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jeudi 23 juin 2022

Fin du consensus néolibéral?

S'y achemine t-on vraiment?

                         On le murmure, on le chuchote...  Après le Consensus de Washington, qui a ouvert la voie au néolibéralisme dans toute sa splendeur, avec les effets que l'on sait, notamment la grande crise financière de 2008 et ses séquelles de rigueur durable qui a vu partout un affaiblissement de l'Etat, sommé de se plier aux lois du marché, tout en proclamant son impuissance...   


               ____  "Le « Consensus de Washington » est la table de la loi énonçant les dix commandements du libéralisme qui déterminent depuis 20 ans les politiques économiques mondiales. Aujourd’hui, la Banque Mondiale, jusqu’alors fervente adepte du dogme, nous annonce que, désolée, elle s’est trompée, que ces règles sont néfastes, et qu’il faut restaurer le rôle de la puissance publique. A la fin des années 1990, le modèle économique ultra libéral adopté par Thatcher et Reagan est devenu le nouveau dogme économique, et ses tables de la loi ont été rédigées par John Williamson, économiste en chef pour la région Asie à la Banque Mondiale. Devenues célèbres sous le nom de « Consensus de Washington », elles énumèrent les dix commandements auxquels devaient désormais se plier les états, et qui imposaient un revirement complet des politiques menées depuis l’après guerre.   Dérégulation, privatisation, monétarisme, réduction des dépenses publiques devenaient désormais d’ardentes obligations en dehors desquelles ils n’existait point de salut. Le rôle de l’état, qui jusqu’alors avait été central, à la fois par les politiques économiques et budgétaires qu’il impulsait, et par son rôle redistributeur des richesses produites par les nations, devait à tout prix être réduit à la portion congrue. Ronald Reagan avait résumé cette nouvelle vision prônant le « moins d’état » lors de son discours d’investiture par sa formule fameuse : « l’état n’est pas la solution, c’est le problème ». L’adoption par les institutions, comme le FMI et la Banque Mondiale, et les élites mondialisées de cette charte libérale a entraîné des conséquences considérables, tant dans nos sociétés que dans les pays en développement. En Europe, le principe de la « concurrence libre et non faussée », au coeur du Traité de Maastricht, qui a acté la mort des services publics, et l’interdiction de mener une politique industrielle, n’a pas d’autre origine, ni d’autre justification.Dans les pays du sud, les effets du Consensus de Washington, ont été bien plus catastrophiques. Les politiques nommées par euphémisme "Ajustements Structurels" exigées des pays en développement en échange de la renégociation de leur dette par le FMI et la Banque Mondiale ont conduit entre autres à la fin de l’encadrement des prix des aliments de base, et à la privatisation de l’eau, avec une explosion de leurs tarifs. L’auteur de ces lignes a entendu Abou Diouf, l’ancien président du Sénégal, relater comment les envoyés du FMI exigeaient de lui qu’il augmente le prix du lait dans son pays, afin de pouvoir bénéficier de l’aide internationale. Pendant vingt ans, toutes les voix critiques remettant en cause ces choix ultra libéraux ont été ignorées ou qualifiées de rétrogrades - le débat autour du referendum européen nous en a fourni le dernier exemple en date. Pendant vingt ans, armés de leurs certitudes, les hommes du FMI et de la Banque Mondiale ont accru les difficultés quotidiennes de centaines de millions d’hommes et de femmes des pays du sud. Au nom de de leur dogme, ils ont conduit l’Argentine à la ruine, plongé la Russie dans une crise sociale sans précédent, dont elle commence tout juste à se relever grâce aux revenus de ses réserves énergétiques dont elle a « osé » reprendre le contrôle en contravention avec la règle du laisser faire. Au nom de ces mêmes dogmes l’Europe s’est privée de politique industrielle, de la maitrise de ses infrastructures, de son énergie, de ses transports. Devant les catastrophes sociales provoquées par cette nouvelle religion du libre échange, dont les bénéfices pour le plus grand nombre se font toujours attendre, bien que les revenus des privilégiés atteignent, eux, des niveaux stratosphériques, des voix dissidentes sont enfin parvenues à se faire entendre, qui ont osé dire ce que beaucoup pressentaient : le roi est nu. Non seulement les règles du Consensus de Washington n’ont pas produit les résultats promis par leurs adeptes, mais les effets néfastes nés de leur application sont de plus en plus criants. Et la charge la plus sévère est venue du coeur du système. Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie et Vice Président de la Banque Mondiale, démissionne en 2000 de son poste et fait le procès des politiques prônées par l’institution qu’il qualifie de « solutions archaïques et inadaptées, sans tenir compte des effets qu’elles auraient sur les habitants des pays ». Dans son livre La Grande Désillusion, publié en 2003, il décrit comment l’application du Consensus de Washington a produit les effets inverses de ses objectifs affichés, en causant un enrichissement accru pour le nord et des difficultés sans nombre pour le sud .Aujourd’hui, Le Monde s’est procuré la version préliminaire du prochain Rapport mondial annuel sur le développement, préparé par la Banque Mondiale, et oh, surprise, les conclusions de Stiglitz sont reprises par l’institution, qui juge désormais que l’intervention de l’état dans les pays pauvres est nécessaire pour « encadrer et soutenir la paysannerie », remettant du même coup en cause sa doctrine de « l’ajustement structurel ».Redécouvrant bien tardivement que la petite agriculture nourrit un tiers des 6 milliards d’habitants de la planète, le rapport constate que celle-ci a été « sous-utilisée », pire encore, « avec la domination de l’industrialisation dans le débat politique, le développement par l’agriculture n’a souvent même pas été considéré comme une option », et « les bailleurs de fond ont tourné le dos à l’agriculture », ce qui a conduit à des « coûts élevés pour la croissance, le bien être et l’environnement »._Le Monde cite l’appréciation portée par Michel Griffon, un spécialiste de l’agriculture et du développement durable, qui se réjouit de voir publier un document qu’il « attendait depuis plus de vingt ans, depuis que les politiques d’ajustement structurel ont balayé les politiques publiques agricoles antérieures sans les remplacer ».Vincent Ribier, expert dans le même domaine, rappelle que « les politiques néo-libérales d’ajustement structurel » ont eu un « impact très direct et très négatif sur le monde rural dans les pays pauvres ».Effectuant un revirement a 180°, la Banque Mondiale constate que les dépenses publiques en direction du monde agricole ont baissé depuis 1980, de 1,5% en Afrique, 7,4% en Amérique Latine et 5% en Asie, et juge désormais nécessaire de relancer ces aides, en insistant sur le fait que la croissance agricole est « très dépendante du soutien du secteur public ».M. Ribier, qui a participé récemment à une réunion d’experts au Quai d’Orsay sur le rapport, y voit « la fin du consensus de Washington ».Reste maintenant pour l’Europe à entreprendre elle aussi sa révolution copernicienne, en rangeant cette religion à laquelle même ses clercs les plus zélés ne croient plus, à la place qu’elle n’aurait jamais du quitter : celle d’une extravagance idéologique .C'était Quand les pauvres finançaient les plus riches.                                                                                     Aujourd'hui, les principaux dogmes du néolibéralisme sont en question, du moins en partie et timidement. Les défenseurs de l'OMC, comme Pascal Lamy, se font discret et, par nécessité plus que par raison, des gouvernants se font maintenant les défenseurs de plus de souveraineté et de régulation financière.        ___Et si on revenait à l'esprit de Philadelphie?...  ___________________

mercredi 14 mars 2018

Esprit, où es-tu?

De l'esprit de Philadelphie
                                               Au consensus de Washington
__ Deux logiques politiques et sociales opposées.

     
  En mai 1944, avait lieu à Philadelphie la Déclaration de l’Organisation internationale du travail, à la fin d'une guerre qui touchait à sa fin avec son cortège d'horreurs.
__ Un guerre dont le fascisme allemand fut le principal initiateur, conséquence d'un terrible désordre financier, dont la source majeure fut la décision US en crise de retirer ses importants fonds bancaires à Berlin, ce qui créa le chaos et facilita la montée d'un petit parti qui allait connaître une aventure sinistre.
___ A Philadelphie, on voulait instaurer un nouveau socle démocratique: Ce texte, première déclaration internationale des droits à vocation universelle, a un caractère pionnier dans la mesure où il entendait faire de la justice sociale l’une des pierres angulaires de l’ordre juridique international. Affirmant que « le travail n’est pas une marchandise » et qu’« une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale », ce texte, qui introduit la notion de « sécurité économique », revêt une singulière actualité aujourd’hui, comme le dit Alain Supiot.
__ Dans le même esprit que le CNR (le conseil National de la Résistance) en France, posant les principes d'une logique politique économique en rupture avec les pratiques d'avant-guerre, , les bases d'une vie politique nouvelle.
___ Face au marché total il s'agissait à Philadelphie d'établir les fondement d'une démocratie réelle où l'homme et ses besoins essentiels seraient au centre d'une économie à son service, libérée de la course aux profits au service d'une caste de privilégiés, régulièrement source de crises.. 
._____..Ce texte américain, première déclaration internationale des droits à vocation universelle, a un caractère pionnier dans la mesure où il entendait faire de la justice sociale l’une des pierres angulaires de l’ordre juridique international. Affirmant que « le travail n’est pas une marchandise » et qu’« une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale », ce texte, qui introduit la notion de « sécurité économique », revêt une singulière actualité aujourd’hui...
____ Mais cela ne dura pas
Peu à peu, de glissements en glissements, surtout depuis les années 70, la logique inverse s'est imposée, sous l'influence d'un courant de pensée néolibérale et d'initiatives politiques mettant en question le rôle régulateur de l'Etat. 
.___.. Alain Supiot retrace comment l’« esprit de Philadelphie » a aujourd’hui cédé la place à son exact contraire, sous l’influence de la contre-révolution ultra-libérale anglo-américaine et de la conversion des ex-pays communistes à l’économie de marché. Mise en œuvre à partir des années 1980 aux états-Unis et au Royaume-Uni, la doctrine ultra-libérale s’est ensuite répandue dans tous les pays occidentaux. Elle s’est attachée à défaire méthodiquement les acquis du programme du Conseil national de la Résistance. Elle a opéré une privatisation de l’état-providence et une mise en concurrence à l’échelle internationale des travailleurs, des droits et des cultures. Le principe de justice sociale a disparu de l’agenda de la globalisation à la faveur de la conversion des régimes communistes à l’économie de marché. La privatisation des produits ou services qui, comme l’électricité, le gaz, la poste, les autoroutes, les chemins de fer, répondent à des besoins également partagés par toute la population et dont l’entretien s’inscrit dans un temps long qui n’est pas celui des marchés, apparaît comme une régression, après leur nationalisation dans l’après-guerre. L’auteur déplore la course au « moins-disant » social qui est à l’œuvre dans le monde globalisé d’aujourd’hui. Démontant les mécanismes de cette transformation vécue par le monde depuis quelques décennies, il fustige la doctrine du « New Public Management », selon laquelle les états doivent être soumis aux mêmes règles de fonctionnement que les entreprises opérant sur des marchés concurrentiels. Il montre aussi que la « responsabilité sociale des entreprises » promue depuis quelques années n’est qu’un leurre : sans responsable clairement identifiable, sans organisation susceptible de demander des comptes et sans tiers devant qui répondre, cette responsabilité n’en est en fait pas une.
____ L’auteur oppose à ce mouvement ultra-libéral actuel les principes humanistes et sociaux contenus dans la Déclaration de Philadelphie, et met en avant l’importance du principe de solidarité, affirmé pour la première fois par l’Afrique dans la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples en 1981. Ce principe a été repris par la Charte européenne des droits fondamentaux adoptée à Nice en 2000.
..

____ L esprit de philadelphie s'en est allé, avec les conséquences que l'on connaît aujourd'hui.
Le marché total s'est imposé, adopté finalement par Bruxelles, suivant les principes de l'OMC, sorte de nouvelle bible qui mène aujourd'hui l'UE au bord de l'implosion. Déjà avant Maastricht et Lisbonne, Pierre _Mendes-France critiquait le traite de Rome le 18 janvier 1957. _____ Comme l’avait proclamé Reagan, lui aussi en ricanant, « Les pouvoirs publics [government] ne sont pas la solution mais le problème ». Aujourd’hui, ces pouvoirs publics, l’État ne sont plus un recours, un outil de régulation mais un objet de prédation, comme lorsqu’il a servi à renflouer les banques ou les assureurs faillis. Dans la même optique, les groupes de pression médicaux tirent l’essentiel de leurs revenus de prélèvements obligatoires, mais n’acceptent aucune contrainte en contrepartie. Mieux (ou pire), on a vu que lorsqu’ils ont perdu leur emploi, les traders londoniens, qui avaient mis le système en faillite, avaient pu, « en application du droit social communautaire, percevoir des caisses françaises de chômage auxquelles ils n’ont jamais cotisé, des indemnités représentant quatre fois le montant du plafond de la sécurité sociale. »
L’accroissement de la production et du commerce est une fin en soi qui ne peut être atteinte que par une mise en concurrence généralisée de tous les hommes dans tous les pays. Pour les libéraux (" socio " ou pas), toute différence autre que monétaire doit être abolie, d’où le programme de démantèlement des statuts professionnels et des services publics. L’activité des travailleurs, leurs rémunérations, les " charges " , sont inscrites au passif des entreprises.
Supiot s’attarde sur une donnée tellement évidente qu’elle n’est jamais prise en compte : pas plus la Commission de Bruxelles que l’OCDE...
Les États doivent être gérés sous l’égide du New Public Management, donc être soumis aux mêmes règles de fonctionnement que les entreprises opérant sur des marchés concurrentiels. Les indicateurs conçus par l’Union européenne tiennent pour négligeable la précarisation de l’emploi, privilégient l’" employabilité " (concept popularisé par le social-libéral Tony Blair dès 1996) au détriment de la capacité des travaill
eurs. 

___ Ce sont les principes de Thatcher, de Reagan, héritier de la pensée de Hayek et de l'école de Chicago, celle de Milton Friedmann en particulier, qui finirent par devenir la règle dite incontournable (TINA: pas d'alternative!...)
 _____Supiot met en avant la possibilité d'une conception alternative de la mondialisation. 
___C'est sur ce point que l'auteur mérite d'être discuté, après avoir été lu avec attention.
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lundi 21 mars 2016

De l'esprit de Philadelphie...

 ....Au consensus de Washington 
                                                         Deux logiques politiques et sociales opposées.
    En mai 1944, avait lieu à Philadelphie la Déclaration de l’Organisation Internationale du Travail, à la fin d'une guerre qui touchait à sa fin avec son cortège d'horreurs.
     Un guerre dont le fascisme allemand fut le principal initiateur, conséquence d'un terrible désordre financier, dont la source fut la décision US en crise de retirer ses importants fonds bancaires à Berlin, ce qui créa le chaos et facilita la montée d'un petit parti qui allait connaître une aventure sinistre.
     A Philadelphie, on voulait  instaurer un nouveau socle démocratique Ce texte, première déclaration internationale des droits à vocation universelle, a un caractère pionnier dans la mesure où il entendait faire de la justice sociale l’une des pierres angulaires de l’ordre juridique international. Affirmant que « le travail n’est pas une marchandise » et qu’« une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale », ce texte, qui introduit la notion de « sécurité économique », revêt une singulière actualité aujourd’hui, comme le dit Alain Supiot.
    Dans le même esprit que le CNR (le conseil National de la Résistance) en France, posant les principes d'une logique politique et économique en rupture avec les pratiques d'avant-guerre, , les bases d'une vie sociale nouvelle.
     Face au marché total   il s'agissait à Philadelphie d'établir les fondement d'une démocratie réelle où l'homme et ses besoins essentiels seraient au centre d'une économie à son service, libérée de la course aux profits au service d'une caste de privilégiés, régulièrement source de crises..
   ...Ce texte américain, première déclaration internationale des droits à vocation universelle, a un caractère pionnier dans la mesure où il entendait faire de la justice sociale l’une des pierres angulaires de l’ordre juridique international. Affirmant que « le travail n’est pas une marchandise » et qu’« une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale », ce texte, qui introduit la notion de « sécurité économique », revêt une singulière actualité aujourd’hui...
      Mais cela ne dura pas
  Peu à peu, de glissements en glissements, surtout depuis les années 70, la logique inverse s'est imposée, sous l'influence d'un courant de pensée néolibérale et d'initiatives politiques mettant en question le rôle régulateur de l'Etat.
            ... Alain Supiot retrace comment l’« esprit de Philadelphie » a aujourd’hui cédé la place à son exact contraire, sous l’influence de la contre-révolution ultra-libérale anglo-américaine et de la conversion des ex-pays communistes à l’économie de marché. Mise en œuvre à partir des années 1980 aux états-Unis et au Royaume-Uni, la doctrine ultra-libérale s’est ensuite répandue dans tous les pays occidentaux. Elle s’est attachée à défaire méthodiquement les acquis du programme du Conseil national de la Résistance. Elle a opéré une privatisation de l’état-providence et une mise en concurrence à l’échelle internationale des travailleurs, des droits et des cultures. Le principe de justice sociale a disparu de l’agenda de la globalisation à la faveur de la conversion des régimes communistes à l’économie de marché. La privatisation des produits ou services qui, comme l’électricité, le gaz, la poste, les autoroutes, les chemins de fer, répondent à des besoins également partagés par toute la population et dont l’entretien s’inscrit dans un temps long qui n’est pas celui des marchés, apparaît comme une régression, après leur nationalisation dans l’après-guerre. L’auteur déplore la course au « moins-disant » social qui est à l’œuvre dans le monde globalisé d’aujourd’hui. Démontant les mécanismes de cette transformation vécue par le monde depuis quelques décennies, il fustige la doctrine du « New Public Management », selon laquelle les états doivent être soumis aux mêmes règles de fonctionnement que les entreprises opérant sur des marchés concurrentiels. Il montre aussi que la « responsabilité sociale des entreprises » promue depuis quelques années n’est qu’un leurre : sans responsable clairement identifiable, sans organisation susceptible de demander des comptes et sans tiers devant qui répondre, cette responsabilité n’en est en fait pas une.
____ L’auteur oppose à ce mouvement ultra-libéral actuel les principes humanistes et sociaux contenus dans la Déclaration de Philadelphie, et met en avant l’importance du principe de solidarité, affirmé pour la première fois par l’Afrique dans la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples en 1981. Ce principe a été repris par la Charte européenne des droits fondamentaux adoptée à Nice en 2000...
       L esprit de philadelphie  s'en est allé, avec les conséquences que l'on connaît aujourd'hui.
Le marché total s'est imposé, adopté finalement par Bruxelles, suivant les principes de l'OMC, sorte de nouvelle bible  qui  mène aujourd'hui l'UE au bord de l'implosion. Déjà avant Maastricht et Lisbonne, Pierre Mendes-France critiquait le traite de Rome le 18 janvier 1957.                                                                                                                       Comme l’avait proclamé Reagan, lui aussi en ricanant, « Les pouvoirs publics [government] ne sont pas la solution mais le problème ». Aujourd’hui, ces pouvoirs publics, l’État ne sont plus un recours, un outil de régulation mais un objet de prédation, comme lorsqu’il a servi à renflouer les banques ou les assureurs faillis. Dans la même optique, les groupes de pression médicaux tirent l’essentiel de leurs revenus de prélèvements obligatoires, mais n’acceptent aucune contrainte en contrepartie. Mieux (ou pire), on a vu que lorsqu’ils ont perdu leur emploi, les traders londoniens, qui avaient mis le système en faillite, avaient pu, « en application du droit social communautaire, percevoir des caisses françaises de chômage auxquelles ils n’ont jamais cotisé, des indemnités représentant quatre fois le montant du plafond de la sécurité sociale. »
     L’accroissement de la production et du commerce est une fin en soi qui ne peut être atteinte que par une mise en concurrence généralisée de tous les hommes dans tous les pays. Pour les libéraux (" socio " ou pas), toute différence autre que monétaire doit être abolie, d’où le programme de démantèlement des statuts professionnels et des services publics. L’activité des travailleurs, leurs rémunérations, les " charges " , sont inscrites au passif des entreprises.

   Supiot s’attarde sur une donnée tellement évidente qu’elle n’est jamais prise en compte : pas plus la Commission de Bruxelles que l’OCDE...
   Les États doivent être gérés sous l’égide du New Public Management, donc être soumis aux mêmes règles de fonctionnement que les entreprises opérant sur des marchés concurrentiels. Les indicateurs conçus par l’Union européenne tiennent pour négligeable la précarisation de l’emploi, privilégient l’" employabilité " (concept popularisé par le social-libéral Tony Blair dès 1996) au détriment de la capacité des travailleurs.   
___ Ce sont  les principes de Thatcher, de Reagan, héritiers de la pensée de Hayek et de l'école de Chicago, celle de Milton Friedmann en particulier, qui finirent par devenir la règle dite incontournable (TINA: pas d'alternative!...) 
        Supiot met en avant la possibilité d'une conception alternative de la mondialisation ainsi établie.
  C'est sur ce point que l'auteur mérite d'être discuté, après avoir été lu avec attention.
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jeudi 1 avril 2021

New deal à la Biden

Nécessité oblige

                        Après le violent choc que subissent encore les USA, il va falloir relever le pays, panser les plaies, remettre la machine en marche, élargir les aides pour l'emploi et revoir la copie en matières d'investissements toujours différés.   L'Etat n'est plus "le problème", selon le dogme de Friedman, il va tenter de devenir le sauveur pour mettre en route et piloter un redressement tous azimuts, non seulement pour des exigences internes, mais aussi face à l'immense défi que représente la puissante et insolente montée de la Chine..    Biden inaugure une voie post-Raeganiene ou un ultralibéralisme (provisoirement?) tempéré. remodelé, ajusté.   En tous cas ,les financiers sont pas contents: le sacro-saint marché cessera un temps d'être tout puissant.       Ce plan de relance, ce changement de paradigme, c'est juste du bon sens économique, mais il fallait un certain volontarisme pour s'y atteler. La politique de redressement de Roosevelt est devenue la boussole idéologique pour la sortie de la crise, même si cette crise est différente, le contexte et l'esprit aussi.  Pas d'autres choix pour sauver le pays, même au niveau des infrastructures, du système éducatif, etc... des investissements qui ne sont pas à courte vue. Mais cela ne changera pas le système...

            Cette "révolution" programmée" n'est pas radicale, mais elle n'est pas rien, si elle s'applique avec efficacité et dans la durée, redonnant emploi et espoir à l'immense armée des laissés pour compte, anciens et nouveaux. La perfusion ne doit pas être momentanée pour redresser durablement un pays malade .Certes le système économique ne changera pas de nature, mais il en sera fini du consensus de Washington pour retrouver la voie de celui de Philadelphie. Peut-être.               ___Le Président élu des États-Unis prévoit de mettre l’accent sur les dépenses d’infrastructures, les investissements verts, la santé et l’éducation. Le tout financé par une forte hausse des impôts des plus riches, alors qu'ils ont été constamment baissés depuis plusieurs décennies. Pas de chance que l'on retrouve le niveau d'exigences de Roosevelt.  À condition que Biden bénéficie du soutien des deux chambres du Congrès sur tous les points                                                                                                  Ce plan de sauvetage représente un "...premier succès de taille, un mois et demi après son entrée à la Maison-Blanche : les 1 900 milliards de dollars du plan ​entériné mercredi au Congrès – par 220 voix sur 435 à la Chambre et 50 voix sur 100 au Sénat — représentent le plus gros effort financier du gouvernement depuis le New Deal de Roosevelt, qui tira les États-Unis de la grande récession de 1929. En deux ans, l’équivalent du PIB de l’Italie va être injecté dans l’économie américaine. Les prévisionnistes interrogés par Bloomberg et le Wall Street Journal en attendent un redémarrage en trombe, avec une croissance de 5,5 à 7 % cette année..." Wait and see, comme on dirait au bord du Potomac. Rien n'est absolument garanti.  Rendez-vous dans deux ans.                                                                Selon S.Halimi, "...les États-Unis viennent en tout cas d’adopter une des lois les plus sociales de leur histoire. Elle s’écarte des stratégies économiques mises en œuvre ces dernières décennies, qui ont favorisé les revenus du capital — « startupeurs » et rentiers mêlés — et accru le décrochage des classes populaires. Elle rompt avec des politiques publiques hantées par la crainte d’une reprise de l’inflation et d’une flambée de l’endettement. Elle ne cherche plus à amadouer les néolibéraux et leurs bailleurs de fonds avec des baisses d’impôts dont le produit atterrit souvent en Bourse et gonfle la bulle financière.    Avec son plan d’urgence de 1 900 milliards de dollars (presque 10 % de la production de richesse annuelle des États-Unis), lequel devrait être suivi par un programme d’investissements en matière d’infrastructures, d’énergies propres et d’éducation (3 000 milliards de dollars en dix ans), l’ancien vice-président de M. Barack Obama paraît avoir enfin tiré les leçons de cette histoire. Et de l’échec de son ancien « patron », qui, trop prudent, trop centriste, n’avait pas voulu profiter de la crise financière de 2007-2008 pour impulser un nouveau New Deal. « Avec une économie mondiale en chute libre, se justifia M. Obama, ma tâche prioritaire n’était pas de reconstruire l’ordre économique, mais d’éviter un désastre supplémentaire .  » Obsédée par la dette, l’Europe s’infligeait au même moment une décennie de purge budgétaire, fermeture de lits d’hôpitaux à la clé…  L’un des éléments les plus prometteurs du plan Biden est son universalité. Plus de cent millions d’Américains dont le revenu est inférieur à 75 000 dollars par an ont déjà reçu un nouveau chèque du Trésor, de 1 400 dollars. Or, depuis un quart de siècle, la plupart des États occidentaux conditionnent leurs politiques sociales à des plafonds de ressources de plus en plus bas, à des dispositifs de surveillance permanente, à des « politiques d’activation » de l’emploi punitives et humiliantes . Résultat : ceux qui ne reçoivent plus rien bien qu’étant dans le besoin sont encouragés à détester des politiques publiques qui leur coûtent quelque chose et qui aident quelqu’un d’autre. Puis, chauffés à blanc par les médias, ils en viennent à soupçonner qu’ils paient pour des tricheurs et des parasites.   La crise du Covid-19 a interrompu ce genre de médisances. Nulle erreur ou maladresse ne peut en effet être imputée à tous les salariés ou travailleurs indépendants dont l’activité s’est trouvée brutalement stoppée. Dans certains pays, 60 % de ceux qui ont reçu une aide d’urgence liée à la pandémie n’en avaient jamais obtenu auparavant. L’État les a secourus sans attendre, « quoi qu’il en coûte » et sans faire le tri. Pour le moment, les grincheux sont peu nombreux — en dehors de la presse financière et... de la Chine populaire...." ________________________

mercredi 3 novembre 2021

Conte de fées libéral

 On (n')a (pas) tout essayé     [ Bis repetita...]

                             Changer de bible.  On nous raconté de belles histoires depuis les années 80, ou plutôt on nous a masqué les évolutions (les choix) en cours, présentées comme modernes, voire inéluctables.
      L'Etat a donné aux marchés un espace de plus en plus important jusqu' à être phagocyté par eux. D'où les renoncements et les abandons, les collusions et le piège s'est installé: on a tout essayé, comme disait L.Jospin, impuissant, la "gauche" ayant peu à peu enfilé les oripeaux de la droite libérale. Depuis les années 70, c'est la même chanson, avec des étapes, des variantes, des inflexions, comme celle que nous connaissons aujourd'hui avec un certain, mais sans doute provisoire, "réarmement" de l'Etat dans certains secteurs; nécessité (et covid) oblige...
   Les conflits d'intérêts et les passages continus des décideurs du public au privé et vice-versa ont favorisé une évolution observée à peu près partout, sous l'influence d'une finance mondialisée de plus en plus puissante et d'une rente qui atteint des sommets, devenue l'alpha et l''oméga des grands groupes industriels. Les instances étatiques se trouvaient entravées dans leurs décisions et favorisaient même le développement de puissances financières qui imposaient leur loi, la spéculation prenant le pas sur la production. Les secteurs publics régressaient ou entraient dans le giron des intérêts privés
    A la suite des "révolutions libérales" de Thatcher et Reagan, la loi des marchés devaient devenir la loi et les prophètes pour la plus grande prospérité des peuples au niveau mondial.
   There is no alternative, disait Maggie, qu'on a pris l'habitude de traduire par le sigle TINA.
      L' 'Etat était devenu le problème et non la solution, selon les dogmes de Reagan.
  L'ultralibéralisme gagnait des points dans les choix et les orientations majeures. L'extrême, c'est le minarchisme, dont la principale égérie fut Ayn Rand.  Hayeck et l'école de Chicago, avec Milton Friedman, conseiller de Pinochet, furent les livres de chevet de la Dame de fer, dont Fillon, il y a peu, vantait les choix politiques et économiques, l'Etat abandonnant ses fonctions de contrôle et de régulateur et ne gardant que le minimum, ses fonctions régaliennes.
    L'Etat est peu à peu devenu le servant des groupes financiers et des multinationales, facilitant leur pénétration et leurs concentration. Ce que Roosevelt avait condamné en son temps.
          ___Assisterait-on à un début de retournement?
  Des signes sembleraient l'indiquer: des économistes, qu'on dit atterrés, veulent remettre les choses à l'endroit, contre la colonisation par de puissants intérêts privés de certaines structures de l'Etat, notamment dans le courant né de la crise.
   On constate aussi que de rares voix s'élèvent, au sein du très conventionnel FMI, pour remettre en cause des choix politiques asservis à des intérêts qui font du lobbying permanent et du chantage à l'emploi, critiquant même les décisions funestes prises à l'égard de la Grèce par une Europe à la ligne étroitement néolibérale.
    Un autre monde est possible, disent certaines voix, qui veulent changer un logiciel aux effets pervers.
  Le retour à l'Etat régulateur est enfin de plus en plus demandé, au service de l'intérêt général, pour retrouver les principes fondateurs et démocratiques.
    Oui, il faut envisager des alternatives, retrouver de nouveaux chemins, sortir du tunnel, du piège, qui peut mener à de nouvelles crises, l'Etat ayant déjà renfloué les banques en notre nom et nous faisant payer les intérêts d'une dette qui n'était pas fatale.
     Comme le signale Gilles Ravaud, le monde a changé ! Si vous plongez dans les travaux de recherche des économistes, dans les gros rapports des institutions internationales, voici ce qui ressort : il y a trop d'inégalités, trop de finance, les salaires ne progressent pas assez, il faut plus d'investissements publics, lutter contre les paradis fiscaux et promouvoir la lutte contre le changement climatique !
   Le libéralisme économique a perdu la bataille intellectuelle. Il peut perdre la bataille politique. Une mondialisation régulée, c'est possible, une finance au service de l'économie aussi. L'Europe n'empêche pas les politiques nationales : la France peut développer sa propre politique industrielle, faire reculer le chômage, réduire les inégalités, sortir du " tout croissance ". Et pas besoin d'en passer par le rejet de l'autre, comme Trump, ou par le rejet de l'Europe, comme avec le Brexit. On peut, aujourd'hui, suivre une voie progressiste et écologique sans sortir de la mondialisation ou de l'Europe.
    Laisser faire les marchés livrés à eux-mêmes est le contraire des tâches bien comprises de l' Etat investisseur et stratège, qui doit retrouver ses fonctions, dans l'esprit de Philadelphie, largement oublié, après les impératifs du consensus de Washington.
  La loi du marché n'a pas que des conséquences matérielles.
     La régulation est une nécessité, de plus en plus affirmée. Toute la question est celle du passage réel à une autre logique, à un renversement des priorités,  au delà de l'échelle nationale. Avant qu'une nouvelle crise, plus cruelle, nous oblige à le faire. Le contrôle et l'assainissement bancaire est loin d'être acquis.
       Au moins déjà au niveau européen. Il y a encore du chemin à faire...
          A condition de sortir de l'ornière d'une certaine économie de complaisance 
et des bréviaires en vogue ___________________

vendredi 10 mars 2023

Quel consensus?

                 Mise sous tutelle...

                           Depuis plusieurs dizaines d'années, l' Etat et les finances publiques se son installées dans des logiques surtout financières, réduisant peu à peu la part dévolue à la souveraineté, monétaire notamment. Mais les services publics se sont aussi réduits, jusqu'à disparaître parfois, dans la logique néolibérale d'"ouverture du capital".  il faut remonter aux années Reagan-Thatcher pour voir le virage qui a été amorcé, sous l'influence de l'école de Chicago, de Hayek et de Milton Friedman.   


         Comme le remarque Dominique Meda, à la suite de bien d'autres, l'Etat  a été décrédibilisé au  profit du marché  Comme disait M.Thatcher, la société n'existe pas, ou comme Reagan, pour qui l' Etat était le problème.                                                                                                        "... En mai 1944, en pleine seconde guerre mondiale, les délégués de quarante et un pays adoptaient à Philadelphie les nouveaux objectifs de l’Organisation internationale du travail. Leur déclaration proclamait que « le travail [n’était] pas une marchandise » et réaffirmait qu’« une paix durable ne [pouvait] être établie que sur la base de la justice sociale ». Trois mois auparavant, le Conseil national de la Résistance française avait annoncé la mise en place, dès la libération du territoire, d’un plan complet de sécurité sociale.  En juin, le haut fonctionnaire britannique William Beveridge (1879-1963), précédemment mandaté par le gouvernement pour définir le cadre d’un système de sécurité sociale (« Rapport au Parlement sur la sécurité sociale et les prestations connexes », 1942), présentait en 1944 (dans Full employment in a free society) la méthode à suivre : une politique résolument keynésienne et une forte intervention de l’Etat, mobilisant un niveau de dépenses et d'investissements publics aussi élevé que nécessaire, réglementant strictement les investissements privés et organisant une vaste redistribution...."                          Mais on est passé plus tard du Consensus de Philadelphie à celui de Washington. selon une logique bien décrite par Vincent Gayon. Jusqu'à un moment où l'Etat s'avoua impuissant à changer les choses, sous la coupe des marchés financiers. On disait avoir tout essayé...Mais les institutions n'avaient plus de marges de manoeuvre et on se proposa d'externaliser les services de l'Etat et à devoir subir le poids de la dette...   _________