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lundi 8 octobre 2018

C'est l'histoire d'une banque...

Deux ou trois choses

                       Sur une banque peu ordinaire
                            Devenue la quatrième du monde en importance
                                                                             Mais en eaux troubles
              Maintenant une banque en ligne...de mire.
     FR3 a eu la bonne idée de diffuser (mais pourquoi à une heure si tardive?) un document sur l'histoire et les pratiques d'une institution bien de chez nous, mais aux activités et ramifications mondiales, dont le grand public connaît peu de choses.

   Les auteurs, dont Harel, un bon connaisseur de la chose bancaire et des paradis fiscaux dont elles usent et abusent, diffusent des informations qui dérangent et qui pronostiquent de nouveaux risques.           Non, l'ivresse spéculative bancaire, dont on connaît les effets, qui n'ont pas fini de se faire sentir, n'est pas terminée et, malgré certains démentis faussement rassurants, rien d'essentiel n'est réglé. Les vieilles habitudes reviennent. Surtout tant que la séparation entre banques d'affaires et banques de dépôts ne sera pas une obligation, ce que Roosevelt avait imposé en son temps.
     Comme le signale l'ancien banquier Naulot, il est temps de revenir aux fondamentaux, de retrouver les bons rails, car la situation est de nouveau préoccupante.
    La BNP était une simple et tranquille de dépôts et de prêts aux entreprises locales, Paribas se consacrait surtout aux activités spéculatives. Le mariage des deux organismes à produit un monstre, qui,  à la faveur de la mondialisation et de la spéculation de haut vol depuis plus d'une trentaine d'années, peut mettre en péril les économies des épargnants.
    La quatrième banque mondiale, lit-on dans Télérama commentant le documentaire filmé, affiche un bilan de plus de 2 000 milliards d’euros, plus lourd que le PNB (produit national brut) de la France ? ...;, ce « too big to fail »qui a pris tout le monde en otage et dicte ses solutions. Car ce sont bien les choix des responsables bancaires qui seront retenus, sans délibération démocratique, dans la gestion de la crise de 2008. Et c’est du président de BNP Paribas, que le pouvoir politique attend alors des remèdes.Cette puissance, BNP Paribas l’a acquise en à peine trente ans, à la faveur de la financiarisation et de la mondialisation de l’économie, mais porté aussi par l’ambition de fer de Michel Pébereau, qui a présidé l’établissement de 1993 à 2011. Avant lui, BNP était une banque de détail, une banque qui osait déjà dire « votre argent nous intéresse », mais qui restait au contact de ses clients, des entreprises, comme témoigne une des dernières salariées de cette période. Tout a changé avec la privatisation de la banque, décidée par Édouard Balladur en 1993. Michel Pébereau est alors désigné par le gouvernement pour présider l’établissement, le changer.
La vraie transformation viendra six ans plus tard, en 1999 lorsque BNP s’empare de Paribas, aux termes d’une bataille féroce avec la Société générale. Bizarrement, le documentaire passe sous silence ce conflit qui mit le capitalisme français à feu et à sang, appelant le pouvoir à trancher entre les ambitions des deux banques...
     BNP Paribas, Etat dans l'Etat, a absolument tout verrouillé, si bien qu'il est difficile de mener une information et que subsistent des zônes d'ombre. Un constat froid et non contesté de certaines pratiques bancaires d'institutions, parfois en péril, comme la Deutsche Bank, pour ne citer qu'un autre mastodonte, qui donne des cheveux blancs à A.Merkel et aux grands financiers, à cause de son caractère systémique et du risque de glissade avec effets dominos.
   Mais pourquoi Jupiter n'en parle pas, lui qui est passé chez Rothschild, qui doit bien connaître le dossier?
       Un véritable monstre bancaire s'est créé, qui fait la pluie et le beau temps, auquel n'est pas étrangère la dette de nombreux pays, dont le nôtre, dont la gestion ne peut pas ne pas avoir d'incidences sur la ligne financière et les choix budgétaires majeurs des gouvernements successifs. Si on a voulu "sauver" la Grèce, c'est d'abord pour sauver les banques qui y avaient beaucoup investi, dont BNP-Paribas, entre autres. Sur ce point, on attend des recherches et des analyses qu'il reste à mener.
       Même Capital évoque l'affaire, dont la diffusion publique embête sérieusement l'institution visée par une enquête de deux ans, forcément partielle, des auteurs. La Tribune parle de certaines "carences"...à propos de certaines pratiques bancaires.
      On peut aller jusqu'à dire qu'elle dirige la France. Le patron, prêt à financer les plus grands projets moyennant certaines conditions, a ses entrées à Bercy et le jeu de chaises musicales  n'est pas exceptionnel entre le ministère et le siège du Bld des Italiens.
    Les scandales, ébruités ou pas, ne sont pas rares et il est arrivé à la banque de se faire épingler pour quelques menues affaires...
        Mais il y a plus grave. L'argent n'a pas d'odeur dit-on.
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Pouvoir des banques   Séparation bancaire.  - Nouveaux risques bancaires.  - Pouvoir des banques et paradis fiscaux.  - Dix ans après.  Contrôler les banques et les réguler.  Roosvelt, la crise et les banques. - Comment ne pas couler?  -  Bruxelles et la finance.   -Procès UBS:les 700 milliards qui manquent à la France.
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vendredi 14 novembre 2025

Nous et l'Amazonie (suite)

   De Paris à Belèm  L'idéal et les intérêts                                                                                                                                                      Du mythe, des engagements à la réalité                                                                                                                      A l'heure d'une COP incertaine, il est bon de rappeler que l'Amazonie nous concerne directement.  Malgré les prises de conscience et les mesures limitées de Lula pour freiner la déforestation, il y a du souci à se faire, si aucune mesure radicale n'est prise rapidement, de manière concertée. Mais les intérêts à court terme continuent sur leur lancée....en toute bonne conscience.


                   "  Mégabarrages, aéroports, gazoduc ou encore financement de projets pétrogaziers : les plus grandes firmes tricolores ont ces dernières décennies investi l’Amazonie brésilienne, aux dépens de la protection de la forêt et des peuples autochtones.                                                      « Nous sommes Amazoniens. » C’est par ses mots qu’Emmanuel Macron avait en août 2019 inauguré le G7 de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Les images de la plus vaste forêt tropicale du globe, alors en proie à des incendies monstres, avaient ému le président français.        Quatre ans plus tard, lors d’un sommet international au Brésil, Macron réitérait « l’engagement fort de la France pour la protection de l’Amazonie ». Avant de lancer en 2024, avec son homologue brésilien Lula, un vaste programme d’investissement dans « la bioéconomie » à l’échelle de l’Amazonie brésilienne et guyanaise, afin de lever 1 milliard d’euros de fonds publics et privés d’ici à 2028. L’objectif ? Protéger la biodiversité et placer les peuples autochtones « au cœur des prises de décisions ».  Cette rengaine sur la protection de l’Amazonie est de nouveau revenue sur la table de la diplomatie internationale à l’occasion de la présence du président français au premier jour du sommet des dirigeants mondiaux sur le climat, en amont de la COP30 de Belém.                                        Mais l’obsession amazonienne de Macron masque une tout autre réalité économique, bien loin des velléités écologiques des chefs d’État français et brésilien. L’Amazonie brésilienne, qui représente 60 % de cet écosystème mondial crucial, est en effet un terrain de jeu pour les fleurons industriels français, dont certains se sont installés dans le pays durant la dictature brésilienne (1964-1985), puis lors de la vague de libéralisation dans les années 1990.     Si le géant bancaire français BNP Paribas s’est formellement engagé à ne plus financer aucun projet pétrogazier en Amazonie depuis 2022, des lacunes semblent subsister dans sa politique de responsabilité environnementale.         Selon un rapport daté d’octobre dernier, et piloté par l’ONG nord-américaine Stand.earth, la banque tricolore a investi depuis 2016 un total de 250 millions de dollars dans le secteur pétrolier et gazier amazonien, soutenant par exemple la multinationale pétrolière brésilienne Petrobras. L’an dernier, si l’afflux de capitaux depuis la BNP Paribas en direction des industriels fossiles a nettement diminué, l’établissement bancaire aurait tout de même, selon ce même rapport, fourni 4 millions de dollars de financement direct au pétrole et au gaz amazoniens. Contactée par Mediapart, la banque assure que « dans la région amazonienne, BNP Paribas ne finance ni n’investit plus dans aucun projet pétrolier et gazier, ni aucune infrastructure associée ».  Par ailleurs, en février 2023, BNP Paribas a été l’objet d’une action en justice devant le tribunal judiciaire de Paris lancée par l’organisation brésilienne Comissão Pastoral da Terra et l’ONG française Notre affaire à tous pour manquement à son devoir de vigilance.   Cette loi française de 2017 oblige les grandes entreprises françaises à établir un plan de vigilance qui identifie et prévienne les risques humains, sanitaires et écologiques engendrés par leurs activités.    Les deux associations estiment dans leur assignation qu’entre 2019 et 2021 la banque a participé au financement de Marfrig, une compagnie brésilienne parmi les leaders mondiaux de la production de viande bovine, un secteur fortement responsable de la déforestation. Durant ces trois années, BNP Paribas a participé au financement de Marfrig via l’émission d’obligations – dans le cadre d’une opération avec d’autres banques à hauteur de 3 milliards de dollars – et une aide à l’exportation d’un total de 60 millions de dollars.         Or, selon une étude réalisée par le Center for Climate Crime Analysis sur les activités de fournisseurs de Marfrig, le groupe brésilien serait lié à la déforestation illégale de près de 100 000 hectares de territoire amazonien entre 2009 et 2020. Marfrig se serait aussi approvisionné auprès d’éleveurs qui produiraient illégalement du bétail sur des terres appartenant à des peuples autochtones.                                                                                                                             Alors que l’audience pour cette action en justice est attendue pour le second semestre 2026, la banque BNP Paribas a expliqué à Mediapart qu’elle exige de tous ses clients produisant ou achetant du bœuf et du soja issus de l’Amazonie d’avoir mis en œuvre une stratégie « zéro déforestation » d’ici la fin 2025.     Le groupe bancaire est aussi ciblé par une plainte déposée en novembre 2023 par l’ONG Sherpa. BNP Paribas, de même que le Crédit agricole, la BPCE et Axa, est suspecté d’avoir réalisé entre 2013 et 2021 des investissements d’un montant de près de 70 millions de dollars au profit de Marfrig et de JBS, un géant brésilien de l’agroalimentaire.           « L’enquête préliminaire, lancée par le parquet de Paris, est en cours depuis mars 2024. Les investissements dces quatre banques leur ont rapporté en tout 12 millions de dollars de bénéfices entre 2018 et 2022, indique Jean-Philippe Foegle, juriste chargé de contentieux et plaidoyer chez Sherpa. JBS est une société très problématique, puisqu’on estime que 50 à 60 % du bétail qu’elle vend est issu de terres récemment déforestées. »         


                                         
Sherpa et une coalition d’associations ont aussi assigné le groupe Casino devant le tribunal judiciaire de Paris en mars 2021, là encore pour manquement à son devoir de vigilance.  Avant une crise financière liée à son endettement à partir de 2021, Casino se posait comme un des leaders de la grande distribution au Brésil à travers sa filiale Grupo Pão de Açúcar. Or, Sherpa estime que « plusieurs fermes responsables de déforestation et d’accaparement de terres autochtones ont été identifiées dans la chaîne d’approvisionnement en bœuf » de Grupo Pão de Açúcar. Une analyse publiée cette année par l’Instituto Centro de Vida au Brésil a en outre calculé que 327 000 hectares de forêt amazonienne ont été détruits en lien avec la viande de bœuf vendue par Casino au Brésil entre 2018 et 2023.    Bien que, depuis 2023, Casino ne détienne plus que 22,5 % de Grupo Pão de Açúcar, l’audience de plaidoiries pour cette action en justice a été fixée à septembre 2026. Les associations requérantes demandent réparation pour les dommages causés avant la perte de contrôle par Casino de sa filiale brésilienne.        Ne souhaitant pas commenter la procédure judiciaire en cours, le groupe français a répondu à Mediapart qu’avant la cession de sa participation majoritaire à Grupo Pão de Açúcar, Casino « avait mis en place des mécanismes de vigilance renforcés sur sa chaîne d’approvisionnement brésilienne, en s’appuyant sur des standards internationaux et des audits réguliers ».                                                                                                                                                        Pointé du doigt en 2022 puis en 2023 pour se fournir auprès de la controversée entreprise JBS, Carrefour, champion de la grande distribution au Brésil où il est installé depuis près de cinquante ans, a pour sa part lancé il y a deux ans une Plateforme transparence forêt où près de deux cents fermes suspectées de déforestation ont été exclues. Carrefour a affirmé à Mediapart que pour les fournisseurs directs ou indirects au Brésil, 100 % de la viande de bœuf est désormais « absente de déforestation ».                                                                                              Fin 2016, Engie a inauguré dans l’ouest de l’Amazonie brésilienne son plus grand projet hydroélectrique à l’échelle mondiale, le mégabarrage de Jirau, sur le fleuve Madeira, dans l’État de Rondônia.   Détenue à 40 % par le groupe français, cette immense infrastructure produirait, aux dires d’Engie, l’équivalent en électricité de la consommation de plus de 10 millions de foyers. L’entreprise hexagonale est, notamment grâce à ce barrage, le premier producteur privé d’électricité du Brésil.             Nécessitant un investissement de plus de 5 milliards de dollars, le projet est marqué, comme l’a rapporté depuis 2013 l’Observatoire des multinationales, par de multiples controverses en matière d’impacts sur l’environnement (déforestation, déclin des populations de poissons) comme sur les peuples autochtones. L’Observatoire des multinationales rappelle aussi que le chantier de Jirau a connu « deux émeutes ouvrières de grande ampleur, et des sous-traitants d’Engie ont été condamnés par la justice brésilienne pour travail forcé »...Engie a répondu à Mediapart que la centrale hydroélectrique de Jirau « a été développée conformément à la législation environnementale brésilienne » et que son site incarne aujourd’hui « une référence en matière de développement responsable des énergies renouvelables ».           EDF, via sa filiale EDF Norte Fluminense, détient de son côté 51 % du mégabarrage amazonien de Sinop, érigé en 2019 sur le fleuve Teles Pires, au nord l’État du Mato Grosso. Le Mouvement brésilien des personnes affectées par les barrages (Movimento dos atingidos por barragens) a alerté en 2022 sur le fait que la construction de la centrale hydroélectrique avait conduit à la disparition de 24 000 hectares de forêt amazonienne ainsi qu’à des négligences environnementales ayant conduit à un risque incendie accru et à une importante mortalité des poissons.                                                                                                       Sollicitée par Mediapart, EDF a rétorqué que « la suppression de la végétation était nécessaire pour préserver la qualité de l’eau du réservoir », une action réalisée « dans le cadre des autorisations environnementales » délivrées par le Brésil. L’électricien a aussi répondu qu’il n’y a pas eu d’incendies forestiers liés à la centrale de Sinop et que « depuis 2020, aucun épisode de surmortalité de poissons n’a été signalé, ce qui démontre l’efficacité des actions entreprises ».                                                                        
« Si ces projets de barrage au Brésil d’Engie et EDF sont promus comme étant vertueux pour la planète, en réalité les journalistes brésiliens et les témoignages des personnes impactées révèlent que ces mégaprojets accaparent les terres des populations autochtones, détaille auprès de Mediapart Olivier Petitjean, de l’Observatoire des multinationales. Ce sont aussi des infrastructures qui ouvrent l’Amazonie au développement industriel en faisant venir des travailleurs, puis en fournissant ensuite de l’électricité à d’autres secteurs, notamment miniers. »          Pour terminer, Engie exploite depuis 2019 le gazoduc Urucu-Coari-Manaus long d’environ 600 kilomètres, en plein cœur de la forêt amazonienne, dans l’État de l’Amazonas. « Cet actif soutient la sécurité énergétique et réduit les émissions de gaz à effet de serre dans la région amazonienne en substituant le diesel par du gaz naturel pour la production d’électricité », a soutenu Engie auprès de Mediapart. De 1996 à 2024, le minier français Imerys a exploité à Barcarena, une ville amazonienne de l’État du Pará (Brésil), une importante plateforme d’exploitation de kaolin, une argile blanche utilisée dans l’industrie.           Le site est régulièrement accusé de pollutions répétées des rivières, menaçant la santé des habitant·es et des écosystèmes. En février 2023, l’Observatoire des mines (Observatório da mineração, un groupe de réflexion et d’investigation journalistique brésilien) avait ainsi recensé au moins moins quinze incidents environnementaux au cours des deux dernières décennies autour de l’installation d’Imerys à Barcarena, notamment des « fuites de kaolin […] qui compromettent l’utilisation de l’eau pour la consommation humaine, les loisirs et la pêche ».       ___ 
    Le média indépendant brésilien Sumaúma a dénombré pour sa part en mars 2024 plusieurs incidents environnementaux telles, en 2011, une fuite de canalisation d’Imerys contenant des eaux usées acides ou encore la contamination par du kaolin de rivières locales en 2012 et 2016.   Enfin, après un incendie sur la plateforme d’Imerys fin 2021, une enquête de l’Assemblée législative de l’État du Pará, datée du 15 décembre 2021, a estimé que le groupe était « absolument incapable de respecter ses engagements légaux », recommandant la suspension de ses activités.      Contactée par Mediapart, la compagnie minière a entre autres déclaré que ces incidents « ont été immédiatement gérés et traités par la mise en place de plans d’action proportionnés et en coordination avec les autorités locales compétentes ». Pour Imerys, « les installations concernées ont été reconstruites et renforcées avec les meilleures technologies disponibles ».                                                                                         Pour terminer ce tableau des intérêts privés français en Amazonie brésilienne, Vinci a depuis 2021 fait main basse sur l’exploitation de sept aéroports amazoniens. La multinationale française vient d’investir environ 220 millions d’euros pour moderniser ces infrastructures, afin de « stimuler le développement économique » et de renforcer les liens de l’Amazonie « avec le reste du monde ».Pas sûr que, pour ces concessions laissées pour trente ans au géant du BTP, les peuples autochtones aient été, comme le promeut Emmanuel Macron dans ses discours, « au cœur des prises de décisions ».   _  _____    La route et les grands travaux ouvrent la voie à la déforestation amazonienne ___ [ Merci à Mickaël Correia ]      _______________________

         

mercredi 12 août 2009

Bonus des traders: quel changement?


Comme avant...


La culture des bonus garantis : une
"honte absolue".J'aurai une tolérance zéro pour les excès" (C.Lagarde) ?
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______Le G20 l'avait proclamé, les professionnels de la banque le juraient, notre Président tapait du poing sur la table : plus rien ne serait comme avant:

Nous avons changé», soutenait Baudoin Prot, directeur général de BNP-Paribas lors de la présentation des résultats, mardi 4 août. «Plus rien ne sera comme avant», entonnait en chœur la profession bancaire au plus noire de la crise bancaire de l'hiver 2008, au moment où elle tendait la sébile pour obtenir des milliards de l'Etat.

«Je n'hésite d'ailleurs à dire que les modes de rémunération des dirigeants et des opérateurs doivent être encadrés. Il y a eu trop d'abus, il y a eu trop de scandales. Alors ou bien les professionnels se mettent d'accord sur des pratiques acceptables ou bien le gouvernement de la République réglera le problème par la loi avant la fin de l'année», tonnait Nicolas Sarkozy lors de son discours de Toulon le 25 septembre 2008. «La seule loi du marché, c'est fini; l'autorégulation, c'est fini; les rémunérations excessives, c'est fini», insistait-il..."

_________Mais aujourdhui, comme on le constate, les vieilles habitudes et les anciens intérêts reprennent le dessus:

"...Tout a continué. Mais faut-il s'en étonner? L'Etat, en dépit des déclarations, n'a rien fait pour que cela change. Porté par une reprise des marchés (+12,6% en six mois pour le Cac 40), bien déconnecté de la réalité de l'économie, le monde bancaire a donc retrouvé ses bonnes vieilles habitudes: primes et bonus à tous les étages. Comme l'a révélé Libération, BNP Paribas a provisionné 1 milliard d'euros au deuxième trimestre pour assurer les bonus de ses traders à la fin de l'année. La banque essaie de nuancer la portée de l'information: il ne s'agit que de provisions, les bonus ne seront acquis qu'au vu des résultats annuels.Derrière, les autres banques se font toutes petites. Des bonus, elles en distribueront peut-être mais il faut attendre la fin de l'année pour vraiment savoir. Aucune transparence n'existant sur le sujet, il est difficile d'évaluer la réalité des bonus qui se préparent, d'autant qu'un certain nombre de banques ont converti une partie des rémunérations variables en fixe, afin de «conserver les meilleurs»...Le gouvernement est jusqu'à présent resté pratiquement muet. Il découvre comme tout le monde ce qui se passe dans les banques. Et les exhortations de Christine Lagarde, qualifiant la culture des bonus garantis comme une «honte absolue» n'ont pas suffi à mettre un frein à ces pratiques. Hier soir, elle s'est d'ailleurs contentée d'appeler «à la vigilance», demandant à la Banque de France de bien vouloir surveiller tout cela... et de faire un rapport!En renonçant à prendre la moindre disposition contraignante à l'égard des banques aidées, le gouvernement s'exposait à se retrouver dans une telle situation. A maintes reprises, des économistes comme des députés l'ont mis en garde contre cette excessive confiance à l'égard des banques. L'utilisation de l'argent public, ont-ils rappelé, devait au moins être contrôlée..."(Martine Orange-Mediapart)

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-"Dans la pratique, rien ne change":
"..."Il faut que tout change pour que rien ne change..." (in Le Guépard de Lampedusa)... Tout va bien pour le moment
Je suis trader dans une banque française qui est en train de préparer une politique salariale de packages comprenant des augmentations de salaire fixe plus une enveloppe de bonus en cash et en plans d'actions répartis sur plusieurs années.
Les déclarations de Christine Lagarde relèvent du registre de la gesticulation, pour les raisons suivantes, qu'elle expose d'ailleurs :
- les banques françaises sont en concurrence avec des établissement entre autres anglais et américains. Or les USA et le Royaume-Uni n'accepteront jamais une régulation sévère des bonus car elle est contraire à tous les principes, et mettrait en danger les fondements même de leur système financier (surtout celui de Londres).
- Même si l'Etat français impose des régulations sur son territoire, les banques françaises iront domicilier leurs opérations à Londres ou à New york et seront libres de pratiquer la politique salariale de leur choix, ce qu'elles font déjà largement.

-Les bonus des traders de la BNP suscitent la polémique:"Rien n'a fondamentalement changé", a déploré Marc Cohen-Solal, délégué CGT, se disant "surpris d'apprendre cette information au lendemain de la présentation des comptes de l'entreprise au cours de laquelle la direction a affirmé avoir limité le montant des provisions pour les bonus". "Ils disaient avoir changé avec la crise, mais on revient aux travers précédents, c'est extrêmement inquiétant", a-t-il déclaré à l'AFP.Interrogé sur ces nouvelles règles, le délégué CGT a estimé qu'elles n'étaient qu'un "replâtrage du système". "Si quelqu'un fait des opérations lucratives et est intéressé à ça, il va continuer", souligne-t-il. "BNP Paribas a aussi annoncé que les bonus n'atteindraient pas 150% de la rémunération fixe, mais pour le directeur général cela peut donc monter à 1,5 million d'euros, c'est affolant..."
(La France va encadrer les bonus des traders )

________-Sarkozy et les bonus : omerta sur la promesse envolée - AgoraVox

-Un milliard de bonus pour les traders de BNP Paribas: les raisons de s'indigner
-Olivier Godechot :"Les bonus des traders ne sont nullement justifiés !"
-Banques: les bonus des traders sont inutiles pour l'économie | Rue89
-Bonus : les faux-semblants de la régulation Potemkine
-► Bonus des banquiers : le manège de Pavlov
-► « Scandale » des bonus : pourquoi la bnp a raison
-Banques: on prend les mêmes et on recommence
-Banques, bonus, bénéfices : le paradoxe des parasites
-Les banques : jusqu'à l'écœurement - AgoraVox

mercredi 21 janvier 2009

Aide aux banques: qui va payer ?

"Comment expliquer aux citoyens français que l'Etat -(c'est à dire nous les citoyens) - vient de prêter 10,5 milliards d'€ à ces banques, et qu'il s'apprêter à leur accorder une nouvelle ligne de crédit de 10,5 milliards, que ces établissements prêtent toujours aussi peu d'argent aux entreprises en difficulté et aux particuliers"

-"le bilan de la BNP Paribas c'est 1 800 milliards d'€, quasiment le PIB de la France. Voilà la preuve que ces 10 milliards d'€de fonds propres en plus ou en moins ne font aucune différence "Nicolas Sarkozy qui entend "moraliser le capitalisme" ne craint donc pas d'abreuver en fonds publics ces établissements bancaires qui ,pendant des années, ont engrangé des milliards de profits." (J.Marseille)


Banques: l'argent de l'Etat servira-t-il les actionnaires? | Mediapart:

"...De plus en plus de voix à gauche mais aussi dans la majorité s'étonnent de l'étrange mansuétude dont fait preuve l'Etat à l'égard des banques qu'il secourt. Les conditions devraient être un peu durcies dans le deuxième volet du plan de sauvetage bancaire, en cours de discussion. Mais pour beaucoup, les contreparties demandées par l'Etat sont encore très loin de ce qu'il serait en droit d'exiger contre 21 milliards d'euros d'aides....
Toutes les banques s'en tiennent à une position de principe, celle du droit des sociétés: les dividendes sont votés par l'assemblée générale des actionnaires sur proposition du conseil d'administration. En langage décodé, cela ressemble à une fin de non-recevoir. L'Etat n'étant pas actionnaire des banques, il n'a pas à se mêler de leur politique de distribution et de rémunération....
Que feront-elles? Les comptes n'étant pas encore arrêtés, il est difficile de savoir si toutes résistent à la tourmente financière. Mais une chose est sûre: si leur résultat le leur permet, les banquiers verseront des dividendes à leurs actionnaires. C'est ce qu'avait laissé entendre BNP Paribas dès l'adoption du plan: «Cela ne remet pas en cause notre politique de dividende», s'était alors félicitée la banque...
Une grande partie du monde bancaire est persuadée que la fin de la crise va se traduire par de nouvelles concentrations bancaires. Dès lors, chacune s'efforce de constituer des forces, de s'assurer des fidélités. Même si celle des actionnaires est toute relative: dans une bataille boursière, l'argument d'une prime l'emporte bien souvent sur un supposé affectio societatis. Qu'importe! Il faut plaire aux actionnaires. ...
Dès le lancement du plan de sauvetage bancaire, cette situation était prévisible. D'emblée, le gouvernement français a choisi de se lier les mains, et de renoncer à toutes ses prérogatives. Une démarche inverse à celle de tous les autres gouvernements. Parce qu'ils estimaient impossible de verser de l'argent public sans surveiller son utilisation, les gouvernements américain, anglais, allemand – qu'on ne peut guère soupçonner de vues étatistes – ont tous exigé d'être actionnaires, d'entrer au conseil, et ont imposé de fortes limitations sur les rémunérations voire la suppression des bonus.
L'Etat français, largement inspiré par le monde bancaire en général, et par Michel Pébereau, président de BNP Paribas en particulier, n'a rien demandé de cela. Il a refusé d'être actionnaire, d'entrer au conseil, et n'a assorti ses aides d'aucune limitation sur les rémunérations. L'auto-régulation du monde bancaire devait suffire à garantir le bon emploi de l'argent public...
Les banques ne sont pas les seules à avoir ce traitement privilégié. L'Etat envisage d'apporter plusieurs milliards d'aides au secteur automobile, dans le cadre d'un plan qui doit être annoncé le 20 janvier. De même, il compte racheter plusieurs milliers de logements pour aider les promoteurs à traverser la crise immobilière. A chaque fois, il s'agit d'argent public. Mais il semble qu'à aucun moment, le gouvernement n'ait envisagé de demander des restrictions sur le versement des dividendes ou sur les rémunérations des dirigeants à tous les groupes automobiles ou immobiliers qui en bénéficieront."
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Question à 1 000 milliards de $...
quel journal a-t-il osé titrer:

"le moment est venu d'envoyer Wall Street en prison"L'odieux coupable n'est autre que le très sérieux mensuel américain "Fortune", la bible du capitalisme anglo-saxon, celui qui publie chaque année le classement des plus gros comptes en banque de la planète.Fortune va même plus loin en sous-titrant "rendez l'argent"Sous entendu: vous, messieurs les actionnaires, qui vous êtes goinfrés de dividendes indécents pendant des années, vous messieurs les patrons, qui vous êtes gavés de revenus démentiels, vous messieurs les traders, messieurs les managers de Fonds spéculatif, qui avez été rassasiés de bonus obscènes, vous messieurs les chefs d'entreprise, qui avez bénéficié de subventions publiques et d'exonérations fiscales en tout genre, vous messieurs les banquiers, que les Etats sont en train de sauver de la faillite à coup de milliards...L'heure est enfin venue de partager et de redistribuer...osons dire...de faire preuve de solidarité, pour ne pas dire de civisme Selon le quotidien " les Echoss" les trois plus grandes banques françaises ( BNP Paribas, Société générale et Crédit Agricole ) vont dégager en 2008, 9 milliards de € de profits. Résultat inouï, sidérant, suffocant même, dont le tiers au moins, sera reversé sous forme de dividendes aux actionnaires.( Le secteur financier, de dérégulation en déréglementation, a pu acquérir, relativement à l'économie réelle, une prépondérance inconnue jusqu'à présent. Alors que les profits de la finance ne représentaient que 14% du total réalisé par les entreprises américaines en 1960, ce chiffre atteignait 37% en 2007.)

Comment expliquer aux citoyens français que l'Etat -(c'est à dire nous les citoyens) - vient de prêter 10,5 milliards d'€ à ces banques, et qu'il s'apprêter à leur accorder une nouvelle ligne de crédit de 10,5 milliards, que ces établissements prêtent toujours aussi peu d'argent aux entreprises en difficulté et aux particuliers.Situation inexplicable, injustifiable, insupportable.L'Etat va de nouveau recapitaliser les banques françaises pendant que celles-ci, comme si de rien n'était, s'apprêtent à distribuer des dividendes himalayens.Or ces banques disposent d'une autre source de financement à toute épreuve : La Banque Centrale Européenne (B.C.E) qui leur a ouvert comme jamais les vannes du crédit pour éviter la rupture totale des circuits financiers tant redoutée après la faillite de l'américain Lehman Brothers, le 15 septembre dernier.Depuis l'automne, les réseaux bancaires français ont obtenu plus de 20 milliards des fonds d'épargne de la Caisse des dépôts qu'elles ont ensuite prêtés, du moins on l'espère, aux PME au bord de l'asphyxie. Mieux encore,depuis le 1er janvier, toutes les banques commerciales ont désormais le droit de distribuer le livret A, autrefois monopole de la Caisse d'épargne, de la Poste et du Crédit mutuel.

Même Jacques Marseille, économiste et essayiste apprécié de la droite la plus libérale, s'étouffe à l'idée d'un tel gâchis "le bilan de la BNP Paribas c'est 1 800 milliards d'€, quasiment le PIB de la France. Voilà la preuve que ces 10 milliards d'€de fonds propres en plus ou en moins ne font aucune différence "Nicolas Sarkozy qui entend, affirme-t-il "moraliser le capitalisme" ne craint donc pas d'abreuver en fonds publics ces établissements bancaires qui ,pendant des années, ont engrangé des milliards de profits. Ainsi, BNP Paribas, qui fut longtemps figure de modèle ; de 2003 à 2007, a banque présidée par Michel Pébereau, par ailleurs conseiller du prince et de ses ministres, a dégagé près de 30 milliards d'€ de bénéfices nets. Sur la même période, 11,5 milliards ont été versé sous fore de dividendes et près de 5 milliards ont été consacrés aux rachat d'actions. Au total, ce sont 16,5 milliards qui ont été versés aux actionnaires. Plus de la moitié des bénéfices !Cette hémorragie a fragilisé les fonds propres de l'entreprise, alors même que son bilan grossissait avec la bulle.La solvabilité de la banque s'est fortement dégradée, son ration passant de 9,5% en 2003 à 5,9% fin 2008.En décembre dernier, BNP Paribas a donc reçu un premier chèque de 2,55 milliards de la part de la société de prise de participation de l'Etat (SPPE).

Ce prêt n'est assorti d'aucune obligation, (hormis le versement d'un intérêt de 8%). Rien n'oblige les banques à utiliser cet argent frais pour faciliter l'accès au crédit des entreprises en particulier.Mieux, les banques pourront, si elles le souhaitent, rembourser ces "obligations convertibles" à leur guise, voire les conserver "ad vitam eternam".Bref l'Etat est incapable de dire comment cet argent sera utilisé.Dans cet étrange contexte, les patrons seront aussi bien servi que les actionnaires. Le gouvernement avait promis que, grâce au code de bonne conduite du Medef, on verrait enfin disparaître bonus extravagants, parachutes dorés choquants retraites chapeau démesurées et stock-options déraisonnables; Une enquête du cabinet Hewitt Associates contredit ce voeu pieux. C'est ce que disait déjà, en décembre dernier, la Compagnie nationale des commissaires aux comptes. Pourquoi se gêner, d'ailleurs, puisque le gouvernement repousse chaque mois l'idée de légiférer...!

(Millésime)
-Le tour de passe-passe des bonus, par Nicolas Dupont-Aignan
-Aide aux banques : des fonds propres... un peu sales ?
-Qui paiera la dette de la crise?
-Deuxième vague d’effondrements bancaires | AgoraVox
-Recherche Google : aide aux banques
-Un Sarkozy bancal sur l’aide aux banques
-C.Lagarde conditionne l'aide aux banques
- Phase IV de la crise systémique : Début de la séquence d'insolvabilité globale:
"..Et 2009 est l'année qui va obliger tous les acteurs économiques à tenter d'évaluer concrètement l'état de leur solvabilité, sachant que nombre d'actifs continuent encore à perdre de la valeur. La difficulté est qu'un nombre croissant d'opérateurs ne font plus confiance aux indicateurs et instruments de mesure traditionnels. Les agences de notation ont perdu toute crédibilité. Le Dollar US n'est plus qu'une fiction d'unité de mesure monétaire mondiale dont nombre d'Etats tentent de se dégager au plus vite (6). Donc toute la sphère financière est à juste titre suspectée de n'être plus qu'un immense trou noir. Pour les entreprises, plus personne ne sait si les carnets de commande sont fiables (7) puisque, tous secteurs confondus, les clients annulent massivement les commandes (8) ou n'achètent plus, même quand les prix sont cassés, comme le confirme la forte baisse des ventes de détail de ces dernières semaines (9). Et pour les Etats (et autres collectivités publiques), c'est dorénavant l'effondrement des recettes fiscales qui fait craindre une envolée des déficits pouvant entraîner là aussi des faillites. D'ailleurs, des milliardaires russes (10) aux pétromonarchies du Golfe arabique en passant par l'Eldorado commercial chinois (11), ce sont toutes les « poules aux œufs d'or » des entreprises et des établissements financiers de la planète (et notamment européennes, japonaises et nord-américaines (12)) qui s'avèrent désormais insolvables ou tout juste solvables. La question de la solvabilité de l'état fédéral et des états fédérés américains (13) (comme de celle de la Russie ou du Royaume-Uni) commence d'ailleurs également à être posée dans les grands médias internationaux ; tout comme d'ailleurs celle des grands fonds de pension par capitalisation, grands acteurs de l'économie globalisée de ces vingt dernières années."

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-Lorsque le pouvoir politique se heurte à celui des marchés financiers... | Mediapart
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