle à l'école?    

            "Professeur de lycée en philosophie dans les quartiers Nord de Marseille, Renaud Garcia raconte la vie à l’école en 2021-2022 en tant que professeur mais aussi en tant que père d'enfants scolarisés. L'auteur participe à l’Appel de Beauchastel et au collectif Écran Total contre la numérisation de la vie et des métiers. De Parcours Sup aux groupes de discussions Whatsapp entre parents d’élèves pour dénigrer la maîtresse en passant par l'omniprésent logiciel Pronote, sans oublier la dématérialisation des copies et l'avènement du « distanciel », on suivra mi-amusés mi-effrayés la vie quotidienne d’un professeur techno-critique...."


                 --Déjà la sonnette d'alarme avait été tirée en ce qui concerne plusieurs tentatives de numérisation de l'enseignement, même élémentaire.  Il y a quelques années,  E.Davidenkoff se penchait dans l'Express sur l'impasse de la tablette, en contestant le plan pour le numérique annoncé par F.Hollande. Il signalait que les pontes de la Silicon Valley inscrivent leurs bambins dans des écoles privées hors de prix où "ils ne toucheront pas un clavier avant l'âge de 13 ans", persuadés que "le bon usage du numérique découle de compétences qui s'épanouiront mieux loin des écrans."

   Et s'ils avaient tout compris? Privilèges mis à part, n'y a-t-il pas dans cette remarque un grain de bon sens?
         L'Etat va dépenser 700 millions d'euros pour le plan numérique à l'école. Un nouveau Gross Plan, qui risque d'être un fiasco.
   Une aubaine pour les fabricants de tablettes...Hollande, comme Président de conseil général, avait  naguère lancé un plan Ordicollège, très critiqué à l'époque par l'inspection générale de l'EN.
        Mais on peut reprocher à Davidenkoff de manquer de cohérence et de critiquer aujourd'hui ce qu'il vantait hier, allant jusqu'à défendre les mérites du e-learning généralisé:
     « Là où vous devez aujourd’hui payer chaque année des enseignants pour délivrer des cours magistraux à des amphis de quelques centaines d’étudiants, vous pourrez demain pour le même prix délivrer ces cours à un nombre potentiellement infini d’étudiants. Le coût de production de la matière première va chuter. Il en va de même pour une autre tâche chronophage : la correction et l’évaluation. […] Il va falloir admettre qu’une machine peut réaliser de manière autonome un travail qui requiert, de l’avis commun, une intervention humaine. »
    Et voilà, clairement exprimé, le rêve utopique d'une technologie miraculeuse au service d'une industrie très rentable, qui n'avoue pas ses objectifs: faire d'abord son beurre...
            Les moocs devaient même servir à repenser le secondaire :
« Imaginez un instant les formidables gains de productivité qu’elles pourraient permettre. Si, dans un collège ou un lycée , les savoirs classiques étaient massivement délivrés via les MOOC au lieu d’être transmis face à des classes d’une trentaine d’élèves mobilisant, à chaque fois, un enseignant, le temps ainsi libéré pourrait être intégralement dédié l’accompagnement des élèves et à des activités qui requièrent un enseignant en chair et en os – des travaux pratiques aux sorties scolaires, des exercices oraux aux travaux en petits groupes […], des pratiques artistiques aux activités sportives. » 
      Là, c'est déjà moins déraisonnable... malgré la langage technocratique utilisé.   Le langage entrepreneurial a contaminé les pratiques scolaires.  
            Il est sûr que l'école digitale, intelligemment menée , peut représenter un progrès dans la transmission plus efficace de certains  savoirs et un moyen de résoudre en partie la démotivation constatée des élèves.
     Mais quand le numérique tend à devenir une quasi-religion, le saint  Graal qui va régler les problèmes, alors là...
            L'évangélisme digital a ses limites et l'idée de programmation pour tous , nouvelle marotte en vue rue de Grenelle, est discutable, parce que largement irréaliste.
                   L'illusion technologique risque de nous mettre sur la voie de l'abandon des missions essentielles de l'école (qui devrait rester centrée sur la maîtrise de la langue, une bonne culture générale, un esprit critique aiguisé) ), victime de la technolâtrie ambiante. 
 « L’e-learning valorise certaines formes sur d'autres, les élèves les plus autonomes, les enseignements dont les acquis peuvent être validés par des exercices simples et progressifs et ceux qu'on peut le plus facilement mesurer. Ce qui ne représente pas toute la palette éducative. »
        Il faut savoir raison garder:
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                                             " ...L'e-learning a 'également d'autres) limites : il nécessite entre autres que l'ensemble du territoire soit connecté et bénéficie du haut débit. De plus, les méthodes d'enseignement en ligne ne sont pas adaptées à tous les élèves : 
      « L’e-learning valorise certaines formes sur d'autres, les élèves les plus autonomes, les enseignements dont les acquis peuvent être validés par des exercices simples et progressifs et ceux qu'on peut le plus facilement mesurer. Ce qui ne représente pas toute la palette éducative. »
        Un avis que partage Jean-Michel Fourgous, ancien député des Yvelines, et auteur du rapport « Apprendre autrement à l'ère numérique : »         « Le risque est d’accentuer les inégalités entre les étudiants et de favoriser ceux issus des milieux les plus favorisés qui possèdent ces « compétences de base.
 Autre limite majeure de l’’e-learning : il ne peut en aucun cas devenir une alternative au présentiel, notamment dans l'enseignement supérieur qui nécessite des professeurs de haut niveau et des compétences plus facilement transmissibles lors d’une relation professeur/élève dans une salle de classe : 
« L'e-learning  est devenu un lieu commun qui fait oublier un élément essentiel : ce que c'est qu'apprendre, en particulier à l'université » explique Bruno Duvauchelle, formateur-chercheur au Centre d'études pédagogiques sur l'expérimentation et le conseil. 
      Ce à quoi Serge Soudoplatoff, enseignant, chercheur, entrepreneur, responsable de la rubrique politique2.0 à Fondapol, ajoute :
« Rien ne remplace un bon enseignant. La formation de haut niveau nécessite des professeurs de grande qualité et des interactions proches. »
L'e-learning doit donc s’appréhender comme un outil dont il est impératif que les méthodes, adaptées à l'apprentissage à distance, se conjugue avec un enseignement en classe, et une relation humaine. Comme l'explique François-Afif Benthanane, fondateur de la Web@cadémie : 
      « L’éducation reste avant tout une affaire d’échanges interpersonnels. La qualité des relations humaines entre les professeurs et les élèves reste le moteur central de l’apprentissage. »
Michel Dupuis, professeur des universités à l'Université de Lille Nord partage le même avis : 
   « Les outils numériques d’enseignement ont l’immense mérite d’abolir les distances physiques, mais ils ne doivent pas creuser un fossé relationnel entre les individus.  
L’e-learning est une chance et offre donc des opportunités considérables pour un meilleur apprentissage. Mais il faut agir vite :
    « Le monde éducatif ne peut pas vivre en dehors de la société et subir éternellement la modernité. Des tas de trains sont passés à quai et on se gargarise de grands mots et de plans » raconte Alexis Mons, directeur général d'Emakina.fr.
Devant l'immense chantier qui attend l'éducation pour s'adapter au 21ème siècle, Dominique Sciamma, Directeur adjoint du Strate College Designers, en appelle même à dépasser le concept d'e-learning pour innover davantage :
         « Il y a un danger réel à voir les anciennes pratiques se vêtir d’habits nouveaux pour survivre. La E-Labelisation est de ce point de vue un danger mortel qui voit des acteurs et des modèles dépassés se remettre en selle en se numérisant en façade, en se contentant de mettre un nouveau nom sur un vieil objet. E comme « Emplatre » sur une jambe de bois ? ». _________-  Les tablettes au collège, la fausse bonne idée de François Hollande ______________________________________________

jeudi 24 août 2023

Ne plus tabler sur les tablettes

         Après la vague de la tablette à tout prix à l'école

               Bill Gates l'avait bien compris et la Suède, qui avait libéralisé à fond, fait marche arrière.

                                         CQFD.

                     Une vraie mauvaise solution.  
                             O temps (d'écran), suspens ton vol... _______________

mardi 28 mars 2023

Pacte enseignant

 Revaloriser, disent-ils...

                                    Depuis un certain nombre d'années, l'école n'est plus au centre des débats et des préoccupations de ceux qui se succèdent, non seulement rue de Grenelle, mais surtout dans les rangs du pouvoir. On se demande même si elle est encore républicaine, au sens où l'entendaient ses fondateurs et ses vrais rénovateurs. En tous cas, elle n'est plus une priorité nationale et les conditions de son exercice se sont dégradées, sous l'effet de l'évolution des moeurs, des attentes parentales, mais surtout d'une trop grande et aveugle "ouverture" au monde extérieur, au nom d'une "modernisation" plus qu'ambiguë. Au nom de cette même modernité, le numérique a pris une place excessive, reléguant la parole de l'enseignant au second plan, celui de "gentil accompagnateur" dans le nouveau monde des tablettes à tout va. Les consignes de l'OCDE sont passées par là, dans une société invitée à libéraliser tous ses services. Pour les plus lucides, la question est: comment reconstruire l'école? Le malaise est bien réel pour ceux qui sont en première ligne, soucieux de leur mission si particulière. Certains jettent l'éponge.   


                                          -- Le nouveau pacte enseignant annoncé n'est pas fait pour améliorer les choses, comme le souligne un responsable de la formation:   "...La revalorisation des professeurs par le « pacte enseignant » ne laisse espérer ni bénéfice décisif pour les élèves, ni réponse aux besoins des enseignants. Elle s’apparente plutôt à une ultime humiliation. L’exécutif fait le pari que le processus continu de dégradation du pouvoir d’achat des professeurs est de nature à leur faire accepter le conditionnement d’une revalorisation qui, en fait, n’en n’est pas une. Aux enseignants qui s’étaient entendu promettre une revalorisation générale et « inconditionnelle d’environ 10 % », la promesse est à présent celle de tâches supplémentaires rémunérées. Ce nouvel épisode de la mise en transformation du système semble surtout cumuler dogmatisme et improvisation. Un sentiment d’improvisation lié aux hésitations dans la présentation des tâches supplémentaires constitutives du pacte, mais aussi à la demande faite aux professeurs des écoles de rejoindre le collège pour y assurer des heures de soutien. Pause méridienne et temps de décharge des directeurs écartés, la solution du mercredi matin va contraindre à déporter les temps de formation continue sur les fins de journées. Restent posées les questions des enseignants travaillant le mercredi et de ceux résidant loin de leur lieu d’exercice. Quel bénéfice économique d’une ou deux heures de soutien, une fois déduits les frais de route, de garde d’enfant ou d’une nuitée supplémentaire sur place ? Au-delà des questions pratiques, c’est l’absence de considération pour les personnels, qui frappe le plus. Comment entendre la nouvelle injustice à l’encontre des femmes, quand nul n’ignore les raisons sociales et culturelles qui leur rendront plus difficile qu’aux hommes l’accès aux tâches de la revalorisation ?                                                                                                                                         Ce conditionnement de la revalorisation écarte l’idée même de revalorisation. Il s’agit d’un accroissement rémunéré de la charge de travail, aucunement d’une revalorisation actant les retards accumulés ces dernières années. La démarche n’a pas été de considérer qu’il y avait des besoins pédagogiques à satisfaire. Elle a consisté à créer une « coquille vide », le pacte, au service de principes dogmatiques, puis à chercher avec quoi la remplir. Le primat est celui du « travailler plus » pour retrouver un pouvoir d’achat mis à mal par les choix et les mesures politiques adoptés depuis une quinzaine d’années. Or, les professeurs des écoles français sont, avec ceux d’Irlande et des Pays-Bas, les enseignants assurant le plus grand nombre d’heures de cours en Europe. Quand la moyenne est de 720 heures annuelles, ils en effectuent 900. Ces heures nécessitant de la préparation, il n’est pas étonnant que le temps de travail hebdomadaire médian des professeurs français soit de 43 heures contre 40 heures pour la moyenne des cadres A de la fonction publique d’ État. Rappelons que les heures que les professeurs des écoles effectuent au-delà de leur obligation de service ne donnent lieu à aucune rémunération ni compensation, contrairement à nombre d’autres professions. Rappelons que ces mêmes enseignants travaillent dans les classes présentant les taux d’encadrement les moins favorables parmi 26 pays européens étudiés par la DEPP. Rappelons, enfin, que les écoles n’ont pas été conçues pour répondre aux impératifs du travail en équipe et pas plus pour le travail personnel des enseignants. Pourtant, à terme l’idée est que les professeurs assurent une présence d’une plus grande amplitude horaire dans leur école. Or, les pays ayant adopté ce fonctionnement n’ont pas institué un temps de travail face à élèves aussi conséquent qu’en France et c’est ne pas considérer le temps de préparation requis, contrairement à des temps de rencontre ou de bilan. C’est bien une posture idéologique qui préside au conditionnement de l’amélioration des revenus des enseignants, aucunement une posture objective et rationnelle.                                                                                Les choix de ces dernières décennies ont conduit l’école française entre les 20e et 25e places des enquêtes internationales sur les résultats des élèves, mais aussi sur les compétences psychosociales, le climat scolaire, le bien-être et la confiance des élèves et enseignants, la qualité de vie au travail. Pour les enseignants français la décennie écoulée les a conviés au bal des privations, les invitant à une valse à cinq « D » : déclassement, dévalorisation, déconsidération, déqualification, déshumanisation. Cette convergence des privations fait le lit des renoncements et du mal-être professionnels. Elle démobilise, installe les amertumes, la défiance et les tensions au travail. Elle dicte le deuil de l’efficacité en organisant une humiliation institutionnalisée, strict opposé de la reconnaissance.                                                                 Lucas Chancel, économiste, a relevé que « les jeunes enseignants sont passés d’un salaire équivalent à 2,3 fois le SMIC en 1980 à un salaire à peine au-dessus du SMIC aujourd’hui (1,2 fois le SMIC) ». L’OCDE confirme que nos enseignants du primaire ayant quinze ans d’expérience gagnent environ 20 % de moins que ceux de l’ OCDE, les plaçant parmi les plus mal payés des pays riches. Entre 2005 et 2019 les salaires des professeurs de l’ OCDE ont augmenté en moyenne de 11 %. Sur la même période ils ont baissé de 2 à 6 % en France. Depuis 2000, la baisse est accentuée, entre 7 et 10 %. Les salaires enseignants connaissent un décrochage plus marqué que ceux des autres cadres de la fonction publique. Ce décrochage salarial s’observe tout autant vis à vis du privé, les salaires des professeurs d’élémentaire étant inférieurs de 22 % à ceux des actifs du privé.                                                                  La forte dégradation salariale des métiers de l’enseignement affecte leur attractivité et contribue à l’altération de leur image. Quand les enseignants finlandais disposent d’un statut social les assimilant aux médecins, les professeurs français flirtent avec le statut de « smicard ». Une « smicardisation » à Bac + 5. Un corps professionnel régulièrement publiquement déconsidéré par ses propres responsables, de M. De Robien à M. Blanquer, en passant par M. Darcos. Il n’y a pas moins de déconsidération dans des lieux de travail vétustes, dans un management infantilisant et injonctif, véritable repoussoir pour les candidats au professorat, facteur d’exaspération et de démobilisation pour les actifs et vecteur d’échec pour le système. L’accroissement des démissions, des « burn-out » et l’expression massive du mal-être des enseignants ne sont pas entendus. A la demande de confiance et de souplesse, le ministère ne sait répondre que par des cadres contraignants, des injonctions pédagogiques et l’introduction d’un rapport hiérarchique entre directeurs et adjoints.                                                    Un professeur des écoles dispose de 108 heures d’obligation de service, dont 48, soit 1 H 20 par semaine, pour le travail en équipe, les rencontres avec les parents et partenaires, l’accueil d’un élève handicapé, les projets etc. Il faudrait ajouter la lecture des ressources, textes et circulaires, les conseils école – collège et tant d’autres choses. Comment ce professeur peut-il ressentir l’insistance de son administration à conditionner sa revalorisation à du travail supplémentaire, alors qu’il en assume d’ores et déjà un nombre excédant largement ce qui est dû, cela à titre gracieux ?     La déqualification réside dans des formations initiale et continue carencées, incapables de répondre aux enjeux professionnels. Elle est tout autant dans le recours à des enseignants contractuels dont les quatre jours dits de formation complètent un constat de déliquescence.                En instaurant des formes de travail « à la carte », en introduisant une logique de tâches optionnelles potentiellement différentes selon les enseignants d’une même école, le pacte est la promesse d’une plus grande dissémination des équipes pédagogiques. Il est de nature à renforcer la solitude du métier de professeur, plutôt que d’en faire un métier fondamentalement collectif. Les promoteurs du pacte semblent obsédés par la volonté d’optimiser le temps de mobilisation des professeurs. En occupant chaque interstice de leur temps professionnel on parviendra, avant tout, à faire disparaître des opportunités de collaboration et d’innovation, mais aussi de régulation du stress professionnel et des risques de conflits. Les questions de la santé et du bien-être des personnels demeurent reléguées et négligées. Les enseignants français affichent une dégradation de leur moral et une souffrance beaucoup plus conséquentes que leurs homologues de l’ OCDE.                                                                                     Aujourd’hui, la transformation du management des organisations qui ont compris les enjeux de la réussite repose sur la responsabilisation de leurs salariés et sur leur engagement au sein d’équipes maîtrisant leur travail dans une plus grande autonomie. Elles ont compris le rôle majeur de la qualité de vie au travail, notamment dans l’enjeu du recrutement des jeunes, l’importance de considérer leurs employés et de les impliquer dans l’adaptation du travail. Dans le même temps, l’éducation nationale prend le parti d’un contresens historique. Quand les échecs et les dysfonctionnements appellent à considérer les salariés non comme un coût devant être abaissé mais comme un investissement, quand le métier d’enseignant n’a jamais autant nécessité de coopération responsable, le ministère de l’éducation nationale formate le travail en modules déconnectés et désocialise professionnellement les enseignants. En imposant le pacte, le ministère créé une antinomie du travail reposant sur l’autonomie, l’intelligence et l’initiative de ses personnels. Le pacte réclame des noms et des heures à comptabiliser. Du chiffre, si possible beaucoup de chiffre.                                                                       En ne s’employant pas à remédier au quintyque « déclassement, dévalorisation, déconsidération, déqualification, déshumanisation » autrement que par un saupoudrage de primes soumises à des exigences supplémentaires, le ministère de l’éducation nationale fait œuvre d’humiliation. Après les promesses non tenues, il demande à ceux qui ont été socialement rétrogradés de « mériter » la récupération de ce qui leur a été retiré. Loin de leur soumettre ou d’élaborer avec eux un projet pour l’avenir, il les enjoint de s’inscrire dans des dispositifs qui semblent plus destinés à les contraindre qu’à répondre aux difficultés et aux besoins essentiels des élèves. Ces derniers ne trouveront pas leur compte, ni les réponses à leurs difficultés, dans ces dispositifs qui sont des artifices consommateurs de temps et de crédits. Ils trouveront face à eux de plus en plus d’enseignants fatigués, désillusionnés et pressés.                                                                                                                                                     Il y a humiliation lorsque n’est pas donnée à ceux qui œuvrent, la possibilité de bien faire leur travail, comme il y a humiliation à renforcer les sentiments de subordination et d’exécutant. Le pacte est de nature à créer les conditions de la mise en situation de « job strain » des enseignants, lorsque le salarié ne dispose plus de marge de manœuvre individuelle suffisante pour faire face aux exigences ressenties dans son travail, entraînant tension et mal-être pouvant conduire à une dégradation de la santé physique ou mentale. En France, 32 % des travailleurs disent « subir une tension au travail », une « demande excessive de travailler vite », « une quantité excessive de travail » et « manquer de temps pour le faire correctement ». Les troubles psychosociaux représentent un coût de plusieurs milliards d’Euros, la France étant particulièrement concernée en raison de la mauvaise qualité de son organisation du travail et de son management. Elle cumule tout autant un mauvais taux d’engagement des salariés et le record européen pour leur désengagement actif. On mesure l’état du travail et de la prise en compte de sa qualité de vie, dans notre pays. Manifestement, l’éducation nationale n’a pas pour projet de déroger à cette carence et préfère persister dans la voie du pire.                                                                                                                                                         La question se pose de savoir et comprendre pourquoi les enseignants ont été soumis, ces quinze dernières années, à un régime de déclassement et de privation. Si, de façon générale, la fonction publique d’ État a été impactée au cours de cette période, pourquoi le monde de l’éducation a-t-il été particulièrement plus affecté que les autres administrations ? Conséquence d’un électorat moins favorable que le reste de la fonction publique aux candidats élus ? Projet de société reposant sur une asymétrie sociale d’éducation ? Analyse prospective considérant que l’éducation n’appelle pas à de l’investissement, mais plutôt à l’instauration des conditions favorables à une « nouvelle donne libérale » ? Le modèle du pacte enseignant déconnecte la rémunération du salaire. Il conditionne cette rémunération à l’accomplissement de tâches. Il définit l’acte d’enseignement en des espaces – temps morcelés, en une accumulation de dispositifs disjoints choisis « à la carte » par des professeurs devenant prestataires. Il réintroduit une forte dimension de « silo » dans un travail dont les modalités isolent l’enseignant, le décrochent de son équipe d’école. Le projet de pacte porte les prémices d’une « ubérisation » de l’enseignement. L’ubérisation repose sur une transformation digitale des métiers, or, les plateformes numériques dédiées à l’enseignement ne cessent de se développer, sur le modèle de « Chegg » et de bien d’autres aux Etats-Unis, mais aussi en France. L’enjeu n’est d’ores et déjà plus de savoir si cela est nécessaire, efficace, souhaitable ou pas. Il est de s’atteler à penser et refonder notre école en l’affranchissant de modalités et de principes, pour certains centenaires. Il est de créer les conditions d’une école ambitieuse et juste pour tous ses élèves, comme d’autres pays sont parvenus à le faire. Il n’y a aucune chance que les empilements de mesures et les juxtapositions de dispositifs du type « pacte » puissent constituer un salut. Ils ne font que faire perdre sens au système. La seule alternative est que l’administration se positionne enfin en appui d’unités pédagogiques au sein desquelles enseignants et responsables, qualitativement formés et reconnus, travaillent collectivement à la déclinaison d’un projet éducatif national, dans le respect, la confiance et la responsabilité.  [Thierry Lépineux] _____________

mercredi 25 janvier 2023

Orthographe: combat d'un autre âge?

 La "science des ânes..."

                       ...Disait -on naguère pour parler de ceux qui vantaient les vertus d'une orthographe parfaitement maîtrisée, aboutissement de l' histoire complexe d'une langue  reçue en héritage. La dictée, au certificat d'étude, avait une valeur centrale et aujourd'hui encore, l'orthographe imparfaite, approximative, est souvent un critère de sélection sociale et professionnelle, même si les exigences se sont déplacées. Elle reste un marqueur social, un critère de distinction, elle est un élément important dans une lettre de motivation, d'où l'insistance scolaire toujours vive sur son importance, malgré les heures qui se sont réduites en français et des méthodes d'enseignement souvent contestées.                               On dénonce une dérive dans la maîtrise de l'expression écrite, les exigences minimales d'apprentissage n'étant plus assurées. Ce n'est pas seulement l'effet d'un recours abusif aux tablettes et aux correcteurs orthographiques, mais peut-être plus une dispersion de l'attention et un intérêt moins affirmé pour sa langue et surtout peut-être la régression de la lecture et de l'exercice de composition écrite dans le cadre scolaire. Le "retour à la dictée" par injonction ministérielle ne produira pas ses fruits si des conditions matérielles en classe ne sont pas assurées, si une certaine ligne pédagogique n'est pas modifiée. Le retour au totem de la dictée sera une vaine incantation si l'attention aux structures de la langue, la grammaire, ne sont pas précocement étudiées; ce qui ne cadre pas avec les démarches dites ludiques des apprentissages scolaires, depuis des décennies.     


                        Toute une histoire...                      Comme dit une enseignante: "..."On charge effectivement la barque : on nous demande de faire de l'histoire des arts, de l'éducation à la citoyenneté, de l'oral, des rédactions… Donc les fondamentaux comme l'apprentissage de la langue, notamment de la grammaire, et de l'orthographe, diminuent forcément. Et le reste ne suit pas : on ne peut pas construire une pensée et un discours riche, nuancé et précis. Rendez les heures de français ! Quand j'étais collégien, j'avais 5 à 6 heures de français par semaine. Les dernières années où j'enseignais, autour de 2017. On était tombé à 3 h et demie. Et les élèves sont de plus en plus nombreux par classe. Ils arrivent en sixième, sans avoir acquis les fondamentaux. Derrière, il n'y a pas de miracle."____Rachid Santaki ajoute : "On a aussi des élèves aujourd'hui qui ont des temps de concentration beaucoup moins importants."   __Le niveau baisse : de quoi parle-t-on ?Mais si le temps consacré au français est moindre, la question du niveau est à interroger, explique Florie Cristofoli-Coulon : "Il faudrait peut-être se poser la question de comment est mesuré le niveau. Si on mesure des techniques, des automatismes, le niveau baisse peut-être. Mais est-ce vraiment le rôle de l'école ? Doit-on former des automates qui réussissent aux tests ou forme-t-on à la pensée complexe, à la réflexion sur la langue, aux liens faits avec la littérature ? L'orthographe n'est pas là pour réussir la dictée. L'enjeu, de l'orthographe est de pouvoir mieux comprendre les textes qu'on lit, mieux écrire pour être mieux compris, pour pouvoir faire l'écriture qui permet de diffuser des idées, de convaincre, etc.    Donc le niveau baisse, mais les recherches montrent que, au niveau de l'argumentation, de la capacité à confronter ses idées, les élèves ne sont pas en reste, même si on a du mal à travailler ce genre de choses à l'école parce qu'effectivement on parle beaucoup des fondamentaux et qu'il faudrait connaître la base avant d'aller à l'activité complexe. Et moi, je défends le fait que tout apprentissage est complexe."   ____Philippe auditeur, et enseignant à Sens déplore le nombre d'élèves par classe qui ne permet pas d'approfondir, mais surtout souligne-t-il "Quelle place a l'orthographe dans la société. S'il n'en est question qu'à l'école, quel sens cela a ? Et à quoi va leur servir dans leur vie cette discipline ? Si on envisageait ces disciplines sous l'angle de la communication, on arriverait mieux à intéresser les élèves."  ____ Rachid Santaki s'inquiète : "Depuis dix ans, avec cette casquette de romancier, j'ai eu l'occasion d'intervenir en classe. Je vois vraiment une différence. Entre 2011-2012, ces élèves de collège et de lycée prenaient un livre. Aujourd'hui, ils ne touchent même pas de livre. Ils sont dans de la vidéo et de l'audio. Cette fracture existe. Ce n'est pas pour jeter la pierre aux écrans, mais c'est une réalité. Ensuite, il faut expliquer aux élèves qu'on a besoin pour justement connaître les mots, leur sens, et leur donner une force. Mais également pour trouver un stage et pour l'insertion professionnelle."  _____Julien Soulié : "On peut le déplorer, mais l'orthographe est un marqueur social, qu'on le veuille ou non."                                                                                                                    Un déclin inéluctable?... Au fond, Voltaire faisait pas mal de "fautes d'orthographe"...à une époque où les règles n'étaient pas encore bien fixées et les exigences sociales de l'écriture moindres. Ne parlons pas de Montaigne...   ______________

lundi 9 janvier 2023

Une poste devenue timbrée?

 La "modernisation" en marche.

           Une notion à interroger. La notion de modernisation à bon dos. On l'utilise à tout propos, parfois pour des objectifs les plus discutables. Pour introduire les tablettes à l'école, sans précaution ni limites, pour développer la voiture tout-électrique, sans réflexion sur les tenants et les aboutissants de cette nouvelle injonction...mais aussi pour dématérialiser au plus vite le plus grand nombre possible de démarches administratives, avec pour conséquence l'exclusion d'une partie de la population, condamnée à se "moderniser" au plus vite, trouvant de moins en moins d'interlocuteurs vivant, même au bout du fil...La "fracture numérique" se creuse à grand pas, masquant les véritables enjeux: le lean management, le dégraissage, les économies à courte vue, l'effacement progressif des services publics. Adapte-toi ou crève!


                                                                                            A la Poste, tout se modernise à grande vitesse. C'est attractif. Sauf, que dans les campagnes, c'est le désert et que beaucoup d'anciens (mais pas seulement) ne peuvent s'adapter à ce nouveau e-service et ses robots. La privatisation est en route à bas bruit depuis plus de 10 ans. Un changement de statut contesté, qui rejaillit sur la gestion du personnel. Peut-on encore parler de "service postal"?     ____Une déliquescence de fait. "   À la fin du timbre permettant l’acheminement d’une lettre en 24 heures s’ajoute l’inquiétude autour d’expérimentations pour supprimer les tournées quotidiennes. L’occasion de revenir sur les mécanismes qui poussent les postiers à travailler toujours plus vite, et plus mal....« réorganisations » constantes que subissent les centres postaux : tous les 18 à 24 mois, la direction de l’entreprise publique impose de réduire le nombre de facteurs, et donc augmente le périmètre des tournées. L’argument au cœur de cette logique paraît simple : en douze ans, le nombre d’« objets distribués » a été divisé par deux. Mais cette argumentation oublie de signaler que le nombre de boîtes aux lettres desservies augmente sans cesse, et que le nombre de recommandés et de petits colis distribués par les facteurs grimpe en flèche chaque année.   Sur notre plateau, le sociologue discute avec Brahim Ibrahimi, facteur, syndicaliste Sud PTT dans les Hauts-de-Seine et acteur de toutes les luttes à La Poste. Ensemble, ils dévoilent un autre secret de fabrication de La Poste : les calculs, en apparence scientifiques, grâce auxquels ont été établies les tournées des postiers pendant une quinzaine d’années se fondaient sur des chronométrages et des mesures… dont l’entreprise a perdu toute trace il y a des années..."    ___________________

samedi 7 janvier 2023

En progrès à l'école...

       Y a pas à dire, on avance. Dommage que ce ne soit pas dans le bon sens... L'écrit est de moins en moins maîtrisé et ce déficit se répercute jusqu' en fac et même dans le monde enseignant lui-même.... Et l'orthographe n'est pas l'essentiel. Pour la lecture, la compréhension, le raisonnement, l'autonomie de pensée c'est plus grave. Sans vouloir dramatiser, il a tout de même du souci à se faire.                                                                                  On met en place des opérations commandos au collège, alors qu'on a drastiquement diminué les heures de français, la base de tout. L'inculture fait des pas de géant. Mais les tablettes ont du succès. L'excellence se fait rare.  Mais on met la poussière sous le tapis. Pas de vague!

          Une révolution est en marche. On ne sera peut-être plus obligé de penser par soi-même. Une avancée incontestable 😖 Vivent les algorithmes! Bienvenue Orwell!...                                                                                                  

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lundi 5 décembre 2022

Vers une école dématérialisée?

  Visioprofs et talettes

                             lES marchands du numérique en ont rêvé. Les débuts d'une opération Marketing à l'école? A la faveur de la crise qui traverse l'institution et de la dégradation des conditionnements d'enseignement. La course au numérique va accélérer encore la déconstruction de l'école.


                  Professeur de lycée en philosophie dans les quartiers Nord de Marseille, Renaud Garcia raconte la vie à l’école en 2021-2022 en tant que professeur mais aussi en tant que père d'enfants scolarisés. L'auteur participe à l’Appel de Beauchastel et au collectif Écran Total contre la numérisation de la vie et des métiers. De Parcours Sup aux groupes de discussions Whatsapp entre parents d’élèves pour dénigrer la maîtresse en passant par l'omniprésent logiciel Pronote, sans oublier la dématérialisation des copies et l'avènement du « distanciel », on suivra mi-amusés mi-effrayés la vie quotidienne d’un professeur techno-critique.  


Déjà la sonnette d'alarme avait été tirée en ce qui concerne plusieurs tentatives de numérisation de l'enseignement, même élémentaire.  Il y a quelques années, E.Davidenkoff se penchait dans l'Express sur l'impasse de la tablette, en contestant le plan pour le numérique annoncé par F.Hollande. Il signalait que les pontes de la Silicon Valley inscrivent leurs bambins dans des écoles privées hors de prix où "ils ne toucheront pas un clavier avant l'âge de 13 ans", persuadés que "le bon usage du numérique découle de compétences qui s'épanouiront mieux loin des écrans."

   Et s'ils avaient tout compris? Privilèges mis à part, n'y a-t-il pas dans cette remarque un grain de bon sens?
         L'Etat va dépenser 700 millions d'euros pour le plan numérique à l'école. Un nouveau Gross Plan, qui risque d'être un fiasco.
   Une aubaine pour les fabricants de tablettes...Hollande, comme Président de conseil général, avait  naguère lancé un plan Ordicollège, très critiqué à l'époque par l'inspection générale de l'EN.
        Mais on peut reprocher à Davidenkoff de manquer de cohérence et de critiquer aujourd'hui ce qu'il vantait hier, allant jusqu'à défendre les mérites du e-learning généralisé:
     « Là où vous devez aujourd’hui payer chaque année des enseignants pour délivrer des cours magistraux à des amphis de quelques centaines d’étudiants, vous pourrez demain pour le même prix délivrer ces cours à un nombre potentiellement infini d’étudiants. Le coût de production de la matière première va chuter. Il en va de même pour une autre tâche chronophage : la correction et l’évaluation. […] Il va falloir admettre qu’une machine peut réaliser de manière autonome un travail qui requiert, de l’avis commun, une intervention humaine. »
    Et voilà, clairement exprimé, le rêve utopique d'une technologie miraculeuse au service d'une industrie très rentable, qui n'avoue pas ses objectifs: faire d'abord son beurre...
            Les moocs devaient même servir à repenser le secondaire :
« Imaginez un instant les formidables gains de productivité qu’elles pourraient permettre. Si, dans un collège ou un lycée , les savoirs classiques étaient massivement délivrés via les MOOC au lieu d’être transmis face à des classes d’une trentaine d’élèves mobilisant, à chaque fois, un enseignant, le temps ainsi libéré pourrait être intégralement dédié l’accompagnement des élèves et à des activités qui requièrent un enseignant en chair et en os – des travaux pratiques aux sorties scolaires, des exercices oraux aux travaux en petits groupes […], des pratiques artistiques aux activités sportives. » 
      Là, c'est déjà moins déraisonnable... malgré la langage technocratique utilisé.   Le langage entrepreneurial a contaminé les pratiques scolaires.  
            Il est sûr que l'école digitale, intelligemment menée , peut représenter un progrès dans la transmission plus efficace de certains  savoirs et un moyen de résoudre en partie la démotivation constatée des élèves.
     Mais quand le numérique tend à devenir une quasi-religion, le saint  Graal qui va régler les problèmes, alors là...
            L'évangélisme digital a ses limites et l'idée de programmation pour tous , nouvelle marotte en vue rue de Grenelle, est discutable, parce que largement irréaliste.
                   L'illusion technologique risque de nous mettre sur la voie de l'abandon des missions essentielles de l'école (qui devrait rester centrée sur la maîtrise de la langue, une bonne culture générale, un esprit critique aiguisé) ), victime de la technolâtrie ambiante. 
 « L’e-learning valorise certaines formes sur d'autres, les élèves les plus autonomes, les enseignements dont les acquis peuvent être validés par des exercices simples et progressifs et ceux qu'on peut le plus facilement mesurer. Ce qui ne représente pas toute la palette éducative. »
        Il faut savoir raison garder:
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                                             " ...L'e-learning a 'également d'autres) limites : il nécessite entre autres que l'ensemble du territoire soit connecté et bénéficie du haut débit. De plus, les méthodes d'enseignement en ligne ne sont pas adaptées à tous les élèves : 
      « L’e-learning valorise certaines formes sur d'autres, les élèves les plus autonomes, les enseignements dont les acquis peuvent être validés par des exercices simples et progressifs et ceux qu'on peut le plus facilement mesurer. Ce qui ne représente pas toute la palette éducative. »
        Un avis que partage Jean-Michel Fourgous, ancien député des Yvelines, et auteur du rapport « Apprendre autrement à l'ère numérique : »         « Le risque est d’accentuer les inégalités entre les étudiants et de favoriser ceux issus des milieux les plus favorisés qui possèdent ces « compétences de base.
 Autre limite majeure de l’’e-learning : il ne peut en aucun cas devenir une alternative au présentiel, notamment dans l'enseignement supérieur qui nécessite des professeurs de haut niveau et des compétences plus facilement transmissibles lors d’une relation professeur/élève dans une salle de classe : 
« L'e-learning  est devenu un lieu commun qui fait oublier un élément essentiel : ce que c'est qu'apprendre, en particulier à l'université » explique Bruno Duvauchelle, formateur-chercheur au Centre d'études pédagogiques sur l'expérimentation et le conseil. 
      Ce à quoi Serge Soudoplatoff, enseignant, chercheur, entrepreneur, responsable de la rubrique politique2.0 à Fondapol, ajoute :
« Rien ne remplace un bon enseignant. La formation de haut niveau nécessite des professeurs de grande qualité et des interactions proches. »
L'e-learning doit donc s’appréhender comme un outil dont il est impératif que les méthodes, adaptées à l'apprentissage à distance, se conjugue avec un enseignement en classe, et une relation humaine. Comme l'explique François-Afif Benthanane, fondateur de la Web@cadémie : 
      « L’éducation reste avant tout une affaire d’échanges interpersonnels. La qualité des relations humaines entre les professeurs et les élèves reste le moteur central de l’apprentissage. »
Michel Dupuis, professeur des universités à l'Université de Lille Nord partage le même avis : 
   « Les outils numériques d’enseignement ont l’immense mérite d’abolir les distances physiques, mais ils ne doivent pas creuser un fossé relationnel entre les individus.  
L’e-learning est une chance et offre donc des opportunités considérables pour un meilleur apprentissage. Mais il faut agir vite :
    « Le monde éducatif ne peut pas vivre en dehors de la société et subir éternellement la modernité. Des tas de trains sont passés à quai et on se gargarise de grands mots et de plans » raconte Alexis Mons, directeur général d'Emakina.fr.
Devant l'immense chantier qui attend l'éducation pour s'adapter au 21ème siècle, Dominique Sciamma, Directeur adjoint du Strate College Designers, en appelle même à dépasser le concept d'e-learning pour innover davantage :
         « Il y a un danger réel à voir les anciennes pratiques se vêtir d’habits nouveaux pour survivre. La E-Labelisation est de ce point de vue un danger mortel qui voit des acteurs et des modèles dépassés se remettre en selle en se numérisant en façade, en se contentant de mettre un nouveau nom sur un vieil objet. E comme « Emplatre » sur une jambe de bois ? ».

             _________-  Les tablettes au collège, la fausse bonne idée de François Hollande _______