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jeudi 5 avril 2012

Economistes d'influence

Imposture d'une certaine économie?

_ « A toutes les époques de l’histoire, le succès des doctrines économiques a été assuré, non par leur valeur intrinsèque, mais par la puissance des intérêts et des sentiments auxquels elles paraissent favorables... La science économique, comme toutes les sciences, n’échappe pas au dogmatisme, mais le dogmatisme est ici considérablement renforcé par la puissance des intérêts et des idéologies ».
Maurice Allais_ 1968

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________Le grand public considère souvent les économistes qui se manifestent régulièrement sur leur petit écran comme des experts possédant un savoir qu'on ne peut remettre en question, donnant un avis ou faisant un pronostic avec une assurance dogmatique sur des sujets pourtant âprement discutés et discutables.
Alors que l'économie, bien qu'ayant sa propre rigueur méthodique, n'est pas une science exacte, fondée sur des postulats assurés, ni une réflexion dénuée de tous préjugés, de tous choix.
Elle reste une science humaine, parfois trop humaine, car non dénuée de présupposés, de jugements d'époque, parfois de préjugés de classe, au coeur des conflits d'intérêts constitutifs des rapports sociaux et politiques.
__Beaucoup d'économistes, surtout non médiatiques, le savent et savent expliquer pourquoi leur discipline peut faillir et être forcément marquée d'incertitudes, étant donné la nature même de leur objet, matière humaine et historique, et la complexité des données (forcément partielles ) qu'ils prennent en compte. Impliqués intimement dans leur objet, ils savent qu'ils ne peuvent prendre le point de vue de Sirius, malgré tous leurs efforts pour tendre vers une 'objectivité relative.
__Mais il existe trop d'économistes de salon ou de studios dont la prudence méthodologique n'est pas la qualité dominante, qui tombent dans le piège de l'expertise objective, renforcé par le pouvoir qu'ils s'accordent indûment et l'influence des milieux qu'ils fréquentent et parfois conseillent, avides de caution scientifique, ceux des grosses entreprises, des compagnies financières, des grandes banques. Pour elles, un économiste de renom sert de justification et de conseiller, jusque dans la spéculation hasardeuse. Des économistes à gages, diront certains.
Des
imposteurs, iront jusqu'à dire d'autres...
__Il y a différents écoles dans la pensée économique, qui s'inscrit dans une déjà longue histoire, mais les options fondamentales, les choix socio-économiques de base, qui conditionnent toute la réflexion, sont rarement explicitées par les économistes et peu ou pas saisissables pour le commun des mortels.
On assiste ainsi à des dérives de la pensée économique, trop impliquée dans les intérêts du moment, aveugle à sa propre pratique. Qui avait anticipé la crise que nous vivons? Très peu, en fait: Paul Jorion, Roubini...et quelques rares autres. Beaucoup ont failli.
__Certains ont eu le courage d'avouer, un peu tard, piégés par une formation et des habitudes de pensée trop étroites et conditionnées par des années de travail dans le cadre de la pensée libérale, s'être beaucoup trompés en matière d'analyse économique, d'anticipation des crises et de détermination de leur nature.
Depuis l'ère Reagan surtout, toute une école de pensée (celle dite de Chicago) s'est inspirée de principes considérés comme intangibles, issus de Hayek, et la pensée néolibérale. Considérant l'Etat comme un problème dans la régulation économique et le marché comme infaillible dans son fonctionnement spontané, elle a fortement imprégné la formation et le mode de fonctionnement de la pensée économique dominante.
__Or, les bases de l'économie repose sur des choix, reconnus ou implicites. "L'économie est politique et la diversité des interprétations est inévitable, puisque derrière la raison se cachent les jugements de valeur." déclare l'économiste Claude Mouchot.
Les économistes
ont-ils toujour été au dessus de tout soupçon..se demande un autre
."Doit-on s’étonner que certains économistes, censés utiliser une science neutre et objective, deviennent des défenseurs de la dérégulation de la finance dont ils servent les intérêts . Le statut de neutralité idéologique des économistes est en fait loin d’être acquis. Selon Jospeh Stiglitz : « « plus que les économistes ne sont sans doute prêts à l’admettre, l’économie était passée du statut de discipline scientifique à celui de supporter le plus enthousiaste du capitalisme de libre marché ». (Le triomphe de la cupidité, Les Liens qui libèrent, 2010)__Pourquoi se sont-ils comportés de la sorte, lui demandais-je à l’occasion d’un entretien pour Alter Eco ? La réponse fut directe : « Par idéologie. Ils aimaient ces modèles parce qu’ils donnaient la “bonne” réponse. Les économistes ne sont pas arrivés à leurs conclusions en utilisant les modèles, les présupposés libéraux étaient là avant ».."
__Laurent Mauduit écorne sérieusement le prestige indû des économistes médiatiques, qui, aveuglés et/ou intéressés, se fourvoient dans l'analyse de la crise, en la minimisant par exemple et continuant à ne pas vouloir en comprendre les causes. Des imposteurs , déclare-t-il, non sans quelques simplifications, ou des agents doubles de la pensée unique, sans critique du système autre que marginale. Avis souvent partagé par Frédéric Lordon, par exemple.
__Il existe des économistes comme Paul Jorion, Stiglitz (critique de l'austérité comme remède) qui, sans aller jusqu'à des positions aussi radicales, ne manquent pas de talent pour remettre en question le système tel qu'il fonctionne et les agents qui le cautionnent au niveau théorique, chantres du libéralisme sans règles, du marché sans contraintes, de la mondialisation sans frein.
Certains, se déclarant atterrés , au vu d'une absence de remise en question des mécanismes d' une crise qui en prépare d'autres, se sont associés pour faire entendre leur voix et leurs propositions.
Le film-document Inside Job s'efforce de démystifier ces mécanismes.
Finance Watch, ONG en première ligne face aux lobbys financiers, donne plus modestement et régulièrement un point de vue critique sur les dérives financières et ceux qui les favorisent soit par l'action (ou l'inaction) et les cautionnent théoriquement.
Le document Inside Job aide à en comprendre les mécanismes.
__L'enseignement de l'économie est à revoir. Une économie plus ouverte, moins dogmatique et quantophrénique, plus autocritique, moins impliquée dans les relations de pouvoir. Au service du bien commun.
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"Je n’ai jamais aimé la notion de «science» économique —c’est une discipline beaucoup trop imparfaite pour être mise sur le même pied que la chimie ou la biologie... Toutefois, quand j’étais plus jeune, je croyais fermement que l’économie était un domaine qui progressait à travers le temps, que chaque génération connaissait davantage que la génération précédente._La question est de savoir si c’est toujours vrai. En 1971, il était clair que les économistes savaient beaucoup de choses qu’ils ne savaient pas en 1931. Est-ce aussi clair quand nous comparons 2011 à 1971? Je pense que vous pouvez alléguer que sur plusieurs plans, la profession savait plus en 1971 qu’elle ne sait maintenant._J’ai écrit beaucoup sur l’Age sombre de la macroéconomie, c’est-à-dire la façon dont les économistes répètent des erreurs de 80 ans avec la conviction qu’il s’agit de vérités très profondes... Ce que j’ajouterais, c’est qu’aujourd’hui, j’ai l’impression que plusieurs économistes n’essaient même pas d’accéder à la vérité. Lorsque je regarde ce que beaucoup d’économistes éminents ont écrit en réponse à la crise actuelle, je ne vois aucun signe d'un malaise intellectuel, aucun signe qu’ils sont troublés par un désastre qui n’avait aucune place dans leurs modèles." (Paul Krugman)

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-Refonder la science économique

-Monnaie au coeur

vendredi 17 octobre 2008

Faillite des économistes...

Rien à ajouter à cet article de Ludovic Lamant.
Grandeur et misère de l'enseignement de l'économie !
Ou comment cette discipline peut révèler ses liens avec la pratique , certains choix politico-économiques...
Aujourd'hui ,vu les circonstances , certains de ses présupposés se manifestent plus clairement.
On voit même des ultra-libéraux convaincus demander le retour à Keynes.
Ah! les convertis de la dernière heure!...

Crise: la grande faillite des économistes | Mediapart

Nous sommes en janvier 2007. Non sans mal, l'anthropologue Paul Jorion vient de trouver un éditeur pour publier un essai intitulé Vers la crise du capitalisme américain? (La Découverte, 2007). Sa thèse est explosive, presque trop énorme pour être prise au sérieux : le capitalisme financier aux Etats-Unis est sur le point d'imploser, victime de ses pratiques spéculatives. Mais cette crise, prévient-il, n'éclatera pas en Bourse. Elle surgira depuis le cœur des marchés immobiliers. A l'appui, une description pointilleuse de ce que Jorion nomme alors le «secteur sous-prime du prêt hypothécaire», le fameux «subprime» qui fera la Une des journaux quelques mois plus tard (on peut télécharger l'intégralité du chapitre consacré à l'immobilier ici).En somme, l'un des seuls livres, en langue française, à avoir anticipé la crise des crédits immobiliers aux Etats-Unis a été rédigé par un... non-économiste. Au moment de sa publication, l'ouvrage fera l'objet, au mieux, d'une indifférence polie de la part des confrères économistes. «J'ai bâti une théorie économique qui a été jugée irrecevable, jusqu'à ce que la crise vienne la confirmer», résume Paul Jorion à Mediapart, en attendant la sortie, début novembre, de son prochain livre, La Crise (Fayard).

Depuis les remous de l'été 2007, quid des économistes? Les plus médiatiques n'ont cessé de défiler, à tour de rôle, dans les colonnes des journaux, pour dire que non, vraiment, il ne fallait pas s'inquiéter, et que, oui, c'était certain, le plus dur était passé. Dans un entretien aux Echos du 13 août 2007, Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis, chiffrait à 26 milliards de dollars les risques de pertes liées au «subprime» pour les banques américaines, avant de conclure: «Ce n'est pas avec un montant pareil qu'on détruit la finance internationale.» Le FMI a chiffré en mars 2008 le coût provisoire de la crise à 1.000 milliards de dollars.Frédérik Ducrozet, directeur des études économiques du Crédit agricole, estimait quant à lui, le 13 mai 2008, toujours aux Echos, que «l'idée selon laquelle le pire de la crise financière serait passé semble faire son chemin». Dans une tribune publiée le 7 octobre 2008 par le Wall Street Journal, le prix Nobel américain Gary Becker y allait de son mea culpa: «J'admets avoir fortement sous-estimé l'ampleur de la crise.»

Pourquoi la plupart des économistes n'ont-ils rien vu venir? Pourquoi certains se sont même complètement fourvoyés? Et pourquoi «les jeunes stars de la macroéconomie n'ont rien à dire sur la crise», pour reprendre l'accablant constat de Thomas Philippon, économiste enseignant à l'université de New York?Parce que l'école de pensée dominante est incapable de théoriser les «crises endogènes», répond sans hésiter Michel Aglietta, économiste au Cepii. «Pour ces économistes libéraux, qui s'appuient sur l'hypothèse des marchés efficients*, toute crise vient forcément de l'extérieur, et elle est donc par nature imprévisible!» explique Aglietta.Lui défend une autre approche, plus minoritaire, dite de l'instabilité financière, formulée par l'Américain Hyman Minsky. ..De son côté, Thomas Philippon, auteur du Capitalisme d'héritiers (Ed. du Seuil, 2007), pointe du doigt la «trop forte segmentation de la recherche académique». Faute d'«économistes généralistes», personne, ou presque, n'a pu observer la propagation de la crise, surgie d'un coin obscur du droit immobilier américain (le contrat subprime) pour se propager à l'économie réelle, passant par les dernières innovations de la finance (les mécanismes de «titrisation» et de crédit dérivés). «Il aurait fallu plusieurs cerveaux dans la même tête pour voir venir les choses», résume Philippon.Gilles Raveaud, professeur d'économie à l'Institut d'études européennes de l'université Paris-8, reprend l'argument, pour le pousser un peu plus loin: «Depuis des années, on a assisté à un morcellement du savoir économique terrifiant, avec l'apparition de spécialistes très pointus, ici sur le travail, là sur le commerce international... On se retrouve à l'université avec des thésards très calés sur leur sujet, mais dénués de toute culture générale en économie!» Et Raveaud, qui connaît bien la recherche américaine pour avoir enseigné deux ans à Harvard, de s'inquiéter de ces manquements: «Un économiste peut traiter du chômage, sans rien connaître aux marchés boursiers ou aux banques... C'est conforme à la théorie de l'équilibre général, selon laquelle on peut analyser le fonctionnement d'un seul marché pris séparément, celui du travail par exemple, puisqu'on suppose que les autres sont naturellement à l'équilibre. Mais cela ne tient pas!»

En fait, la macroéconomie des dix dernières années a subi de lourdes transformations. Vexés de ne pas pouvoir prétendre au statut de scientifiques purs et durs, la plupart des économistes ont versé dans un formalisme mathématique effréné, sur les conseils de Milton Friedman et ses collègues monétaristes. Profusion de courbes, modèles et équations, qui ont éloigné les chercheurs du monde «réel». Les maths sont devenues une fin en soi. Aveu de Thomas Philippon: «Nous étions devenus des enfants gâtés, puisque nous n'avions pas connu de vraie crise depuis longtemps. Sous la présidence Clinton, la politique monétaire était devenue répétitive. Notre intérêt pour le réel s'est donc logiquement atténué.» Une enquête étonnante, réalisée auprès des doctorants en économie des grandes facs américaines (téléchargeable ici), confirme ces propos. Plus de la moitié des personnes interrogées (51%) estiment que «connaître l'économie de façon approfondie» est «sans importance»... Et à peine 9% des thésards se disent convaincus du contraire («connaître le réel est très important»)

Et puis il y a ce best-seller international, tellement révélateur du refus de beaucoup d'économistes des années 2000 à se confronter à d'amples débats de société... Le livre s'appelle Freakonomics («économie saugrenue», faute de meilleure traduction). Ecrit par Steven Levitt et Stephen Dubner, publié en 2005 aux Etats-Unis, un an plus tard en France (Denoël, 2006), l'ouvrage s'est écoulé à plus de trois millions d'exemplaires.

Du jour au lendemain, ses auteurs sont devenus les chefs de file d'une économie du coin de la rue, portée sur la résolution de problèmes très ciblés, ancrés dans le quotidien: l'importance du choix du prénom pour l'avenir d'un enfant, les limites de la politique de tolérance zéro mise en place à New York dans les années 90, les motivations d'un agent immobilier lorsqu'il décide du prix d'un appartement, etc.«Nous avons perdu notre optimisme dans la capacité à utiliser les outils de la science économique pour gérer l'économie et nous sommes passés à une approche plus microéconomique du monde», avait déclaré Levitt au New York Times, au moment de la sortie de son ouvrage. D'un côté, donc, le tout mathématique. De l'autre, retour à un empirisme jugé parfois trop étroit. Qu'ont provoqué ces bouleversements? Les économistes sont désormais devenus des techniciens, «en perte d'influence», selon Christian Chavagneux, journaliste à Alternatives économiques, et auteur d'un livre annonçant Les Dernières Heures du libéralisme (Perrin, 2007).Gregory Mankiw, professeur d'économie à Harvard et un temps conseiller de George W. Bush, a même théorisé cette déconvenue, dans un article devenu fameux, «The Macroeconomist as scientist and engineer» (2006). Au sein de la grande famille des économistes, il distingue les «ingénieurs», dans la lignée de Keynes, qui cherchent à comprendre le monde pour mieux agir sur le cours des choses, des «scientifiques», obsédés par la mise au point des modèles mathématiques de plus en plus poussés. En bout de course, Mankiw, catégorique, constate la victoire du deuxième groupe. En somme, les économistes ont de moins en moins d'influence sur les politiques économiques de leurs pays.Faux, semblent répondre à distance Anton Brender et Florence Pisani, économistes chez Dexia, qui préfèrent déplacer le problème: «Ce ne sont pas les économistes qui sont en cause, mais la gestion de la crise par les autorités! C'est comme si un petit feu avait pris dans un camping [la crise du subprime], et qu'il se propageait à l'ensemble des Alpes du Sud parce que les pompiers ont tardé à intervenir...» Brender et Pisani sont les auteurs d'un livre de référence, La Nouvelle Economie américaine (Economica, 2004), dont la thèse, au regard de l'actualité menaçante, ne manque pas de surprendre. En substance: si l'Europe est à la traîne des Etats-Unis, c'est parce qu'elle n'a pas assez innové en matière financière...Aujourd'hui encore, malgré les dégâts de la titrisation outre-Atlantique, ils persistent, convaincus des vertus «stabilisatrices» de la finance. A condition, précisent-ils, que soit mise en place une plus stricte réglementation, «à tous les stades, depuis la compréhension jusqu'à l'extension de la crise».
Dans ce contexte mouvementé, le climat universitaire devrait évoluer. «J'espère que la crise va déstabiliser les économistes, leur apprendre une forme d'humilité et de prudence intellectuelles», avance Pascal Combemale, auteur de plusieurs ouvrages d'introduction à Marx et Keynes. «La grande affaire dans tout cela, ce n'est pas la revanche des keynésiens (...), mais le fait que toute pensée critique, qui était inaudible depuis quasiment 20 ans en France, puisse à nouveau s'exprimer!» D'autres «hétérodoxes» lui emboîtent le pas, à l'instar de Gilles Raveaud: «C'est une bonne claque pour les économistes, qui manquent souvent de modestie par rapport aux chercheurs en sciences sociales.»
A première vue, la crise signe donc le grand retour des «post-keynésiens» sur les «nouveaux classiques», ces libéraux qui avaient repris la main depuis les années 70. Elle replace aussi sous la lumière l'économie des conventions*, incarnée par André Orléan. En fait, en produisant du «neuf», la crise a périmé certains concepts (exit les «anticipations rationnelles»* de Lucas, certes déjà bien malmenées avant la crise...), et remis d'autres idées au goût du jour. On en retiendra trois.

1 - L'asymétrie d'information
L'idée est admise de tous côtés: la grande débâcle de 2008 signifie la «victoire intellectuelle du Joseph Stiglitz des années 70-80», pour reprendre l'expression de Thomas Philippon. Non pas le Stiglitz pourfendeur du néo-libéralisme et de la guerre en Irak des années 2000, encore moins l'économiste en chef de la Banque mondiale de la fin des années 90. Mais celui qui théorisa le concept d'asymétrie de l'information*, travaux pour lesquels il reçut le prix Nobel, en 2001, aux côtés de George Akerlof et Michael Spence.Tous les agents économiques en présence sur le marché, effectivement, ne savent pas tous la même chose – sur la qualité des biens qu'ils échangent, par exemple. Ce qui a pour effet de déformer les échanges, au grand dam des néo-classiques, qui ne jurent que par la concurrence pure et parfaite*.Michel Aglietta explique pourquoi cette notion, ou celle, similaire, d'aléa moral*, est au cœur de la crise actuell : «Prenons l'exemple d'un courtier en crédit immobilier aux Etats-Unis. Il est rémunéré à la commission. Ce qui l'intéresse, ce n'est donc pas le risque inhérent au crédit qu'il accorde, mais le volume du crédit, afin d'être convenablement rémunéré. Le courtier n'a donc plus intérêt à évaluer le risque. C'est un aléa moral massif! Or, toute la chaîne de transmission des risques a fonctionné de la sorte ces derniers mois...» Les crédits «pourris» se sont échangés de main en main, sans que les agents connaissent l'exacte nature de ce qu'ils détenaient.
2 - La distribution des richesses C'est une question classique de l'économie politique, mais qui avait, ces derniers temps, déserté les programmes d'économie à l'université: les théories de la répartition*. «On va de nouveau faire le lien entre la croissance, et la façon dont les richesses sont distribuées», se félicite Gilles Raveau. Avec des auteurs classés à gauche, Marx et Keynes, et plus récemment, le «post-keynésien» Nicholas Kaldor.
3 - La théorie comportementale de la finance
D'après cette école, représentée par Daniel Kahneman (lui aussi prix Nobel, en 2002, et lui aussi membre de la commission Stiglitz), il faut introduire des éléments de psychologie collective au cœur de la science économique pour mieux comprendre les choses. L'acteur économique n'est plus forcément rationnel. Il peut être victime de ses préjugés, ou troublé par ses émotions. Appliqué au monde de la finance, cette théorie permet par exemple d'expliquer certains comportements de panique boursière des derniers jours.

>>Ce débat sur les conséquences intellectuelles de la crise est en train d'en réactiver un autre, plus ancien mais tout aussi virulent. L'affaire avait éclaté en juin 2000 avec une «lettre ouverte» d'étudiants en économie insatisfaits de l'enseignement qu'ils recevaient à l'université : «usage incontrôlé des mathématiques», pas assez de «pluralisme des approches» théoriques...Huit ans plus tard, les faits semblent leur donner raison. «On n'a jamais autant parlé de la crise de 29 qu'aujourd'hui, et pourtant, un étudiant diplômé peut très bien ne jamais avoir entendu parler de la crise de 29 à la fac, l'enseignement de l'histoire économique n'étant plus obligatoire», s'inquiète Gilles Raveaud.Alors que le rapport de Roger Guesnerie, rendu public le 3 juillet dernier, sur le contenu des manuels d'économie, continue de faire des vagues, Pascal Combemale, professeur d'économie en classes préparatoires au lycée Henri-IV, à Paris, confirme: «L'enjeu à court terme, porte aussi sur les sciences économiques et sociales [SES] au lycée, actuellement menacées de mort par la réforme en préparation de Xavier Darcos, et durement critiquées dans le rapport Guesnerie, justement parce qu'elles laisseraient trop de place au débat et à la diversité des analyses.» (Ludovic Lamant)

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jeudi 22 septembre 2016

Remous dans la pensée économique

      Crises en cours   
                         Régulièrement, la pensée économique connaît des périodes de remises en question et parfois de vifs conflits.
     Et pas sur des queues de cerises. Et pas seulement en France.
         Car l'économie est une discipline dont les enjeux ne sont pas sans incidences sur notre vie quotidienne.
        C'est assez excessif de parler de guerre à propos du  petit affrontement entre des théoriciens de l'économie.
    La querelle n'est cependant pas anodine, car de la vision de certains économistes dépendent souvent de décisions politiques de fond , de choix de société  qui ne sont pas neutres. Et d'autre part, les choix politiques dominants ne sont pas sans influencer certains postulats en recherche économique..
     Une économie fondée sur des principes néolibéraux, issus de la  pensée de l'école de Chicago, de tendance reaganienne et thatcherienne, ne peut avoir les mêmes impacts sur les décideurs que celle fondée sur les notions de redistributions, de solidarité, de politique monétaire et sociale progressiste.. On le voit avec le débat autour des études de T.Piketty, en France comme aux USA, où la réflexion sur les sources des inégalités croissantes devient l'objet des recherches?
     Entre les"bons", qui ont pignon sur écran, souvent engagés dans des conseils bancaires, et les hétérodoxes, qui exercent leur esprit critique sur les données de l'économie dominante, il y a plus que des détails. Un engagement de fond sur les questions de société.
     Le problème s'est récemment posé à propos des thèses de Jean Tirole, à l'époque on soulignait que l'économie n'est pas une science dure, comme le soulignait déjà Levi-Strauss, qu'elles comporte de grandes marges de choix et d'incertitudes, d' a priori et d'impensés. 
     La crise a bien montré à quel point beaucoup se sont trompés. Une certaine pensée économique peut même être une imposture, en fonction de certains choix préalables non interrogés..Son enseignement devrait être revu et il est des présupposés à repenser, un formalisme mathématique qui interdit tout débat de fond...
     La plupart n'ont rien vu venir, comme certains l'ont reconnu.  Il arrive même qu'on puisse dire tout et le contraire de tout.       Cela relativise un peu...(*)
          [ -Krugman fustigeait naguère "la cécité de la profession sur la possibilité de défaillances catastrophiques dans une économie de marché"."Durant l’âge d’or, les économistes financiers en vinrent à croire que les marchés étaient fondamentalement stables - que les actions et autres actifs étaient toujours cotés à leur juste prix"---- M. Greenspan avouait qu’il était dans un état d’ « incrédulité choquée » car « l’ensemble de l’édifice intellectuel » s’était « effondré ». Cet effondrement de l’édifice intellectuel étant aussi un effondrement du monde réel de marchés, le résultat s’est traduit par une grave récession"( P.K.)_« Lorsque dans un pays le développement du capital devient un sous-produit de l’activité d’un casino, le travail est susceptible d’être bâclé. », disait Keynes.]
      Bref, une "science" en question, souvent aveugle à ses postulats.
          C'est que la discipline économique n'est pas une science exacte, comme le reconnaissait Lévi-Strauss, comme l'admettent la plupart des économistes un peu honnêtes. Les mathématiques, qui prennent souvent une place démesurée dans la discipline, ne sont pas un gage de scientificité.
    Ce n'est pas la guerre mais un affrontement normal  sur le statut, la fonction, la rigueur d'études qui sont parfois menées avec des lunettes à courte vue libérale, des préjugés assumés, parfois des engagements tus.
    Une science imparfaite, à pratiquer avec beaucoup de circonspection, de prudence. Ce qui n'exclut pas l'audace.
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                  (*) A propos de la dernière crise, qui dure...« Comment se fait-il que personne n’ait rien vu venir ? », s’enquit la reine d’Angleterre en visite à la London School of Economics en novembre 2008. Elle aurait même laissé échapper : « C’est affreux ! » N’avoir rien « vu venir » ne fut pas la seule faute des économistes, qui représentent assurément l’une des professions les plus remises en cause par la crise financière. Leur hypothèse d’efficience des marchés avait servi à justifier les politiques de dérégulation, largement responsables de la catastrophe des subprimes.
   « La science économique a été au mieux spectaculairement inutile, au pire carrément nocive », résume l’économiste et éditorialiste du New York Times Paul Krugman. Tétanisés devant la dégringolade irrésistible des Bourses mondiales, la plupart des économistes avaient ainsi eu l’humilité de reconnaître les limites de la macroéconomie contemporaine, issue du courant des « anticipations rationnelles » des années 1970 et héritière du cadre néoclassique élaboré à la fin du XIXe siècle et qui domine le champ depuis l’après guerre.Lorsque les Bourses ont dévissé dans le sillage de Lehman Brothers à l’automne 2008, les modèles sophistiqués des pontes de l’université de Chicago ne furent d’aucun secours. Comme le dit Paul Krugman, il a fallu retrouver la « sagesse des Anciens », perdue durant l’« Âge sombre» de la macroéconomie, et sortir des oubliettes les auteurs post-Grande Dépression, dont l’approche, globale et non pas segmentaire et individualiste, fournit une compréhension synthétique et systémique des crises.
       Quelle mouche a donc piqué des économistes aussi respectables que Pierre Cahuc et André Zylberberg ? Dans un livre dont un récent numéro de Challenge fait sa couverture, ils dénient toute légitimité aux nombreux confrères qui ont le tort de ne pas penser comme eux, allant jusqu’à les traiter de négationnistes et à suggérer l'éradication de leurs travaux dans le sous-titre (« comment s’en débarrasser »). Eux qui ne jurent que par les revues scientifiques ne dédaignent pas de vilipender leurs collègues dans un livre destiné au grand public et dans la presse généraliste.
    Claude Lévi-Strauss raillait la prétention des sciences sociales à asseoir leur légitimité en s’abusant sur la fiabilité de leurs méthodes. Certains économistes croient établir leur respectabilité en présentant l’économie comme une science exacte, où des vérités pourraient être établies de manière expérimentale de la même manière qu’en physique, ou démontrées comme en mathématiques à partir d’un système d’axiomes auxquels le monde réel aurait la bonne grâce de se conformer. Il n’en est rien.
      De nombreux auteurs, comme André Orléan, Philippe Aghion ou Pierre-Noël Giraud, ont appelé les économistes à plus de modestie et à plus de réflexion critique sur l’épistémologie de leur domaine d’étude. Les cas d’expériences contrôlées, où l’on compare deux populations en étant sûr de bien prendre en compte toutes leurs différences significatives, sont exceptionnels en économie. L’économétrie est un outil puissant. Encore faut-il considérer tous les paramètres qui ont une influence sur les relations observées et s’assurer que le contexte dans lequel les observations ont été faites est suffisamment proche de celui auquel on veut les transposer.
Le dossier de Challenge autour du brûlot de Pierre Cahuc cite d’ailleurs de nombreux cas problématiques. Ainsi, selon ses rédacteurs, une augmentation du salaire minimal sur l’emploi peut avoir des effets favorables aux États-Unis, mais désastreux en France. Patrick Artus y explique dans un encart que Ricardo et Keynes, malgré leur opposition célèbre, auraient tous les deux raison, tout dépendant du contexte.
      Bref, l’économie abonde en vérités en deçà des Pyrénées qui deviennent des erreurs au-delà, et c’est souvent longtemps après qu’une mesure catastrophique a été mise en place sur l’injonction de savants économistes que d’autres économistes peuvent expliquer en quoi le contexte différait au point de rendre la thérapeutique inadaptée voire dangereuse. Keynes résumait cette situation en déclarant que « les hommes politiques sont les esclaves d’économistes morts »....
      La controverse est loin d’être close et les hypothèses que tel ou tel modèle met en œuvre doivent faire l’objet de critiques, de débats et de tests. Un résultat important du travail de Gilles Koléda est de montrer la fragilité du dogme constamment invoqué depuis trente ans pour subventionner les emplois peu qualifiés au détriment de la compétitivité des secteurs les plus exposés à la concurrence internationale. Nous ne contestons pas que ces mesures en faveur des seuls bas salaires sont favorables à court terme à l’emploi peu qualifié, mais nous constatons qu’elles pèsent sur la compétitivité des entreprises, donc sur la bonne santé de notre économie, et qu’elles créent des trappes à emplois faiblement qualifiés en rendant ceux-ci artificiellement bon marché....
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- Sortir de la pensée unique
-  Le prix Nobel d'Economie, instrument de propagande du néolibéralisme
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samedi 24 octobre 2020

Economistes en déroute

        Ils doutent , se taisent ou s'interrogent...

                           Ils avaient pignon sur presse et parfois sur ministères.  Ils nous distribuaient la bonne parole. Ils nous disaient tout sur la situation économique, l'avenir de nos marchés, voire de notre planète. Ils soufflaient à l'oreille des décideurs les résultats de leurs recherches et de leurs anticipations, jugées incontournables. Ils avaient pris le pouvoir surtout depuis les années 80. Ils apparaissaient comme les gourous de notre époque, sans savoir ou vouloir reconnaître qu'ils s'inscrivaient dans le sillage d'idéologies discutables, d'intérêts à peine voilées.             ___Ils avaient LA science, ils  diffusaient un libéralisme intransigeant, reprenant après Thatcher: il n'y a pas d'alternatives. Les marchés livrés à eux-mêmes devaient toujours avoir raison,   Pourtant certains tempéraient leurs propos, sachant que l'économie n'est pas une science exacte, qu'elle ne peut s'appuyer sur des dogmes, que les outils mathématiques utilisés ne sont que des moyens et qu'il faudrait revoir certains postulats.

         Avec la crise que nous vivons, les certitudes tombent et peu s'aventurent à faire des pronostics. Le libéralisme s'effrite, l'Etat reprend le pouvoir pour sauver les marchés. Les vices du système apparaissent mieux, comme le laisse entendre le juriste Supiot, après d'autres. L'ordre spontané du marché est un mythe et n'a jamais vraiment existé. Bref, le marché ne marche plus...La pandémie n'est qu'un révélateur et l'on voit des économistes dits officiels se taire ou infléchir leurs discours, imparfaits ou erronés..    Déjà après la crise de 2008, certains firent leur autocritique. De manière parfois profonde et en haut lieu. Mais on oublia vite....                                                                                                           La vision de certains économistes dépendent souvent de décisions politiques de fond , de choix de société  qui ne sont pas neutres. Et d'autre part, les choix politiques dominants ne sont pas sans influencer certains postulats en recherche économique..   Une économie fondée sur des principes néolibéraux, issus de la  pensée de l'école de Chicago, de tendance reaganienne et thatcherienne, ne peut avoir les mêmes impacts sur les décideurs que celle fondée sur les notions de redistributions, de solidarité, de politique monétaire et sociale progressiste.. On le voit avec le débat autour des études de T.Piketty, en France comme aux USA, où la réflexion sur les sources des inégalités croissantes devient l'objet des recherches?   ____ Entre les"bons", qui ont pignon sur écran, souvent engagés dans des conseils bancaires, et les hétérodoxes, qui exercent leur esprit critique sur les données de l'économie dominante, il y a plus que des détails. Un engagement de fond sur les questions de société.                       Le problème s'est récemment posé à propos des thèses de Jean Tirole, à l'époque on soulignait que l'économie n'est pas une science dure, comme le soulignait déjà Levi-Strauss, qu'elles comporte de grandes marges de choix et d'incertitudes, d' a priori et d'impensés.      La crise a bien montré à quel point beaucoup se sont trompés. Une certaine pensée économique peut même être une imposture, en fonction de certains choix préalables non interrogés..Son enseignement devrait être revu et il est des présupposés à repenser, un formalisme mathématique qui interdit tout débat de fond...

     La plupart n'ont rien vu venir, comme certains l'ont reconnu.  Il arrive même qu'on puisse dire tout et le contraire de tout.       Cela relativise un peu...(*)
          [ -Krugman fustigeait naguère "la cécité de la profession sur la possibilité de défaillances catastrophiques dans une économie de marché"."Durant l’âge d’or, les économistes financiers en vinrent à croire que les marchés étaient fondamentalement stables - que les actions et autres actifs étaient toujours cotés à leur juste prix"---- M. Greenspan avouait qu’il était dans un état d’ « incrédulité choquée » car « l’ensemble de l’édifice intellectuel » s’était « effondré ». Cet effondrement de l’édifice intellectuel étant aussi un effondrement du monde réel de marchés, le résultat s’est traduit par une grave récession"( P.K.)_« Lorsque dans un pays le développement du capital devient un sous-produit de l’activité d’un casino, le travail est susceptible d’être bâclé. », disait Keynes.]
      Bref, une "science" en question, souvent aveugle à ses postulats.
          C'est que la discipline économique n'est pas une science exacte, comme le reconnaissait Lévi-Strauss, comme l'admettent la plupart des économistes un peu honnêtes. Les mathématiques, qui prennent souvent une place démesurée dans la discipline, ne sont pas un gage de scientificité.
    Ce n'est pas la guerre mais un affrontement normal  sur le statut, la fonction, la rigueur d'études qui sont parfois menées avec des lunettes à courte vue libérale, des préjugés assumés, parfois des engagements tus.
    Une science imparfaite, à pratiquer avec beaucoup de circonspection, de prudence. Ce qui n'exclut pas l'audace.
___________
                  (*) A propos de la dernière crise, qui dure...« Comment se fait-il que personne n’ait rien vu venir ? », s’enquit la reine d’Angleterre en visite à la London School of Economics en novembre 2008. Elle aurait même laissé échapper : « C’est affreux ! » N’avoir rien « vu venir » ne fut pas la seule faute des économistes, qui représentent assurément l’une des professions les plus remises en cause par la crise financière. Leur hypothèse d’efficience des marchés avait servi à justifier les politiques de dérégulation, largement responsables de la catastrophe des subprimes.         
 « La science économique a été au mieux spectaculairement inutile, au pire carrément nocive », résume l’économiste et éditorialiste du New York Times Paul Krugman. Tétanisés devant la dégringolade irrésistible des Bourses mondiales, la plupart des économistes avaient ainsi eu l’humilité de reconnaître les limites de la macroéconomie contemporaine, issue du courant des « anticipations rationnelles » des années 1970 et héritière du cadre néoclassique élaboré à la fin du XIXe siècle et qui domine le champ depuis l’après guerre.Lorsque les Bourses ont dévissé dans le sillage de Lehman Brothers à l’automne 2008, les modèles sophistiqués des pontes de l’université de Chicago ne furent d’aucun secours. Comme le dit Paul Krugman, il a fallu retrouver la « sagesse des Anciens », perdue durant l’« Âge sombre» de la macroéconomie, et sortir des oubliettes les auteurs post-Grande Dépression, dont l’approche, globale et non pas segmentaire et individualiste, fournit une compréhension synthétique et systémique des crises.       Quelle mouche a donc piqué des économistes aussi respectables que Pierre Cahuc et André Zylberberg ? Dans un livre dont un récent numéro de Challenge fait sa couverture, ils dénient toute légitimité aux nombreux confrères qui ont le tort de ne pas penser comme eux, allant jusqu’à les traiter de négationnistes et à suggérer l'éradication de leurs travaux dans le sous-titre (« comment s’en débarrasser »). Eux qui ne jurent que par les revues scientifiques ne dédaignent pas de vilipender leurs collègues dans un livre destiné au grand public et dans la presse généraliste.      Claude Lévi-Strauss raillait la prétention des sciences sociales à asseoir leur légitimité en s’abusant sur la fiabilité de leurs méthodes. Certains économistes croient établir leur respectabilité en présentant l’économie comme une science exacte, où des vérités pourraient être établies de manière expérimentale de la même manière qu’en physique, ou démontrées comme en mathématiques à partir d’un système d’axiomes auxquels le monde réel aurait la bonne grâce de se conformer. Il n’en est rien.

      De nombreux auteurs, comme André Orléan, Philippe Aghion ou Pierre-Noël Giraud, ont appelé les économistes à plus de modestie et à plus de réflexion critique sur l’épistémologie de leur domaine d’étude. Les cas d’expériences contrôlées, où l’on compare deux populations en étant sûr de bien prendre en compte toutes leurs différences significatives, sont exceptionnels en économie. L’économétrie est un outil puissant. Encore faut-il considérer tous les paramètres qui ont une influence sur les relations observées et s’assurer que le contexte dans lequel les observations ont été faites est suffisamment proche de celui auquel on veut les transposer.
Le dossier de Challenge autour du brûlot de Pierre Cahuc cite d’ailleurs de nombreux cas problématiques. Ainsi, selon ses rédacteurs, une augmentation du salaire minimal sur l’emploi peut avoir des effets favorables aux États-Unis, mais désastreux en France. Patrick Artus y explique dans un encart que Ricardo et Keynes, malgré leur opposition célèbre, auraient tous les deux raison, tout dépendant du contexte.
      Bref, l’économie abonde en vérités en deçà des Pyrénées qui deviennent des erreurs au-delà, et c’est souvent longtemps après qu’une mesure catastrophique a été mise en place sur l’injonction de savants économistes que d’autres économistes peuvent expliquer en quoi le contexte différait au point de rendre la thérapeutique inadaptée voire dangereuse. Keynes résumait cette situation en déclarant que « les hommes politiques sont les esclaves d’économistes morts »....
      La controverse est loin d’être close et les hypothèses que tel ou tel modèle met en œuvre doivent faire l’objet de critiques, de débats et de tests. Un résultat important du travail de Gilles Koléda est de montrer la fragilité du dogme constamment invoqué depuis trente ans pour subventionner les emplois peu qualifiés au détriment de la compétitivité des secteurs les plus exposés à la concurrence internationale. Nous ne contestons pas que ces mesures en faveur des seuls bas salaires sont favorables à court terme à l’emploi peu qualifié, mais nous constatons qu’elles pèsent sur la compétitivité des entreprises, donc sur la bonne santé de notre économie, et qu’elles créent des trappes à emplois faiblement qualifiés en rendant ceux-ci artificiellement bon marché....
  Comme disait par boutade, mais non sans raison l'économiste américain Kenneth Boulding:  "Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou soit un économiste..."_______

dimanche 2 novembre 2014

Economistes en déroute

Des mages mis à mal
                                         La crise aura eu au moins un avantage:  mettre en évidence la faiblesse, le caractère hypothétique de la  (trés) faillible science économique , celle du moins qui dérive du monétarisme et ses mystifiantes équations, celle des économistes d'influence, ou médiatiques,  de ceux qui ont poignon pignon sur rue, de ceux qui se pavanent devant les caméras, de ceux qui psalmodient régulièrement dans "la bande à Calvi", dont un certain nombre, les disciples des  Evangélistes du marché,  a des liens très étroits avec des intérêts bancaires puissants  et enseigne à Sciences Po ou autres écoles prestigieuses, transmettant une bonne parole maintenant disqualifiée...
      Ce qu'on a appelé la faillite des économistes, qui n'ont pas vu venir la crise pour la grande majorité, alors qu'elle nous pendait au nez pour Roubini et quelques autres, a finalement du bon. Elle démystifie trop d'années de prétentions et d'obstinations dans l'erreur, avec un impensé majeur: les économistes sont aussi des hommes de la cité qui partagent pour partie les mêmes préjugés que leurs contemporains, les mêmes choix implicites mais qui ont un puissant et singulier tropisme, celui d'être  souvent en sympathie avec  les intérêts dominants, financiers notamment, tel notre récent prix faussement nobélisé.
              Un autre Nobel, qu'il faudrait relire, a fait là-dessus une remarque de bon sens:
« A toutes les époques de l’histoire, le succès des doctrines économiques a été assuré, non par leur valeur intrinsèque, mais par la puissance des intérêts et des sentiments auxquels elles paraissent favorables... La science économique, comme toutes les sciences, n’échappe pas au dogmatisme, mais le dogmatisme est ici considérablement renforcé par la puissance des intérêts et des idéologies ».
[Maurice Allais_ 1968]

                               L'échec a été si grand et si manifeste qu'il en a aveuglé plus d'un et a provoqué un tel déni qu' il a renforcé certains dans leur dogmatisme antérieur. Quand on écoute, par exemple, un Dessertine sur la Cinq pérorer presque tous les soirs, répéter les mêmes antiennes, on se dit qu'il a manqué quelque chose et on aimerait lui conseiller ne serait-ce que la lecture de Krugman ou de Stiglitz...
           Dire qu'ils furent et sont des imposteurs est peut-être insuffisant. Ils sont aussi victimes d'un enseignement à sens unique, d'une vulgate essentiellement néolibérale, sous-produit de l'école de Chicago et qu'ils ont surtout évolué dans la quantophrénie (comme disait le sociologue Gurvitch), l'économie purement quantitative, aveugle aux réalités sociales de base.
                        Le récent livre du néo-keynésien australien Steeve Keen bouscule un certain nombre de dogmes tenaces dans ce monde trop fermé et trop compromis.
      Gaël Giraud, dans la préface de son ouvrage dénonçant les idées fausses qui ont puissamment contribué aux dérapages dont nous subissons encore toutes les conséquences, déclare:
" ...L'ouvrage examine et déconstruit tout ce qui constitue la pensée économique : la théorie de la demande, celle de l'offre, la concurrence parfaite, les rendements décroissants, la monnaie, le chômage, etc.
Sa force, est de présenter la théorie néo-classique, de la remettre en perspective historique et d'en démonter les arguments en utilisant des arguments de bon sens. Certains sont évidents, d'autres sont beaucoup plus subtils. Son autre force repose sur le fait que pour chaque question traitée, l'auteur s'efforce de montrer que même des économistes non critiques sont d'accord avec lui. Et souvent, on arrive en effet à trouver tel ou tel spécialiste qui, un jour, a été suffisamment honnête pour « avouer » que tel aspect de la théorie ne tient absolument pas la route.
      Ce livre produit donc une véritable critique interne de l'économie néo-classique, en montrant de l'intérieur qu'elle n'est pas cohérente, qu'elle ne prouve pas ce qu'elle affirme : être une vérité intangible. Il fournira un élément essentiel à la critique de ceux qui veulent changer l'enseignement de l'économie, et de ceux qui cherchent dans une autre direction que le simple commentaire de la doxa..."
                    Un livre qui ébranle la pensée néolibérale, ou une grande part de ses mythes, dont Jean Gadrey fait une analyse nuancée.
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-  Pourquoi les économistes classiques ne comprennent pas les défauts du système qu'ils promeuvent 
-  "L'économie, cette immense duperie"
-  L'imposture économique
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Relayé par Agoravox
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lundi 19 juin 2023

Immigration, encore...

Une question polémique, souvent dénaturée...
                                                                    Qui n'a pas cessé d'être au coeur d'âpres débats depuis quelques années,  où la sérénité et l'objectivité risquent d'être souvent absentes. Dans notre pays surtout, où les confusions sont multiples sur ce sujet. En Allemagne, moins, où de gros efforts d'intégration sont en cours, dans un contexte où le vieillissement de la population compromet l'avenir économique. Non pas que certaines formes d'immigration ne posent pas problème, mais les questions débattues sur ce sujet sont souvent sujettes à caution et pleines de parti-pris, souvent relatives à l'histoire d'un pays, comme en France l'affaire algérienne, qui laisse toujours des traces dans certains milieux.                      Il est difficile d'abstraire cette question, hautement politique, d'un contexte d'options économiques et de choix de société, de préjugés moraux. Comme dans cette analyse, qui mérite d'être discutée et nuancée. Pour partie, les débats sur ce sujet, ou prétendus tels, relève d'une grande hypocrisie.  L'exil ou la mort, bien souvent...

                          La question de l'immigration revient au coeur des débats préélectoraux. De la pire des manières. Avec ses approximations habituelles, ses amalgames fréquents, ses préjugés tenaces, ses passions exacerbées, son instrumentalisation jouant sur les peurs et parfois des fantasmes ancestraux..               La vieille question du travail clandestin dans différents secteurs d'activité, en France comme ailleurs est souvent encore passée sous silence. Les politiques migratoires varient au gré des circonstances et des idéologies, selon les perceptions d'une opinion publique marquée par l'air du temps et une connaissance du problème conditionnée par des préjugés variables, des connaissances de l'histoire aléatoires.                                                                                                __________"...Ils sont artisans, boulangers, restaurateurs, bouchers, soignants. Et toujours un peu plus nombreux à se mobiliser pour empêcher l’expulsion d’un employé immigré sur lequel ils savent compter. Ils sont aussi étrangers mais diplômés en France, parfois chercheurs dans des laboratoires prestigieux, sans pour autant parvenir à renouveler leur titre de séjour condition sine qua non pour pouvoir travailler.    A quelques semaines de l’élection présidentielle, quand les questions identitaires et sécuritaires se mélangent et hystérisent les débats sur l’immigration, ces récits disent une autre histoire : celle de la pénurie de main-d’œuvre, des freins administratifs kafkaïens et de la contribution des immigrés – qu’ils soient diplômés ou pas – à l’économie. Ils racontent leur présence essentielle, comme ces aides-soignantes en « première ligne » applaudies au début de la pandémie. Ils montrent, en creux, à l’autre bout du spectre, la faible affluence des étrangers plus qualifiés. « Ainsi la France, 6e puissance économique mondiale, n’est que 19e au classement mondial “compétitivité et talents” élaboré par [l’école privée de management] l’Insead, qui mesure la capacité d’un pays à attirer, produire et retenir des talents », constatent des économistes dans une note du Conseil d’analyse économique de novembre 2021.   L’immigration a toujours rempli un rôle de compensation là où il y avait un vide, où les besoins n’étaient pas satisfaits par la population locale. A la fois sur les métiers pour lesquels la demande s’accroît brusquement et sur ceux qui sont en déclin comme l’artisanat en voie d’être mécanisé ou délocalisé. Certes, depuis l’époque des ouvriers spécialisés (OS) de Renault à Boulogne-Billancourt décrits par le sociologue Abdelmalek Sayad en 1986, le profil des immigrés de travail s’est diversifié. De plus en plus exercent une profession qualifiée, à l’instar des 11,5 % de médecins formés à l’étranger, ou des nombreux ingénieurs informatiques tunisiens...."   ___Que serait l'hôpital sans les nombreux médecins et chirurgiens étrangers...mal payés?

         On oublie que les migrations font partie de l'histoire des hommes. Un problème complexe et multiforme, sur lequel dominent le désaccord et la cacophonie, où l'UE montre sa faiblesse entre tolérance intéressée et rejet sans concession. C'est la grande dissonance: entre  l'accueil de Merkel il y a peu et les rejets sans nuances du bloc des pays plus à l'est, il y a conflit ouvert.  Malgré les appels des organisations  caritatives et humanitaires, les politiques d'accueil sa durcissent, comme en Grèce, parfois jusqu'à la fermeture systématique des passages possibles.                  C'est la politique du mur,  du grillage ou du barbelé. Certains gouvernants sont de plus en plus tentés, parfois sous la pression d'une opinion mal informée, par un grand renfermement, qui garantirait leur réélection. Sans égard pour une réalité migratoire complexe et multiforme.

            L'orbanisation gagne les esprits, jusqu'en France où elle devient un thème récurrent de la campagne, comme arme électorale.. Sans nuances. Etablir une forteresse à la Trump, c'est le grand fantasme pour certains, un cheval de bataille, l'instrumentalisation idéal du moment. Sans souci de nuances sur ce problème complexe.   La crise européenne de durcit, mettant à mal ses institutions, mettant à jour ses failles. Notamment l'impuissance face aux pressions de l'est. C'est souvent le retour aux vieilles recettes qui ne fonctionnent pas, un travail de Sisyphe. Les murs n'ont jamais rien réglé et n'ont jamais contribué à dissoudre les préjugés et les amalgames. Ils tendent plutôt à renforcer les violences:  "...Ils ont survolé la question, devenue, il est vrai, banale : les ministres européens de l’intérieur et chargés des migrations, réunis vendredi 8 octobre à Luxembourg, n’avaient pas envie de s’appesantir sur cette nouvelle affaire de pushbacks (refoulements illégaux) de migrants, révélée la veille par le consortium d’investigation Lighthouse Reports. Cette fois, celui-ci s’était appuyé sur des enregistrements prouvant les brutalités commises par des membres de forces de l’ordre, aux uniformes rendus anonymes, des « unités spéciales » à l’œuvre en Croatie, en Grèce et en Roumanie, et dont le financement pourrait venir de fonds européens...."

                        ____Accueillir toute la misère du monde? Impossible et insensé, bien sûr, mais... ..«Lorsque les migrants se présentent à nos portes, nous ne pouvons pas nous comporter autrement qu'en êtres humains et les accueillir!»
          Au nom de la régulation... Mais de quelle régulation parle-t-on? Le mot recouvre bien des ambiguïtés, des pratiques, qui peuvent être cruelles, aux limites de nos frontières ou à l'intérieur. Le traitement répressif et policier du problème non seulement choque, mais est inefficace.
     Il n'est pas nécessaire d'être pape ou évêque pour prêter attention à la question, particulièrement en ces temps de fêtes où la dépense souvent tapageuse s'affiche un peu partout, d'être sensibilisés aux problèmes que posent les phénomènes migratoires en Europe et particulièrement chez nous....sans oublier la détresse sociale interne. Le problème, tout simplement humain, est souvent mis entre parenthèses dans nos sociétés d'abondance, mais aux injustices criantes. et aux égoïsmes nationaux toujours résurgents.
     Si les récents phénomènes migratoires, souvent mal cernés, posent des problèmes humains et politiques au niveau de toute l'Europe (problèmes qui sont parfois les conséquence de ses propres erreurs en politique étrangère, comme en Lybie ou en Syrie), il ne sont pas sans s'accompagner de nombre de préjugés et d'idées reçues.
    Contrairement aux opinons mal informées ou formatées, on est loin d'un phénomène massif.   L'accueil des  migrants en France est l'objet de bien des critiques. De nombreux exemples, depuis ceux, médiatisés, de Calais et de la Porte de la Chapelle, notoirement mal gérés, ont le don de rendre impopulaires des phénomènes mal cernés, où les amalgames sont nombreux. Jusqu'au rejet xénophobe parfois. Ce n'est pas inédit dans notre histoire.     Beaucoup de migrants, même pour des raisons politiques, subissent actuellement un sort  pire que sous Sarkozy et Hortefeux. Pire que sous Hollande et Valls.      Comment s'en débarrasser devient le souci primordial.  La dissuasion et le rejet priment sur les conditions d'un accueil digne de ce nom, dans un premier temps     La politique de gribouille, voire la duplicité est souvent dominante et le double discours domine en l'Europe: L’Union européenne fait tout pour empêcher l’arrivée de migrants, mais elle publie depuis le début des années 2000 des documents expliquant qu’il faut absolument encourager les migrations pour remédier à la crise démographique d’une Europe vieillissante, et qu’on a besoin de dizaines de millions de travailleurs étrangers.   La Commissaire européenne Cécilia Malmström parlait en 2010 d’une nécessité pour assurer « la survie économique » de l’UE, Michel Barnier en 2011 a déclaré qu’il fallait des migrants pour garantir la survie des États-providences européens. On a, d’un côté, une politique sécuritaire anti-migration et, de l’autre, un discours utilitariste pro-migration. Aucune étude scientifique ne valide ces deux visions officielles. Les décideurs politiques font mine d’ignorer les travaux sur les ressorts complexes de l’immigration et ne considèrent pas les personnes concernées comme des acteurs de leur projet migratoire.    Quand on considère l'immigration européenne avant 1914, puis jusqu'à 1974, on prend conscience de l'importance (relative) des mouvements de populations périodiques qui sont venues modifier le visage d'une France toujours changeante, parfois lentement, parfois rapidement..    Par exemple, en France, ..dans les années 1920, le premier pays d'immigration au monde, devant les États-Unis eux-mêmes ! Sur le siècle écoulé, l'ensemble des étrangers et des naturalisés équivaut au croît de la population, environ quatre millions de personnes.   En 1931, les étrangers sont 2,9 millions sur 41,8 millions d'habitants, parmi lesquels 808 000 Italiens, 508 000 Polonais, 352 000 Espagnols, 250 000 Belges, 100 000 Suisses... À quoi s'ajoutent quelques dizaines de milliers de Kabyles d'Algérie. Les Polonais et, dans une moindre mesure, les Italiens vivent dans des communautés repliées sur elles-mêmes, avec leurs organisations culturelles, sociales et religieuses pilotées par les gouvernements de Varsovie ou Rome...                        ___________C'est toute une histoire, que celle de l'immigration en France. Mais pas qu'en France:La crise des réfugiés a remis les mouvements migratoires au cœur des obsessions européennes et, en particulier, allemandes. On le voit notamment à l’accueil qu’a reçu l’ouvrage de Philipp Ther, professeur à l’université de Vienne. Dans Die Zeit, Elisabeth von Thadden en salue l’ambition : retracer les flux migratoires qui ont agité l’Europe depuis 1492, date de l’expulsion d’Espagne d’un demi-million de Juifs et de musulmans. « La question qui l’intéresse est : tous ces émigrés ont-ils réussi à s’intégrer ? »     On sait, en général, qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sept à huit millions de personnes ont été déplacées. Mais on ignore souvent, qu’une génération plus tôt, après la Première Guerre mondiale, ils étaient aussi des millions à être déracinés. Avant cela, il y eut bien entendu la révocation de l’édit de Nantes. Une bénédiction pour l’Allemagne, où les huguenots, qui comptaient beaucoup d’artisans fort qualifiés, se sont réfugiés en masse. Mais un sérieux défi aussi : Francfort, ville de 30 000 habitants, en accueillit pas moins de 100 000. On découvre des faits étonnants, comme l’intégration des Tatares musulmans à la république aristocratique de Pologne-Lituanie, au XVIe siècle, ou encore « la prouesse de l’Empire ottoman » qui accueillit, au XIXe siècle, à peu près deux millions de réfugiés musulmans chassés des Balkans.    Le paradoxe est que l’Etat moderne démocratique ne favorise pas ce genre d’accueil en masse. « Parce que les démocraties votent en permanence, elles font preuve de moins de patience, explique von Thadden. Or, il faut des générations avant que les réfugiés s’intègrent vraiment. » A ce titre, les Etats prémodernes, où le souverain cherchait avant tout son intérêt sans se soucier de l’avis de ses sujets, disposait d’une latitude bien plus grande....                                                                                                                         ___Barrer la route aux migrants, et même aux ONG  n'est certainement pas la solution. Les grillages et les murs n'ont jamais rien résolu.   De récents flottements annoncent peut-être d'autres orientations:   ...A couteaux tirés depuis des semaines avec le secteur associatif, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb fait cette première (et insuffisante) concession alors que les médias relaient le désarroi des migrants sur le territoire français, que le Défenseur des droits, Jacques Toubon, estime que le projet de loi comporte des atteintes aux droits fondamentaux, et que plusieurs députés En Marche commencent à faire connaître leur désaccord… Après des mois de grand écart entre les discours humanistes du président Macron et la politique implacable de Gérard Collomb, cette première reculade donne un peu d’espoir – à condition que le rapport de force ne faiblisse pas. Et que ce ne soit pas le Parlement européen qui entérine cette notion de « pays tiers sûr » à laquelle le gouvernement français vient de renoncer...__

- Réfugiés: d'un sommet à l'autre
-  Entre émotion et raison   
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