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lundi 12 octobre 2026

Mondialisation sur mer

La bataille des conteneurs

                                 Les échanges économiques, dans le cadre de la mondialisation, n'ont jamais atteint une telle ampleur. Même s' ils ont commencé très tôt, mais sous des formes plus limitées quantitativement et géographiquement, pas seulement en Méditerranée.           Aujourd'hui ce sont tous les océans du monde qui sont en permanence parcourus pas des cargos, aux dimensions de plus en plus démesurées, transportant des produits surtout d'origine chinoise. L plus grand atelier du monde est devenu le plus grand marchand de tous les biens imaginables, largement subventionné. C'est un nombre toujours croissant qui est le symptôme d'une mondialisation qui arrive à la fin de sa forme traditionnelle. La Chine avance ses pions et est en marche vers la maîtrise des mers, les nouvelles routes de la soie.                 L'excellente émission de Public Senat, nous a offert récemment l'occasion de réfléchir à ce tournant, autant historique qu'économique.   Environ 90% de ce que nous consommons transitent sur les quelque 60 000 vaisseaux qui sillonnent sans relâche les mers du globe. C'est dire notre dépendance et l'importance du frêt maritime, tentaculaire réseau d'artères maritimes qui structure la mondialisation. Mais celle-ci n'est rendue possible que parce qu'une armada de cargos voguent à son service ..      Une "révolution", selon Mc Lean .                                                                                                                         Le fret maritime représente aujourd’hui 90 % du commerce international de marchandises. Plus de 50 000 navires de commerce naviguent à travers la planète, parmi lesquels près de 40 % de pétroliers. Plus de 60 % de la flotte mondiale dédiée au transport maritime international est placée sous pavillon de complaisance (libre choix du pays d’immatriculation).  L’activité de fret maritime international emploie plus de 1,3 million de marins de commerce à travers le monde.                                                                                                                                     (Source : https://info.arte.tv/fr/le-commerce-maritime-mondial-infographies --https://savoirs.rfi.fr/fr/comprendre-enrichir/economie/le-transport-maritime_https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/expliquez-nous/expliquez-nous-le-transport-maritime_1788701.html _https://www.planete-energies.com/fr/medias/decryptages/le-transport-du-petrole-par-voie-maritime)                                                                                                                                                                                      " Dans un monde de plus en plus interconnecté, le transport maritime se présente comme un composant essentiel du commerce mondial, agissant en tant que pilier de l’économie mondiale. Depuis l’Antiquité, les océans ont assisté à l’évolution constante du transport maritime, jouant un rôle crucial dans les échanges de marchandises et dans le développement économique.  La grande majorité du commerce mondial (environ 90 % selon l’OMI, Organisation maritime internationale) s’effectue par transport maritime. Sans celui-ci, il serait impossible d’importer et exporter les marchandises à l’échelle nécessaire pour soutenir le monde actuel.   On estime à plus de 50 000 le nombre de navires marchands engagés dans le commerce international, transportant tout type de cargaison. La flotte mondiale actuelle est immatriculée dans plus de 150 pays et emploie plus d’un million de marins de presque toutes les nationalités..."                                                                                                          La domination chinoise s'affirme de plus en plus. Ses ports se développent. Ses ambitions s'élargissent. Ses avancées se font à une rythme inégalable. Jusqu'à quand?...Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.... (Proverbe chinois)___                         Et demain?...

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vendredi 9 octobre 2026

Un parcours pas comme les autres

Une usine à gaz?  

                                   Dans l'imprévisible et vaste mouvement  lycéen et étudiant qui secoue aujourd'hui  une France stupéfaite et des élites assez désemparées, parfois tétanisées, mais tenue de s'emparer rapidement d'un problème dont elles ne comprennent ni les enjeux, ni les tenants ni les aboutissants, beaucoup se pose des questions sur le sens brouillé des revendications émises, des demandes pas toujours claires des jeunes dans la rue, quand ils s'expriment. C'est toujours ainsi dans les mouvements de masse, surtout au moment le plus inattendu.                                                                                                 Il y a le dit et le non dit. Dans le non dit, mais depuis longtemps exprimé , il y a, comme certains l'ont mis en relief, l'expression d'un vrai malaise, dont il été régulièrement parlé depuis l'origine assez récente, concernant l'oeuvre d'un ministre qui a laissé des souvenirs moyens, qui a modifié en profondeur le cursus du lycéen. Il s'agit de Parcours Sup, dont la mise en place et les conséquences concrètes ont souvent été mises en cause. Plus qu'une déception. Un système installé sans concertation, dont beaucoup, professeurs compris, demandent rapidement la révision, voire la disparition ou le remplacement par un système moins opaque, étant donné les effets qu'il produit. Un monstre algorithmique, comme le dit un un responsable politique de Horizon...Le lycée serait-il devenu une usine à stress où le désir de savoir ne serait plus prioritaire?   


                                                                                                                                        Certains expriment la chose de manière plus simple et directe, notamment en parlant de parcours du combattant. Comme dans l'association citoyenne Jean Moulin. Point de vue non dénué d'humour grinçant, qui mérite d'être entendu:

             Cette chronique s’adresse prioritairement aux néophytes qui ne connaissent pas les arcanes de cette superbe usine à gaz qu’est Parcoursup et dont le principal instigateur, Jean-Michel Blanquer, pouvait encore défendre hier soir à la télévision les mérites de cette magnifique invention, généralement sans rencontrer beaucoup de contradicteurs.
Lorsque j’étais lycéen, la chronologie de la classe de terminale avait au moins le mérite d’une linéarité et d’une simplicité remarquables : nous passions notre baccalauréat, puis nous réfléchissions à ce que nous allions faire de notre vie. Nos professeurs étaient certes de piètres conseillers d’orientation, mais au moins ne nous demandaient-ils pas, à dix-sept ans, de construire méthodiquement notre stratégie d’accès à l’enseignement supérieur avant même d’avoir décroché le diplôme qui sanctionnait nos études secondaires.
C’était évidemment beaucoup trop simple. Il fallut donc inventer Parcoursup. Depuis, l’adolescent ne prépare plus seulement son bac : il prépare son avenir, son dossier, ses vœux, ses sous-vœux, ses appréciations, ses éventuelles lettres de motivation, ses stratégies de réponse, ses listes d’attente et, accessoirement, son examen. Le baccalauréat est toujours là, quelque part, mais il ressemble de plus en plus à l’invité secondaire d’une cérémonie dont Parcoursup serait devenu la vedette.
Car le génie du système est d’avoir réussi à transformer les années de première et de terminale en gigantesque salle des marchés. Chaque note peut faire gagner ou perdre quelques places dans la cote scolaire. Un 14 n’est plus simplement un 14. Il devient potentiellement un mauvais signal pour une classe préparatoire, un élément à prendre en compte pour une formation sélective ou, au contraire, une note tout à fait honorable pour une licence universitaire. Le lycéen apprend donc très tôt une vérité merveilleuse : il ne faut surtout pas seulement travailler pour apprendre, il faut travailler pour ne pas faire baisser sa moyenne.
Voilà comment une mécanique d’orientation finit par contaminer la pédagogie elle-même. Le professeur peut encore essayer d’expliquer Proust, les équations différentielles, la Révolution française ou les subtilités de la génétique ; derrière lui, Parcoursup murmure : « Oui, mais combien tu vas avoir ? » La connaissance devient secondaire, l’évaluation devient stratégique. Une mauvaise note n’est plus seulement une information permettant de comprendre ce qui n’a pas été compris. Elle peut être vécue comme un événement susceptible de fermer une porte quelques mois plus tard.
Et voici sans doute l’une des étrangetés majeures du système : l’élève doit commencer à construire son orientation dans l’enseignement supérieur alors même qu’il n’a pas encore obtenu le diplôme censé sanctionner la fin de ses études secondaires. En 2026, les vœux sont formulés dès le 19 janvier et doivent être enregistrés avant le 12 mars, tandis que le dossier doit être complété et les vœux confirmés avant le 1er avril. Le baccalauréat, lui, viendra ensuite. On marche donc sur la tête avec une remarquable efficacité administrative : on réserve le restaurant avant même de savoir si l’on a de quoi payer l’addition.
Officiellement, bien entendu, le baccalauréat reste indispensable pour accéder à la plupart des formations. Mais le dossier scolaire occupe une place centrale dans l’examen des candidatures : résultats, appréciations, éléments de la fiche Avenir et autres informations demandées par les formations peuvent être pris en compte. Le lycéen le sait. Ses parents le savent. Les enseignants le savent. Et tout le monde finit par vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête.
Il ne suffit donc plus toujours d’être bon élève. Il faut aussi comprendre les règles particulières de la formation à laquelle on postule. Et c’est ici qu’apparaît une petite subtilité de l’édition 2026 : le fameux « projet de formation motivé » n’est plus à présenter comme une obligation générale pour tous les vœux. Certaines formations demandent désormais une lettre de motivation, d’autres non. Et lorsque la lettre est demandée, la formation précise la manière dont elle entend l’utiliser dans l’examen des candidatures.
Autrement dit, le lycéen de dix-sept ans qui hésite encore entre devenir ingénieur, médecin, historien, avocat, graphiste, professeur ou éleveur de chèvres à Rians n’a plus nécessairement à expliquer partout pourquoi il a toujours rêvé précisément de la formation demandée. Mais il doit d’abord découvrir si cette formation exige une lettre, puis comprendre ce qu’elle attend de cette lettre et, ensuite, trouver les mots pour expliquer un projet professionnel qu’il est parfois difficile de connaître soi-même à cet âge. La modernité administrative consiste donc désormais à ne plus imposer la lettre à tout le monde, mais à demander au candidat de savoir à l’avance dans quels cas il doit être capable d’en écrire une.
Et comme un adolescent de dix-sept ans est évidemment parfaitement capable de rédiger une prose digne d’un cabinet de recrutement, des professionnels peuvent intervenir pour l’aider. Conseillers privés, coachs d’orientation, spécialistes des dossiers : toute une petite économie prospère autour du labyrinthe. Les familles les plus favorisées peuvent acheter du conseil, du temps, de l’expertise et parfois une meilleure compréhension des règles du jeu. Les autres découvrent que l’égalité républicaine possède parfois une option payante.
Jean-Michel Blanquer n’a cessé de répéter qu’il voulait rendre l’orientation plus transparente et permettre à chaque candidat de construire son parcours ; on a créé une machine suffisamment complexe pour que certains parents aient besoin d’un spécialiste pour comprendre comment leur enfant doit expliquer qu’il veut devenir spécialiste.
Et puis il y a les vœux et les sous-vœux. Voilà encore une petite merveille de simplicité administrative. En 2026, le candidat peut formuler jusqu’à dix vœux, auxquels peuvent s’ajouter dix vœux supplémentaires pour des formations en apprentissage. Pour certaines formations, les candidatures peuvent être déclinées en sous-vœux : BTS, BUT, classes préparatoires, DN MADE, DCG, certaines formations sociales et plusieurs réseaux d’écoles, avec des règles différentes selon les filières. Pour les BTS, BUT, CPGE, DN MADE, DCG et EFTS, par exemple, les sous-vœux sont limités à vingt au total. Pour certaines autres formations, ils ne sont pas comptabilisés de la même manière.
Rassurez-vous : Parcoursup a prévu un compteur pour éviter que les parents ne passent leurs soirées avec une calculette à essayer de comprendre combien de vœux, de sous-vœux et de sous-sous-problèmes leur enfant vient de formuler. Il ne faudrait tout de même pas que l’usine à gaz soit dépourvue d’un compteur indiquant la quantité de gaz qu’elle contient.
Et puis arrive l’épiphanie, le moment merveilleux où l’on reçoit les réponses. Pas nécessairement toutes en même temps, parce que ce serait trop simple. En 2026, la phase principale d’admission s’étend du 2 juin au 11 juillet. Les propositions arrivent progressivement. Certaines formations répondent « oui », d’autres « oui si », d’autres placent le candidat en attente. Entre le 5 et le 8 juin, les vœux restés en attente doivent même être classés par ordre de préférence. Le candidat n’a donc pas seulement demandé des formations : il doit ensuite gérer les réponses, conserver certaines possibilités, renoncer à d’autres et surveiller l’évolution de ses positions. Un trader à la bourse de Wall Street ne connaît pas stress plus important que celui qui s’empare d’un lycéen guettant sa boîte aux lettres au début de l’été.
Le lycéen n’est plus tout à fait un élève. Il devient un dossier. Et le dossier, lui, n’a pas d’âge, pas d’angoisse, pas de projet de vie, pas de chambre à trouver à 500 kilomètres de chez lui. Il possède des notes, des appréciations, des critères, des réponses et, surtout, une position dans une liste d’attente.
C’est là que commence parfois le grand jeu de l’ascenseur émotionnel. Hier, on était 184ème sur liste d’attente. Aujourd’hui, 137ème Demain, 92ème . On se prend à espérer. Puis la progression ralentit. On actualise. On attend. On consulte encore. Les parents deviennent spécialistes de la remontée des listes. Le candidat découvre qu’une place dans l’enseignement supérieur peut désormais être vécue comme le suivi d’un colis Amazon dont on ignore finalement s’il sera livré avant la rentrée.
On comprend alors certaines absurdités géographiques. Un jeune Parisien peut se retrouver à Tours tandis qu’un Tourangeau obtient une place à Paris. Sur le papier, chacun a obtenu une formation. Dans la vraie vie, cela signifie parfois un logement supplémentaire, des transports, des repas, des allers-retours, des frais d’installation et une nouvelle ponction sur le budget familial. Parcoursup peut optimiser l’examen des candidatures ; les familles, elles, devront optimiser leur découvert bancaire.
C’est peut-être là que Parcoursup révèle sa véritable philosophie : administrativement, chacun est une candidature ; économiquement, chacun est une famille ; humainement, chacun est un adolescent qui découvre que son avenir peut dépendre de mécanismes dont il ne maîtrise ni toutes les règles ni tous les critères.
Il serait évidemment absurde de prétendre que l’ancien système était parfait. L’orientation post-bac était déjà une source d’inégalités, de frustrations et d’arbitraire. Mais il faut avoir le courage de poser la question essentielle : a-t-on réellement simplifié l’orientation ou avons-nous simplement informatisé sa complexité ?
Parce que l’informatique possède cette qualité extraordinaire : lorsqu’une usine à gaz fonctionne avec des ordinateurs, elle donne immédiatement l’impression d’être moderne.
Parcoursup est ainsi devenu beaucoup plus qu’une plateforme. Il accompagne les lycéens pendant leurs dernières années de scolarité et transforme progressivement l’orientation en compétition. Il faut choisir, comparer, diversifier ses vœux, regarder les caractéristiques des formations, anticiper les réponses et, surtout, comprendre que toutes les formations n’examinent pas les candidatures exactement de la même manière. Parcoursup ressemble alors furieusement au monde professionnel que les lycéens découvriront quelques années plus tard : il faut être performant, bien positionné, savoir se présenter et comprendre les règles du jeu. On pourrait presque rebaptiser le dispositif : LinkedIn pour adolescents.
Quant à Jean-Michel Blanquer, qui fut l’un des artisans politiques de cette magnifique modernisation, il pourra au moins se flatter d’un mérite : avoir contribué à faire comprendre très tôt aux lycéens les règles du monde qui les attend. Pour réussir, il ne suffit plus de connaître son cours. Il faut savoir constituer un dossier, comprendre les critères de sélection, anticiper les échéances, maîtriser les codes et, si nécessaire, disposer des moyens de s’offrir quelqu’un qui vous expliquera comment faire.
Il paraît que l’école doit réduire les inégalités. Parcoursup aura au moins réussi une prouesse : transformer l’orientation en compétition et faire de l’égalité des chances une discipline où certains arrivent avec un coach, d’autres avec des parents qui connaissent parfaitement les rouages du système, et les derniers avec leur bulletin scolaire sous le bras en espérant que la République saura reconnaître leur talent sans leur demander d’abord de remplir le bon formulaire.
Et pendant ce temps-là, le bac attend toujours, tranquillement, qu’on veuille bien lui accorder quelques minutes d’attention. Il paraît pourtant que c’est lui qui sanctionne la fin des études secondaires.
Mais à force de préparer Parcoursup avant de passer le bac, on finira peut-être par inventer le diplôme ultime : le baccalauréat obtenu après admission dans l’enseignement supérieur, sous réserve que le candidat ait bien compris pourquoi il avait été admis. _________________

samedi 26 septembre 2026

Marche et rêve!

 Quand la marche libère  (remake)

             Marcher peut être une liberté. Quand ce n'est pas seulement "mettre un pied devant l'autre et recommencer..". Quand ce n'est pas une vraie nécessité liée à l'obligation de se déplacer d'un point à un autre. Quand la marche est effectuée pour elle-même dans la nature, tous les sens ouverts, les nécessités et les lourdeurs de la vie ayant été déposées comme un sac trop lourd à porter.  Sans mise en scène... Marcher léger, ouvert à la vie qui s'offre à tout instant, au spectacle des choses, en communion avec la nature.                     Ils ont été nombreux ceux qui ont fait l'éloge de la marche, Non pas  utilitaire, mais gratuite, comme espace de liberté. Non pas seulement pour s'évader, mais surtout pour se retrouver.   En marche! ... disait une certain Président, mais dans son cas ce ne fut pas probant...                                                                                               


                                 La marche, c'est l'homme.
          Leroi-Gourhan disait que " l'homme commence par les pieds " - La marche nous rappelle la bipédie et aussi ce qu'elle nous a offert : nos mortelles civilisations... 
       Marcher redevient à la mode, pour les sédentaires que nous sommes devenus, saturés de tout. Retrouver un rythme lent, un regard qui décentre, un intérêt souvent perdu pour le milieu et un rythme maîtrisé.
Bien au-delà des habitudes, des modes et des contraintes de la course, du jogging imposé. Savoir s'arrêter, regarder, se fatiguer sainement et ré-ouvrir les yeux sur le plus proche, le plus fondamental, le  plus vital.
   Retrouver le sens de la lenteur. Une lenteur maîtrisée, une lenteur réfléchie. Pour retrouver en quelque sorte l'élémentaire.
   Faut-il dire avec Nietzsche que seules les pensées qui viennent en marchant valent quelque chose?
   Il y a marche et marche...
          "
On évitera de croire que la marche est un sport. Pas même un loisir, encore moins un divertissement. Au contraire, si l'on en croit Frédéric Gros, ce serait plutôt une ascèse, au vieux sens grec - exercice, entraînement -, qui nous ramène à l'essentiel, c'est-à-dire à ce presque rien que nous sommes, présent-absent dans le monde, ne faisant qu'y glisser." (RP .D)
            "Marcher, une philosophie", comme le dit Frédéric Gros:
    "C'est ce qu'il fait valoir, dans un admirable petit livre qui ravira même les incurables sédentaires, ceux que Nietzsche appelait "culs-de-plomb". Car personne, après tout, n'est obligé de pratiquer la randonnée pédestre pour prendre plaisir et intérêt à cette prose intelligente et claire - rare, somme toute. Philosophie, ici, ne signifie ni pédanterie ni jargon. Frédéric Gros réinvente, à l'antique, une méditation qui accompagne le mouvement du corps et en creuse les sensations. "En marchant, écrit-il, on échappe à l'idée même d'identité, à la tentation d'être quelqu'un, d'avoir un nom et une histoire." On songe à Michel Foucault, que Frédéric Gros a étudié, édité et commenté, disant : "J'écris pour n'être personne." Ecrire, marcher, serait-ce la même chose ? La parenté existe : nombreux sont les écrivains-penseurs-marcheurs. On en croise certains au fil des pages, depuis Nietzsche arpentant l'Engadine ou les collines niçoises jusqu'à Gandhi nomadisant en Inde avec la marche pour action, sans oublier ces promeneurs célestes que furent Rimbaud, Rousseau ou Thoreau. Contrairement à Kant, hygiéniste et métronome, ils convainquent que sur terre l'homme habite en marcheur. En parcourant le monde à pied, ne fût-ce que quelques heures ou quelques jours, on le voit tout différemment. Et l'on se voit soi-même autre. Car la marche insiste sur les articulations, en particulier celle du corps et de l'âme. Elle métamorphose le temps, impose fatigue à la pensée, se fait subversion ou vacuité. En pérégrinant, on se perd et se retrouve, comme en tout exercice spirituel. On cesse de s'affairer, on crée parfois. Nietzsche avait les sentiers pour atelier, d'autres y élaborent des psaumes. "Marcher fait venir naturellement aux lèvres une poésie répétitive, spontanée, des mots simples comme le bruit des pas sur le chemin. "On évitera donc de croire que la marche est un sport. Pas même un loisir, encore moins un divertissement. Au contraire, si l'on en croit Frédéric Gros, ce serait plutôt une ascèse, au vieux sens grec - exercice, entraînement -, qui nous ramène à l'essentiel, c'est-à-dire à ce presque rien que nous sommes, présent-absent dans le monde, ne faisant qu'y glisser. Avec des mots de tous les jours, et sans en avoir l'air, façon Montaigne, ce philosophe donne là une vraie leçon. De ce livre, en fin de compte, on pourrait dire que le propos est ténu, les constats simples, les remarques presque toujours évidentes. Mais l'écriture est souveraine - limpide, exacte, les termes tous sentis. D'où ce ton juste, qui fait de ce petit volume une très bonne surprise. Du coup... on marche !"
        Retrouver le sens de la marche, c'est se retrouver.
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mardi 18 août 2026

Chaos informationnel

     La citoyenneté et sa formation en péril     [Bis repetita]

                                   Dans la vague populiste montante, il devient de plus en plus difficile pour le citoyen moyen, surtout s'il  lit peu et ne dispose que de peu de moyens d'information relativement sérieux, de culture minimale et d'esprit critique un peu exercé, de se forger une relative bonne opinion de la la marche du monde et de ses implications dans le réseau des actions politiques et économiques. De s'informer, quoi! Même si une presse totalement objective n'existe pas au sens strict. Pas plus qu'un relai télévisuel, même non orienté, non marchandisé ou non partisan. Ce qui n'exclut pas des ligne éditoriales différentes.               Ne parlons pas des réseaux dits sociaux, qui véhiculent le meilleur et le pire, jusqu'aux fake news les plus grossiers. C'est aujourd'hui au niveau mondial que se pose le problème. Les ados sont particulièrement visés, mais pas seulement. La confiance est ébranlée sur les sujets les plus discutés, où les esprits se crispent, enracinés dans leurs idées préconçues, leurs parti-pris. La polémique domine. Les échanges critiques fondés et argumentés se réduisent au profit d'opinions le plus souvent non vérifiées ou seulement affectives ou partisanes, voire passionnelles.                                                             "... Les conditions de l'indépendance  de l’information sont les premières à avoir été balayées. Dès la fin de la décennie 2020, les grandes entreprises du numérique ont définitivement capté le marché de la publicité. L’assèchement des recettes publicitaires a conduit tous ceux qui en dépendaient, même partiellement, à la faillite. Plusieurs acteurs de l’information autrefois essentiels sont devenus une cible de choix pour ceux-là mêmes qui les ont privés de cette source de revenus. Certains ont été intégrés, dans une logique de concentration horizontale, à ces grandes firmes du numérique qui contrôlent désormais toute la chaîne de valeur, des matières premières aux terminaux en passant par l’infrastructure. Les autres sont réduits à un rôle de sous-traitants, fournisseurs de données dites « propres ». Dotée jadis d’une valeur commerciale directe (par la publicité, la vente au numéro ou à l’abonnement), l’information n’a plus, pour ces grands acteurs du numérique, qu’une valeur indirecte. Au premier rang desquelles l’information résumée à sa plus stricte expression, sa plus stricte valeur d’usage : de la data – et encore : de la data moins qualifiée que celle récoltée directement par ces entreprises de la tech auprès des publics, en aspirant leurs données (émotionnelles, de santé, communication, travail, consommation, etc.) du berceau à la tombe. L’information indépendante d’intérêts économiques n’existe donc plus.  C’est ensuite la vérification qui est devenue impossible. La désintermédiation initiée par les réseaux sociaux au début du XXIe siècle, couplée aux progrès de l’intelligence artificielle générative a donné naissance à une industrie du faux sans précédent. Parler de « faits », de « vrai » qui serait opposé au « faux », est, depuis le début des années 2030, devenu impossible. Au-delà des tentatives de manipulations géopolitiques, au-delà de son exploitation par des acteurs politiques internes, ce sont finalement les publics eux-mêmes qui ont donné le coup de grâce à la notion de vérification, en décrochant de l’information. Ils ont tout simplement fini par s’en détourner complètement, démunis devant le coût de plus en plus élevé de vérification leur incombant en bout de chaîne. Pris en étau entre le déluge d’informations et l’indistinction des contenus, les citoyens ont fait un choix radical : celui de l’évitement..."               Et le ludique finit par primer sur le théorique. Comprendre est devenu trop compliqué et fatigant, à l'heure de l'homme pressé   .   La démocratie en pâtit.    C'est le choc des opinions sans modération.  "Comprendre est souvent devenu superflu. Les avis ou les prises de parti se donnent à l'état brut.        Une certaine "brutalisation" des débats se généralise, les mots devenant des armes, les réponses jaillissant avant la réflexion, comme si vaincre valait plus que convaincre.                                                         Le débat sur la labellisation qui agite certains responsables est biaisé.   L'heure n'est pas à un contrôle plus ou moins officiel de l'information , mais à un réalignement des organes qui se veulent encore d'information sur leurs fondamentaux et sur la fidélité à la déontologie journalistique, souvent si mal respectée.   Personne ne devrait y échapper. Y a du boulot!       ________________